10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poèmes 

Déchue

 

&

 

Les temps fauves 

 

  
Martine Jacquot

 

 

  Pour Tibault

 

Déchue



 Plus nocif que le diable
le riverain s’éraille
la voix
Bourdonnement
dans un arsenal
de mégots
Je frémis en agrippant les rideaux
gluants de gloire
déchue


 

 

Les temps fauves

 


Je chevauche un courant d’air
qui s’adosse aux aiguilles
d’une montre
Rien n’est ordinaire
dans la parade
des fous

 
Dans le fatras de fin du monde
quand le faste n’est plus que
leurre
la cartomancienne pleure
sur les cendres
inondées
Je patauge dans le bourbier
de mes contemporains

 

Le trottoir reflète
l’image de modes
anciennes
Flaques gris-acier de protocoles
profanés
Et moi je crie
que le corps
du monde
a la gangrène

 
Miroir des carnassiers
dans la cascade
du jour
Parfois l’odeur camouffle
nos illusions
Je mettrai un loup
sur mon visage
Anonymat au cœur du
caravansérail

 
Le passage du temps est
un lapsus
Récoltes cycliques et
guerres saisonnières
estampillent nos mémoires
Sans protocole
je file
écrire de la fiction
dans un journal
que des sages liront

 
Rire démoniaque
du soleil de minuit
Le métro court comme
un buvard taché
Errance dans la forêt rasée de
la veille
Plus farouches que des liasses d’archives
les indomptés se surpassent
dans le décor de carton-pâte

 
Dans le clavardage
de la rumeur
du monde
échec à l’examen
de conscience
Le spectacle de la migration
s’est noyé dans la banquise
effilochée

 
Je patauge devant une tasse de café
Que reste-t-il des estaminets
enfumés
du poisson frit dans du papier froissé
Des maisons se vident
de leur sens
et nous côtoyons
des choses
qui ont eu un
nom

 
Lumière en pointillé venue
de nulle part
étoiles blanches sur ciel
de nuit
flocons blanc sur terre
boueuse
J’écris sur des arbres assassinés
Je calligraphie une musique
inaudible

 
Alchimie larvée
Je faufile les signes annonciateurs
Dehors hurle
l’ignorance
Jeter des poignées de mots
au hasard
des ruines
C’est le récital
des anges

 
Il est toujours temps pour
un rituel de l’aube
Des morts lèchent la cire
des chandelles
ou marchent sur l’eau
une lyre à la main

 
Il aura fallu un bistouri violet
pour profiler les assassins
qui nous cernent
Une bonne occasion pour
admirer
les entrailles
des temps fauves

 

 

  

Pour citer ces poèmes


Martine Jacquot,  « Déchue  » & « Les temps fauves », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : «  Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-les-temps-fauves-116293729.html/Url.http://0z.fr/kmUKe

Auteur/Autrice  

 

Martine Jacquot

Martine L. Jacquot vit entre la France et le Canada. Elle a publié une trentaine d'ouvrages (poésie, romans, nouvelles, essais, récits et romans jeunesse) dont Au gré du vent, roman (éd. du Grand Pré, prix européen de l'Adelf) et Duras ou le regard absolu, essai (éd. des Presses du Midi, France). Elle a aussi contribué à de nombreuses anthologies et a fait plusieurs tournées littéraires internationales (Russie, Cameroun, Maroc, Roumanie, Inde).

 

 

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