14 septembre 2025 7 14 /09 /septembre /2025 18:00

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossiers | Articles & témoignages | Matrimoine poétique / Revue poépolitique & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier

 

 

 

 

 

 

 

Gaza. La mémoire poétique est indestructible

 

 

 

 

 

Témoignage par

Mustapha Saha

Sociologue, poète, écrivain, artiste peintre & photographe

 

 

 

 

Crédit photo : George Barbier (1882-1932), « Shéhérazade », peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Web.

 

 

Saintes-Maries-de-la-Mer.Bouches du Rhône. Dimanche, 17 août 2025. Longue méditation sur un banc de l’église baroque. Ambiance médiévale embaumée de fragrances et d'encens. Les estivants, de tous âges, de toutes provenances, saturent l'espace. Le surtourisme vide le sanctuaire de sa quintessence spirituelle. Je pense à la Palestine, aux poétesses gazaouies pourchassées, traquées, liquidées en pleine jeunesse. Me reviennent les discussions avec Maya Abou al-Hayyat, Hend Jouda, Jouana Mustafa, Nida Younis, Asmaa Azayzeh au marché parisien de la poésie en juin 2025. J'imagine les trois Maries de la mer Gazaouies. La foule se précipite dans la crypte, illuminée de centaines de bougies rouges. Ils jettent un coup d'œil à la statue de Sarah, la vierge noire, surchargée d'étoffes et rebroussent  chemin.

 

Les gitans font de Sarah leur sainte patronne depuis 1946. Sarah, où Sara pour les gens de voyage, empanachée de fantasmagories extraordinaires, païenne convertie au christianisme, servante des trois Maries, Marie Salomé, Marie Jacobé, Marie Madeleine, compagnes de Jésus. Certains disent Sarah égyptienne. D'autres la voient esclave. Elle incarne l'africaine dans toute sa beauté, dans toute sa majesté. Les quatre saintes dérivent en Méditerranée sur une embarcation de fortune jusqu'en Provence, au lieu-dit Oppidum-Râ, un temple gallo-romain à l'origine, rebaptisé Notre-Dame-de-Ratis, puis Notre-Dame-la-Barque, puis Saintes-Maries-de-la-Mer en 1838. Le pélerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer est fondé par le marquis Foloco de Baroncelli en 1935. Les tziganes accourent de tous les pays à la fin du mois de Mai. L'effigie de Sarah est immergée à mi-corps dans la mer. Qui la touche à ce moment précis reçoit santé  et prospérité. Les offrandes affluent en gages de fidélité. Une phrase de la palestinienne Shourouq Aila hante mon esprit : « La mer est notre seul refuge ». 

 

L'allégorie des trois dividinités remonte à la nuit des temps. L'adoration des trois Maries s'est probablement substituée au culte celtique de la martre, romanisé sous le nom de Junon, reine des dieux et déesse de la fécondité.  La martre, vivant dans les forêts denses, profondément connectée à la nature, nous guide dans les mondes invisibles. La martre préside l'intuition, l'alchimie, la magie. Elle représente la patience, la persistance, la persévérance. Elle survit dans les environnements hostiles. Dans les traditions druidiques, la martre est une entité thaumaturgique, une messagère des esprits. Devant le bénitier de l'église des Saintes-Maries-de-la-Mer, je bénis les poéteses palestiniennes du signe de  la martre. En arpentant le centre historique de la cité, nous voyons surgir, au détour d'une rue, des drapeaux palestiniens dans une manifestation de quelques dizaines de personnes. La cause palestinienne résonne jusque dans ce bourg de deux mille habitants. 

 

Quand le roi René d'Anjou, écrivain et mécène, demande, en 1447, de sacraliser les ossements retrouvés des trois Maries, leurs reliques sont placées dans un châssis précieux. Les restes de Sarah sont enfermés dans une caisse grossière, reléguée dans une chapelle souterraine.  Cf. Jean de la Brune (1653-1736)  Entretiens historiques et critiques de Theotyme et  d'Aristarque sur diverses matières de littérature sacrée, Amsterdam, 1733. Les disriminations divines existent aussi.

 

Aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les marocains sont partout, propriétaires de motels, de restaurants, de commerces. L'hôtel Bleu Marine, où nous résidons, appartient à une marocaine. Les sarrasins ont occupé la région à l'époque médiévale, jusqu'au dixième siècle. Une vendeuse dans un magasin de souvenirs me confie : "Je suis étudiante à la Sorbonne. Je travaille ici pendant les vacances d'été. Je suis palestinienne, née en exil au Maroc. Je ne sais que je ne verrai jamais ma Palestine".

 

 

Heba Zagout

 

Est artiste peintre, née en 1984, dans le camp  de réfugiés de Boureij à Gaza, tuée le 13 octobre 2023, avec deux de ses quatre enfants. Ses toiles colorées, stylisées, pleines d'allégresse, représentent El Qods, avec ses minarets et ses clochers mitoyens, ses oliviers, ses figuiers,  ses orangers. Elle peint également des palestiennes vêtues de keffiehs et de robes traditionnelles, portant des clefs ou une colombe à la main.

 

 

Hiba Abou Nada

 

Elle s'appelle Hiba Abou Nada. Elle est née le 24 juin 1991 à la Mecque. Elle est poétesse, romancière, nutritionniste.  Elle est  assassinée le 20 octobre 2023. Son récit Oxygen isn't for the Dead, L'Oxigène n'est pas pour les morts. a pour toile de fond les primtemps arabes. Révolutions trahies.

 

 

Extraits du Journal des derniers jours par Hiba Abou Nada

 

« 7 octobre 2023. Nous pensons à nos petites affaires quotidiennes. Soudain, l'alarme nous arrache à nos réflexions banales. Les cours sont suspendus dans les écoles, les lycées, les universités. Les examens sont annulés. Le bruit des mitraillettes nous assourdit l'atmosphère. La chaîne El Jazeera affiche un bandeau rouge. La vie à Gaza se chambarde en un instant. »

 

« 8 octobre 2023. Nos comptes sur les réseaux sociaux sont des registres de décès, des demeures en deuil, des tentes de condoléances. Les cortèges funéraires se ramifient, se mêlent, s'étalent sur des kilomètres. Les américains menacent d'envoyer un porte-avion pour aider les sionistes. Nous en ferons un restaurant fottant. »

 

« 9 octobre 2023. Dans les guerres précédentes, nous anticipions les cibles sionistes. Cette fois-ci, il n'y a pas de schéma spécifique. Tout se bombarde sous feu nourri, du nord au sud. Des frappes aléatoires, meurtrières, dévastatrices. Un massacre collectif. Une boucherie totale. Nous nous attendons à une phase d''isolement absolu. Nous ne pourrons plus entrer en contact avec l'intérieur,  encore moins avec l'extérieur. L'infernal pilonnage ne fera aucune pause. Nous tenons bon. Nous restons libres dans nos têtes. »

 

« 10 octobre 2023. Nous sommes encore en vie. Nous comptons les morts et les rescapés. J'enveloppe la fleur d'oranger dans la prière pour les préserver du phosphore. Les morts, unis dans un amour intense, dissiperont les poussières. »

 

« 11 octobre 2023. Quand les mensonges seront démasqués, Gaza sera toujours vivante. Elle sera toujours la cité des savants, des poètes, des prophètes, des prodiges, des miracles. Nous résistons. Nous persévérons pour tous les opprimés de la terre. »

 

« 12 octobre 2023. Ce sont des arbres généalogiques entiers qui s'écroulent. Aucune branche n'est épargnée. Gaza, un cimetière à ciel ouvert. Nous regardons nos futurs en silence. »

 

« 15 octobre 2023. Là-haut, nous bâtissons une nouvelle cité avec des médecins sans patients, des professeurs sans étudiants, des familles sans chagrin. Une nouvelle Gaza sans guerres. »

 

« 18 octobre 2023. Des linceuls alignés par dizaines, voilà nos photos de famille. Ils ont vécu ensemble. Il s'en vont ensemble. »

 

« 19 octobre 2023. Ma liste d'amis se rétrécit. Elle n'est plus qu'un inventaire de sépultures. Mes amis s'envolent avec les éclats de roquettes. Je ne peux pas les retenir. Je ne peux pas les ramener sur terre. Je ne peux pas les consoler. Je ne peux pas les pleurer. Je ne sais pas quoi faire. Que faire devant cet abominable festin de la mort ? »

 

« 20 octobre 2023. Nous attendons. la promesse de vérité » (Hiba Abou Nada, Journal des derniers jours). 

 

20 octobre 2023, en pleine nuit, Hiba Abou Nada est tuée avec toute sa famille par une frappe aérienne dans leur maison à Khan Younis.

 

 

Fatima Hassouna

 

Est poétese, photojournaliste, née le 2 mars 2000 à Gaza, fauchée avec dix membres de sa famille, au moment où son film, avec la réalisatrice iranienne Spideh Farsi, Put your Soûl on your Hand and Walk, Pose ton âme sur ta main et marche, est sélectionné au Festival de Cannes. Ses œuvres sont publiées par des journaux prestigieux, exposées dans des galeries renommées. On l'appelle l'Oeil de Gaza. Elle écrit : « Le monde est là dans sa vastitude. Gaza est une petite boîte. Nous sommes dedans. Le monde est si lointain. Je ne peux pas le visiter. Je voudrais voyager, explorer les immensité et revenir dans ma petite boîte. J'ai besoin de Gaza. Gaza à besoin de moi. Si je meurs, je veux une mort retentissante. Je ne veux pas être une brève dans un flash-info. Je ne veux pas être un chiffre anonyme dans une statistique. Je veux une mort qui retentit dans toute la planète, dans toutes les langues. Je serai une image omniprésente que rien ne peut effacer » (Fatima Hassouna, 2 août 2024). 

 

« La photographe est partie. Elle a dit la vérité. Elle reste sans témoin. Sauf un témoin invisible. Pour attester qu'il n'y a plus de témoin. La photographe est partie après avoir dit la vérité. Elle est drapée des couronnes fleuries de sa robe de mariée. Elle se tait. Elle s'expose en silence au silence. Son nom perdure. Mais, qu'est qu'un nom ? Sa grande œuvre photographique s'exhibe en silence. Elle reste muette. Elle se contente de montrer des scènes de silence. Elle rattrape les images qui se dérobent devant son objectif. Elle met les images à nu. Dans ses récits photographiques, tout s'esquisse, tout s'annonce, tout s'interrompt, la naissance, l'amour, la mort, dans leur ordre cyclique, réversible, anhistorique. Il reste ses traces, inaltérables, impérissables, indissolubles.  Cette jeune femme est la légèreté même. Elle est unique. Elle exprime ce que la clarté du jour aura été hier, le jour passé. Elle est la mémoire graphique de la naissance de la lumière à la lumière photographique. Elle capte. Elle inscrit. Elle imprime. Elle voile. Elle dévoile. Elle perce l'énigme de l'ombre. » (Jacques Derrida, Aletheia, 1996, éditions William Blake and Co, tiré à part, 2025. Adaptation). 

 

Je glisse une photographie de Fatima Hassouna dans le cahier où je rédige ces lignes. La photographe, kefieh noir et blanc manteau sombre, est saisie dans la pénombre d'un immeuble bombardé, assise sur une chaise en fer rouillé déglinguée. Sa main tient fermement son appareil photo. Les décombres gisent par terre. Je perçois une clarté légère, une signature nébuleuse de l'ombre. Une lueur de chandelle. Elle est seule, indifférente au photographe qui la flashe. Une prégnante terrifiance plane dans l'air. Elle voit. Elle donne à voir l'interdit. Je ferme les yeux pour voir, pour savoir. Je ne discerne que l'esthétique, l'irisation du silence. 

 

Jacques Derrida relie ce phénomène à la  loi de phôs. Photôs, photographie, phosphore proviennent de la même racine. Le sionisme néantise Gaza à coups de bombes au phosphore. L'adjectif phosphoros signifie porteur de lumière. Phosphoros désigne aussi la planète Aphrodite, Vénus, l'étoile du berger. Les photographies de Fatima Hassouna sont infusées de phosphore. Certains instantanés me magnétisent, m'hypnotisent, me paralysent. Archives incomparables, inimitables, indélébiles. Son dernier cliché, un coucher de soleil.  Son absence-présence me lancine comme un hologramme. Je ne vois que son aura. Elle est seule dans son impalpable visibilité. De nouvelles photographies apparaîtront. Le festival de Cannes, la société du spectacle l'intrônisent déjà comme une icône. Elle ne sera bientôt qu'une valeur marchande. On parlera un peu d'elle, moins qu'elle ne l'a souhaité. Des documentaires, des livres lui rendront hommage. Puis, elle s'éclipsera. Elle sera toujours seule dans son attente de la lumière.

 

 

Amina al-Salmi

 

 

30 juin 2025. Amina al-Salimi, surnommée Frans, est tuée dans le banbardement du Café Al-Baqa à Gaza. Un énorme cratère engouffre les cadavres de plusieurs dizaines d'écrivains, d'artistes, de journalistes, d'étudiants, d'ingénieurs, de médecins. Les deniers tableaux d'Amina al-Salmi sont des visages maculés de sang, des portraits noirs au fusain, des martyrs en agonie.

 

 

Dima Diab

 

A vingt-six ans, écrivaine, conteuse, est assassinée, le 28 juillet 2025.  Et beaucoup d'autres plumes, connues et méconnues. Leurs œuvres transmissibles sans limites, reproductibles à l'infini, sont indestructibles. Ces créatrices, la tête recouverte du même châle de la dignité, sont l'âme éternelle de la Palestine.

 

© Mustapha Saha

 

—————

Pour citer ce texte, illustré & inédit

 

Mustapha Saha, « Gaza. La mémoire poétique est indestructible », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 14 septembre 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/ms-gazamemoirepoetique

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour aux Sommaires des numéros ▼ Liens à venir

8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 17:00

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Florilèges | Voix/Voies de la sororité | Spiritualités en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Créations poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

Cicatrices

 

 

 

 

Poème engagé & féministe par

 

Viki Katsarou

Écrivaine, traductrice, éditrice grecque, poétesse formée en langue & littérature grecques & en études théâtrales de la Fondation Culturelle de la Banque Nationale de Grèce (MIET)

 

 

 

 

Crédit photo : Dessin anonyme d’une déesse-mère de l’antiquité greco-romaine avec une lyre, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Commons.

 

Ce poème s’inscrit dans une démarche où la mémoire, le corps et le mythe se croisent pour donner voix à une généalogie féminine de créatrices trop souvent effacée.

 

CICATRICES

 

 

Dieu a toujours été femme,
mais on nous craignait,
car d’un souffle nous pouvions dessécher la terre,
soulever les mers en tempête,
faire éclore des fleurs du sang de nos doigts,
durcir les racines des arbres dans les entrailles de la terre
avec le lait de nos seins.

 

Mais la mémoire est immortalité
et ne sert pas les desseins de la Mort.
Alors les hommes nous ont oubliées,
ils ont bâti sur notre passé
et ont décidé de mener les femmes
vers des tombeaux fermés.

 

Et nous voilà ici,
roses ressuscitées,
revenant ranimer cafés et échoppes de barbiers,
tavernes, moulins à huile, chantiers navals et vieilles barques,
éponges suspendues aux murs des maisons,
bois, fers, pierres, champs, arbres et rochers millénaires —
tout s’anime là où passe notre pas.

 

Et avec nous nous portons la peine, la joie,
la tristesse et l’amour,
la terre.

On nous offrit jadis un œillet, un basilic,
on chanta pour nous sous les fenêtres,
nous déroulions des thrènes et des malédictions.
Leurs regards jadis brûlaient
de ce qui demeurait incompréhensible.
Et les signes se multipliaient —
dans notre nature de femmes sont les entailles,
et l’exil, malédiction.

Mais nous voilà maintenant,
prêtes à porter nos marques en pleine lumière,
le chemin choisi n’a pas de retour.
Des violons résonnent.
À côté de nos saints, guette Dionysos.

Ishtar – Inanna, prostituée des cieux,
Sedna aux yeux fendus,
Anat, Durga,
Shakti, Sarasvati et Cybèle —
nous fûmes créatrices et législatrices,
prophétesses, tisseuses du destin,
inventrices, guérisseuses, archères et cheffes de guerre.

 

Pour Sedna seule nous pleurons encore :
immense, aux yeux de verre, à la langue de cerise,
elle fut dot de son père à un magicien
qui la maltraita cent six ans durant.

Sedna revint, ne voulant plus d’homme.
Elle s’accrocha à la barque de son père,
et son père lui trancha la main.
Puis son père lui trancha l’autre main,
et Sedna s’enfonça dans la mer,
et Sedna devint baleine — elle ne mourut pas.

 

Elle devint déesse,
et quand les vagues emmêlent ses cheveux,
des tempêtes éclatent.

 

Et Ishtar, Inanna, prostituée des cieux,
à la crinière de lionne et aux pieds d’oiseau,
souveraine de la nuit et du monde souterrain —
le seul qu’elle ne put ressusciter fut son amant,
et la nature mourut,
et la nature mourut et son amant aussi,
et Ishtar offrit son corps chaque nuit à tous les saints,
et Ishtar vécut, et nous vécûmes avec elle.

Durga, notre mère, déesse sanguinaire,
toi qui chevauches les tigres avec tes multiples bras,
tu tuas le démon qu’une femme seule
pouvait abattre.

 

Dieu était femme
les deux cent mille premières années
de la vie humaine sur la terre.

 

© Viki Katsarou
 

***

Pour citer ce poème inédit, féministe féminine & engagé pour l'égalité des sexes

 

Viki Katsarou, « Cicatrices »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 8 septembre. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/vk-cicatrices

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés  

Retour aux Sommaires des numéros▼ Liens à venir

21 août 2025 4 21 /08 /août /2025 14:53

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & témoignages | Revue Matrimoine | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages  & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier & Dictionnaire

 

 

 

 

 

 

Zoubeida B'chir : mémoire & hommage

 

 

 

 

 

Biographie brève & hommage d’une créatrice par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

Écrivaine, poétesse, docteure en littérature française & rédactrice régulière des périodiques de la SIÉFÉGP

 

 

 

Crédit photo : Portrait photographique de la pionnière Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits, via Facebook.

 

21 août 2011 : Décès de Zoubeida B'chir زبيدة بشير

 

 

Zoubeida B'chir زبيدة بشير, née le 8 février 1938 à Sakiet Sidi Youssef et morte le 21 août 2011 à Tunis, est une poétesse et productrice de radio tunisienne qui est considérée comme une pionnière dans son domaine.

 

Originaire du village algérien d'Oued Souf, elle voit le jour dans le village frontalier de Sakiet Sidi Youssef (gouvernorat du Kef) où son père est venu s'installer à la recherche de travail, avant d'émigrer à Tunis. 

Sa famille ne l'envoie pas à l'école mais lui donne une instruction traditionaliste à domicile. Autodidacte, elle passe son temps entre les livres et la radio, où elle s'intéresse aux émissions culturelles. Puis, elle se met à composer des poèmes et des nouvelles. C'est sa vraie vocation puisqu'elle remporte d'abord un prix de création littéraire de Radio-Paris (en langue arabe), pour une nouvelle intitulée « Annagham al-hazin » en 1958, puis se rend en France où elle est honorée, avant de récidiver l'année suivante avec un prix pour le poème Al-hobb adhaeâ. 

 

Ne fréquentant pas d'école, elle parfait sa propre formation et réussit à affiner son talent poétique. Ses poèmes sont également primés par Radio Tunis. 

Le président Habib Bourguiba, qui écoute attentivement la radio tunisienne, apprécie son talent et recommande de l'y intégrer. Il lui aurait même demandé un jour en plaisantant : « L'histoire retiendra-t-elle que Bourguiba a vécu la période de Zoubeida B'chir ou que celle-ci a vécu la sienne ? ». 

Elle y débute en 1959, pour y passer 22 années comme présentatrice, lectrice des bulletins d'information et productrice d'émissions. 

Elle produit notamment les émissions Mouradafet, Likaa al-ahebba et une émission hebdomadaire pour la « Voix de l'Amérique ». Elle participe aussi longtemps à l'émission « Les Amateurs de la littérature » présentée par Mustapha Khraïef puis par Ahmed Laghmani.

 

C'est Khraief qui rédige l'introduction de son premier recueil. Dès la publication de ses premiers poèmes, elle suscite des réactions controversées. 

 

Choisissant une forme libre mais rythmée, elle ose s'aventurer dans le domaine sentimental voire charnel. Pour les uns, c'est un acte de courage et d'innovation, pour d'autres, c'est l'expression d'une débauche. Dans son poème « Hanin » (Nostalgie), elle dit notamment : « Nuits de chaleur entre ses bras / L'amour reviendra-t-il au cœur qui vit sur ses douleurs / Et sur les souvenirs qui ravivent les tourments de sa frustration ? ».

En 1967, elle est la première poétesse tunisienne à publier un recueil qui porte le titre de ce poème, « Hanin » (Nostalgie). Elle rencontre différents obstacles et reconnaît que seul Henri Smadja (patron de La Presse de Tunisie), qui a apprécié ses poèmes, l'a alors aidée et encouragée. Le recueil obtient un grand succès.

 

En 1968, elle fait un pèlerinage dans son village natal, à l'occasion des cérémonies en mémoire du bombardement de Sakiet Sidi Youssef qui coïncident avec son anniversaire, mais elle en revient pleine d'amertume, à la vue du désastre et de la destruction de ses souvenirs. Quelque temps après, elle quitte la scène culturelle, se contentant d'abord de la présentation de l'émission Chansons des auditeurs et ce jusqu'en 1981, avant de se retirer définitivement. Pendant près de vingt ans, on n'entend plus parler d'elle et on l'oublie. Elle publie par ailleurs son second recueil « Alaa » (Grâces) mais elle garde toujours ses distances vis-à-vis de la scène culturelle. 

Elle accepte de participer à une œuvre collective sur la révolution tunisienne en 2011 mais meurt la même année.

 

Crédit photo : Première de couverture illustrée des œuvres complètes de l’autrice Zoubeida B'chir en arabe. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook. L’illustration est un portrait photographique de la créatrice Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook.

 

En hommage à son parcours et à sa contribution pionnière à la littérature tunisienne, la Tunisie a institué depuis 1995 le Prix national Zoubeida Bchir, organisé par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF) en partenariat avec le Club Tahar Haddad, sous la tutelle du Ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées. Ce concours littéraire et scientifique, décerné chaque année à l’occasion de la Journée internationale de la femme, vise à encourager et valoriser la créativité féminine tunisienne dans les domaines littéraire, scientifique et intellectuel. Devenu au fil des années un acquis national, il porte haut le nom de Zoubeida B'chir et perpétue son héritage en mettant en lumière la richesse et la diversité des voix féminines du pays.*

 

© Hanen Marouani

* C’est un article inspiré légèrement enrichi à la fin d'un post publié et lu sur Facebook.

—————

Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Zoubeida B'chir : mémoire et hommage », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 21 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-zoubeidabchir

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour aux Sommaires des numéros ▼ Liens à venir

29 juillet 2025 2 29 /07 /juillet /2025 13:29

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet  | Critique & Réception | Dossier | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Critiques poétiques & artistiques 

 

 

 

 

 

 

 


Georgia Makhlouf, lauréate du Prix Méditerranée & finaliste du Prix de la littérature arabe 2025

 

 

 

 

 

Article par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du roman « Pays amer », de la romancière Georgia Makhlouf, paru en janvier 2025 aux Presses de la Cité. Capture d’écran de l’image de la page Facebook de l'autrice.

 

 

Georgia Makhlouf, une voix majeure de la littérature francophone contemporaine, s’est imposée au fil des années comme une figure incontournable entre Paris et Beyrouth. Écrivaine, critique littéraire et journaliste, elle collabore régulièrement avec L’Orient Littéraire et publie une œuvre exigeante qui mêle engagement, mémoire et écriture sensible. Lauréate de plusieurs prix, elle a été récompensée dès son premier roman « Les Absents » par le prix Léopold Sédar Senghor et le prix Ulysse, puis par d’autres distinctions telles que le prix France-Liban ou le prix Phénix. Ses textes abordent souvent des thèmes liés à l’identité, à la condition féminine, au Liban contemporain et à la mémoire collective, dans un style à la fois clair et poétique.

 

 

Son dernier roman, « Pays amer », publié en janvier 2025 aux Presses de la Cité, confirme cette trajectoire littéraire remarquable. Il s’agit d’un récit croisé entre deux femmes photographes libanaises, séparées par près d’un siècle, mais réunies par leur passion de l’image et leur désir d’émancipation. D’un côté, Marie Karam, inspirée de la véritable pionnière Marie el-Khazen, brise les normes sociales dans le Liban des années 1920, en photographiant des femmes habillées en hommes, ce qui lui vaudra l’hostilité des siens, l’isolement, puis l’oubli. De l’autre, Mona, photographe contemporaine installée à Beyrouth, découvre par hasard le journal intime et les archives de Marie. Ce contact bouleversant avec une voix du passé éveille en elle une réflexion sur sa propre vie, sur son rapport à l’art, à la liberté, à la société libanaise en crise.

 

 

« Pays amer » explore ainsi des thématiques puissantes, au cœur des préoccupations de Georgia Makhlouf : la mémoire oubliée des femmes, l’acte artistique comme forme de résistance, et l’héritage transgénérationnel dans les sociétés patriarcales. À travers la photographie – qui devient dans ce roman un langage visuel de l’insoumission –, l’autrice interroge la place des femmes dans l’espace public, leur visibilité, mais aussi le poids du silence qui pèse sur leurs parcours. Le roman se lit à la fois comme un hommage à ces pionnières effacées de l’histoire, et comme une invitation à relire le Liban à travers le prisme du féminin.

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la romancière Georgia Makhlouf. Capture d’écran de l’image de la page Facebook de l'autrice.

 

 

La qualité littéraire de ce roman a été saluée par la critique et reconnue par des jurys prestigieux. « Pays amer » a obtenu le premier « Prix Méditerranée des lecteurs », décerné par les bibliothèques de Perpignan, qui distingue un ouvrage en langue française mettant à l’honneur les cultures méditerranéennes. Ce prix vient confirmer l’ancrage territorial et symbolique de l’œuvre de Georgia Makhlouf. Par ailleurs, elle figure parmi les finalistes du Prix de la littérature arabe 2025, organisé par la Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du Monde Arabe, qui met en lumière des écrivains du monde arabe s’exprimant en français ou traduits en français. Cette double reconnaissance montre à quel point « Pays amer » touche, par-delà les frontières, par la force de son propos, son engagement féministe et sa beauté formelle.

 

L’écriture de Georgia Makhlouf, dans ce roman comme dans ses œuvres précédentes, se distingue par sa finesse, sa sensualité et sa capacité à entrelacer la petite histoire avec la grande. Elle mêle habilement les registres de la fiction, de l’essai et du témoignage, pour offrir une fresque à la fois intime et universelle. Loin d’un didactisme pesant, « Pays amer » émeut, instruit et interroge, en donnant la parole à des femmes qui ont choisi de voir, de montrer et de ne pas se taire. En cela, ce roman s’inscrit pleinement dans une littérature du réveil et de la transmission, et réaffirme la puissance du roman comme acte de mémoire.

 

En somme, « Pays amer » est une œuvre à la fois littéraire, historique et engagée, portée par une voix féminine forte qui réhabilite d’autres voix étouffées par le temps.

À travers ce texte lumineux, Georgia Makhlouf rend hommage à celles qui ont osé défier les normes et invite ses lecteurs et lectrices à regarder autrement leur héritage, leur langue et leur société. Ce roman confirme la stature de son autrice, désormais incontournable dans le paysage littéraire francophone et méditerranéen.



 

© Hanen Marouani

 

Lien vers les finalistes du Prix de la littérature arabe 2025 :

Huit titres en lice pour le prix de la littérature arabe 2025 - Livres Hebdo

—————

Pour citer cet article illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Georgia Makhlouf, lauréate du Prix Méditerranée et finaliste du Prix de la littérature arabe 2025 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 29 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-gm-paysamer

 

 

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour aux Sommaires des numéros ▼ Liens à venir

7 juin 2025 6 07 /06 /juin /2025 13:15

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & Témoignages | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

​​​​​​​

​​​​​

 

Mary Cassatt

 

 

(1844-1926)

 

 

 

 

 

 

Notice biographique par

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com

Facebook https://www.facebook.com/sarah.mostrel

Chaîne You Tube : https://www.youtube.com/user/SarahMostrel

 

 

 

Crédit photo : Mary Cassatt (1844-1926), « Autoportrait », peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran par LPpdm d’une photographie libre de droits trouvée sur le web.

 

 

    Elle a su s’imposer dans un milieu d’hommes et est parvenue à vivre de son art. Avec Berthe Morisot, Marie Bracquemond (1840-1916) et Eva Gonzalès (1847-1883), l’impressionniste se détache du regard masculin stéréotypé, où les femmes ne pouvaient pas faire de portraits d’hommes hors de leur famille, ni de grandes fresques historiques. Les femmes chez Cassatt sont différentes. Elles sont peintes non en objets passifs mais s’instruisant, ou instruisant leurs enfants. L’aquafortiste aimait dépeindre la maternité des femmes. Étonnamment, car elle ne fut pas mariée, et n’eut pas d’enfant. Passionnée d’estampes japonaises, l’Américaine née dans une famille fortunée de Pennsylvanie en 1844 se plaisait à mettre en valeurs les corps féminins, la chair, l’intimité féminine. 

 

      Devenue aveugle vers la fin de sa vie, la peintre « psychologique » (elle était très attentive à la figure humaine dont elle parvenait à dégager la personnalité) s’inscrit dans le féminisme essentialiste, où les femmes doivent s’exprimer dans leur singularité. Elle subira cependant les critiques d’hommes qu’elle côtoie et même de ses amis. « Je ne peux pas croire qu’une femme dessine aussi bien », lui lance ainsi Degas en 1892, décontenancé par sa toile Jeunes femmes cueillant des fruits


 

    Mary Cassatt a participé au changement qui s’opère au XIXe siècle, où des femmes sont soudain représentées en vêtements de travail avec des chevalets. La portraitiste aimait représenter la vie dans sa sphère intime, et a mis en valeur les femmes dans leur identité. 


 

 

© Sarah Mostrel, extrait de « Femmes inspirantes » (éd. Non Nobis) reproduit avec l’aimable autorisation de l’artiste-autrice et sa maison d’édition.

***

Pour citer cet extrait inédit

 

Sarah Mostrel, « Mary Cassatt (1844-1926) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 7 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/sm-marycassatt

 

 

 

Mise en page par Aude

 

© Tous droits réservés

Retour au Sommaire du numéro III ▼ Lien à venir

Bienvenue !

 

La rédaction lyonnaise reprend son activité éditoriale après un arrêt de l'actualisation de ce site (suite au décès d'un proche).

L’association SIÉFÉGP publiera en septembre 2026 ses anthologies livresques composées de vos écrits poétiques sur des thèmes déjà proposés par la rédaction.

SIÉFÉGP, JUIN 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.

Rechercher

Publications

 

Dernière nouveautés en date :

VOUS POUVEZ DÉSORMAIS SUIVRE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES  SUR INSTAGRAM

Info du 29 mars 2022.

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

À La Une