25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 11:09

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

Qu’est ce qu’elle a à me regarder

 

comme çà, la bourge ?

 

 

Sylvie Troxler

 

 

© Crédit photo (illustration à venir)

 

 

 

Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ?


 

J’suis pas un chien tout de même !

D’accord, j’ai tout qui pend !

Des pis vides qui ballottent sur mon nombril, à la place des seins,

une panse pleine de plis qui retombe sur mes cuisses, à la place du ventre,

les cuisses comme des os entourés de gélatine, et les bras, quand je les écarte, comme des ailes de chauve- souris !

Eh oui, c’est moche, le corps d’une vieille, tout rabougri, tout desséché. Comme son cœur d’ailleurs.

À force de plus rien recevoir, plus un baiser, plus une caresse, plus un sourire – pourtant, on paye pas d’impôts sur les sourires, à ce que je sache ! – eh bien, on se durcit. On donne plus rien non plus. On râle, on se plaint, on crache.

Pour les médecins, on est des cas, pour les infirmières, des numéros, et pour tous ceux qui s’occupent de nous, des emmerdeurs.

Alors, on finit par ressembler à des branches calcinées et on devient méchant.

Depuis 3 jours, je suis nue sous ma blouse.

Pourtant, j’avais bien des habits quand le Samu m’a cherchée. J’étais même en chemise de nuit, en train de faire ma toilette dans la salle de bain. Je suis tombée, après, je sais plus.

En arrivant ici, on m’a mis une sorte de sac de coton bleu, ouvert derrière pour que j’ai les fesses à l’air. C’est plus pratique pour les couches !

Car maintenant, en plus, je me fais dessus ! Pas assez de personnel pour me lever quand je sonne ! Ça les arrange, sauf que ça pue. Et je me sens vraiment dégueulasse.

Déjà que j’ai plus de dents ! Ils ont perdu mon dentier. C’est pas grave, qu’ils disent, je mange que du mixé.

L’aide-soignante me gave, elle me parle comme à un bébé. Je comprends rien, pourtant elle crie. Elle vient de Belfort, alors….. ! Le français, c’est pas mon truc. En primaire, je me débrouillais plutôt bien, j’étais même la première.

Mais dans ma tête tout fout le camp. Et puis, je suis dans le cirage. Ils m’ont accroché une sonde à oxygène dans le nez, une perfusion dans le bras droit et une attelle à la main gauche.

Je me demande ce qu’ils me mettent dans la purée, c’est contre la douleur, je suis sonnée.


 

Ma voisine me toise de ses grands airs, tu crois qu’elle me dirait un mot ? Rien, même pas un bonjour le matin !


 

On devrait mettre les vieux avec les vieux à l’hôpital. C’est pas bon pour mon moral de voir une jeunesse.

Et pour elle, je suis qu’un cadavre ambulant. J’ai la mort qui sort de tous les trous. Ça me rappelle ces tableaux de la salle d’attente du Dr Knopf – ah, j’ai retrouvé son nom, c’est bon signe –, que de squelettes, même les fleurs elles avaient l’air d’être crucifiées. J’ai jamais su qui avait peint ça, il parait que ces horreurs se vendent des millions…


 

Parfois, je tourne la tête vers elle, juste pour l’observer. Elle a de ces seins, des vrais ballons, je suis sûre qu’ils sont refaits.


 

Les miens, on aurait dit des petites pommes bien rondes. Mon cousin Germain qui savait y faire avec les filles les prenait dans sa main pour les soupeser. Un jour, ma mère nous a surpris dans la grange. Elle l’a chassé avec sa faux, et moi, j’ai pris une de ces raclées ! « T’es qu’une catin, Emma » qu’elle a hurlé. Il se trouve qu’Émile l’a appris. P’t’être ma sœur Lili qui a cafté. Elle a toujours été jalouse. Elle le voulait le Germain. Il me trouvait plus jolie. J’étais la petite dernière, de dix enfants, six garçons, quatre filles.

Ni belle ni laide, mais j’avais un truc qui faisait rêver les garçons : une auréole de boucles blondes douces comme du coton, qui prenait le soleil aux premiers rayons.

Émile, il caressait ma tête en murmurant: « Bisch mi Sunnastrissel, Emmala ». (Tu es mon rayon de soleil, petite Emma.)

Émile et moi, on est nés le même jour, de la même année, dans le même village. Tous y voyaient un signe. Il fallait bien qu’on nous marie !

Mon nom, c’est Emma Baum, d’abord c’était Fritsch. Je suis née le 23 mai 1919, à Pfurstersheim. ca me fait dans les 89 ans, je crois, ou alors….99 ??? Oh, puis zut, vous avez qu’à compter.

Mon père Armand est mort de ses blessures de guerre. Trois balles dans la hanche, ça vous tue pas un homme, mais ça vous emporte petit à petit. Gangrène, amputation et puis le cœur qui finit par lâcher. À trente-huit ans, ma mère s’est retrouvée seule pour nous élever. Enfin, avec mes frères. Ils travaillaient tous. Y en a un qui s’est pendu. Au plafond de la salle à manger, avec sa cravate. Il avait vingt ans. Alfred. On n’a jamais su pourquoi. Ma sœur Lili est morte de la leucémie, à dix-sept ans, un si joli brin de fille. Hélène, ma gentille Hélène, de la tuberculose, l’année suivante.

Lucien est tombé à Tambov. Et Joseph est parti d’un cancer des poumons, il fumait ninas sur ninas, on lui avait pourtant dit de s’arrêter. C’était en mai 68, ça je m’ en souviens, qu’est ce que ça bardait à Paris ! J’aurais bien aimé monter sur les barricades et lancer des pavés sur les CRS en chantant l’Internationale ! « C’est la lutte finale, groupons nous et demain l’ Internationaaaale, sera le genre humain ! » Formidable, ma mémoire n’a pas flanché sur celle là !

Les autres, je sais plus. Y a plus que moi qui suis en vie.

Dans quinze jours, j’ai quatre-vingt-dix ans. Ou cent ?

Il y aura une fête à la maison de retraite. Le maire viendra m’apporter des fleurs et des rochers en chocolat. Ça fait trente ans qu’il est maire et trente ans qu’il m’apporte des fleurs et des rochers en chocolat. C’est comme en Iran, y a qu’un seul candidat et il obtient 99% des suffrages !

Je l’ai connu en culottes courtes, le Gérard. C’est le fils de la Gertrude. On sait pas trop d’où il vient. Elle était grosse quand elle a épousé le Georges. Il se pourrait bien qu’elle l’ait fait avec un boche. Moi, ça m’est bien égal ! Et ça n’a empêché personne de voter pour lui. C’est un bon maire. En trente ans, jamais un containeur ni un panneau sur mon trottoir. Ma rue en parfait état, le passage piéton refait quand il le faut. Poli, gentil, propre sur lui, de droite mais pas trop, juste ce qu’il faut pour obtenir les subventions et les visites de notre cher ministre, Jean Marie. Et puis, ils parlent tous alsacien à la mairie.

Gardez ça pour vous, c’est moi qui barrais son nom sur mon bulletin de vote. J’écrivais Georges Marchais par-dessus, même après la mort de Georges, parce que Gérard Mayer et Georges Marchais, ça fait GM ! Eh oui, je suis communiste, de père en fille, j’ai ça dans le sang. J’étais amoureuse de Manoukian. Quel courage, quel panache, quel physique !!! Oh la la, je m’emballe, voilà que je fais de la tachycardie !

Où j’en étais ? Ah oui, ma fête !

Cette fois-ci, ils m’ont demandé de réunir toute ma famille.

C’est qui ma famille ?

J’ai qu’une fille, Janine. Les autres, je les ai fait passer. Ma mère, elle m’engueulait : « J’en ai eu dix, tu veux faire comme moi ? Ça suffit bien, une fille! » À chaque grossesse, elle m’emmenait chez sa copine, Lina. Un coup d’aiguille à tricoter, et hop, on n’en parlait plus ! Sauf que la troisième fois, j’ai failli y rester. Remarque, après, j’ai plus jamais été enceinte.

Il préférait çà, Émile. Il me montait dessus quand il voulait, j’avais plus peur. Sauf que je sentais plus rien.

Émile, c’était un brave gars. Un bon boulanger, travailleur. Il me ramenait sa paye chaque semaine. Il gardait juste de quoi s’offrir un pichet de blanc au bistrot après le boulot.

Parfois, il marchait plus droit quand il rentrait. Ça me dérangeait pas, ces jours-là, il me foutait la paix.

 

Sauf les jours de pleine lune ! La lune lui montait à la tête, plus que le vin. Alors, il se mettait à gueuler et il hurlait, comme ma mère : « Emma, t’es qu’une catin ! » Un soir, il a voulu me frapper, j’ai pris le couteau de cuisine, et je le lui ai planté sur la gorge. « Si tu lèves encore une fois la main sur moi, je te saigne comme un cochon ! » Mon père était boucher, il savait que je plaisantais pas ! Il a jamais recommencé !

On a repris la maison de son oncle, une petite ferme à colombages, on vivait bien.

Lui, il bricolait, moi, je m’occupais du jardin, surtout des fleurs. Ma spécialité, c’étaient les géraniums. Chaque été, j’étais dans le journal : le premier prix des maisons fleuries de Pfurstersheim, c’était moi, Emma Baum !


 

Ma voisine se penche vers moi. Qu’est ce qu’elle me veut ? J’entends rien, ils ont oublié mes prothèses à la maison.

Le voyant rouge s’est allumé, voilà l’infirmière : « Alors Mme Baum, on arrache sa sonde ? Voyons, il faut être sage, vous avez l’air bien agitée. Et il parait que vous parlez toute seule ? »


 

Je savais bien qu’elle allait me dénoncer, je peux même plus me raconter mes souvenirs.

Ma fille, quand elle vient, elle parle pour moi. Évidemment sans dents, tout ce que je dis devient de la bouillie. Je la laisse divaguer, je fais juste oui ou non de la tête. De toute façon, elle comprend rien. On s’est jamais entendues, avec Janine. Elle est partie de la maison à seize ans. En Hollande ! Émile, il lui a pas pardonné. Elle est revenue deux ans après, avec un grand gaillard aux cheveux blonds, tatoué de partout, genre Vicking vous voyez, enceinte jusqu’aux yeux. Une fille qu’elle a eue. Céline. Ou … Catherine ?

Le père, il connaissait pas un mot de français, ni d’allemand, on aurait dit qu’il éructait quand il ouvrait la bouche. Il fumait des cigarettes bizarres qui empestaient toute la maison, on avait beau aérer, l’odeur de fumier restait accrochée aux rideaux ! Et il passait ses journées au lit, avec Janine ! Ils ont vécu chez nous pendant six mois, et puis Émile les a foutus à la porte. On a gardé la petite. Le Hollandais, il est rentré chez lui, « Gotverdamm », qu’il a dit, – ça je l’ai compris sans problème –. Janine, elle a trouvé un boulot à Strasbourg. Serveuse qu’elle était. Elle revenait le dimanche pour voir sa fille.

La petite, elle l’aimait bien son grand-père. Parfois, il l’emmenait à la boulangerie. Il lui montrait le fournil et lui offrait un petit pain au lait ou un Streussel. Elle revenait les joues en feu, et la tête pleine des légendes de lutins qu’il lui avait inventées.

Une belle blondinette, aux yeux bleus comme des myosotis, bien gentille, facile à élever.

Pas comme sa mère qui passait son temps à brailler.

Un soir, Émile il est pas rentré du bistrot. On me l’a ramené sur une civière. Crise cardiaque.

À cinquante-neuf ans, comme son père. Je lui avais dit d’aller voir un médecin, il s’essoufflait drôlement dans les escaliers. Même qu’une nuit, il s’est réveillé, le visage carrément violet. Mais il était têtu comme une mule : « C’est pas à mon âge que j’irai chez le toubib ! » qu’il répétait. Voilà où ça l’a mené ! À la tombe !

Ensuite, Janine elle s’est mise avec une espèce de maquereau. Valait mieux qu’il voit pas ça Émile ! La chemise ouverte sur un torse velu, des chaînes en or partout, et une voiture de sport. Une ??? Mazzerati, ça existe çà ? Vous croyez que ça gagne autant un patron de pizzeria ? Moi, je vous le dis, il était dans la mafia, le Paulo ! Il venait de Calabre, ce sont les pires, non ?

Janine, ses jupes devenaient de plus en plus courtes, ses cuisses de plus en plus grosses, et son rouge à lèvres de plus en plus dégoulinant. J’en ai eu assez de les voir chez moi, j’avais trop honte, vous comprenez, ça jasait dans le quartier.

Un dimanche, on s’est disputés, ils ont emmené la petite, et ils l’ont mise en nourrice, même la nuit. Au Neuhof, chez une Algérienne !! Vous vous rendez compte, ma pauvre Miggala : elle passait des géraniums, de la choucroute et du Jesus Gott aux cours des cités, au couscous et à l’Inchallah !

Je suis restée seule dans ma maison, à m’occuper de mes fleurs et à me rappeler du bon vieux temps.

Jusqu’au jour où j’ai commencé à perdre la tête. Je partais en course sans savoir pourquoi, je fermais plus le gaz, ni les robinets. Un soir, j’ai plus su rentrer chez moi. Je me suis perdue, c’est le boulanger qui m’a ramenée.

Janine, elle a eu peur que je fasse sauter la baraque. Alors, elle l’a vendue et ils m’ont mise dans une maison de retraite.


 

Ça s’appelle « la Joie de Vivre », quel programme ! Que des gâteux ou des timbrés.

En bas, c’est « la Maison bleue ».C’est peint en bleu, il parait que ça calme.

« C’est une maison bleue, adossée à la colline, on y vient à pied, lalalala, » c’était Maxime Le Bois qui chantait çà, vous vous souvenez ?

Ici, c’est le niveau des fous, « des démences séniles » comme ils disent pour faire plus chic. Là où on vous attache dans votre lit, où il y des barrières partout et où ça hurle nuit et jour.

Au premier, ça s’appelle « la Vie en Rose ». Celle-là, je vous la chante pas, tout le monde connaît. C’est d’Édith Moineau, non, euh Édith comment déjà ?

Ils ont mis du rose partout, parce que c’est bon pour le moral. Cause toujours !

C’est l’étage des gens comme moi, des « Anciens », – on n’a plus le droit de dire vieux, c’est une injure, comme nègre ou juif – ceux qui parlent encore, qui tiennent debout avec des béquilles ou qui savent manier leur fauteuil roulant.

Tiens, j’ai une idée pour l’animatrice : on pourrait jouer aux auto-box dans les couloirs, ça mettrait de l’ambiance !

Y a que des femmes, à part Charles, la coqueluche de ces dames. Elles se battraient pour être à sa table ou faire une partie de cartes avec lui. C’est vrai qu’il est plutôt beau garçon : soigné, bien mis, distingué, un vrai gentleman.

Je vous raconte pas la bousculade le jour de la fête de Noël ou du 14 juillet. Heureusement qu’il y a le directeur et les pompiers pour nous inviter à danser. Charles y laisserait son pace- maker et sa prothèse de hanche !

Moi, j’ai un faible pour notre jeune docteur. Je l’appelle Émile pour simplifier.

Il a un air à la Gabin, comme mon homme, un air canaille qui vous veut du bien, qui sait danser la java et vous conter des mots doux.

Le Dr. Émile, il me dit que je suis jolie, que j’ai l’air d’un ange, avec mon auréole de cheveux blancs. Pourtant, je les perds par poignées, je crois même que je deviens chauve. Elle a du mal à cacher les trous, Melle Brigitte. Ben oui, je me fais coiffer toutes les semaines. Et alors, ça vous dérange ? Un peu de respect, je vous en prie. C’est tout ce qui me reste de dignité !

Je sais : je suis vieille, laide et décatie. Mais pas encore assez pour passer au troisième.

Le troisième, c’est « la Verte Prairie ». Le vert, c’est la couleur de l’espoir. Faut y croire ! Moi, je l’appelle le purgatoire.

C’est l’étage des « grabataires », ou plus simplement, des légumes : ils parlent plus, ils râlent ou ils gémissent. Des tuyaux de partout, pour manger, pour respirer, pour pas avoir mal. Ils voudraient en finir mais ils peuvent pas se débrancher. C’est l’antichambre de la morgue, quoi.

Heureusement que j’en suis pas là ! J’espère bien mourir avant. D’un coup ! Le cœur qui lâche et c’est fini ! Comme Émile.

Quand je suis arrivée ici, je pleurais tout le temps. Je supportais pas de végéter dans une seule pièce où il ne me restait que la photo de mon mariage et ma commode en chêne. – J’ai fait croire à Paulo que c’était du sapin, sinon, il me l’aurait piquée aussi.


 

Le Dr. Émile, il m’a prescrit des anti-dépresseurs. « Il peut courir ! » que je me suis dit.

À chaque repas, j’ouvrais la gélule et je versais la poudre dans la terre du ficus à côté de ma table. Ben, ça lui a pas réussi. Au bout de huit jours, il a commencé à perdre ses feuilles, au bout de trois semaines, il avait l’air d’un squelette, – tiens, comme ces peintures chez le Dr. Knopf. Il a fini par crever.

Et moi, ça m’a bien fait rigoler. Ils trouvaient tous que j’allais mieux! C’est sûr, je me suis bien marrée à planquer le petit comprimé tous les midi. Et encore plus de voir l’effet que ça faisait au ficus! Heureusement que j’avais mieux comme engrais pour mes géraniums! Du jus de betterave que je leur donnais, c’est peut-être ça que je devrais prendre?


 

Où est ce que j’en étais ? Ma voisine, elle commence à m’énerver, on dirait qu’elle m’écoute maintenant ! En plus, je crois qu’elle prend des notes. Qu’est ce que j ai bien pu révéler ?

J’ ai pas parlé d’ Émilie au moins ?


 

Car Émilie, j’y tiens comme à la prunelle de mes yeux. C’est Céline, ou … Catherine ? qui a voulu lui donner mon prénom. Elle trouve qu’elle me ressemble. Un petit mouton blond, aux yeux bleus comme des améthystes, aux joues rondes et rouges comme les pommes de mon verger, toujours à sourire et à gazouiller.

Elle porte des couches et elle n’a aucune dent, comme moi, quoi!

Émilie, j’ai envie de l’aimer, de la câliner, de lui donner, de lui apprendre. Plus qu’à Janine, plus qu’à Céline. C’est mon bonheur, mon trésor, ma chérie, mon amour, ma Joie de Vivre à moi.

Elle me le rend bien vous savez.

Quand je la prends dans mes bras, elle se pelotonne contre moi, et je sens son petit cœur qui bat, fragile et chaud comme celui des poussins que j’attrapais autrefois dans le poulailler. Lorsqu’elle prend mon visage entre ses mains, me tapote les joues et me fait de gros bisous, ma hargne se fond en tendresse, mon corps souffrant se dénoue comme une liane, mon âme aigrie prend la douceur d’un sucre d’orge, et mes sombres regrets se noient dans la lumière de l’avenir d’Émilie.

Pour elle, je serai la plus belle des Mamies.

La fête doit être réussie.

Dès que je serai remise, je prendrai rendez-vous avec Melle Brigitte, je lui demanderai une permanente spéciale, un rinçage argenté, et même un maquillage de star.

Je porterai mon tailleur rouge de chez Rodier, avec un chemisier blanc. Et je m’achèterai un nouveau foulard de soie.

Émilie posera sur mes genoux. À ma droite, Céline, avec le père de la petite, un gentil garçon, aimable avec moi et fou de sa fille, à ma gauche, Janine. Derrière nous, Gérard le Maire, le Dr. Émile, Charles.

 

Et vous, ma chère voisine, qui racontez si bien ma vie, vous y serez j espère ?

 

***

Pour citer ce récit 

 

Sylvie Troxler, « Qu’est ce qu’elle a à me regarder comme çà, la bourge ? », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 25 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017regarder.html

 

© Tous droits réservés                      Retour au n°6|Sommaire

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6

Rechercher

À La Une

  • N°7 |Automne 2017|Femmes, poésie et peinture
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N°7 | AUTOMNE 2017 Femmes, poésie & peinture 1er volet sous la direction de Maggy de COSTER © Crédit photo : œuvre artistique sans titre...
  • N°7|Femmes, poésie et peinture|Sommaire
    N°7 | Sommaire N°7 | AUTOMNE 2017 Femmes, poésie & peinture 1er volet sous la direction de Maggy de COSTER Mise en ligne progressive avant sa parution en version imprimée en décembre 2017 © Crédit photo : œuvre artistique sans titre de Maggy de COSTER...
  • Entrevista con Judivan J. Vieira
    N °7 | Entrevista cultural y feminista/ Entretien culturel & féministe Entrevista con Judivan J. Vieira Entrevistado por /Propos recueillis par Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/...
  • Lettre n°12 | Vers des vers verts...
    Lettre n°12 Vers des vers verts... © Crédit photo : Roses par DS, septembre 2017 . Parution successive des textes en ligne du 27 septembre jusqu'au 30 novembre 2017 au lieu du 31 octobre pour tenter de répondre à une partie de vos demandes de publication...
  • Les vers de l’essentiel
    Lettre n°12 | Articles & témoignages Premier colloque 2017-2018 | II – La poésie et les poètes selon les contemporaines Les vers de l’essentiel Huguette Bertrand Site personnel : http://www.espacepoetique.com/Espace/intime.html Page dans Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Huguette_Bertrand...
  • Le regard de Judivan J. Vieira, juriste féministe, sur la lutte des femmes : le cas du Brésil
    N °7 | Revue culturelle des Amériques Le regard de Judivan J. Vieira, juriste féministe, sur la lutte des femmes : le cas du Brésil Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ © Crédit photo...
  • Chayan Khoï entre ciel et terre
    Lettre n°12 | Numéro spécial 2017 | Muses au masculin Poésie de célébration Chayan Khoï entre ciel et terre Photographies fournies par Mustapha Saha Sociologue, poète, artiste peintre © Crédit photo : image des artistes Chayan Khoï & Mustapha Saha Sillonne...
  • Un Prix littéraire pour raconter la parité aux enfants
    Lettre n°12 | Numéro spécial 2017 | Littérature de jeunesse Un Prix littéraire pour raconter la parité aux enfants Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Crédit photo : Visuel du prix en italien édité par l’Institut culturel italien...
  • L’emmurée
    Calendrier poétique | Agenda poétique | Événements poétiques L’emmurée Mokhtar El Amraoui Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur Derrière ce mur tout blanc, Je devine la nuit de tes lèvres, Le voyage de ton désir ligoté Dans ta langue...
  • Fatum littéraire, Bas-bleu et Chéri, garde ton esse
    Lettre n° 12 | Sourires & rires féministes Fatum littéraire Bas-bleu & Chéri, garde ton esse Dina Sahyouni Crédit photo : Thomas Gainsborough, portrait de Lady Elizabeth Montagu (1718-1800) , image trouvée sur Commons Fatum littéraire J'ai embrassé l'amour...