1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

 

Article

 

« Permettez que la Jardinière/Vous offre aussi son p'tit présent » :

 

Les bouquets offerts à Amélie le jour de son hyménée le 27 mai 17971

 

 

 

  Laure Hennequin-Lecomte

 

 

 

 

 

 

Le travestissement textuel sous la figure d’un jardin est au cœur des correspondances échangées entre les membres du cercle de Schoppenwihr ainsi que des « fêtes galantes », composées à l'occasion du mariage d’Amélie de Berckheim avec Fritz de Dietrich le 27 mai 1797, à Colmar. Ces jeunes filles appartenant à l’élite rhénane ont choisi pour cadre un jardin pour restituer leurs états d’âme, au moment du mariage de l’une d’entre elles. Leurs « bouquets » sont composées par les quatre sœurs, restées célèbres comme les demoiselles de Berckheim, Amélie Octavie, Henriette, Fanny et par leurs amies, les filles du poète Pfeffel, Marie d'Oberkirch, fille de l'illustre mémorialiste, et Annette de Rathsamhausen, non moins connue diariste, amie de Mme de Staël et de Mme Récamier2. La forme de cette mascarade d’hyménée montre que les masques littéraires servent une écriture au féminin sous le signe d’un vertige du double qui épistolairement use de surnoms usuellement. Les « jardinières » sont sous le sceau de la « surprise de l’amour » puis de sa célébration. Le jeu de masque de l’amour au jardin permet d’accéder à la conscience de soi et des autres. Le jeu de rôle correspond au jeu de l’amour, et non du hasard par une pièce de théâtre, où la parole est versifiée, déclamée et jouée. Ces jeunes filles polies par l’amour n’hésitent pas à se travestir en bergères3afin que l’amour triomphe4. « Leur âme, un paysage choisi « par un déguisement textuel prend la forme d’un épithalame. Les artifices de cette oeuvre épidictique où « vont charmant masques et bergamasques » doivent être dévoilés. La rhétorique du masque du for privé5s’inscrit dans ce rite de passage. Une pièce de théâtre intéresse les membres d’une petite société mixte6, le cercle de Schoppenwihr, dont les auteures sont la cheville ouvrière avec le poète Pfeffel. Au-delà de ce cénacle culturel, les invités et les mariés participent à ce divertissement mis en scène par le déguisement des mots et des situations. Les mouvements scéniques des jeunes filles auteures et actrices prennent la forme d’un ballet fleuri entrecoupé de récitations. La fantaisie amène à découvrir comment le « cercle de famille7» et les « affinités électives8» se percevaient. Lors de leurs retrouvailles, "les membres de (cette) petite société9" dont la devise est « Unis pour devenir meilleurs10» se communiquent leurs travaux littéraires11. Le 8 Prairial an V12, la volonté de perfectionnement et la quête du bonheur passe par l’endossement au féminin d’une autre identité, à l’instar de celle qui a déjà cours dans les réunions et les correspondances croisées. D’une part, les demoiselles de Berckheim se plaisent à se déguiser, à se donner des noms de théâtre pour créer "l'illusion comique". D’autre part, la poétique et dramaturgie des jeunes filles en fleur se réalise sous le signe des Muses antiques. Enfin, ce mariage, manifestation se réalise spectaculairement. Une brève pièce de théâtre détermine rhétoriquement le rite de passage et ses rituels de dissimulation et de dévoilement.

 

I- L’illusion comique de la pastorale, cueillette symbolique de fausses bergères et de vraies lettrées


    Le rapport langagier ludique des demoiselles de Berckheim leur permet de se créer une identité nouvelle. Elles s'amusent de ce pouvoir éphémère, sachant bien distinguer le masque festif et la réalité de l'existence maritale. Cette utilisation à consonance paysanne dans la tradition de comédie bucolique, mène à établir des liens entre ces l’univers rhétorique et la réalité. Les personnages inventés s’inscrivent à l’intérieur du cercle de Schoppenwihr, microcosme structuré par le diptyque « nature et culture ». La constellation usuelle de l’état civil est en relation avec celle littéraire en usage dans les conversations lettrées orales et épistolaires. Dans un jeu spéculaire, les demoiselles revêtent le costume de protagonistes ordinaires dans la comédie.

Le pèlerinage des demoiselles est pour leur Arcadie bandelarochoise, le Cythère13du pasteur Oberlin14. En exposant publiquement leur corps, les demoiselles révèlent un processus d’individualisation au féminin. Ces jeunes filles en fleurs ne rédigent pas dans l’ombre et jouent, tandis que le statut de comédienne est alors déclassé. Elles déplacent doublement les frontières, celle du genre et celle de la société. Elles se mettent en scène dans leurs écrits où elles peuvent transitoirement abandonner leur position dominante, tout en jouant sur la nature et la culture qui caractérise leur éducation :

 

Babet avec joie et vivacité

Oh vous avez raison, c'est bien d'avoir de beaux bouquets; allez mes enfants, cueillez, prenez tout ce que vous trouverez.

Quelques unes vont cueillir des fleurs. »

La distribution est indiquée après le titre de la pièce :

« Babet jardinière Henriette

Nanine Octavie

Fanchette Fanny Soeurs et amies de Lonny

Lise Louise

Rose Amélie

Denise Caroline 

 

Nanine fait référence probablement à Nanine ou le préjugé vaincu, de Voltaire. Terme hypocoristique, Fanchette, a une valeur affective. Il a été vraisemblablement choisi par Fanny car Fanchon, nom très voisin correspond au diminutif villageois de Françoise. Il s'agit du petit fichu que les femmes portent sur la tête et nouent sous le menton. Les autres prénoms font référence à aux comédies du XVIIèmeet du XVIIIèmesiècles. Babet est l'abréviation populaire d’Elisabeth. Lise choisie par Louise de Dietrich commence par la même initiale que son prénom et rappelle le lis, symbole de pureté. Le prénom "Rose", attribué à sa sœur Amélie permet de cerner les correspondances entre les deux mascarades. Une rose, jeune personne fraîche et jolie évoque implicitement la rosière couronnée de fleurs. Les jeunes auteures sont des « mariées » en puissance. Des noms de fleurs désignent par ailleurs les membres féminins du cercle de Schoppenwihr. Denise est un prénom populaire attribué ordinairement à une jeune paysanne.

 

 

Les rôles épistolaires

 

Identité civile

Surnom à Schoppenwihr

et dans la correspondance

Amélie de Berckheim

Lonny

Françoise de Berckheim

Fanny

Henriette de Berckheim

Emma/Eglantine

Octavie de Berckheim

Ida

Louise de Dietrich

Pervenche

 

 

II- Poétique et dramaturgie des jeunes filles en fleur sous le signe des Muses antiques

 


   L’œuvre est collective, mais elle a une copiste révélatrice. La belle écriture de Frédérique Pfeffel, la fille préférée du poète est reconnaissable15. Les origines de l’inspiration des demoiselles se situent dans leurs lectures, marquées par les humanités. Elles convoquent les Muses, cesjeunes filles couronnées de fleurs. Thalie, muse de la Comédie, est la clef de voûte16. À son image, les demoiselles ont l'air enjoué et tiennent au figuré un masque à la main.L'humilité des quatre soeurs montre que cette qualité est jugée essentielle, comportement jugé souhaitable le jour de l’hyménée dans les Bouquets (…). Conservée dans les papiers de famille, cette mascarade a touché les destinataires. Les descendants y ont attaché du prix jusqu’à aujourd’hui. Brièvement, les demoiselles deviennent des bergères de comédie, illustrant leur attrait pour les bergeries et la théâtromanie du siècle17:

 

Lise

Babet, Babet, c'est jour de noces aujourd'hui, faut nous donner des fleurs »

 

Elles précisent les didascalies initiales :


« La scène se passe dans un village du Ban de la Roche. Le théâtre représente un jardin. Babet est assise sous un berceau de verdure, elle arrange des fleurs et se lève de tems en tems (sic) pour en cueillir ça et là. Les jeunes filles accourant vers Babet ».

Pour faire exister cette dimension onirique de leur personne, elles disposent d'un outil, la langue française. Elles poétisent et respectent les règles concernant les vers, les rimes et les strophes, pour cacher leur identité. Leur poétique et leur dramaturgie apparaissent comme le ciment de la fête. Maniant indifféremment le Français et l'Allemand, elles conçoivent des rimes de nature, de qualité et de disposition diverses. Jouant le rôle de simples paysannes, elles s'amusent à parler une langue de leur invention, « à la manière de ». Toutefois, la langue n'est ni réaliste, ni calquée sur celle que l'on trouve chez Molière ou Marivaux qu’elles connaissaient comme l’apprend l’examen de leurs échanges épistolaires. Elles ne créent pas d’idiolectes, même si elles font commettre des fautes à leurs personnages, sur l'accord du verbe avec le sujet, ressort comique. La campagne et les bergères qu’elles mettent en scène sont de pures conventions. Elles suppriment cependant les articles, les pronoms. Elles se mettent dans la bouche des expressions familières que sont censées prononcer les femmes du peuple comme "Bon dieu", "Pas vrai" et abusent de la préposition "en". Elles utilisent essentiellement un comique de mots. Elles semblent très vite assez embarrassées par cette manière de s'exprimer qui ne leur est pas naturelle. Elles ne s’y tiennent qu’au début de la scène. Elles finissent par oublier leur langage parodique et proposent un chant en vers, aux élisions presque absentes et au vocabulaire choisi. Lorsqu'elles offrent les fleurs, elles accompagnent leurs gestes de paroles fleuries, où les élisions frappent par leur incongruité et leur petit nombre :  

 

Vous la saurez heureuse cette certitude j'en

Suis bien sûre vous dédommagera de votre sacrifice

Ah, contemplez sa destinée

Doit elle exhaler vos soupirs

Épouse et mère fortunée

Quels beaux devoirs, quels doux plaisirs

Et dans sa jouissance pure

Vous serez toujours de moitié

Les sentiments de la nature

Sont embellis par l'amitié

Mais plutôt que d'nous amuser ici à parler

À chanter, allons toutes la complimenter et lui

Offrir nos p'tits bouquets. »

 

Bouquets offerts à Lonny : floraisons comiques

destinateurs Amour/ Hymen destinataires invités de noces

sujet Lonny objet fils de fermière Louise

adjuvants opposants

Soeurs et amies de Lonny Sœurs et amies de Lonny

pour nouvel état conjugal contre séparation amicale et familiale



III- Nature et culture au cœur de l’intrigue et de la devinette des Bouquets


     Le rite de passage s’accompagne d’un rituel littéraire. L’opposition entre l’espace actuel, la scène colmarienne de la noce et les espaces virtuels, dramatiques18, exprime la nature du conflit résolu par la transformation de la jeune fille en épouse. La topographie symbolique est proche, "un berceau de verdure" "dans un jardin", la campagne vosgienne où les auteures aimaient à se promener et à herboriser. Elles s’intéressaient à la« Nature » au sens large et philosophique du terme, ensemble des choses, à savoir le règne animal, minéral et végétal considéré comme obéissant à des lois générales. L’espace dramaturgique, non représenté, est constitué par un village du Ban de la Roche, Rothau, existant dans le discours des personnages. Le mariage, rupture principale, laisse advenir le surnaturel, le rêve. Un monde magique enchante l’hymen qui correspond à la réalité de l'union de deux êtres. L’espace théâtral est Schoppenwihr, réunissant acteurs et spectateurs, familles et amis. L’espace scénique, le lieu où se déroule le jeu rhétorique des demoiselles est le jardin de la propriété des Berckheim, où les jeunes filles peuvent cueillir à loisir. Il rappelle le jardin d'amour au coeur du Roman de la Rose.

Les temporalités sont démultipliées. L’âge d’or de l’enfance se conjugue au jour nuptial. Le Ban de la Roche est perçu comme l’Arcadie des jeunes filles : « ces lieux écartés, où l’on goûte encore les délices de l’âge d’or19». La couronne a été composée pour «  fixer l'instant qui s'envole et s'oublie ». La saison de réception de l’œuvre est printanière. Le temps dramatique des Bouquetscorrespond à la durée des évènements représentés. La chronologie est marquée par la naissance du jour, en accord avec le rite de passage. Le travestissement figure la fin d’une époque et l’annonce d’une nouvelle. La date même du mariage en calendrier républicain, faisant référence à la flore, mêle le temps individuel du mariage et le temps collectif des expériences politiques. L’auditoire, familial et amical assiste à la création d’un couple. Son unité toute neuve est réalisée sous le regard du groupe qui insiste sur l’ambivalence de la situation, la douleur de la séparation20. La dialectique de l’union, de l’unité, est conciliée à celle de la diversité, de la désunion, par l’octroi d’un attribut circulaire et d’un bouquet au propre comme au figuré.

Pour signifier la pérennité des relations amicales, des fleurs en particulier sont offertes, entrant en résonance avec la désignation d’une des amies :


Rose, des immortelles21

Cette fleur n'est pas la plus belle

Beauté se fâne par le tems22,

Mais c'est une image fidèle

D'vos vertus et d'nos sentimens

Au jour de votre mariage

Nos cœurs éprouvent encor mieux

Que femme belle


Les surnoms floraux habituels de deux protagonistes


Fleurs

Description

Symbolique

 

Eglantine

 

Fleur d'églantier, rosier sauvage

Amour

 

Pervenche

 

Plante à fleurs d'un bleu mauve qui croît dans les lieux ombragés

Mélancolie

 

L'intrigue consiste à deviner qui est la mariée et quel va être son époux. Les premiers échanges jouent sur l'annonce incomplète :


 Lise

C'est que tout le village va se réjouir aux noces de ....

Rose

Faut pas l'dire, faut qu'elle d'vine laquelle de nous ça r'garde

Babet les considérant l'une après l'autre.

Bien sûrement c'nest aucune de vous; vous me r'gardez trop hardiment et avec des yeux trop malins. Vous n'fixerez avec des yeux trop malins ! Vous n'fixerez pas les gens comme ça l'jour de vos noces. »

Le dénouement heureux comporte le mot "fin" et fait intervenir la mariée à son corps défendant comme le signalent les indications scéniques. Il correspond aux dons successifs de fleurs :

« Mais plutôt que d'nous amuser ici a parler

À chanter, allons toutes la complimenter et lui

Offrir nos p'tits bouquets.


La mise en abyme est baroque. La confusion du réel et de la fiction fonde l’esthétique. Les Bouquets peuvent être assimilés à des énigmes, ce genre poétique prisé des baroques, s’apparentant à un jeu de société. Grâce aux Bouquets offerts à Lonny, par ses sœurs et ses amies, le jour de son mariage le 27 may 179723, le lecteur se trouve projeté dans " le jour de (la) charmante partie24". Amélie est fêtée avec des déclarations orales, des chants mais a droit aussi à des fleurs réelles :

 

« Au jour de votre mariage

Cet air simple vous pare encor mieux

Oui femme belle autant que sage

Est le plus doux présent des Dieux

Enfant il plait dans un ménage

Enfant il plait pour être heureux. »

Amélie, emblème de la pureté et de l'innocence25est associée au blanc26. Les demoiselles offrent des fleurs cultivées :

« Nanine, en lui offrant un lys

C'est l'amitié sincère et pure

Qui vint vous offrir cette fleur

Comm' vous elle orne la nature

Elle est simple comm' votre cœur ».

La rose27  est une fleur d'adulte, donnée par des jeunes filles à marier célébrant une des leurs qui franchit le pas de l'âge raisonnable :

« Lise et Denise, des roses blanches

Avec la même confiance

Moi je viens vous offrir le mien,

C'est d'la couleur de l'innocence

Qui toujours vous para si bien

Au jour de votre mariage

C'te couleur vous pare encor mieux

Oui femme etc. »

Elles se souviennent des jeux floraux de leur enfance en ayant ramassé des fleurs sauvages comme les violettes28. Les fleurs des champs sont des fleurs avec chants. Le champêtre et la musique sont alliés :

« Fanchette, des violettes

Cette fleur pour vous semble faites

Vous ne pouvez la refuser

C'est la modeste violette

Qui charme et paroit l'ignorer

Au jour de votre mariage

Ce bouquet vous pare encor mieux

Oui femme belle etc. »

Deux règles président à cette syntaxe qu'est le langage des fleurs, les couleurs d'abord, puis les objets dont les fleurs sont les emblèmes. Ces « feuilles symboliques » (ont) trouvé leur place dans (leurs) albums de souvenirs29».

 

 

 

La conclusion fleurie de la pièce de théâtre : symbolique de la mise en abyme

Fleurs/

Plantes

Description

Couleur

Signification

Lys (lis)

Fleur blanche du lis commun, plante monocotylédone vivace à feuilles lancéolées et à grandes fleurs

Blanc : innocence et pureté

Majesté, fleur de lys, emblème de royauté) et pureté

Rose

Fleur du rosier d'une odeur suave

Blanc : innocence et pureté

Amour d'une vierge

Violette

Petite plante herbacée, à fleurs violettes, solitaires, à cinq pétales

Violet : né du rouge, couleur de la passion et du bleu, couleur de l'amour, du souvenir et du tendre

Modestie, humilité
mais aussi fleur de l'amitié

Immortelle

Plante composée dont l'involucre persiste quand la fleur se dessèche

Blanc : innocence et pureté

Regrets éternels

Myrte

arbrisseau à feuilles coriaces persistantes

Blanc : innocence et pureté

feuille, emblème de gloire, on en couronnait les statues des héros, consacré à Vénus, Force du cœur

 

 

 

Lever le voile sur les Bouquets offerts à Amélie a permis de démasquer les enjeux de ce jeu de rôle féminins, à la lisière de la chrysalide de la jeune fille, apothéose florale d’une mariée d’élection. Ces jardins d'écritures chez ces auteures qui ont eu un pied dans l’Ancien Régime et un pied dans le monde contemporain apparaissent comme un moyen de s’approprier leur destin. La simulation littéraire fait passer Amélie de l’autre côté du miroir et verbalisent sa « fortuna ». Ce mariage arrangé au sein de l’élite rhénane au tournant de la période contemporaine est un mariage d'amour. Son époux lui adresse des « lettres de feu30» et dans deux de ses poésies, lui décernerait la couronne, la costume en bergère tout en se déclarant son amant31. Composant sur un papier portant l’en-tête de l’Administration des eaux et des forêts, il s’inscrit dans les illusions comiques entre Nature et Culture de ses épousailles. Pour l’historien, Amélie est surtout devenue une icône économique, une « mère courage ». L’harpiste talentueuse, apprenant l’italien au début de son mariage, est veuve en 1806, mère de quatre enfants en bas âge. Elle s’impose alors comme la dame de fer la Maison de Dietrich. En définitive, il apparaît fructueux dans une perspective littéraire d’avoir sorti de l’ombre un aspect méconnu de cette figure riche et complexe, la mise en scène littéraire de ses noces, sous l’angle de la fête, celle de l'esprit.

Pour les demoiselles de Berckheim, la rhétorique du masque festif ne se borne pas à des écrits lus à un auditoire choisi. Leur manière d’endosser d’autres personnalités révèle une grande liberté. Leur façon d’envisager le mariage est instructive. Elles savent qu’elles auront voix au chapitre, se considérant comme des êtres pensants, à l’égal des hommes de leur entourage, parents ou amis, dans les mêmes dispositions d’esprit qu’elles à ce sujet. Elles illustrent des relations entre les sexes originales, concevables dans la continuité des Lumières, en plein cœur de la Révolution française.

 

 

 

Notes  


1 ADD 93/3/10.

2 Gustave de Gérando, Lettres inédites et souvenirs biographiques de Mme de Récamier et de Mme de Staël, Paris Ve Jules Renouard, Éditeur, 6, rue de Tournon, Metz, Alcan et Rousseau-Pallez, Libraires,1868, 89 p. et Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, Michel Lévy frères éditeurs, Paris, 1872, 406 p.

3 Marivaux Le Prince travesti, 1724.

4 Marivaux, Le Triomphe de l’amour, 1732.

5 Madeleine Foisil, « L’écriture du for privé », in Philippe Ariès et Georges Duby, sous la direction de, Histoire de la vie privée, tome III, De la Renaissance aux Lumières, Paris, Le Seuil, 1986, pp. 331-369.

6 Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval, « Poésie de circonstance et fêtes privées », in l’Eveil des muses, poétique des Lumières et au-delà, Mélanges offerts à Edouard Guitton, rassemblés par Catriona Seth et présentés par Madeleine Bertaud et François Moureau, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 220.

7 Victor Hugo, « Lorsque l’enfant paraît », Les feuilles d’automne, XIX, 1831.

8 La référence au roman de Goethe est légitimée par les liens du poète avec une amie des demoiselles de Berckheim. Lili Schöenemann, avant de devenir la Baronne de Turckheim, a été sa « Lili » cf. Poésie et vérité, souvenirs de ma vie, Aubier, Domaine allemand, 1991, 541 p.

9 Correspondance des Demoiselles de Berckheim et de leurs amis, précédée d'un extrait du Journal de Mlle Octavie de Berckheim et d'une préface de M. Philippe Godet, 2 tomes, Paris, Neuchatel, Imprimerie Delachaux et Niestlé 1889, tome 1, p.66, Journal d'Octavie.

10 « Je marche dans le sentier de la vie comme membre d'une confrérie dont la devise est «Unis pour devenir meilleurs» Correspondance des Demoiselles de Berckheim op. cit., Journal d'Octavie, Stotzheim, 4 nivôse an III, (1795), p.141.

11 « Frédérique nous a lu son conte, Augustin le sien et moi le mien Ida la métamorphose qui me valut des vers de Réséda » Correspondance des Demoiselles de Berckheim op. cit., Journal d'Octavie tome 1, p.66.

12 Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération d'histoire et d'archéologie d'Alsace pp.V-XXIIJ.

13 La référence à la « fête galante » d’Antoine Watteau, (1717), par son cadre pastoral s’impose ici.

14 Le pasteur de cette contrée, Oberlin, ami des demoiselles, peut être considéré comme leur père spirituel, réalisant la synthèse « nature et culture ». Il s’impose comme référence pédagogique dans Middlemarch de George Eliot, Gallimard, Folio Classique, Paris, 2005, p.60.

15 Un dessin d’E. Bayer appartenant aux collections particulières de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg la représente écrivant à la plume sous la dictée du père.

16 Elle est nommée du mot grec qui signifie fleurir.

17 M.-E. Plagnol, « Poésie de circonstance et fêtes privées », in L’Eveil des muses, op. cit., p.213

18 L’adjectif est à prendre au sens étymologique où l’action se déroule dans l’imaginaire des auteures.

19 Correspondance des demoiselles de Berckheim, op. cit,, Journal d’Octavie, pp. 111-112.

20 Maurice Daumas, Le mariage amoureux, Histoire du lien conjugal sous l'Ancien Régime, Armand Colin, Paris, 2004, 335 p, cf. notamment le titre du chapitre 8 « Amour mondain amour divin, pp. 205-232.

21 "Immortelle" était le surnom d'Annette de Rathsamhausen dans la confrérie de Pfeffel qui s'encourageait dans la pratique de la vertu. Elle est née le 31 mai 1771, à Grussenheim (Haut-Rhin).

22 C’est une réminiscence de "Mignonne, allons voir si la rose » ou « Quand vous serez bien vieille au coin du feu » de Ronsard, mâtinée de mentalité protestante.

23 ADD 93/3/8.

24 Correspondance des demoiselles de Berckheim, op. cit, p. 147. Lettre de Frédérique Pfeffel, 12 juin 1797.

25 La couleur blanche semble la plus probable. La rose blanche apparaît d'ailleurs dans la Fable "La rose jaune" de Pfeffel comme "l'emblème (de) la pure innocence", livre premier, XI, p. 60.

26 À ce sujet, les études de Michel Pastoureau sur la couleur sont édifiantes. Ce serait anachronique que d'affirmer que la robe d'Amélie devait être blanche. La mode de se marier en blanc date du courant XIXème siècle (cf. le Dictionnaire des couleurs de notre temps, symbolique et société, Bonneton, Paris, 1992, 231 p.

27 La rose est la fleur du premier jour de floréal, deuxième mois de printemps dans le calendrier républicain.

28 La violette est la fleur du 8ème jour de ventôse, troisième mois d'hiver du calendrier révolutionnaire.

29 Correspondance des demoiselles de Berckheim, op. cit., p.115.

30 « Augustin écrit souvent à Henriette, quelquefois à moi : ses lettres sont toujours lui-même. Je les compare à celles que Lonny recevait de son mari ; dans celles-ci régnaient toute la fougue et le délire de la passion ; c’étaient des phrases de Rousseau, des traits de feu. », Lettres de Mme de Gérando, op. cit, p. 37.

31 12 prairial an XIII. ADD 11/5/4 et ADD 11/5/15.

 

 

 

Pour citer ce texte

 

Laure Hennequin-Lecomte , « "Permettez que la Jardinière/Vous offre aussi son p'tit présent" : Les bouquets offerts à Amélie le jour de son hyménée le 27 mai 1797 » , Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-permettez-que-la-jardiniere-vous-offre-aussi-117752893.html/Url.

 

Auteur(e)

 

Laure Hennequin-Lecomte, née en 1971, mariée à Pierre-Luc LECOMTE, est mère de deux enfants, Louis, né en 1999 et Paul, né en 2002. Elle est professeur agrégée au lycée Marc Bloch de Bischheim et chargée de cours et de TD à l'Institut de préparation générale de Strasbourg. Membre associé de l’EA 3400, ARCHE, (UDS), elle a soutenu sa thèse intitulée Les réseaux d'influence du patriciat strasbourgeois 1789-1830, le 24/02/2007, à l’Université de Strasbourg. Une version remaniée a été publiée aux Presses Universitaires de Strasbourg en 2011 avec le titre suivant Le patriciat strasbourgeois (1789-1830), Destins croisés et voix intimes. Ses thèmes de recherche sont les transformations économiques, sociales, politiques de l'élite européenne, la culture et les mentalités de lignées de premier plan à la jointure de la période moderne et contemporaine.

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013

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