24 février 2018 6 24 /02 /février /2018 10:08

 

Lettre 13 | Hors-série 2018 | Critique & réception | Poésie & Cinéma |

 

Chroniques cinématographiques

 

 

 

 

LES ANNÉES DE PLOMB

 

 

 

(Die bleierne Zeit)

 

 

 

 

Camille Aubaude

Sites officiels : http://www.camilleaubaude.com/

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Blog officiel : https://camilleaubaude.wordpress.com/

 

 

 

 

FICHE TECHNIQUE

 

R.F.A. – 1981 – 106 minutes – 35 mm – Couleurs – Réalisation de MARGARETHE VON TROTTA – Scénario et dialogues de MARGARETHE von TROTTA – Caméra de FRAM RATH – Musique de NICOLAS ECONONOV – Montage de DAGMAR HIRTZ – Productions EBERHARD JUNKERSDORF pour BIOSKOP FILM (Munich Distributions GAUMONT).

 

 

FICHE ARTISTIQUE

 

Distribution

Jutta LAMPE (Juliane Klein), Barbara SUKOWA (Marianne Klein), Rüdiger VOGLER (Wolf), Luc BONDY (Werner), Patrick ESTRADA-POX (Jan), Vérénice RUDOLP (l’amie médecin), Ina ROBINSKI (Juliane adolescente), Julia BIEDERMANN (Marianne adolescente).

 

 

MARGARETHE VON TROTTA

 

Née à Berlin le 21 février 1942, Margarethe von Trotta étudie à Munich et à Paris dans les années 1950, les « années de plomb » Elle suit des cours d’art dramatique qui la mènent au cinéma. Actrice depuis 1968, elle s’engage dans la réalisation aux côtés de son mari Volker Schlöndorff avec qui elle tourne son premier film, L’Honneur perdu de Katharina Blum (1975). C’est la clé de voûte d’une recherche cinématographique sur l’éthique sociale. Les Années de plomb marquent l’aboutissement de cette interrogation politique.

 

Filmographie

Actrice

1967 : Tränen trocknet der Wind

1969 : Spielst Du mit schrägen Vögeln : Helga

1970 : Les Dieux de la peste (Götter der Pest) : Margarethe

1970 : Pourquoi monsieur R. est-il atteint de folie meurtrière ? (Warum läuft Herr R. Amok?)

1970 : Le Soldat américain : Une femme de chambre

1971 : Prenez garde à la sainte putain de Rainer Werner Fassbinder  : une secrétaire

1972 : Un crime ordinaire (Die Moral der Ruth Halbfass)

1974 : Le Sentiment dAnderchs

1975 : LHonneur perdu de Katharina Blum (Die verlorene Ehre der Katharina Blum oder Wie Gewalt entstehen und wohin sie führen kann)

1976 : La Traversée de l’Atlantique à la nage 

1976 : Le Coup de grâce (Der Fangschuß) de Volker Schlöndorff : Sophie de Reval

1977 : La Guerre de la bière : Frau mit Kind

1981 : Haut les mains

Réalisatrice 

1975 : LHonneur perdu de Katharina Blum

1978 : Le second éveil de Christa Klages

1979 : Les Sœurs (Schwestern oder Die Balance des Glücks)

1981 : Les Années de plomb

1983 : LAmie (Heller Wahn)

1986 : Rosa Luxemburg (Die Geduld der Rosa Luxemburg)

1988 : Felix

1988 : Trois Sœurs

1990 : LAfricana

1993 : Le Long silence

1995 : Les Années du mur (Das Versprechen)

2003 : Rosenstrasse

2006 : Je suis lAutre (Ich bin die Andere)

2009 : Vision sur la vie de Hildegard von Bingen

2012 : Hannah Arendt

 

Distinctions

Lion dor de Venise en1981 pour Les Années de plomb

Sélection officielle pour l’Ours d’or de Berlin pour LAmie (Heller Wahn)

Deux sélections officielles à Cannes pour Paura e amore (1988) et Rosa Luxemburg (1986)

 

 

SCÉNARIO

 

1) Le commencement

 

La nuit du 18 octobre 1977 est connue comme « Nuit de la Mort ». Dans la prison de Stammheim, près de Stuttgart, en Allemagne de l’Ouest (R. F. A.), trois détenus, Andreas Baader, Jan-Carl Raspe et Gudrun Ensslin, membres de l’Armée Rouge, se suicident.

En voyant les photographies de leur enterrement prises pour le film collectif L’Allemagne en automne, Margarethe von Trotta remarque Christiane Ensslin, la sœur de Gudrun. Cette femme l’attire. La réalisatrice travaillait alors à l’histoire de deux sœurs, Schwestern oder Die Balance des Glücks – Les Sœurs. Sa rencontre avec Christiane Ensslin produisit une impression si forte qu’elle généra des scènes imaginaires, sans qu'il soit encore question de tourner un film.

Les visites que Margarethe von Trotta rendait à des amis incarcérés dans la prison de Kaisheim en Bavière ont inspiré des scènes. L’une d’elle est la matrice au film : la sœur prisonnière refuse de voir au parloir son aînée venue lui rendre visite.

La relation sororelle est fondée sur l’attirance et le rejet, deux attitudes morales vécues de façon conflictuelle, donc inconfortable. Les actions terroristes reconduisent à ces forces antagonistes, rouvrant des complexes énormes, des trous béants qui demandent réparation. Le terrorisme est vieux comme l’Histoire. Cette façon d’agir efficace et dure à contrer influe sur le moral. Le but est humainement défendable mais la cruauté des moyens d’action dénote l’absence de pensée démocratique. Il y a confusion, confusion presque délirante entre les interventions terroristes atrocement violentes et la cause à défendre. On tue sans être en guerre.

C’est le point de vue d’Erich Ruckmich, directeur anti-terroriste du BU de Wiesbaden : « Les terroristes, en général, sont plus intelligents que les autres criminels. Fils de la bourgeoisie, ils ont reçu une éducation solide souvent d’un niveau supérieur. Ils sont plus doués, ils savent faire des plans, des analyses. Autre différence, ils n’agissent pas pour de l’argent, ce sont des idéologues. Ce n’est pas un éloge, mais plutôt le début d'un organigramme... » (entretien au Matin).

En montrant des sentiments qu’elle maîtrise parfaitement, Margarethe von Trotta établit le constat de cette idéologie très prégnante dans l’Allemagne des années 1970 : maintenir la terreur. Elle expose le principe du terrorisme : chacun peut un jour y être confronté. Elle va plus loin, chacun d’entre nous peut avoir cette révolte contre la société, sans devenir un assassin.

 

2) Le point de non-retour

 

Bien que jalonnée par une série de drames, l’histoire est simple. Deux sœurs, Juliane et Marianne ont grandi dans l’Allemagne de l’après-guerre, une nation vaincue où le passé nazi n’est pas dit, autant par honte que par peur. Les deux sœurs ont suivi des voies antagonistes pour contester l’ordre établi. Juliane, l’adolescente rebelle, milite pacifiquement et étanche sa soif de compréhension dans un journal féministe où elle écrit. Marianne a abandonné son mari, Werner, et son fils, Jan, pour s'engager dans l’action terroriste et participer à une série d’attentats.

Les deux sœurs se retrouvent hantées l’une par l’autre chaque côté d’un mur de prison. Devenues étrangères l’une à l’autre, séparées par une vitre, un mur invisible, elles parlent, et se rapprochent. Juliane, la féministe, la journaliste rend visite régulièrement à sa sœur emprisonnée. Elle veut tout mettre en œuvre pour essayer d’atteindre sa sœur terroriste, qui critique durement ses modes de vie. Paradoxe qui ne manque pas de sel : Juliane revoit son enfance dans une famille protestante très stricte, en une scène où elle manifeste une révolte spectaculaire, et la future terroriste est d’une douceur et d’une docilité effarantes.

Après que la vie sociale de Juliane a été bouleversée par l’arrestation de sa sœur, tout bascule au moment du suicide de la sœur en prison. Juliane s’acharne à réfuter point par point la version officielle du suicide, à laquelle personne ne croit. Elle reconstitue l’acte de pendaison avec un mannequin qu’elle a cousu de ses mains. Mais son action ne peut menacer le système, ses valeurs propres et intrinsèques. Elle échoue dans sa quête de vérité.

Juliane recueille le petit Jan. Il s’agit de lui raconter l’histoire de sa mère. Juliane entend démontrer que Marianne était une femme d’exception. Elle veut lui rendre sa dignité en prouvant qu’elle a été assassinée. Elle veut en faire un personnage héroïque. Est-ce possible ?

 

3) Les bouleversements

 

Les scènes clefs des Années de plomb ont une unité intrinsèque. Elles interrogent la morale sociale, sa nature et ses degrés. Le film résout ce questionnement par des procédés narratifs qui visent à accroître la tension jusqu’à son paroxysme. Puis vient le  « spleen ». Les moyens de sortir de la crise sont quasi inexistants. Tout est savamment dosé en des séquences qui se répondent, introduisant le calme avant la tempête et donnant les moyens de comprendre le sens de la mort, de la passion et de la destruction.

 

La première scène clef montre la rencontre des deux sœurs dans un musée. Marianne est filmée de dos, entourée de grandes statues en plâtre. Puis l’on découvre un visage expressif mais intimidé. La discussion se crispe à mesure qu’apparaissent leurs divergences politiques.

Vient l’annonce du suicide de Werner. Marianne ne comprend pas que quelqu’un puisse mettre fin à ses jours. Elle rejette la proposition de parents adoptifs pour son fils. Le ton monte. Juliane accuse sa sœur de vouloir lui imposer sa façon d’agir. Puis elles recouvrent leur complicité, illustrée par un flash back sur un repas familial.

 

Trois heures du matin. Juliane et Wolf sont tirés de leur lit par des coups de sonnette répétés. Marianne fait irruption dans leur appartement, escortée de deux « terroristes ». Le contraste est frappant entre sa dureté et l’aspect petit bourgeois de Juliane et de Wolf encore endormis. Marianne met l’armoire de sa sœur à sac. Elle ne trouve rien qui lui aille, ce qui la laisse désemparée.

 

Après l’arrestation de Marianne, Juliane décide d’aller lui rendre visite en prison. Fouille intégrale, longue attente dans un parloir sordide où une gardienne lui apprend que sa sœur refuse de la voir. Stupeur ! Wolf lui dira plus tard qu’il avait deviné ce refus. Des retours en arrière montrent les jeux d’enfant de Julianne avec Marianne.

 

Nouveau flash-back : le bal, qui exprime le choc qu’a ressenti Juliane. Les deux sœurs sont devenues adolescentes. Marianne joue du violon tandis que Juliane lit un ouvrage sur Sartre. Ensuite, elle revit l’histoire de la robe de bal interdite par son père, furieux parce qu’elle va à l’école en « jeans ». Durant le bal au milieu des lycéens et des parents guindés, Juliane valse seule, sous le regard médusé de Marianne, choquant ainsi toute l’assistance.

 

Le père projette devant une salle d’adolescents un documentaire sur les charniers nazis, Nuit et Brouillard. Juliane se lève avant la fin, suivie aussitôt par Marianne. Révulsées, elles pleurent et vomissent dans les toilettes, tandis que le commentaire continue en voix off à porter les accusations contre le régime nazi.

 

Plus tard, elles voient un film sur le Viêt-Nam dont la projection suscite chez Marianne de violentes réactions.

 

Pendant leurs vacances en Italie, Juliane et Wolf apprennent le suicide de Marianne. Juliane est effondrée. Devant le cercueil et en découvrant le visage horriblement mutilé de sa sœur, elle a une crise de nerfs et est hospitalisée.

 

Wolf ne supporte plus de voir Juliane absorbée dans sa recherche de preuves. Ils se disputent et il la frappe. Juliane seule fabrique un mannequin, qu'elle va pendre à une fenêtre. La scène est pour elle insoutenable.

 

Jan est à l’hôpital, atrocement brûlé. Quelqu’un a versé de l’essence dans la grotte où jouait l’enfant. Juliane décide de le prendre chez elle.

 

PERSONNAGES ET ACTEURS

 

Le groupe des personnages constitue des structures génératrices de fiction. Fonctionnant par paires, ils se définissent dans leurs rapports les uns avec les autres par un dispositif en miroir. Ces rapports sont extrêmement obsessionnels, induits par la lente agonie de Marianne, à laquelle sa sœur ne se résigne pas.

 

Juliane et Marianne : l’une incarne la détresse, l’autre une détermination tragique renforcée par une beauté hors du commun.

 

Juliane revit le passé de sa sœur en des images nimbées de lumière crépusculaire. C’est une vie ordinaire, éclairée sublimement de couleurs orangées ou bleutées. Ce souvenir rapproche les deux sœurs, mais fait aussi de Juliane le fantôme d’elle-même et l’ange sacrifié par les épreuves que sa sœur – son double – lui inflige contre sa volonté. Les normes de la vie de Juliane, ses combats pour le féminisme, sa vie de couple avec Wolf et son travail d’intellectuelle allemande cèdent le pas à la sauvegarde de la personnalité de sa sœur et à la défense de sa mémoire. « Inversion totale des personnalités », a dit Margarethe von Trotta. C’est en plus le passage de Marianne dans l’appartement de Juliane qui provoque l’arrestation.

 

Les visages des deux sœurs se superposent lors de la dernière visite dans la nouvelle prison aux fenêtres sans barreaux mais aux vitres opaques où Marianne a été transférée. La vitre qui les sépare dans le parloir annonce la disparition. En même temps que les visages disparaissent, les voix s’éteignent, annonçant la fin de la visite. Cette image démoralisante amorce le changement qui va avoir lieu chez Juliane après la mort de sa sœur : abnégation et besoin de transmettre, réhabilitation de Marianne, qui se considérait comme une guerrière.

 

Le personnage de Juliane est interprété par Jutta Lampe, qui a joué dans Schwestern. Elle tient le rôle de médiatrice, tantôt sûre d’elle, tantôt désorientée, et incarne le choix de la réalisatrice, qui revêt un sens singulier, sans se confondre avec un système de valeurs ni un modèle à suivre.

 

Marianne, très dure et méprisante envers sa sœur et Werner, ordonne et impose. Même affaiblie par les conditions de détention, elle fait passer un message dans lequel elle ordonne à Juliane de réagir, de mobiliser la presse et les intellectuels. Le crime est pour elle une action d’éclat qui fait sentir sa supériorité.

 

Les échanges épistolaires entre les deux sœurs jouent un rôle narratif essentiel. C’est en illustrant une lettre envoyée de Beyrouth que l’on voit Marianne radieuse, circulant dans une jeep au milieu de villages libanais où des enfants la poursuivent à cause de ses cheveux blonds.

 

Si la révolte de Juliane respecte les lois de la société dans laquelle elle se trouve, celle de Marianne a lieu dans la clandestinité (d’El Fatha, Bande à Baader) et l’illégalité. L’injustice qu’elle a ressentie dans les petits boulots qu’elle a pu accomplir l’a convaincue d’avoir raison en ne reconnaissant pas les lois sociales. Le contraste entre les deux personnages est saisissant.

 

Barbara Sukova, aperçue dans Lola, une femme allemande de Fassbinder, révèle dans le rôle de Marianne un talent extrêmement particulier, un mélange d’émotions et de froideur, qui rend le personnage convaincant. Je signale que Margarethe von Trotta a interprété le rôle de Gudrun Ensslin dans Brandstifter de Klaus Lemke, en 1969.

 

Wolf et Werner : l’un est le compagnon de Juliane depuis dix ans, l’autre le mari de Marianne. Ils sont d’une certaine manière des victimes de Marianne et essaient vainement d’échapper à cette influence toxique. Leurs horizons sont limités, leurs limites, très subjectives, et ils sont dépourvus d’engagement. Toute idée subversive menace leur environnement banal.

 

Wolf, interprété par Rüdiger Vogler (cf. Alice dans les villes) est architecte. Son bien-être est détruit par l’intransigeance de Marianne, devenue l’objet de disputes entre lui et avec Jan, ce qui lui est insupportable. Victime d'une violence absurde, Jan est amené à détester sa mère. Mais représentant une nouvelle génération, il symbolise les prémices d’une ouverture, un nouvel espoir.

 

 

UN PASSÉ CONDAMNÉ À L’OUBLI

 

De l’art de la société de l’Allemande de l’Ouest dans les années 1950, que reste-t-il ? L’expression « die bleierne Zeit » (traduite par « les années de plomb »), extraite d’un poème de Hölderlin, s’est imposée à la cinéaste. Elle désigne la période pendant laquelle une génération gelait ses relations au temps et à la mort. Oubli collectif, refoulement pour masquer un sentiment de culpabilité insupportable. C’est contre cette morale partagée par tous que s’éleva le cinéma allemand des années 1970.

 

« Il n’y a qu’en semant le doute qu’on peut parvenir à prendre son destin en main » a déclaré Margarethe von Trotta (interview de Fabienne Pascaud dans Télérama). Ce destin confère leur singularité aux films allemands de l’époque. Qu’on se rappelle l’œuvre magistrale de Hans Jürgen Syberberg ou le regard que porte Helke Sanders sur les années 1960 en évitant toute identification. Nul besoin de prise de position politique ou intellectuelle pour évoquer une situation dont personne à l’époque ne pouvait imaginer l’aboutissement.

 

Les terroristes des années 1970 rejetèrent la fausse conscience de l’Allemagne d’après guerre. Ils disaient que les Allemands étaient tous d’anciens nazis, cette assertion se vérifiant dans la réception des livres d’Ernst Jünger, dont la participation à l’élaboration du fascisme allemand est notoire, ou par le libération des criminels de guerre après quelques années de prison.

 

Impossible de faire table rase. Des voix s’élèvent, qui interrogent sur la complaisance et le savoir-faire des institutions, ainsi que sur les responsabilités et les moyens de comprendre. Lorsque Marianne est complimentée par son enseignante pour avoir récité sagement un poème de Rilke, c’est sa sœur Juliane, la future intellectuelle, qui réagit avec insolence à cet enseignement « rangé ». Les références à Brecht, un vocabulaire trivial et précis, sont rejetés Juliane, et c’est elle qui est mise à la porte. Le discours qui sort de la norme perturbe puis est stigmatisé.

 

Face à ces questions sans réponse, on a beau avoir une maîtrise du discours, et la volonté d’entretenir une mémoire occultée par les bonnes mœurs, on se heurte, comme Juliane, à la réponse du journaliste auquel elle propose les preuves du meurtre de sa sœur : « C’est bon pour les poubelles de l’Histoire. » Dans Hiroshima mon amour, Marguerite Duras a l’intelligence d’ironiser en parlant d’« une histoire de quat’sous ».

 

Les Années de plomb établissent un diagnostic de ce qui a été, en cherchant à comprendre. Le scénario se fonde sur deux temps et deux lieux – enfance/vie adulte ; monde libre/univers carcéral –, sans se réduire à ce schéma. Il ne cesse d’interroger les formes de représentation. Seul le visage de Marianne ne change pas.

 

Juliane se livre à un travail de fossoyeur qui est celui que doit faire l’Allemagne de l’Ouest. Elle va jusqu’à ne plus se nourrir que par un tuyau dans la bouche, pour savoir ce que ressent Marianne « sur le plan mental » pendant sa grève de la faim. Troublée par cette femme qui assume des actes criminels, Juliane veut donner un sens élevé au travail de mémoire. Elle choisit les souvenirs qui mènent à la paix. La mort médiatisée par une société révoltée par les actes terroristes est refusée pour interroger la nature profonde de cette société. « Nous sommes périssables, il se peut, mais périssons en résistant. Et si le néant nous est réservé, ne faisons pas que ce soit une justice » (Sénancour, Oberman).

De sorte que la metteure en scène a préféré suggérer le vacarme et la souffrance plutôt que les montrer par des images crues. Son expérience individuelle nourrit de façon douce et claire sa création ancrée dans la réalité contemporaine. Elle la mène progressivement à des phénomènes d’aliénation, qui sont l’aboutissement des questions abyssales posées sur la violence de la guerre.

 

Cette biopsie familiale annihile le temps. C’est le temps de la mémoire, qui ne porte pas l’avenir, ni les actions du passé mais fait vivre la vérité. Cette façon d’investir les soubassements du temps, discontinue, greffée de fantasmes et de lieux montrés de façon précise (le Liban, l’Italie) éclaire le destin collectif de la R. F. A. Le présent sert à accomplir les pulsions qui ont existé dans la mémoire d’un peuple. Dans la scène du musée, Juliane fait comprendre à Marianne qu’en fait rien n’a changé. Quand on est en guerre, on tue l’ennemi. Les terroristes font le même raisonnement, une logique qui ne tient pas compte du passé, et ressortit au fanatisme.

 

 

DES MOMENTS DE CONNIVENCE

 

Chaque plan est conçu en fonction des moyens d’éclairage. La lumière sert à noter les affects ambivalents, à marquer les contrastes, les divergences, et à souligner l’alternance entre douceur et violence.

 

Le film s’ouvre sur un dégradé de gris, un paysage vu à travers une fenêtre. Un travelling arrière fait découvrir l’intérieur du bureau de Juliane. Le ton est donné : amertume et travail. Le gris de l’extérieur – le film se déroule en hiver – rappelle l’atmosphère uniforme de la prison. La cour et le parloir aux couleurs crasseuses constituent des décors sordides, la face noire de l’humanité. Il est envoûtant de suivre cette esthétique visuelle lorsque ce gris pesant se nuance au fil du déroulement dramatique. Ainsi l’exaspération contenue est-elle manifestée par l’obscurité. Le blanc est la couleur du drame et de la voiture de Werner stationnée dans un champ enneigé ; la nouvelle de la mort de Marianne circule dans la luminosité intense d’un petit port italien ; la grotte où Jan a été brûlé est montrée sous la neige.

 

Les mouvements de caméra servent de code aux dialogues, ils soulignent les tensions. Dans l’espace dépouillé du parloir, les plans changent rapidement pour rendre compte de l’agitation des deux sœurs, de leur complicité, et des réactions des surveillantes, de illustrant l’implacable routine du monde carcéral.

 

La musique joue un rôle dramatique, en donnant de l’importance aux contrastes. Tantôt « elle chasse les peurs » dit la mère de Juliane, et la musique s’arrête après ce constat. Tantôt, elle porte la peur à son paroxysme, comme l’air d’opéra qui accompagne Juliane dans les couloirs de l’hôpital.

 

 

CONCLUSION

 

Film de sensations, Les Années de plomb consacre un nouveau talent de cinéaste par le choix de ses thèmes. Traitée d’une manière aboutie, l’action terroriste est envisagée sous l’angle d’un phénomène de société. Elle devient un moyen d’interroger les rapports entre les gens et de dénoncer un système de censure. Pour ne pas se réduire à l’idée rebattue de « dénonciation », Les Années de plomb montre comment une action est perçue avant même d’être pensée. Le spectateur éprouve des sentiments troubles et des interrogations complexes. C’est la beauté première de cette œuvre.

 

 

Nous publions cette série de chroniques cinématographiques en feuilleton

 

***

 

Pour citer cet épisode de CINEVITA

 

Camille Aubaude, « LES ANNÉES DE PLOMB  (Die bleierne Zeit) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°13 & Hors-série 2018, mis en ligne le 24 février 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/2/die-bleierne-zeit

 

 

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Couverture Hors-Série n°1, mai 2013 jpep

  ©Crédit photo : La couverture reprend une partie du tableau  

Le printemps (1482) par Sandro Botticelli (1445-1510)

 

ISSN = 2116-1046

Revue féministe de poésie

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Hors-Série n°1

 

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Comité scientifique : Camille Aubaude, Laure Delaunay, Marie Gossart, Dina Sahyouni & Françoise Urban-Menninger. Réalisation technique : Dina Sahyouni (avec l'aide artistique de Cyril Bontron).

Contact : contact.revue@pandesmuses.fr

Sommaire

Dina Sahyouni

Éditorial par Marie Gossart

 

Bémols artistiques

 

Avant-Première

 

Exposition photographique  

Vivian O'Shaughnessy (invitée)

Exposition

LPpdm a rencontré 


Bernard Giusti (invité de la Journée du 13 mars)

 


Éric Guillot (invité)

Catalogue sur les femmes & le genre en poésie

Critique & réception

 

Camille Aubaude

Articles

 

Gérard Chambre

Préambule

Georgeta Adam

Camille Aubaude

Laurence Breysse-Chanet (invitée de la Journée du 13 mars)

 

Laure Delaunay

Catherine Dubuis

Sylvie Fabre G (invitée)

Elisabetta Simonetta

Invitation à lire  

Poèmes


Marie-Louise Arnassant

Camille Aubaude

Hélène Berger

Sophie Brassart

Nicole Coppey

Laure Delaunay 

Sylvie Fabre G (invitée)

Marie Gossart

 

Poèmes précédés par un préambule

Martine Jacquot 

Thibault Jacquot-Paratte

Armelle Leclercq

Aurélie-Ondine Menninger (invitée)

Anne-Marie Reine Le Pape 

Dina Sahyouni

Françoise Urban-Menninger (invitée de la Journée du 13 mars)  

Isabelle Voisin

Nina Živančević (invitée de la Journée du 13 mars)

Sélection culturelle

  

Annonces diverses  

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Invitée                                                 
Article reproduit

    

Réponse à la conversation entre

 

Patricia Godi & Camille Aubaude

 

 

(texte publié dans la Lettre n°2***)

 

 

  Sylvie Fabre G

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice et de la revue Poezibao 

 

 

Je viens de lire la conversation entre Patricia Godi et Camille Aubaude qui m’a beaucoup intéressée et fait repenser aux discussions de Sorcières, aux réactions des journalistes sur ma poésie, aux propos de certains éditeurs aussi sur l’absence de figures d’envergure dans la poésie de femmes…  Ce que vous dites aussi sur la poésie classique et lyrique me ravit car on m’a reproché une écriture dont je revendique l’héritage : Sapho, Louise Labé, Christine de Pisan, Marie-Noël, Marceline Desbordes-Valmore, Anna de Noailles, Nathalie Barney, Renée Vivien, et tant d’autres. Je vous envoie une réponse faite à une enquête de Poezibao, il y a plusieurs années mais qui n’a guère eu de suites. Ce serait intéressant d’y revenir....


  


La question de l’écriture des femmes, de sa singularité, et de la place qu’on lui accorde dans la production poétique me taraude depuis l'époque de Sorcières* où nous en débattions dans les réunions de la revue et les groupes-femmes. C’est une chance que vous la reposiez car les réponses apportées ne sont jamais définitives. Je vais essayer maintenant d'en parler à partir de ma propre expérience.


Le milieu de la poésie, contrairement à celui des romans, est surtout masculin, les poètes et les éditeurs sont en majorité des hommes et, parmi ces derniers, certains semblent convaincus qu'il n’y a pas, ou si peu que ce n’est même pas la peine d’en parler, de femmes-poètes de qualité. Il existe parfois chez eux et chez d’autres cet a-priori : une femme ne peut pas être un grand écrivain... Au Marché de la poésie, il y a quelques années, j'ai même entendu soutenir par l’un des plus éminents qu’il n’existait pas actuellement de poète-femme intéressante, du moins dans la francophonie. Comment expliquer de telles affirmations ?

Jean-Pierre Sintive, qui n'est pas du tout misogyne, reconnaissait n'avoir que quelques femmes dans son catalogue des Éditions Unes quand il m'a publiée et lorsque je lui ai demandé pourquoi il m'a répondu sur la qualité des manuscrits reçus et son propre étonnement. Louis Dubost m’a avoué sa fierté d'avoir découvert pas mal de femmes poètes... Mais aucun des deux n’a répondu à la question d’une spécificité de l’écriture des femmes.

Les lectures m’ont apporté d’autres interrogations. J’ai découvert les réactions surprenantes de spectateurs-lecteurs s’émouvant qu'une femme puisse écrire une poésie du sens et du sensible, métaphysique et à portée universelle ; quelques-uns sont venus me féliciter comme si j'étais un phénomène ! Cela m’est arrivé plusieurs fois ces dernières années ! La poésie féminine est toujours suspectée de sentimentalisme, de plat quotidien, de mièvrerie... Dans les rencontres, on me pose régulièrement la question de l’existence d’une écriture féminine. On ne demande pas aux poètes masculins si leur poésie est masculine, elle a déjà sa légitimité en soi !



Tout cela est complexe et s’explique par l’histoire de la femme, par l’image que chacun s’en fait, par le genre de parole qu’on lui a accordé pendant des siècles. Le temps consacré à la création, quand il est possible, et même encore aujourd’hui, est vécu le plus souvent, par les femmes elles-mêmes et par leur entourage, comme du temps volé à la famille ou à la société. Ce n’est pas le cas pour les hommes à qui on reconnaît d’emblée la puissance de création et la place du créateur. Dans ces conditions, il est normal, pour revenir à votre question, qu’il y ait encore peu de femmes poètes de très grande stature. Elles sont au début de leur prise de parole poétique et autre. Il faut leur donner le temps de laisser leur nom dans la littérature en espérant que celle-ci continue à vivre et que leur voix ne soit pas encore, ou de nouveau, étouffée...

Le monde économique, politique, artistique, philosophique a toujours été fait par les hommes. Pendant des siècles, on a systématiquement empêché les femmes d'être éduquées autrement que pour satisfaire certaines fonctions biologiques ou occuper certains rôles sociaux, on leur a refusé de travailler, de s'instruire, de voter, de parler, de penser, de peindre, de sculpter, d'écrire et de publier. Il est normal qu'on en trouve peu dans les anthologies littéraires ou artistiques et dans les catalogues des maisons d'édition. Les choses commencent à changer en Occident depuis les années soixante environ mais les femmes sont encore partagées entre le désir d'avoir des enfants, les tâches ménagères, la nécessité de travailler pour une indépendance financière ; elles manquent de temps et les choix qu'on leur propose sont souvent impossibles à faire.

Pour ma part j'ai voulu avoir des enfants, m'en occuper vraiment, j'ai dû travailler à plein temps et forcément j'ai aménagé l'espace de la création en fonction de tous ces impératifs. Pendant l'enfance de mes enfants, le premier maternage, j'ai écrit mais d'une façon solitaire et souterraine. Le fait que j'écrive n'était pas pris en compte par mon entourage, avoir une chambre à soi ne va pas de soi et les résistances intérieures et extérieures sont grandes encore, j'ai donc attendu pour envoyer mes recueils d'avoir quarante ans ; avant j'ai publié en revues,— merveille de Sorcières qui accueillait la parole des femmes ! —, et en anthologies mais je n'avais pas le temps, la force aussi sans doute d'affronter le parcours éditorial. Un jour, plusieurs manuscrits terminés, les enfants grandis, j'ai senti que c'était possible, nécessaire, vital même et j'ai envoyé L'Autre Lumière aux éditions Unes car j'avais lu A. Pizarnik dans cette édition. J'ai eu beaucoup de chance avec Jean-Pierre Sintive, éditeur merveilleux qui m’a donné confiance par son absolue confiance en mon écriture. Plus tard sont venus Thierry Renard, Louis Dubost, Claude Rouquet et maintenant Jean Princivalle si accueillant.

L'histoire bouge, celle de la poésie des femmes a commencé il y a longtemps avec les grandes voix qui nous arrivent du passé. Elle sera encore longue avant qu'on accède à l'absence totale des préjugés et qu'on entende la voix des femmes aussi fort que celle des hommes. Quant à la question de la spécificité de leur parole et de leur écriture, je répondrai en disant que tous nous parlons et écrivons, traversés par un destin collectif et personnel, avec notre part charnelle et spirituelle, notre sexe, notre origine, notre culture et notre histoire petite et grande, avec et dans le bruissement du monde et de ses langues, mais aussi au-delà dans cet invisible qui fonde notre visible. Chaque voix poétique, homme ou femme qu'importe, est différente et irremplaçable, chaque poète apporte sa pierre à l'édifice humain.
Il y a et il y aura, de plus en plus nombreuses, de grandes poètes-femmes si nous parvenons à gagner notre liberté, notre vérité et notre reconnaissance d’être et de langage. Je l’espère car la poésie œuvre pour cet avenir et nous déborde**.

 

*Ndlr : revue

** Url. http://poezibao.typepad.com/poezibao/2006/10/enqute_de_poezi.html

 

*** Il s'agit de l'article suivant : «Voix contemporaines. Conversation entre Patricia GODI & Camille AUBAUDE à l'Université de Clermont-Ferrand Centre de Recherche sur les Littératures et la Sociopoétique (CELIS), 2012» (1ère partie) & « Voix contemporaines... 2ème partie »

 

 

Pour citer ce texte 


Sylvie Fabre G, « Réponse à la conversation entre Patricia Godi & Camille Aubaude (texte publié dans la Lettre n°2) », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-reponse-a-la-conversation-entre-patricia-godi-camille-aubaude-117449626.html/Url.http://0z.fr/2OWIY

 

Auteur/Autrice

 

Sylvie Fabre G, née à Grenoble en 1951, deux enfants, professeur de lettres à Voiron en Isère, publie depuis 1976. Elle  a été traduite en anglais, espagnol, portugais, grec, allemand et italien.

Sylvie Fabre G anime ponctuellement des ateliers d’écriture, participe à de nombreuses lectures, rencontres, expositions. Rédige des notes de lecture pour sites et revues. Elle aime travailler avec des artistes et pratique la photographie.

 

Bibliographie 

 

Livres publiés : aux Éditions UNES (L’Autre Lumière, 1995; La  Vie secrète, 1996; Le Bleu, 1997; Dans La Lenteur, 1998), aux Éditions PAROLES d’AUBE (Première Éternité, 1996), aux Éditions Le VERBE et L’EMPREINTE (L’Heureuse Défaite, gravures M. Pessin, 1997; Lettre de la mémoire, photos S. Bertrand, 2000; D’un mot, d’un trait, avec F. Cheng, 2005; Neiges, gravures M. Pessin, 2012), aux Éditions du FELIN, collection P. Lebaud-Kiron (L’Isère, 1999), aux Éditions VOIX D’ENCRE (Le Livre du visage, Lavis Colette Deblé, 2001), aux Éditions LE DE BLEU (L’Approche infinie, 2002); aux Éditions L’AMOURIER (Le Génie des rencontres, 2003; Quelque chose, quelqu’un, 2006; Frère humain, suivi de L’autre lumière en réédition, 2012), aux Éditions L’ATELIER DES GRAMES (Le passage, aquarelles Thémis, 2008), aux Éditions L’ESCAMPETTE (Les Yeux levés, 2005; Corps subtil, 2009), aux Éditions LE PRE CARRE (Deux Terres, un jardin, 2002; L’inflexion du vivant, 2011, De petite fille, d’oiseau et de voix, 2013)

Livres d’artiste : L’Autre Lumière (exemplaires de tête : peintures de Solange Triger), 1995; La Vie secrète (exemplaires de tête : photographies de Léopold Trouillas), 1996; Dans La Lenteur (exemplaires de tête : peintures de Solange Triger), 1998; Le Bleu, aquarelles de Maurice Rey, éd. Unes 1997; L’île, livre manuscrit peint par Anne Slacik, 1997; Monographie Jean-Claude  Bligny, Poèmes, 1995; La Fugitive, gravures de Mariette, éd. La maison de Mariette, 1996; Le Visage, collages de Sylvie Planche, 1997; Icône de la femme, dessins de Colette Deblé, 1998; Lettre horizontale pour Bernard Noël, aquarelle de Frédéric Benrath, 2000; Le Scribe, éd. Le Verbe et l’empreinte, gravures et estampages de M. Pessin 2001; Lettre du bleu, livre manuscrit peint par Anne Slacik, 2002; Nous avons ce destin d’être appelés, éd. Le Verbe et l’empreinte, gravures de M. Pessin 2003; Les excès du présent, photographies accompagnées de poèmes de M. Benhamou,  2003; La mesure, l’infini, livre-objet avec dessins, encre, collage de Juan Frutos, 2003; Gran Corpas, éd. Mains-soleil, peintures de F. Rebeyrolle, collages peints de L. Ronda-Diaz (2004); Quelque chose, quelqu’un,  éd. Urdla, 4 gravures de F. Benrath 2004; Lettre du geste, accompagnée de poèmes de F. Cheng et de gravures de M. Pessin, œuvre collective 2005; Sur le front pur de la toile, livre manuscrit peint par Anne Slacik 2005; Les yeux levés, livre manuscrit peint par Fabrice Rebeyrolle 2006; Carnets, dessins d’I. Raviolo 2006; Les hirondelles, encres de Guerryam, 2006; Ce qui se passe en nous, peintures de F. Rebeyrolle, éd. Mains soleil, 2007; Enfant mon inconnu, livre-objet de Mariette 2009; Voix d’extinction, photographies d’Éole, 2011; Neiges, gravure de M. Pessin, éd. Le verbe et l’empreinte, 2011; L’envol, c’est un pays, encres de C. Margat, éd. Les Cahiers du museur, 2011; Feuille à feuille, encres de Guerryam, 2012; En langue d’oiseau, Peintures de Guerryam,  éd. Les Cahiers du museur, 2012; La solitude est une apothéose, Photographie de Berthe, éd. Le Verbe et l’empreinte, 2012

 
Catalogues :   Ta peau d’homme, pour Fabrice Rebeyrolle, 2003; Lettre du regard, pour Anne Slacik, 2001; Un seul voyage, pour Anne slacik, 2002; La Maison de Mariette, pour Mariette 2002; L’habité, pour Francis Helgorsky 2OO3; Gran Corpas, pour Fabrice Rebeyrolle et Leon Ronda-Diaz; Le chant fragile, pour Isabelle Raviolo 2007; Lettre de la traversée, pour Frédéric Benrath 2007; Tout ce que je peins c’est moi, pour Berthe, 2009; Pays perdu d’avance, pour Fabrice Rebeyrolle, 2011; Encore un jour à regarder le ciel, pour Fabrice Rebeyrolle, 2013  

 

Publications en revues depuis 1976 : Sorcières (Lieux, Désir, La Mort, La Saleté, Enfant, Nouvelles et autres, notes de lecture dans différents numéros de 1976 à 1981), Aube-Magazine (Italianités, La Parole lumineuse, Chant de bataille, Tout ce qui brille, Sida de 1980 à 1990), Voix d’encre (La rencontre, D’amour et de nuit), acchanales (numéro 6 et La Mer entre par la porte), Arpa (numéros 60, 69,75), L’Arbre à paroles (Belgique : De la mort à mourir, Pour rencontrer le paysage, D’elle, Des mots, Des ailes, Mimy Kimet, L’œil au balcon 1995-2002), Le Journal des poètes (Belgique :  97), Aires (Déchiffrement), Poésie-Rencontre (98, 02), Lieux d’être (Un peu d’elles, Nuits, Correspondances, Le bonheur existe 1999-2005), Poésie 98 (Fleuves), Le Croquant (juin 98), Poésie en voyage (La Porte : Le livre, L’entre-deux, Lettre horizontale), Sémaphore (CIDELE 2002,2003, 2004), Midi (2000-2OO3,2004, 2005), Verso (2003), Cahiers de la Mapra (Lyon 2003), Liberté (Québec), Versodove (Italie), Hablar, Falar de poesia (Espagne, Portugal), Les Cahiers de la danse, Lyon capitale, Coup de soleil (58, 60), Le Nouveau Recueil (Modernes élégies, 2005), Nunc (2005, 2009), Estuaire (2006, Le chant des villes : Québec), Lieux d’être (2006), Thauma (Éros, 2007, Le corps 2008, La joie 2009), Serta (Espagne : Une tâche terrestre, Pour Fabio Scotto, 2007), Il Segnale (Italie, Milan : Les yeux levés traduction F Scotto 2008), Lieux d’être (la solitude 2008), Diérèse (inédits, 2009, 2010), Ca presse (URDLA, 2009), Thauma (Oiseaux, 2010), Lieux d’être (Pour le plaisir 2010), Nunc (20 et 22, 2011), Thauma («  L’air » 2012), Europe (993 et 995, 2011 et 2012), Thauma « Patience » 2013, Diérèse N. (Diéterlé, 2013), Coup de soleil (2013)
 
Publications en anthologies depuis 1980 : Anthologie 80 (éd. Le Castor astral 1980), Paroles de poètes, éd. Le Dé bleu, 1985, Anthologie amoureuse, éd. Paroles d’aube, 1989, Chartreuse, corps mystique, Guide Gallimard, 2002; Samizdat, éd. Le Pré carré, 1999; Une saison en poésie (A Dhôtel, éd. BMCharleville-Mézières 2001; Poétri, éd. Autrement 2000; Anthologie S. Stétié, éd. Blanc Silex, 2001; Sept écrits de femmes, éd. CIDELE, revue de Sémaphore 2003; Ecriture de femmes, éd. Poésie rencontre 2003; La coupure du parc, éd. Tarabuste 2004; Ce que disent les mots, P. Maubé, éd. Éclats d’encre 2004; 111 Poètes en Rhône-Alpes, éd. Maison de la poésie-Le Temps des cerises, 2005; Rumeurs de ville, éd. Le Certu Lyon, 2005; Le jardin de l’éditeur, éd. L’Amourier 2005; Mémoires d’eau, Bacchanales, 2006 ; Dans le privilège du soleil et du vent, pour saluer R. Char, éd. La passe du vent, 2007; Voix du Basilic, entretiens avec Alain Freixe, éd. L’Amourier 2008; Rêver Québec, éd. L’Arbre à paroles, 2008; L’année poétique (Seghers 2009); Anthologie émotiviste de la poésie francophone, éd. Le Nouvel Athanor, 2009; Couleurs femmes, éd. Le Castor astral 2010; Au nom de la fragilité, éd. Erès 2010; Pays perdu d’avance, éd. Voix d’encre, 2010; Nuovi poeti francesi, éd Einaudi, 2011 ( Italie); Das Fest des Lebens, éd. Verlag Im Wald, 2011 (Allemagne); Rousseau au fil des mots, éd. La Passe du vent, 2012; Éros émerveillé, anthologie Poésie Gallimard, 2012-04-25; Pas d’ici, pas d’ailleurs, anthologie de la poésie féminine francophone, éd. Voix d’encre, 2012; Voix de la Méditerranée, éd. La Passe du vent, 2012; Calendriers de la poésie francophone (2007, 2008, 2009, 2010, 2011, Alhambra Publications)

 

Publications dans des périodiques numériques et des sites : Poezibao (Anthologie, notes de lecture, entretiens…), Terres de femmes (Anthologie, notes de lecture, chroniques, critique artistique…), Printemps des poètes (Anthologie, inédits…), Présente dans Libr’critique, Recours au poème, Poésie maintenant, Bleu de terre, Le Matricule des anges, France–Culture, La Cause des causeuses, Revue Europe, Revue Le Nouveau Recueil, le Basilic…   
Traduction : Quell’andarsene nel buio dei cortili, Milo De Angelis (éd. Mondadori), S’en aller dans le noir des cours  (Publication de poèmes choisis in Thauma et Europe, et sites), 2011
Distinctions : Bourse d’encouragement du Centre national du livre (1997), bourse de création du Centre national du livre (2003)

 

    

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