23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

 

Avant-première

 

 

  Quatre poèmes inédits


& extraits de son recueil Très 1900 à paraître



 

La minute,  La planche,  

 

 

 

Leçon & Papillons de nuit 

 

 

 

 

Armelle Leclercq


 

 

 

La minute


 

 

À la gare d'Eifukucho

Qui mène à Shibuya,

Place où l'on traverse dans tous les sens

 

Mais en files diverses,

Tricotant une étoffe complexe et éphémère toutes les cinq minutes

Quand le gong du feu vert se met en branle,

 

Et qui se fige piétons dès qu'il passe au rouge

 

Discipline rendant seule la circulation viable –

À la gare d'Eifukucho,

Je regarde sur une publicité la minute :

 

On dirait bien une danseuse,

Le corps triangulaire de la robe,

Les deux jambes, l'une s'arrondissant, l'autre sur une pointe.

 

La minute est une gamine de Degas.

 

Ah, valse, valse, petite minute,

Comme les jambes des piétons que je croiserai bientôt

Après le trajet en express,

 

Ah, valse, valse, petite minute

Dans le temps compacté

Des migrations pendulaires.

 

 

 

 

La planche

 

 

 

Faire la planche

Sur une plage de Zushi

Le Pacifique fond de baie est plane,

Les estivants aoûtiens repartis,

On entend crisser les cigales au bosquet de pins,

Seule une troupe de gosses s'affaire,

Piquets et seaux.

 

Faire la planche, c'est

Danser entre terre et ciel,

Voir s'effilocher un nuage,

Tournoyer cinq oiseaux lesquels ?

En groupes, 2 et 3,

Balançant en une valse irréelle

Loin là-haut on dirait des cerfs-volants.

 

Faire la planche

Ou se régler très exactement sur les pulsations du lieu,

Se laisser prendre par la plus infime vaguelette,

Bras en croix, étreindre la brise,

Vers le fond sablonneux émettre son ombre physique

À travers laquelle filent des alevins

Peut-être une microscopique méduse : il y a eu un contact piquant.

 

Faire la planche, c'est glisser dans ces dix quinze vingt centimètres d'eau très chaude sous la surface,

 

Devenir l'onde

Ou le varech,

Infiniment s'étendre,

S'infiniment détendre,

Jouir du flux, du reflux,

Juste oreille-de-mer

En totale symbiose avec les contractions du monde.


 

 

Leçon

 


 

Échappant à la noyade

 

Comme à la grenouille,

 

Si agile,

 

Par les saisons, phasme,

 

Le sage danse sur l'eau.

 

 


Papillons de nuit

 


 

En socques et yukatas,

Maniant – occasion – l'éventail en plastique,

Les danseurs font le tour du bassin,

Paraissant happés par les lumières :

Fête des morts, fête des lanternes,

Etonnamment joyeuse est la musique O-bon-Odori,

Dynamique,

Et les mouvements de la population

Venue après visite aux tombes familiales,

D'une légèreté, d'une souplesse exemplaires.

Se mélangent tous les âges :

Habillées façon traditionnelle, des lycéennes

Leurs gestes sont hésitants ;

Pour marquer l'instant, elles se photographient avec leurs portables –,

Parfois des mêmes teintes vêtues, des dames plus âgées mais prestes

Elles dans la danse lèvent les bras telle une volée de papillons –,

Avec leurs couleurs brunes, marines,

Semblables à des hérons

Sur leurs socques des hommes superbes.

Toutes les strates de la population dans la danse tournoyante se lancent

Rythmée par les joueurs de taïko, ce tambour qu'on manie façon art martial à grands gestes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

 

Armelle Leclercq, « La minute », « La planche », « Leçon »  & « Papillons de nuit »      , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai en  2012.

URL.  http://www.pandesmuses.fr/article-poemes-leclercq-103291417.html  ou URL. http://0z.fr/XujJY

 


 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

 


http://www.m-e-l.fr/armelle-leclercq,ec,935

 

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/03/anthologie_perm_10.html

 

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2007/03/prsentation_dar.html

 

http://cema.univ-paris3.fr/armelle_leclercq.htm

 

 

 

 

Auteur(e)

 

 

 

Armelle Leclercq

 

Née en 1973, médiéviste, Armelle Leclercq a publié deux recueils, Pataquès (Comp'Act, 2005) et Vélo vole (Lanskine, 2008) et participé à l'anthologie 49 poètes, un collectif, éditée par Yves di Manno (Flammarion, 2004). Certains de ses poèmes ont été traduits en anglais et en slovaque dans la revue Ars Poetica (Bratislava, 2006).

Elle a fait en 2010 une résidence d'écriture à la Maison Jules-Roy pour terminer un troisième recueil, Très 1900. Les poèmes cités au-dessus sont tirés de cet ouvrage en cours d'achèvement dont les quatre poèmes sont, plus précisément, extraits de la section "Equinoxiales", inspirée par le Japon où elle vient de vivre durant deux années). 

 

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Le Pan poétique des muses - dans n°1|Printemps 2012

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