24 mars 2025 1 24 /03 /mars /2025 16:52

N° I | HIVER-PRINTEMPS 2025 | INSPIRATRICES RÉELLES & FICTIVES | 1er Volet | Critique & réception / Chroniques cinématographiques de Camillæ | Dossier majeur | Articles & témoignages 

 

 

 

 

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Silence ! elles filment

 

 

 

 

 

Chronique & images par

 

Camillæ/Camille Aubaude

 

https://everybodywiki.com/Camille_Aubaude

 

Blogue officiel :

https://camilleaubaude.wordpress.com/ 

 

 

Silence ! elles filment

 


Alice Guy disait : « Le cinématographe était mon prince charmant ». 

Ses contemporains l’aimaient bien. Elle a dirigé « le premier film de fiction » l’histoire du cinéma, « le premier péplum », et pouvait faire dessiner plus de vingt décors pour un seul film.


Nicole Lise-Bernheim, dans sa « Préface », à Alice Guy-Blaché Alice, Autobiographie d’une pionnière du cinéma (1873-1968), paru en 1976, annonce cinq cents films réalisés par Alice Guy, dont Un hanneton dans le pantalon (pp. 7-8). L’écrivaine souligne l’inaptitude de notre société à concevoir le génie féminin. Dans l’histoire future de la pensée féminine à travers les âges qui sera un jour écrite, au chapitre du XXè siècle, il y aura en lettres de feu le nom d’Alice Guy. 

En 2021, une bande dessinée Alice Guy (scénario : José-Louis Bocquet, dessin : Catel Muller) participe à la réhabilitation de cette femme exceptionnelle, décédée en 1969 alors qu’elle est totalement oubliée et décorée de la Légion d’honneur. Comme beaucoup de films du cinéma muet, la plupart de ses films ont disparus et elle ne les a jamais revus.


Les réalisatrices du cinéma muet sont des anti stars oubliées derrière leurs caméras. Elles ont vraiment existé ! Elles devraient faire honneur au cinéma mondial. Ce n’est que depuis la prise de conscience en 2014 des violences faites aux femmes (voir La Malcontente) que les ouvrages sur Alice Guy sont inscrits dans les programmes scolaires. J’ai affronté cette « ignorance » pédagogique en 1993 en publiant Lire les femmes de lettres, longtemps absentes des manuels d’apprentissage littéraire.

Les noms de Dorothy Arzner, Germaine Dulac, Alice Guy nous reviennent parfois en mémoire, tels ceux des poétesses de la Belle Époque, effacés par Jean Cocteau et les Surréalistes. Mais sous les formules conventionnelles, l’influence, la puissance de l’art des pionnières du cinéma n’ont plus de puissance évocatrice. À l’inverse, les comédiennes telles Marie Pickford (aussi productrice), Gloria Swanson, Greta Garbo, Theda Bara, dite « la première vamp à l’écran », emblématisent la présence des femmes durant les trente ans du cinéma muet. Les stars féminines, dépersonnalisées, sont des marionnettes mises en vedette par des hommes : David W. Griffith, Mack Sennett (producteur célèbre), Léon Gaumont (« inventeur »), le Viennois Georg Wilhem Pabst, avec sa célèbre Loulou (le créateur et sa muse…) sont honorés, et ne le seraient pas s’ils étaient des femmes. Les visages maquillés, déifiés des actrices rappellent toujours la légende des origines, mais ce sont les hommes qui incarnent le cinéma muet, ce ne sont que des hommes auteurs de chefs d’œuvre. 

L’étude d’Anne Bléger, Le Cinéma muet, une industrie qui fabrique des inégalités hommes-femmes, un art capable de renverser les hiérarchies de genres (https://hal.science/hal-03450292/document) stipule que « le cinéma, industrie patriarcale par excellence » (p. 52) laisse aux femmes des fonctions subalternes, comme pour les autres métiers de prestige. La présence de l’actrice Marie Pickford est l’exception qui confirme la règle, comme le sera plus tard celle d’Ida Lupino. En effet, Marie Pickford a fondé en 1919 les United Artists aux côtés de D. Fairbanks, Charlie Chaplin et D. W. Griffith.
Le cinéma parlant d’abord, l’industrie de Hollywood ensuite ont évincé les œuvres des réalisatrices du cinéma muet car cette industrie naissante n’était pas prometteuse de gains fabuleux. C’est un cas archétypal de la discrimination dans la création artistique. Les femmes marquèrent de leur empreinte le domaine de la  réalisation cinématographique, pour disparaître presqu’entièrement à l’arrivée du cinéma parlant. De leur carrière passionnante, de leur responsabilité dans l’industrie du film muet, il ne reste de ces « pionnières » que de rares témoignages, tous élogieux. Hormis les articles laudatifs de l’époque, et quelques interviews, un ouvrage leur a été consacré : Early  Women Directors. Their role in the development of the Silent Cinema, par Anthony Slide (1977). Il rassemble et analyse les fabuleuses expériences de femmes exceptionnelles tombées sous de puissants couperets.
Quelle est l’importance des images de la femme exacerbée par le star système face à l’intégrité et à la persévérance des réalisatrices du muet ? Le patriarcat de l’époque assignait les femmes avant tout au rôle obscur de ménagères, de mère procréatrices, de cuisinière à la chaîne, et en faisait de façon plus exceptionnelle des figures éclatantes, sortes de « déesses » alimentant les fantasmes des spectateurs masculins. L’irréparable duel de la maman et la putain, dont La rue dans joie de Pabst avec Greta Garbo est le soleil noir.
Des femmes furent d’abord employées comme scénaristes : on en dénombre quarante-quatre en 1918. Puis elles s’octroient très rapidement des places importantes dans la presse : Adela Roger Saint Johns, Ruth Waterbury, Gladys Hall. La production et la vente des films sont aussi des secteurs qui ne sont pas verrouillés pour les femmes, où il fallait faire avec elles. Ainsi, Margaret Booth dirigea longtemps le département d’édition de la MGM. 

En 1920, un ouvrage sur les « carrières féminines » alors possibles consacrait un chapitre au métier de réalisatrice ! Les débuts du cinéma ont ouvert un champ d’expression pour les femmes en dehors de l’industrie, un peu à la façon dont l’activité de « poétesse » fut un vrai métier de femme (voir mon article de 2011, souvent cité). L’industrie cinématographique américaine comptait alors plus d’une trentaine de femmes. Le cadre de cette chronique ne permet pas de présenter Lois Weber (1879-1939), « la réalisatrice sacrifiée par Hollywood », la scénariste Marion Fairfax (1875-1970) et tant d’autres. En plus, il y a wikipédia, la vitrine d’aujourd’hui, à la censure typiquement insidieuse. D’Alice Guy, l’incontestable pionnière, à Dorothy Arzner, elles réussirent à divulguer leurs idées sinon à les imposer, à remplir leurs tâche professionnelle et à faire respecter leur savoir-faire.

Agitons quelques noms ! Germaine Dulac (née à Amiens en 1882) est l’aînée. C’est une projection confidentielle dans une petite salle de la bibliothèque de cinéma du Forum des Halles (voir affiches) qui m’a fait reprendre ce dossier de jeunesse sur les « muettes » à l’image. Il ne reste que dix films sur les trente qu’elle a réalisés. Revoir un demi-siècle après La Souriante Madame Beudet (1923, 54 min.) et La Coquille et le Clergyman (1928, 44min.) qui m’avait éblouie quand j’étais étudiante de cinéma à Paris III, revient à en approfondir la connaissance.

 

 

© Crédit photo : Image no 1, affiche du film « La Cigarette » de la créatrice Germaine Dulac, fournie par la chroniqueuse Camillæ.

 

 © Crédit photo : Image no 2, coupure de presse du 22 février sur deux films de la « Pionnière du cinéma expérimental, Germaine Dulac » , fournie par la chroniqueuse Camillæ.​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​


 

Germaine Dulac n’a pas du tout la personnalité d’Alice Guy. Leurs œuvres sont complémentaires, et rendues possibles par la situation artisanale du début du cinéma. Germaine Dulac a écrit sur sa conception du cinéma, et a voulu faire un cinéma pur, en travaillant sur les moyens techniques. 

Après avoir écrit des pièces de théâtre (voir wikipédia), Dulac exprime une création visuelle et des émotions au moment où la France est détruite par la Première Guerre Mondiale. Son style est expressionniste et ses thèmes sont très humains (cf. Âmes de fous, 1918). Ses films ont une musique visuelle, tel un leitmotiv qui porte les spectateurs. La Coquille et le Clergyman dont le scénario serait « d’après Antonin Artaud », n’est pas du tout dans la logique habituelle des récits du muet. Les Sœurs ennemies (1915) est un film aux thèmes féministes à la façon du « Message de Françoise Rosay aux femmes allemandes » (en majuscules), radiodiffusé le 29 novembre 1939 :

« Oui, ce soir, ma voix interdite ira jusqu’à vous, légère, immatérielle ; elle passera par-dessus la ligne Maginot, la ligne Siegfried, pour vous apporter un peu de vérité. Un peu de cette vérité qu’il vous est interdit d’entendre et que vous souhaitez tant apprendre ».

L’exposition que la Mairie du 9è arrondissement de Paris vient de consacrer à Françoise Rosay crée une relation forte entre les réalisatrices et muet et l’extraordinaire courage de « Die Rosay » d’annoncer aux « Femmes allemandes » : 

« vous n’avez vécu que pour Hitler, vous souffrez par Hitler, le sort de vos enfants est entre les mains de Hitler, et 

HITLER EST UN FOU ! »   (voir encart)

 

Quelques vingt ans après Âmes de fous, écrit, produit et réalisé par une femme, Germaine Dulac, avec Ève Francis (1886-1980), la grande interprète du théâtre de Paul Claudel. Ce titre elliptique est totalement d’actualité pour une humanité menée par des fous, et aliénée par les écrans.

Quand c’est fini, ça recommence. 

Backlash.

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© Crédit photo : Image no 3,  journal message coupure de presse fournie par la chroniqueuse Camillæ.​​​​​​​


 

Aux États-Unis d’Amérique, Anita Loos (née en Californie, en 1895), est scénariste pour l’illustre Griffith dès l’âge de quinze ans. Elle est aussi romancière. Elle écrivit aussi des scénarios pour Douglas Fairbank, dont Son portrait dans les journaux, titre qui nous paraît doucement ironique, sur son mari John Emerson. Ses nombreux scénarios mériteraient une présentation analytique singulière. Elle compose aussi des comédies satiriques, telles Oh, you Women, Red Hot Romance, et écrit le célèbre roman traduit sous le titre Les Hommes préfèrent les blondes. Ses pièces et ses romans connurent de nombreuses adaptations cinématographiques. Certes, les États-Unis d’Amérique ne sont pas la France des Patriarches, où l’on verrait Anita Loos comme un Billy Wilder féminin. Elle peut se contenter du titre de « première scénariste des studios d’Hollywood qui a révolutionné le cinéma» (Elle, 13 avril 2024). Les formules conventionnelles expriment rarement la pensée d’une créatrice.

Dorothy Arzner (née à San Francisco, en 1897) a débuté comme simple sténographe chez Cecil B. de Mille, puis est devenue monteuse, scénariste et réalisatrice à partir de 1928. Elle est présentée aussi comme « productrice et pédagogue américaine », et « la première femme réalisatrice américaine ». Le titre « une pionnière à Hollywood » atteste de la récupération exagérée de ces créatrices qui sont toujours des cas particuliers, avec pour point commun le refus d’être assignée aux rôles de mères ou bien de vamps. Les films de Dorothy Arzner sont aussi très nombreux et contestent l’idéologie masculine dominante. Elle est passée au parlant, participant en tant que réalisatrice au célèbre Paramount en parade (1930), réunissant les vedettes de la maison Paramount, tel l’inoxydable et fabuleux Ernst Lubitsch, par un scénario de Joseph L. Mankiewicz. Il n’est pas aisé de traduire les titres de ses films en français. Ainsi, Fashions for Women est devenu La Chanson du bonheur (1927, avec la sublime Esther Ralston). Wild Party (1929) ne se traduit pas.

Alice Guy, née en 1873 à Saint-Mandé, près de Paris, fut tout d’abord la secrétaire de Léon Gaumont. Le cinéma débutait. Elle débuta avec lui. En 1896, l’intérêt de produire des films de Une amie d’Alice Guy, alors âgée de vingt-et-un ans, l’aida à écrire une nouvelle intitulée La Fée au chou (The Cabbage  Fairy) qui plut à Léon Gaumont alors occupé à faire breveter ses inventions techniques.

Ce film projeté en 1896 est resté complètement absent des histoires du cinéma, qui célèbrent Louis Lumière et Méliès. En février 1904, La Fée au chou est cité comme ayant été réalisé par Henri Gallet, ancien directeur de cinéma chez Dufayd. Dans sa Filmographie universelle éditée en 35 volumes par l’IDHEC (Institut des Hautes Études Cinématographiques) à partir de 1963, le célèbre historien Jean Mitry impose un curieux titre : « Alice Guy et l’École Gaumont : Henri Gallet (en majuscules…). Il ne peut s’agir d’une imprécision pour un ouvrage aussi longuement composé. Relevez dans son Tome XVII – États-Unis 1920-1945 l’intitulé LES MAÎTRES (Ford, Wyler, Cukor, Hitchcock, Capra…). Hitchcock récemment confondu en tant que violeur, criminel sexuel. L’imposante bible de Mitry pâtit de l’absence de quotas, qui ont encore du mal à être appliqués en 2025. Dans des bibliothèques, le fichier « femmes » pour la création cinématographique renvoie à « veuve ». Pourtant, la différence de considération entre les femmes et les hommes ne devrait pas exister. 

Alice Guy, dans son autobiographie, reprend les clichés communs à la profession. Voici comment elle dresse le constat de son rôle « inférieur » de secrétaire d’un grand homme :

« Fille d’un éditeur, j’avais beaucoup lu, pas mal retenu [...]. M’armant de courage, je proposais timidement à Gaumont d’écrire une ou deux saynètes et de les faire jouer par des amis.

Si on avait prévu le développement que prendrait l’affaire, je n’aurais jamais obtenu ce consentement. Ma jeunesse, mon inexpérience, mon sexe, tout conspirait contre moi.

Je l’obtins cependant, à la condition expresse que cela n’empièterait pas sur mes fonctions de secrétaire ».

« Les pantomimes lumineuses », les « phonoscènes » font florès quand Alice Guy est la première metteuse en scène du Comptoir de photographie Léon Gaumont. Ses muettes saynètes sont projetées au Cinéma Lumière sur les Grands Boulevards, à la Porte Saint Denis, probablement le plus ancien cinéma au monde. De 1895 à 97, Lumière, Pathé, Gaumont ont fait enregistrer par des subalternes d’innombrables petites scènes « de plein air » — qui évoquent l’infinie quantité de films youtube. En 1899, la clientèle de Gaumont réclama des « sketches comiques », et chargea de ce travail sa secrétaire Alice Guy, qui tourna « en amateur » dans les jardins de la propriété de Gaumont rue de la Villette. En octobre 1906, avec son mari Herbert Blaché, elle dirigea la succursale Gaumont. Germaine Dulac elle-même finit directrice adjointe des Actualités de la Gaumont, qui disposait jusqu’en 1914 d’un grand plateau (45m X 30m) à la Villette, considéré comme « le premier grand studio français muni d’un appareillage électronique » et « le plus grand studio européen » d’avant-guerre.

 

 

© Crédit photo : Image no 4 1« Early Women directors [...] », capture d’écran réalisée & fournie par la chroniqueuse Camillæ.

 

 

« Secrétaire, Agressée, Pute » sont les fonctions féminines que les femmes sont amenées à expérimenter (voir les travaux de l’artiste Alberto Sorbelli, notamment dans Tant de Philomèles en ce monde, LPpdm hors-série n° 4, sous ma direction). Tout est déployé, jusqu’au crime, pour éteindre la divine étincelle de l’expérience spirituelle féminine. 

Qui n’a jamais su au XXè siècle que la première mise en scène au cinéma est l’œuvre d’Alice Guy ? Elle même l’ignorait, convaincue que le regard des créatrices fait tâche d’ombre. Une conquête féminine, aussi brillante soit-elle, dans les domaines de l’art et de l’esprit n’est jamais acquise une fois pour toutes. Alice Guy parle de « repos bien mérité ». Elle est taxée de « suractivité », voire de « dispersion » alors qu’elle a fait, dans ses films, d’un véritable génie féminin. Émigrée aux États-Unis où elle réussit à faire construire un admirable studio de cinéma, s’est éteint dans l’État du New Jersey en 1968. Elle qui n’avait pas de devancier n’a pas plus que Germaine Dulac les indispensables successeurs pour porter ses idées et l’origine d’une pensée véritablement féminine. 

 

Le système ne laisse jamais place au doute. Il efface et marginalise des expériences rendues possibles par l’indépendance financière. Ainsi niée, régulièrement cassée, la connaissance féminine doit se consacrer à une recherche continuelle (cf. la quête d’Isis, déesse myrionyme).​​​​​​​

Joseph Kessel était payé pour ses articles, alors que je suis obligée de quémander des places gratuites dans les cinémas en montrant les miens, ou ma carte d’handicapé, unique compensation d’un crime sexuel pratiqué par les policiers de Paris. Après mon bac, alors que j’allais chaque jour à la cinémathèque de Chaillot, j’ai constaté que je ne pouvais pas participer aux débats entre critiques parce que j’étais une femme. Je n’ai pu réaliser qu’un court métrage interactif, Rêve nu. La discrimination intellectuelle n’est pas près de changer, tandis que la censure misogyne se fait de plus en plus sournoise (« soft ») autant dans les malencontreux cénacles universitaires que dans les constellations des nouvelles technologies.

 

© Camille Aubaude

 

Reprise d’une étude plus développée et référencée commandée par la revue Filmographe, en 1977. Le recueil Cinévita atteste d’une connaissance sérieuse du cinéma des femmes (https://www.pandesmuses.fr/2017/cinevita.html, http://www.pandesmuses.fr/tag/camille%20aubaude/ et https://www.pandesmuses.fr/2016/03/philomele.html)

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Pour citer ce texte illustré & inédit sur des créatrices du cinéma devenues nos inspiratrices

 

 

Camillæ ou Camille Aubaude, « Silence ! elles filment », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : HIVER-PRINTEMPS 2025 | NO I « Inspiratrices réelles & fictives », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 19 mars 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/noi2025/ca-ellesfilment

 

 

 

Mise en page par David

Dernière modification demandée par la rédactrice : 10 avril 2025.

 

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30 juin 2024 7 30 /06 /juin /2024 18:55

N° III | ÉTÉ 2024 | Florapoétique / 1er Volet | Réflexions féministes sur l'actualité | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Varia & Actualité

 

 

 

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L’ONU se couche devant les Talibans !

 

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Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

Crédit photo : Chitter-chatter of young children fill the air as New Kabul Compound, Afghan Women’s Bazaar springs to life ». Capture d'écran de l'image libre de droits du site Commons. 

 

Afin de discuter de la réintégration de l’Afghanistan dans la communauté internationale, dont le pays est exclus depuis 2021 en raison de l’arrivée des Talibans au pouvoir, l’ONU a décrété que la présence des femmes serait interdite à la table des réunions !

 

Bien évidemment, cette décision a été prise pour plaire aux Talibans qui refusent toute liberté aux femmes, ont rétabli la Charia, interdisent l’école aux fillettes…

 

L’ONU se rend ainsi complice des Talibans qui n’accordent aucune visibilité aux femmes, elle les renforce bien au contraire dans leur régime discriminatoire à l’encontre du corps féminin qu’il faut cacher, de l’esprit de nos soeurs qu’il faut plonger dans les ténèbres afin de détruire jusqu’à leur âme.

 

Crédit photo : Schoolgirls in Bamozai. Capture d'écran de l'image libre de droits du site Commons.

 

Pour Chékéba Hachemi, qui fut la première femme diplomate afghane du gouvernement provisoire en 2001, comme pour de nombreuses associations féministes, la décision de l’ONU d’inviter les Talibans à la table des discussions en y refusant lâchement la présence des femmes  est « une forme de capitulation » !

 

Et Chékéba Hachemi de déclarer qu’en Afghanistan « Juste parce que vous êtes née femme, vous êtes morte-mais vivante »…

 

© Françoise Urban-Menninger

 

 

Actualité poétique de Françoise Urban-Menninger

 

© Crédit photo : Affiche officielle de la soirée poétique « Fêtons la triphonie » du 6 juillet. 

 

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Pour citer ce texte engagé, féministe & inédit 

 

Françoise Urban-Menninger, « L’ONU se couche devant les Talibans ! », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  ÉTÉ 2024 | NO III « Florapoétique », 1er Volet, & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 30 juin 2024. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/noiii/fum-onu

 

 

 

Mise en page par Aude

 

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27 mai 2023 6 27 /05 /mai /2023 16:55

N°13 | (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices | S'indigner, soutenir, Lettres ouvertes & hommages ​​​​​​​​​​​

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​​​​​​​​​​​« Des couteaux dans le corps »

 

Les Groenlandaises parlent enfin

 

& écrivent

 

 

 

 

 

 

 

Marc Chaudeur

 

Auteur ayant une formation de philosophe,

de germaniste et un diplôme de Langues scandinaves

 

 

© Crédit photo : Portrait d'une "Groenlandaise" avec son enfant sur les épaules et la pêche de la journée, in "Costumes de différents pays", France, circa, 1797 par Jacques Grasset de Saint-Sauveur (1757-1810) & Labrousse, image prise par LPpdm de l'œuvre qui appartient au domaine public.

 

 


 

Tandis que l’échafaudage titanesque de la domination blanche-masculine-occidentale continue à s’effondrer plus ou moins rapidement, les langues se délient. Au Groenland, des femmes écrivains commencent à évoquer crûment les graves problèmes que connaît la société inuk ; d’autres mettent à découvert des pratiques coloniales toutes récentes encore qui relèvent du racisme et de l’eugénisme les plus hypocrites – et les plus purs. Les premières victimes de la « modernisation » technocratique à l’occidentale sont encore, cela n’étonnera personne, les femmes.

En consultant régulièrement les médias groenlandais, on peut s’apercevoir de la montée de la parole féminine dans ces régions, les plus septentrionales du monde. Depuis un an, en particulier, des femmes de plus en plus nombreuses racontent une expérience vécue d’une incroyable brutalité, qui les a profondément meurtries : les autorités danoises (qui exercent leur tutelle coloniale sur le Groenland depuis le 18ème siècle) ont effectué de force la pose de stérilets, parfois dès l’âge d’à peine 14 ans ! Ces pratiques ont sévi le plus durement dans les années 1966-1975 et jusqu’à 1978.

 

 

En Colombie britannique (Canada), le « Sterilisation Sexual Act » (sic) autorisait la stérilisation forcée des femmes Inuit sans leur consentement… jusqu’en 1973, année où le Gouvernement l’a abrogé. Jusque-là, tout comme au Groenland, les lourdes suggestions à la fois perfides et péremptoires de beaucoup de médecins ont fait merveille : bien souvent, les femmes, souvent très jeunes, ignoraient de quoi elles allaient être au juste les victimes, ou n’étaient pas mises en situation de le comprendre ; et les autres, on les forçait à croire que l’absence de progéniture serait pour elles la meilleure chose qui soit, sans nullement tenir compte de leurs aspirations personnelles.


 

Des couteaux dans mon corps


 

Le Groenland sous tutelle danoise, au contraire du Canada, n’a jamais clairement énoncé sa politique d’eugénisme raciste. Et pourtant : le contexte politique et social de des années 1960-1970 est singulier. Une jeune anthropologue, Anne Kirstine Hermann, en 2021, a effectué une investigation exemplaire sur des menées qu’on a longtemps passées sous silence ou… oubliées1. Après la Seconde Guerre mondiale, une délégation de Groenlandais s’affaire auprès de l’ONU pour y faire reconnaître, sinon l’indépendance, du moins une autonomie effective de la Grand Île. Mais le Danemark, soutenu discrètement par les services secrets américains, manœuvre avec adresse pour faire capoter ces efforts. Deux partis indépendantistes naissent dans ces années là. La puissance tutélaire sent doucement le Groenland lui échapper. Et puis… Sur place, la population Inuk est plus prolifique que les colons danois.

 

Les autorités danoises craignent donc une malencontreuse (à leurs yeux) évolution démographique. Elles mettent alors en place une vigoureuse opération eugéniste, qu’elles enrobent du miel d’une propagande progressiste furieusement hypocrite. Cette opération, les autorités tutélaires l’effectuent sur plus de 4500 femmes. La moitié des jeunes femmes (et jeunes filles) Inuit en âge de procréer ont donc droit au plus intime de leur corps à un cadeau forcé de l’État colonial : un stérilet, de type boucle de Lippes. Ces pratiques, appliquées parfois sur des filles de 14 ou 15 ans, entraînent souvent de graves conséquences psychologiques et sanitaires.

 

Pourquoi cette opération ? Les autorités danoises parlaient alors de « modernisation du Groenland » et d’autonomisation des femmes Inuit, dans un pays où la sexualité hors mariage et les grossesses qu’on peut qualifier de précoces étaient plutôt nombreuses. J’ai trouvé trace de cette opération dans la presse groenlandaise de l’époque, en 1966 : l’un des principaux médecins qui ont posé des stérilets par centaines, le Dr. Erik Rosen, met en avant une pratique de type Planning familial. Moins d’enfants, plus de prospérité, ça coûte moins cher à tout le monde, en somme, et accessoirement, ça libère les femmes, y entend-on. Mais d’autres documents beaucoup plus confidentiels font entendre un autre son de tambour.

 

Hypocrisie de la puissance coloniale ! Les déclarations d’intentions masquent des intentions non déclarées publiquement. À partir de 1970, une loi autorise la promotion de la contraception auprès des mineures sans l’autorisation des parents – et les médecins en profitent pour suggérer aux jeunes filles la pose de stérilets, en l’occurrence de boucles de Lippes… Pour la suggérer en termes très évasifs, très métaphoriques. Libération des femmes, ou bien contrôle étatique d’une population autochtone dont on se méfie toujours davantage ? Des journalistes enquêteurs de la Danske Radio, auteur de podcasts d’une durée totale de deux heures et demi, ont retrouvé des documents confidentiels qui exposent discrètement les intentions réelles des autorités. Et il s’agit bien d’eugénisme raciste. Très analogue à celui que les Suédois avaient mis en place à une époque un peu plus reculée en Laponie, craignant que les Sames ne deviennent trop nombreux et, dans l’inconscient suédois, qu’ils finissent par supplanter les « vrais » Suédois, dont le nombre d’enfants « par femme », il est vrai, est très bas.

 

Et puis d’autres faits scandaleux, emboîtés comme des matriochkas et révélés tout récemment, expriment les intentions de la tutelle danoise, après la Seconde Guerre. Il y a surtout celui, retentissant, lié lui aussi à la rupture toute récente du silence traditionnel des Inuit. Inhibitions et autocensure, ici encore. En 1951, on a privé un certain nombre d’enfants Inuit de leurs parents pour les placer d’autorité dans des familles d’accueil danoises, où on les acculturait et où, de fait, on leur faisait tout oublier de leur culture autochtone – avant de les renvoyer au Groenland pour leur faire porter la bonne parole du « progrès » et du « modernisme » technocratique ! Ici, l’ac – et la déculturation accompagnent le projet eugéniste. L’analogie avec les ethnocides canadien et australien est frappante ; peut-être ont-ils servi de modèle aux Danois…

 

Mais aujourd’hui, au Groenland, inhibitions et autocensure disparaissent lentement, mais sûrement, et les femmes meurtries évoquent de plus en plus ouvertement ce qu’elles ont subi. Et elles renouvellent en conséquence leur solidarité avec les femmes Inuit du Canada et de l’Alaska.

 

La première femme à avoir parlé, après s’être tue pendant 45 ans, c’est Naja Lyberth. Née en 1962, originaire de Maniitsoq, au sud ouest de la Grande Île, elle avait treize ans et demi à ce moment là. On l’a convoquée dans un dispensaire médical. Et suggéré avec ces périphrases dans lesquelles beaucoup de médecins excellent qu’il fallait accomplir une toute petite opération. Elle n’avait jamais eu de rapports sexuels. Mais on lui a posé un stérilet. Et elle a ignoré, et refusé de comprendre très longtemps ce qu’on lui avait fait. Tout comme des milliers de ses compatriotes. Elisibanguak Jeremiassen, par exemple, lorsqu’elle avait vingt ans, a voulu poser un stérilet : le médecin s’est alors aperçu qu’elle en portait déjà un… Nombreuses sont les femmes qui ont souffert de complications, surtout parmi les plus jeunes ; les stérilets de cette époque étaient de taille plus importante qu’aujourd’hui, et un médecin danois œuvrant dans un village Inuit a fini par reconnaître qu’ils n’étaient pas appropriés pour les jeunes filles vierges et nullipares, et qu’ils pouvaient s’avérer dangereux dans ce cas.

 

Naja Lyberth a beaucoup souffert, dans son corps et dans son esprit, dit-elle : « Comme si on avait introduit des couteaux à l’intérieur de mon corps ». Et ces douleurs revenaient régulièrement. On ne leur demandait pas leur avis, à ces filles et à ces femmes. Pas moyen de refuser ; et elles ignoraient pour la plupart ce qui se passait au juste avec ces médecins qui souvent, ne parlaient pas l’inuktitut. Naja, comme les autres, n’en a parlé à personne ; ni à ses parents, ni à ses camarades de classe. Mais Naja est devenue psychologue, spécialiste des traumas. Elle compare le sien, le leur, à un traumatisme de guerre.

Et puis tout lui est revenu au moment de la ménopause, dans les années 2010. Sa souffrance mentale et physique lui a permis alors de mettre des mots clairs sur ce qui lui est arrivé :

« L’État a disposé de mon corps. Maintenant, je vais décoloniser mon corps, et aussi mon esprit » 


 

Le murmure des autrices Inuit devient cri.


 

Dans les conditions de vie et de survie qu’ont connu les Inuit au fil des millénaires, où la chasse, le froid, la faim fauchaient sans pitié les habitants du Groenland, la voix des femmes n’était guère entendue – et guère émise, même. Les violences conjugales, les échanges d’épouses, la violence brutale en général étaient chose courante. Et comme en d’autres sociétés traditionnelles, si l’économie du groupe reposait très largement et très lourdement sur les épaules des femmes, ces dernières ne disposaient d’à peu près aucune autonomie. L’introduction du christianisme par les Frères moraves, au 18ème siècle, si elle a nivelé la perception des différences entre les genres, ne l’a pas égalisé, loin s’en faut. Elle a simplement réduit la part de la violence et augmenté quelque peu la considération pour les femmes, tout en les maintenant dans une obéissance presque absolue à leurs pères et à leurs maris. Le luthéranisme d’État, on s’en doute, a aussi facilité la domination des colons danois sur les autochtones, et ses tenants exprimaient un indiscutable mépris des populations ; très souvent, les pasteurs envoyés au Groenland par Copenhague étaient d’ailleurs les pires, ceux dont il était bon que le petit Danemark lointain se débarrasse : alcooliques, pervers, exaltés religieux qui avaient vu La Lumière, ou déviants souffrant de troubles mentaux divers. Les femmes Inuit en faisaient bien évidemment les frais.

 

Alors, des autrices, dans ce contexte de survie précaire, de domination totale de la puissance tutélaire danoise et de soumission psychologique ? Pour voir apparaître des autrices, il a fallu attendre la fin du 20ème siècle. Et la première œuvre romanesque qu’a composé une femme Inuk groenlandaise porte précisément sur le problème colonial. Ce roman autobiographique narre les mésaventures tragiques d’une Inuk qui a fait la connaissance d’un travailleur danois et va le rejoindre dans son pays d’origine, à Copenhague. Et connaît une fin tragique. L’autrice s’appelle Maaliraaq Vebaek ; née en 1917 et morte au Danemark en 2012, fille de et de…, elle a composé ce Busiime Naarineq (Rencontre dans le bus) en 1981, après des œuvres racontant surtout des événements liés à la chasse et à la pêche. L’œuvre a été traduite en danois par l’autrice elle-même sous le titre : Historien om Katrine (L’Histoire de Katrine), chez Høst og Søn. Un fort beau texte, bien développé et mélancolique, qui ne tait pas grand-chose de la domination coloniale, de genre et de classe que subissent les Inuit – et les frictions du passage de la soumission explicite au Grønland à la soumission hypocrite par le mépris au Danemark sont brillamment décrites2.

 

Jusqu’aux années 2000, pas grand chose. On reste dans les récits de chasse et l’exploitation du patrimoine traditionnel, ce qui a au moins l’avantage de se vendre auprès des touristes et ne mange pas de pain. Comme c’était dur, à l’époque , avant les années 1970 ! Oui, mais... Est-ce plus facile aujourd’hui et depuis un demi-siècle, dans cette époque où le mode de vie traditionnel a considérablement reculé et où le pouvoir a formé le projet d’aplatir le Groenland aux normes occidentales-européennes ?

 

En 2013 paraît le roman de Niviaq Korneliussen. Une jeune femme âgée de 23 ans, née à Nanortalik, sur la pointe Sud de l’Île. Le roman , intitulé HOMO sapienne, fait sensation. On l’a même traduit en français, c’est vous dire !3. Chez un éditeur québecois, certes. L’autrice lesbienne y décrit avec crudité et sans nulle complaisance la vie à Nuuk, la petite capitale. La langue elle-même est passionnante, très actuelle : Niviaq s’exprime en kalaalissut (la langue des Inuit groenlandais), oui, mais surtout, dans un idiome mêlé de danois et d’anglais cool, branché... Et puis on l’a traduit en danois.

 

On y suit l’itinéraire compulsif et titubant de cinq personnages (dont un homme gay) qui impressionnent paradoxalement par leur puissance, eux que les problèmes gigantesques de la vie post-moderne groenlandaise menacent sans cesse de submerger. L’un d’entre eux se nomme Inuk, c’est-à-dire Homme ; une autre s’appelle Arnaq, ce qui signifie Femme… Chassé-croisé, vie nocturne dans Nuuk – avec ce qu’elle implique d’alcool, de drogues, de pratiques sexuelles diverses et assez imaginatives. Et aussi, plus sourdement, les violences conjugales, les violences à l’égard des enfants, les incestes. Et la présence angoissante, obsédante, du suicide. Le Groenland connaît l’un des taux mondiaux de suicides les plus élevés ; il a fini par ne plus être tabou.

 

La voix des femmes, nous commençons à l’entendre. Et nous l’entendrons de plus en plus haut et clair dans les années qui viennent. Elle accompagnera et même peut-être, initiera un changement de paradigme dans le vieil Occident patriarcal épuisé. C’est elle, sans doute, qui décolonisera corps et esprits.

 

© Marc Chaudeur

 

 

NOTES

 

1 Voir l’ouvrage Imperiets Børn, Anne Kirstine Hermann, éd. Lindhardt og Ringhof, 2021.

2 L’anthologie Grønlandsk Litteratur, de C. Berthelsen et Per Langgård, paru en 1983 à Copenhague, reproduit tout le 4ème chapitre de la version danoise du roman. La traduction du kalaalissut au danois est de l’autrice elle-même ; le titre en est : Historien om Katrin (L’Histoire de Catherine), chez Høst og Søn.

3 Homo sapienne, Niviaq Korneliussen, traduction d’Inès Jorgensen, Editions de La Peuplade (Québec), 2017.


 



 

 

Biographie

 

 

Marc CHAUDEUR, né pendant l’époque hambourgeoise des Beatles, il a une formation de philosophe, de germaniste et un diplôme de Langues scandinaves. Il est l’auteur d’un roman, de deux essais traitant d’histoire culturelle et littéraire et de deux traductions du danois : d’une œuvre du philosophe Løgstrup, et du meilleur livre de Knud Rasmussen, le fameux explorateur et ethnographe du Groenland. Il habite à Strasbourg.

 


 

 

***

 

 

Pour citer ce texte engagé & féministe inédit

 

Marc Chaudeur, ​​​​​« « Des couteaux dans le corps ». Les Groenlandaises parlent enfin et écrivent »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°13 | PRINTEMPS 2023 « (Auto)Portraits poétiques & artistiques des créatrices », mis en ligne le 27 mai 2023. URL :

 

http://www.pandesmuses.fr/no13/mchaudeur-groenlandaises


 

 

 

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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 14:47

 

Événements poétiques  | Festival International Megalesia 2022 | Bémols artistiques | Revue culturelle d'Europe

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Pionnières, Artistes dans 

 

 

le Paris des Années folles

 

 

 

 

 

​​​​

Texte & reportage photographique

 

Maggy de Coster

​​​​Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : Tamara de Lempicka, "Suzy Solidor", 1935. 

 

 

 

C’est une exposition qui se déroule au Musée du Luxembourg à Paris du 2 mars au 10 juillet 2022.

 

 

​​​​​​© Crédit photo : Portraits photographiques titrés des "Pionnières dans le Paris des Années folles".

 

 

 

Cette exposition révèle les apports d’une cinquantaine de femmes pionnières en tous genres que la crise économique, la montée du populisme et la seconde Guerre mondiale allaient occulter.

 

 

​​​​​​© Crédit photo :  Produits de beauté pour les cheveux inspirés par la star Josephine Baker de la marque Baker. 

 

 

Dès l’entre-deux guerres elles sont présentes sur tous les fronts. La peinture, la photographie, la sculpture, la mode, la chanson,  la littérature sont entre autres leurs domaines d’excellence où certaines sont obligées de se doter de pseudonymes masculins comme c’est le cas de Marie Régnier alias Gérard d’Houville, Grand Prix de l’Académie française. Du monde entier, elles convergent à Paris pour déployer leurs talents aux côtés des hommes.  Ainsi Paris devient un pôle d’attraction pour celles qui veulent s’émanciper en dépit de la survivance d’un patriarcat de base.

 

​​​​​​© Crédit photo :  Franciska Clausen, "Composition mécanique", 1929. 

 

 

 

En 1925, Paulette Nardal est la première femme antillaise à étudier à la Sorbonne. Salonnière, elle est à l’origine du courant littéraire et politique de la négritude.

 

© Crédit photo : Franciska Clausen, "Eléments mécaniques", 1926. 

 

​​​​

En 1919, l’Américaine Sylvia Beach crée à Paris la librairie Shakespar and Company.

 

 

 

© Crédit photo : Tamara de Lempicka, "Mère et son enfant", 1932. 

 

 

On note la participation des femmes aux Jeux Olympiques de 1928 et en cette même année l’Américaine Nancy Cunard, installée à Paris, fonde en Normandie les éditions The Hours Press qui publient la première œuvre de Samuel Beckett.

 

 

​​​​​© Crédit photo : Marie Laurencin, "Portrait de Mademoiselle Chanel", 1923. 

 

Parmi les autrices saphiques on retrouve Nathalie Clifford Barney qui publie Pensée d’une amazone en 1920, Marguerite Yourcenar qui en 1929 publie Alexis ou le traité d’un vain combat. 

 

​​​​​© Crédit photo : Suzanne Valadon, "Femme aux bas bleus", 1924. 

 

Germaine Dulac, pionnière du cinéma dans sa forme artistique, réalise en 1923 La souriante Madame Beudet, véritable remise en question de la vie conjugale.

 

​​​​​​© Crédit photo :  Suzanne Valadon, "Vénus noire", 1919. 

 

 

En 1930, Jeanne Poulet est la première femme chef d’orchestre professionnelle en France.

 

​​​​​​© Crédit photo : Gerda Weneger, " La sieste", 1922. 

 

Durant les Années folles les femmes acquièrent un espace de liberté et s’affranchissent des codes sociaux pour investir le milieu masculin en s’associant avec leurs collègues de l’autre sexe.

 

​​​​​​© Crédit photo : Anna Quinquaud, "Nénégalley, fille de Tierno Moktar, chef de Pita" (Guinée), 1930. 

 

 

Le corps s’exprime dans tous ses états ainsi les pionnières versent dans la peinture des nus et des autoportraits comme Marie Vassilieff, Suzanne Valadon et autres.

 

 

​​​​​​© Crédit photo :  Suzanne Valadon, "La chambre bleue", 1923. 

 

Les pionnières s'ouvrent également à la diversité en peignant des femmes exotiques, c’est le cas de Suzanne Valadon avec sa Vénus noire en 1919, de Juliette Roche revisitant La Danse de Matisse, de Tarsila Do Amaral, d’Amrita Sher-Gil.

 

 

© M. DE COSTER

 

***


Pour citer ce bémol artistique 

 

Maggy De Coster​ (texte & reportage photographique), « Les Pionnières, Artistes dans le Paris des Années folles », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 28 mars 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia22/mdc-lespionnieres

 

 

 

 

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2 février 2021 2 02 /02 /février /2021 14:13

 

Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes thématiques  | No 9 |  S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

 

 

 

 

 

Alfonsina y El Mar /

 

 

Alfonsina et la mer

 

 

 

 

Texte du poète

Félix Luna

 

Traduit de l’espagnol par

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

Crédit photo : Alfonsina Storni, image Commons, Wikipédia, domaine public.

 

 

 

Version originale en espagnol

 

 

ALFONSINA Y EL MAR

 

 

Por la blanda arena que lame el mar 

Su pequeña huella no vuelve más 

Un sendero solo de pena y silencio llegó 

Hasta el agua profunda 

Un sendero solo de penas mudas llegó 

Hasta la espuma 

 

Sabe Dios que angustia te acompañó 

Que dolores viejos calló tu voz 

Para recostarte arrullada en el canto de las 

Caracolas marinas 

La canción que canta en el fondo oscuro del mar 

La caracola 

 


 

Te vas Alfonsina con tu soledad

¿Qué poemas nuevos fuiste a buscar? 

Una voz antigua de viento y de sal 

Te requiebra el alma y la está llevando 

Y te vas hacia allá, como en sueños 

Dormida, Alfonsina, vestida de mar 

 

 

Cinco sirenitas te llevarán 

Por caminos de algas y de coral 

Y fosforescentes caballos marinos harán 

Una ronda a tu lado 

Y los habitantes del agua van a jugar 

Pronto a tu lado 

 

 

Bájame la lámpara un poco más 

Déjame que duerma nodriza, en paz 

Y si llama él no le digas que estoy 

Dile que Alfonsina no vuelve 

Y si llama él no le digas nunca que estoy 

Di que me he ido 

 

 

 

Te vas Alfonsina con tu soledad

¿Qué poemas nuevos fuiste a buscar? 

Una voz antigua de viento y de sal 

Te requiebra el alma y la está llevando 

Y te vas hacia allá como en sueños 

Dormida, Alfonsina, vestida de mar 

 

Félix Luna y Ariel Ramírez*

 

 

 

 

Version traduite en français 

 

 

Alfonsina et la mer

 

À travers le sable doux qui lèche la mer

Se perd à jamais sa fine trace 

Rien qu’un sentier de peine et de silence se dessina

Jusque dans les profondeurs de l’eau

Rien qu’un sentier de peines muettes se dessina 

Jusqu’à l’écume

 

 

Dieu sait quelle angoisse t’accompagna

Quelles douleurs anciennes tut ta voix

Pour te reposer, bercée par le chant 

Des conques marines

La chanson que chante la conque

Dans le fond obscur de la mer

 

 

Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude 

Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher ?

Une ancienne voix de vent et de sel

Récupère ton âme et l’emporte

Et tu te diriges vers elle comme dans les rêves

Alfonsina, endormie dans ton habit marin

 

Cinq petites sirènes t’emmèneront

Par des chemins d’algues et de corail

Et de phosphorescents chevaux marins 

Tourneront autour de toi

Et les habitants de l’eau

Ne tarderont pas à se mettre à jouer à tes côtés.

 

Baisse-moi l’éclairage un peu plus

Pour que la nourrice dorme en paix

S’il appelle ne dis-lui pas que je suis là

Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas 

Et s’il appelle ne lui dis jamais que je suis là

Dis que je m’en suis allée

 

Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude 

Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher ?

Une vieille voix de vent et de sel

Récupère ton âme et l’emporte

Et tu te diriges là-bas comme dans les rêves

Alfonsina, endormie dans ton habit marin


 

 

* NDLR : « Alfonsina y el mar »: texte du poète Félix Luna mis en musique par le pianiste compositeur Ariel Ramírez en hommage à la poète féministe argentine Alfonsina TORNI qui, atteinte d’un cancer, s’est suicidée le 25 octobre 1938 à l’âge de 46 ans. Cette chanson fut également interprétée par la chanteuse argentine de renom Mercedes Sosa


 

 

 

***

 

Pour citer ce poème bilingue espagnol-français

 

Félix Luna (poème de), Maggy De Coster​ (traduction de), « Alfonsina y El Mar / Alfonsina et la mer  », poème bilingue espagnol-français reproduit avec l'aimble autorisation des auteurs et leur maison d'édition, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères » N°9|Fin d'Été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture », sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 février 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/lettre15/no9/mdc-alfonsinayelmar

 

 

 

 

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