1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Article

 

Promenade poétique dans

 

 

 

les jardins d'Hanne Bramness


 

(biographie, présentation et extraits traduits)

 

 

Anne-Marie Soulier

Poèmes extraits reproduits avec l'aimable autorisation

de l'auteure et des éditions du Murmure

 

L'arbre du bonheur

©Crédit photo : L'arbre du bonheur image prise en 2007 par Anne-Marie Soulier

 

Biographie

 

 

   Née le 3 avril 1959, Hanne Bramness est l’un des poètes norvégiens les plus importants de sa génération. Après un séjour en Angleterre dans les années quatre-vingts, elle vit à présent entre la Norvège et Berlin avec son mari, l’écrivain Lars Åmund Vaage.


   Son premier recueil de poèmes, Korrespondanse, publié en 1983, sera suivi d’une œuvre extrêmement riche, puisque sa bibliographie comprend également des recueils et des romans pour la jeunesse, ainsi que de nombreuses traductions d’auteurs très divers (Sylvia Plath, Denise Levertov, Selima Hill, William Blake, l’Indienne Kamala Das, l’Estonienne Marie Under, sans compter plusieurs recueils de poèmes japonais et chinois du passé).

   

Elle a obtenu en 1996 le Prix du Club de Poésie Norvégien pour ses traductions, et en 2006 le très recherché Doblougspris, décerné par une académie suédoise.

 

Parmi ses propres recueils de poèmes :


- I sin tid (« De son temps »), 1986

- Nattens kontinent (« Le Continent de la nuit »), 1992

- Revolusjonselegier (« Élégies de la révolution »), 1996

- Regnet i Buenos Ayres (« la Pluie à Buenos Ayres »), 2002

- Salt på øyet (« Du sel dans les yeux »), 2006

- Det står ulver i din drøm (« Il y a des loups dans ton rêve »), anthologie, 2008

- Uten film i kameraet (« Sans film dans l’appareil »), 2010

 

 

Présentation



   Le vocabulaire extrêmement riche d'Hanne Bramness est comme apprivoisé par sa prédilection pour les formes courtes. La plupart de ses textes tiennent sur une page, beaucoup se contentent de quelques lignes pour délivrer au lecteur un message extrêmement dense, à l’image de ces brefs poèmes extrême-orientaux avec lesquels elle se sent si manifestement en parenté.

 

« Délivrer » est bien le mot qui convient ici : avant de parvenir au lecteur, les textes semblent avoir mûri longtemps, dans un univers très lointain, essentiellement visuel, où la mémoire semble engagée dans un corps à corps avec un univers fantastique dont elle interroge sans merci les visions tout en le nourrissant de ses propres images. La syntaxe est généralement simple, malgré les phrases hachées par une versification comme dissoute dans le rythme de cette « solitude en mouvement ». Bribes de réalité, présences irréelles se succèdent en d’imprévisibles fondus enchaînés, les lignes dérapent, la typographie semble céder à une émotivité invincible. Les phrases ne se termineront pas nécessairement par un point, mais peut-être par un nouveau retour à la ligne, inauguré malgré tout par une majuscule qui chaque fois imprime au lecteur une petite secousse, comme pour lui rappeler d’être « celui qui veille », celui qui consent à ces turbulences, celui qui, même aux prises avec les loups de ses propres rêves, tout simplement est là.

 

Que l’écriture puisse se passer de tout autre support qu’elle-même, voilà qui est confirmé dans le dernier recueil à ce jour, Uten film i kameraet. Malgré l’abandon apparent de la poésie pour une technique plus « prosaïque », point n’est besoin de « film dans l’appareil » : images signées de noms prestigieux ou archives de sa propre mémoire, il ne s’agit pas pour le poète de « décrire » des photos, mais bien de les « écrire », de les « développer », de leur servir de « révélateur ». D’un art à l’autre, d’une forme à l’autre, les mots sont les mêmes, les mots ne trompent pas, c’est leur miroitement qui fait battre des cils à celui qui s’éveille.

 

   L’œuvre poétique d'Hanne Bramness est éditée et publiée par Cappelen-Damm, Oslo. Les extraits suivants sont tirés de l’anthologie Trois poètes norvégiens, textes recueillis et traduits par Anne-Marie Soulier, éditions du Murmure, Dijon 2011.


 

  

Poèmes extraits traduits du norvégien

 


 

Vannliljesorg

 

Men når isen

legger seg på tjernet

er den svakest

ved kantene av bladene

 

Chagrin de nénuphar

 

Mais lorsque la glace

s’étale sur l’étang

c’est au bord des feuilles

qu’elle est la plus faible

 

 

 

Lupin

 

Når forandres planten til ugress?

Når presses den ut i veikanten

forvist til å vandre?

Det er slutten av juni

og lenge siden lupinen

sto ved solvarme husvegger

og kastet blå skygge

 

 

Le lupin

 

À quel moment une plante devient-elle mauvaise herbe ?

À quel moment la repousse-t-on au bord du chemin

exilée, errante ?

C’est la fin du mois de juin,

longtemps après que le lupin

debout contre les maisons tièdes

a jeté ses ombres bleues

 

 

 

Iris

 

Oppstått i tanken

så rett og slank er den nesten abstrakt

men ikke perfekt

for ingenting perfekt er vakkert

Det nattblå øyet

med gul signatur

 

L’iris

 

Surgi dans la pensée

droit et svelte, presque abstrait

mais non parfait

car perfection n’est pas beauté

Cet œil bleu nuit

signé de jaune

 

 

 

Pioner

 

Vinden feier inn i hagen

med regnet i hælene

Uværet er på vei

vinduer og dører slår

Pionene bøyer de tunge hodene

blussende

mot den våte bakken

 

 

Les pivoines

 

Le vent balaie le jardin

la pluie sur ses talons

L’orage est en route

battent portes et fenêtres

Les pivoines penchent leurs têtes lourdes

rougissantes

vers la pente trempée.

 

 

 

Rose

 

I alle hager fins en rose

lik den røde munnen til et barn

som former ord for seg selv

og smil av det slaget

som er helt uten ærend

 

 

La rose

 

Dans tous les jardins se trouve une rose

semblable à la bouche rouge d’un enfant

qui forme des mots pour elle-même

et cette sorte de sourire

qui ne s’adresse à personne

 

 

Perspektiv

 

Får du plass til sola

i en skje

kan blåbæret

dekke månen

 

 

 

Perspective

 

Fais de la place pour le soleil

dans une cuiller

et la myrtille pourra

cacher la lune

 

 

 

Pour citer ce texte 

 

Anne-Marie Soulier , « Promenade poétique dans les jardins d'Hanne Bramness (biographie, présentation et extraits traduits) » (poèmes extraits reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteure et des éditions du Murmure, cf. Trois poètes norvégiens, textes recueillis et traduits par Anne-Marie Soulier, éditions du Murmure, Dijon 2011) , texte illustré par des photos fournies par A-M. Soulier, Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-promenade-poetique-dans-les-jardins-d-hanne-bramnes-118225793.html/Url.http://0z.fr/YGWQ7 

 

Auteur(e)


Anne-Marie Soulier, née à Lunéville, elle a d’abord longtemps vécu à l’étranger (Allemagne, Algérie, Norvège, Angleterre…) avant de choisir Strasbourg. Titulaire entre autres d’un diplôme de Sciences Politiques, d’un doctorat sur le théâtre d’Eugene O’Neill, d’un diplôme de langues et littérature norvégiennes de l’université d’Oslo, sa carrière de Maître de conférences d‘anglais à l’université de Strasbourg s’est poursuivie à l’université de Hangzhou (Chine) de septembre 2007 à janvier 2008. Depuis 1989, nombreuses publications en revues françaises et étrangères (Décharge, Friches, Froissart, Jalons, La Revue Alsacienne de Littérature, L’Encrier, L’Arbre à Paroles, Autre Sud, Dans la Lune …). En septembre 2006 elle a été invitée au Festival international de poésie de Trois-Rivières (Québec), en septembre 2007 au Festival international de la Rivière des Perles (Canton)

Parmi ses recueils de poèmes  

Eloge de l’Abandon, Chambelland, 1994.

Bouche, ris !  recueil de textes sur des huiles de Marie Jaouan, mis en musique pour chœurs d’enfants par Coralie Fayolle, créé en avril 1997 à la Cité de la Musique de Paris.

Patience des Puits, Éditinter, 1998.

Dire tu, éd. Lieux-Dits, 2003.

- Je construis mon pays en l’écrivant, et Carnets de doute et autres malentendus, livres d’artiste avec le peintre Germain Roesz, éd. Lieux Dits, 2007.

Entre Temps, textes d’un spectacle musical pour nonette de jazz et 3 voix de femmes, musique de Sylvain Marchal, mise en scène de Chiara Villa, 2009.

Nombreuses lectures avec musiciens et dans des ateliers d’artistes.

Traductions du norvégien  

La Pluie en janvier, recueil de traductions du poète norvégien Øyvind Rimbereid, 2003,  éditions “bf” à Strasbourg.

Trois Poètes norvégiens, présentation et anthologie, éditions du Murmure, 2011.

Le Blues du coquillage, poèmes pour petits et grands de Hanne Bramness, PO&PSY 2013.

- Dossier « Poètes norvégiens » paru dans Décharge n°154 (juin 2012)

Traductions du chinois (en collaboration avec l’auteur) : Dans l’océan du monde, recueil de traductions de Cai Tianxin, L’Oreille du Loup, Paris, 2008.

 

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