8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 17:00

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Muses & Poètes... / Florilèges | Voix/Voies de la sororité | Spiritualités en poésie & REVUE ORIENTALES (O) | N° 4-1 | Créations poétiques 

 

 

 

 

 

 

 

Cicatrices

 

 

 

 

Poème engagé & féministe par

 

Viki Katsarou

Écrivaine, traductrice, éditrice grecque, poétesse formée en langue & littérature grecques & en études théâtrales de la Fondation Culturelle de la Banque Nationale de Grèce (MIET)

 

 

 

 

Crédit photo : Dessin anonyme d’une déesse-mère de l’antiquité greco-romaine avec une lyre, peinture tombée dans le domaine public. Capture d'écran de la photographie libre de droits du Commons.

 

Ce poème s’inscrit dans une démarche où la mémoire, le corps et le mythe se croisent pour donner voix à une généalogie féminine de créatrices trop souvent effacée.

 

CICATRICES

 

 

Dieu a toujours été femme,
mais on nous craignait,
car d’un souffle nous pouvions dessécher la terre,
soulever les mers en tempête,
faire éclore des fleurs du sang de nos doigts,
durcir les racines des arbres dans les entrailles de la terre
avec le lait de nos seins.

 

Mais la mémoire est immortalité
et ne sert pas les desseins de la Mort.
Alors les hommes nous ont oubliées,
ils ont bâti sur notre passé
et ont décidé de mener les femmes
vers des tombeaux fermés.

 

Et nous voilà ici,
roses ressuscitées,
revenant ranimer cafés et échoppes de barbiers,
tavernes, moulins à huile, chantiers navals et vieilles barques,
éponges suspendues aux murs des maisons,
bois, fers, pierres, champs, arbres et rochers millénaires —
tout s’anime là où passe notre pas.

 

Et avec nous nous portons la peine, la joie,
la tristesse et l’amour,
la terre.

On nous offrit jadis un œillet, un basilic,
on chanta pour nous sous les fenêtres,
nous déroulions des thrènes et des malédictions.
Leurs regards jadis brûlaient
de ce qui demeurait incompréhensible.
Et les signes se multipliaient —
dans notre nature de femmes sont les entailles,
et l’exil, malédiction.

Mais nous voilà maintenant,
prêtes à porter nos marques en pleine lumière,
le chemin choisi n’a pas de retour.
Des violons résonnent.
À côté de nos saints, guette Dionysos.

Ishtar – Inanna, prostituée des cieux,
Sedna aux yeux fendus,
Anat, Durga,
Shakti, Sarasvati et Cybèle —
nous fûmes créatrices et législatrices,
prophétesses, tisseuses du destin,
inventrices, guérisseuses, archères et cheffes de guerre.

 

Pour Sedna seule nous pleurons encore :
immense, aux yeux de verre, à la langue de cerise,
elle fut dot de son père à un magicien
qui la maltraita cent six ans durant.

Sedna revint, ne voulant plus d’homme.
Elle s’accrocha à la barque de son père,
et son père lui trancha la main.
Puis son père lui trancha l’autre main,
et Sedna s’enfonça dans la mer,
et Sedna devint baleine — elle ne mourut pas.

 

Elle devint déesse,
et quand les vagues emmêlent ses cheveux,
des tempêtes éclatent.

 

Et Ishtar, Inanna, prostituée des cieux,
à la crinière de lionne et aux pieds d’oiseau,
souveraine de la nuit et du monde souterrain —
le seul qu’elle ne put ressusciter fut son amant,
et la nature mourut,
et la nature mourut et son amant aussi,
et Ishtar offrit son corps chaque nuit à tous les saints,
et Ishtar vécut, et nous vécûmes avec elle.

Durga, notre mère, déesse sanguinaire,
toi qui chevauches les tigres avec tes multiples bras,
tu tuas le démon qu’une femme seule
pouvait abattre.

 

Dieu était femme
les deux cent mille premières années
de la vie humaine sur la terre.

 

© Viki Katsarou
 

***

Pour citer ce poème inédit, féministe féminine & engagé pour l'égalité des sexes

 

Viki Katsarou, « Cicatrices »Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Déesses de l'Orient », n°4, volume 1, mis en ligne le 8 septembre. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno4/2025noiii/vk-cicatrices

 

 

 

 

 

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21 août 2025 4 21 /08 /août /2025 14:53

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & témoignages | Revue Matrimoine | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes & hommages  & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier & Dictionnaire

 

 

 

 

 

 

Zoubeida B'chir : mémoire & hommage

 

 

 

 

 

Biographie brève & hommage d’une créatrice par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

Écrivaine, poétesse, docteure en littérature française & rédactrice régulière des périodiques de la SIÉFÉGP

 

 

 

Crédit photo : Portrait photographique de la pionnière Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits, via Facebook.

 

21 août 2011 : Décès de Zoubeida B'chir زبيدة بشير

 

 

Zoubeida B'chir زبيدة بشير, née le 8 février 1938 à Sakiet Sidi Youssef et morte le 21 août 2011 à Tunis, est une poétesse et productrice de radio tunisienne qui est considérée comme une pionnière dans son domaine.

 

Originaire du village algérien d'Oued Souf, elle voit le jour dans le village frontalier de Sakiet Sidi Youssef (gouvernorat du Kef) où son père est venu s'installer à la recherche de travail, avant d'émigrer à Tunis. 

Sa famille ne l'envoie pas à l'école mais lui donne une instruction traditionaliste à domicile. Autodidacte, elle passe son temps entre les livres et la radio, où elle s'intéresse aux émissions culturelles. Puis, elle se met à composer des poèmes et des nouvelles. C'est sa vraie vocation puisqu'elle remporte d'abord un prix de création littéraire de Radio-Paris (en langue arabe), pour une nouvelle intitulée « Annagham al-hazin » en 1958, puis se rend en France où elle est honorée, avant de récidiver l'année suivante avec un prix pour le poème Al-hobb adhaeâ. 

 

Ne fréquentant pas d'école, elle parfait sa propre formation et réussit à affiner son talent poétique. Ses poèmes sont également primés par Radio Tunis. 

Le président Habib Bourguiba, qui écoute attentivement la radio tunisienne, apprécie son talent et recommande de l'y intégrer. Il lui aurait même demandé un jour en plaisantant : « L'histoire retiendra-t-elle que Bourguiba a vécu la période de Zoubeida B'chir ou que celle-ci a vécu la sienne ? ». 

Elle y débute en 1959, pour y passer 22 années comme présentatrice, lectrice des bulletins d'information et productrice d'émissions. 

Elle produit notamment les émissions Mouradafet, Likaa al-ahebba et une émission hebdomadaire pour la « Voix de l'Amérique ». Elle participe aussi longtemps à l'émission « Les Amateurs de la littérature » présentée par Mustapha Khraïef puis par Ahmed Laghmani.

 

C'est Khraief qui rédige l'introduction de son premier recueil. Dès la publication de ses premiers poèmes, elle suscite des réactions controversées. 

 

Choisissant une forme libre mais rythmée, elle ose s'aventurer dans le domaine sentimental voire charnel. Pour les uns, c'est un acte de courage et d'innovation, pour d'autres, c'est l'expression d'une débauche. Dans son poème « Hanin » (Nostalgie), elle dit notamment : « Nuits de chaleur entre ses bras / L'amour reviendra-t-il au cœur qui vit sur ses douleurs / Et sur les souvenirs qui ravivent les tourments de sa frustration ? ».

En 1967, elle est la première poétesse tunisienne à publier un recueil qui porte le titre de ce poème, « Hanin » (Nostalgie). Elle rencontre différents obstacles et reconnaît que seul Henri Smadja (patron de La Presse de Tunisie), qui a apprécié ses poèmes, l'a alors aidée et encouragée. Le recueil obtient un grand succès.

 

En 1968, elle fait un pèlerinage dans son village natal, à l'occasion des cérémonies en mémoire du bombardement de Sakiet Sidi Youssef qui coïncident avec son anniversaire, mais elle en revient pleine d'amertume, à la vue du désastre et de la destruction de ses souvenirs. Quelque temps après, elle quitte la scène culturelle, se contentant d'abord de la présentation de l'émission Chansons des auditeurs et ce jusqu'en 1981, avant de se retirer définitivement. Pendant près de vingt ans, on n'entend plus parler d'elle et on l'oublie. Elle publie par ailleurs son second recueil « Alaa » (Grâces) mais elle garde toujours ses distances vis-à-vis de la scène culturelle. 

Elle accepte de participer à une œuvre collective sur la révolution tunisienne en 2011 mais meurt la même année.

 

Crédit photo : Première de couverture illustrée des œuvres complètes de l’autrice Zoubeida B'chir en arabe. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook. L’illustration est un portrait photographique de la créatrice Zoubeida B'chir. Capture d’écran de l’image libre de droits trouvée sur le site du réseau social Facebook.

 

En hommage à son parcours et à sa contribution pionnière à la littérature tunisienne, la Tunisie a institué depuis 1995 le Prix national Zoubeida Bchir, organisé par le Centre de recherches, d’études, de documentation et d’information sur la femme (CREDIF) en partenariat avec le Club Tahar Haddad, sous la tutelle du Ministère de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées. Ce concours littéraire et scientifique, décerné chaque année à l’occasion de la Journée internationale de la femme, vise à encourager et valoriser la créativité féminine tunisienne dans les domaines littéraire, scientifique et intellectuel. Devenu au fil des années un acquis national, il porte haut le nom de Zoubeida B'chir et perpétue son héritage en mettant en lumière la richesse et la diversité des voix féminines du pays.*

 

© Hanen Marouani

* C’est un article inspiré légèrement enrichi à la fin d'un post publié et lu sur Facebook.

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Pour citer ce texte illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Zoubeida B'chir : mémoire et hommage », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 21 août 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-zoubeidabchir

 

 

 

 

 

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29 juillet 2025 2 29 /07 /juillet /2025 13:29

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet  | Critique & Réception | Dossier | Articles & témoignages & REVUE ORIENTALES (O) | N° 5-1 | Dossier | Critiques poétiques & artistiques 

 

 

 

 

 

 

 


Georgia Makhlouf, lauréate du Prix Méditerranée & finaliste du Prix de la littérature arabe 2025

 

 

 

 

 

Article par

 

 Hanen Marouani​​​​​​

 

 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture illustrée du roman « Pays amer », de la romancière Georgia Makhlouf, paru en janvier 2025 aux Presses de la Cité. Capture d’écran de l’image de la page Facebook de l'autrice.

 

 

Georgia Makhlouf, une voix majeure de la littérature francophone contemporaine, s’est imposée au fil des années comme une figure incontournable entre Paris et Beyrouth. Écrivaine, critique littéraire et journaliste, elle collabore régulièrement avec L’Orient Littéraire et publie une œuvre exigeante qui mêle engagement, mémoire et écriture sensible. Lauréate de plusieurs prix, elle a été récompensée dès son premier roman « Les Absents » par le prix Léopold Sédar Senghor et le prix Ulysse, puis par d’autres distinctions telles que le prix France-Liban ou le prix Phénix. Ses textes abordent souvent des thèmes liés à l’identité, à la condition féminine, au Liban contemporain et à la mémoire collective, dans un style à la fois clair et poétique.

 

 

Son dernier roman, « Pays amer », publié en janvier 2025 aux Presses de la Cité, confirme cette trajectoire littéraire remarquable. Il s’agit d’un récit croisé entre deux femmes photographes libanaises, séparées par près d’un siècle, mais réunies par leur passion de l’image et leur désir d’émancipation. D’un côté, Marie Karam, inspirée de la véritable pionnière Marie el-Khazen, brise les normes sociales dans le Liban des années 1920, en photographiant des femmes habillées en hommes, ce qui lui vaudra l’hostilité des siens, l’isolement, puis l’oubli. De l’autre, Mona, photographe contemporaine installée à Beyrouth, découvre par hasard le journal intime et les archives de Marie. Ce contact bouleversant avec une voix du passé éveille en elle une réflexion sur sa propre vie, sur son rapport à l’art, à la liberté, à la société libanaise en crise.

 

 

« Pays amer » explore ainsi des thématiques puissantes, au cœur des préoccupations de Georgia Makhlouf : la mémoire oubliée des femmes, l’acte artistique comme forme de résistance, et l’héritage transgénérationnel dans les sociétés patriarcales. À travers la photographie – qui devient dans ce roman un langage visuel de l’insoumission –, l’autrice interroge la place des femmes dans l’espace public, leur visibilité, mais aussi le poids du silence qui pèse sur leurs parcours. Le roman se lit à la fois comme un hommage à ces pionnières effacées de l’histoire, et comme une invitation à relire le Liban à travers le prisme du féminin.

 

© Crédit photo : Portrait photographique de la romancière Georgia Makhlouf. Capture d’écran de l’image de la page Facebook de l'autrice.

 

 

La qualité littéraire de ce roman a été saluée par la critique et reconnue par des jurys prestigieux. « Pays amer » a obtenu le premier « Prix Méditerranée des lecteurs », décerné par les bibliothèques de Perpignan, qui distingue un ouvrage en langue française mettant à l’honneur les cultures méditerranéennes. Ce prix vient confirmer l’ancrage territorial et symbolique de l’œuvre de Georgia Makhlouf. Par ailleurs, elle figure parmi les finalistes du Prix de la littérature arabe 2025, organisé par la Fondation Jean-Luc Lagardère et l’Institut du Monde Arabe, qui met en lumière des écrivains du monde arabe s’exprimant en français ou traduits en français. Cette double reconnaissance montre à quel point « Pays amer » touche, par-delà les frontières, par la force de son propos, son engagement féministe et sa beauté formelle.

 

L’écriture de Georgia Makhlouf, dans ce roman comme dans ses œuvres précédentes, se distingue par sa finesse, sa sensualité et sa capacité à entrelacer la petite histoire avec la grande. Elle mêle habilement les registres de la fiction, de l’essai et du témoignage, pour offrir une fresque à la fois intime et universelle. Loin d’un didactisme pesant, « Pays amer » émeut, instruit et interroge, en donnant la parole à des femmes qui ont choisi de voir, de montrer et de ne pas se taire. En cela, ce roman s’inscrit pleinement dans une littérature du réveil et de la transmission, et réaffirme la puissance du roman comme acte de mémoire.

 

En somme, « Pays amer » est une œuvre à la fois littéraire, historique et engagée, portée par une voix féminine forte qui réhabilite d’autres voix étouffées par le temps.

À travers ce texte lumineux, Georgia Makhlouf rend hommage à celles qui ont osé défier les normes et invite ses lecteurs et lectrices à regarder autrement leur héritage, leur langue et leur société. Ce roman confirme la stature de son autrice, désormais incontournable dans le paysage littéraire francophone et méditerranéen.



 

© Hanen Marouani

 

Lien vers les finalistes du Prix de la littérature arabe 2025 :

Huit titres en lice pour le prix de la littérature arabe 2025 - Livres Hebdo

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Pour citer cet article illustré & inédit

 

Hanen Marouani, « Georgia Makhlouf, lauréate du Prix Méditerranée et finaliste du Prix de la littérature arabe 2025 », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet & Revue Orientales, « Libres », n°5, volume 1, mis en ligne le 29 juillet 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientalesno5/2025noiii/hm-gm-paysamer

 

 

 

 

 

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7 juin 2025 6 07 /06 /juin /2025 13:15

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & Témoignages | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

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Mary Cassatt

 

 

(1844-1926)

 

 

 

 

 

 

Notice biographique par

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com

Facebook https://www.facebook.com/sarah.mostrel

Chaîne You Tube : https://www.youtube.com/user/SarahMostrel

 

 

 

Crédit photo : Mary Cassatt (1844-1926), « Autoportrait », peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran par LPpdm d’une photographie libre de droits trouvée sur le web.

 

 

    Elle a su s’imposer dans un milieu d’hommes et est parvenue à vivre de son art. Avec Berthe Morisot, Marie Bracquemond (1840-1916) et Eva Gonzalès (1847-1883), l’impressionniste se détache du regard masculin stéréotypé, où les femmes ne pouvaient pas faire de portraits d’hommes hors de leur famille, ni de grandes fresques historiques. Les femmes chez Cassatt sont différentes. Elles sont peintes non en objets passifs mais s’instruisant, ou instruisant leurs enfants. L’aquafortiste aimait dépeindre la maternité des femmes. Étonnamment, car elle ne fut pas mariée, et n’eut pas d’enfant. Passionnée d’estampes japonaises, l’Américaine née dans une famille fortunée de Pennsylvanie en 1844 se plaisait à mettre en valeurs les corps féminins, la chair, l’intimité féminine. 

 

      Devenue aveugle vers la fin de sa vie, la peintre « psychologique » (elle était très attentive à la figure humaine dont elle parvenait à dégager la personnalité) s’inscrit dans le féminisme essentialiste, où les femmes doivent s’exprimer dans leur singularité. Elle subira cependant les critiques d’hommes qu’elle côtoie et même de ses amis. « Je ne peux pas croire qu’une femme dessine aussi bien », lui lance ainsi Degas en 1892, décontenancé par sa toile Jeunes femmes cueillant des fruits


 

    Mary Cassatt a participé au changement qui s’opère au XIXe siècle, où des femmes sont soudain représentées en vêtements de travail avec des chevalets. La portraitiste aimait représenter la vie dans sa sphère intime, et a mis en valeur les femmes dans leur identité. 


 

 

© Sarah Mostrel, extrait de « Femmes inspirantes » (éd. Non Nobis) reproduit avec l’aimable autorisation de l’artiste-autrice et sa maison d’édition.

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Pour citer cet extrait inédit

 

Sarah Mostrel, « Mary Cassatt (1844-1926) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 7 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/sm-marycassatt

 

 

 

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7 juin 2025 6 07 /06 /juin /2025 13:13

N° III | ÉTÉ 2025 / NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES » | 1er Volet | Dossier | Articles & Témoignages | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

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Suzanne Valadon

 

 

(1865-1938)

 

 

 

 

 

 

 

Notice biographique par

 

Sarah Mostrel

 

Site : https://sarahmostrel.wordpress.com

Facebook https://www.facebook.com/sarah.mostrel

Chaîne You Tube : https://www.youtube.com/user/SarahMostrel

 

 

 

Crédit photo : Suzanne Valadon (1865-1938), « Autoportrait », peinture tombée dans la domaine public, capture d'écran par LPpdm d’une photographie libre de droits trouvée sur le web.

 

Peintre avant-gardiste, Suzanne Valadon ne fut pas seulement la « Muse de Montmartre » mais bien une peintre à part entière. Née le 23 septembre 1865 à Bessines-sur-Gartempe, en Haute-Vienne, d’une mère blanchisseuse Madeleine Valade et d’un père inconnu, Marie Clémentine dite Maria est issue de la classe ouvrière et quitte à cinq ans les environs de Limoges pour Paris où sa mère l’envoie au monastère Saint-Jean-de-Montmartre. Mais elle n’est pas faite pour ce cadre très strict. Elle ne tient pas en place et déjà, dessine à la craie et au charbon sur les trottoirs et sur les murs. À l’adolescence, elle s’enfuit et tente de survivre comme elle peut. Elle devient couturière puis trapéziste au cirque Molier, mais l’acrobate se blesse en plein exercice et c’en est fini de sa carrière circassienne. Que faire alors ? 

 

Marie a un physique très particulier, est une jolie femme et attire les peintres. Elle s’intéresse à l’art, les observe, elle s’initie au dessin, pratique le fusain, la sanguine tandis qu’ils la prennent comme modèle, à commencer par Puvis de Chavanne, puis Renoir, dont elle est un temps la maîtresse, Van Gogh, Toulouse-Lautrec (qui est son amant pendant deux ans et à cause de qui elle faillit se suicider lors de leur rupture alors qu’il refuse de l’épouser). Auprès d’eux, elle apprend les techniques des maîtres, se fascine pour le trait, la couleur, les portraits. Sur injonction de Lautrec qui lui lance : « Toi qui poses nue pour des vieillards, tu devrais t’appeler Suzanne ! », elle décide de changer de prénom… 

 

« Suzanne » baigne dans un milieu montmartrois alors très actif. Ce sont les temps qui précèdent la bohème montmartroise. Picasso, van Dongen ne vont pas tarder à arriver au Bateau Lavoir, au Lapin agile. Dans les cabarets, on s’amuse, les chansonniers poussent de la voix, les rues Lepic, Caulaincourt, Tourlaque sont on ne peut plus animées. Le sculpteur Bartholomé présente Suzanne à Degas qui la surnomme « Mariala terrible » et l’encourage à tenir le crayon, la mine de plomb, à se lancer dans la peinture. Il lui achète quelques œuvres.

 

En 1883, à 18 ans, elle accouche d’un fils, mais son mode de vie ne permet pas d’identifier le père. Elle a en effet une vie très libre, elle fréquente des chansonniers comme Maurice Boissy, des hommes de lettres comme l’Espagnol Miquel Utrillo y Molins, un aristocrate, ingénieur, critique d’art et peintre décorateur. Maurice naît un 26 décembre, au 8 rue du Poteau et est reconnu à huit ans par le peintre catalan Miquel Utrillo. Elle ne s’occupe pas beaucoup du gamin, laissé souvent à sa grand-mère à Pierrefitte-sur-Seine. Le petit va grandir de façon très instable et développera plus tard des troubles psychiatriques, des problèmes l’alcool, non sans que sa mère ne détecte en lui un talent exceptionnel en matière d’art. À 27 ans, Maurice Utrillo commencera à vivre de sa peinture et deviendra célèbre. 

 

En attendant, Suzanne, qui laisse éperdument amoureux Erik Satie après une nuit d’amour endiablée, progresse et expose ses premières toiles. En 1894, elle est la première femme à entrer à la Société nationale des beaux- arts avec cinq dessins. (Élisabeth Vigée-Lebrun, Rosa Bonheur, Camille Claudel forceront aussi les portes de l’art et de la SNBA en vue de reconnaissance.)

 

En 1896, à 31 ans, Valadon épouse Paul Mousis, ami d’Erik Satie. Le riche agent de change lui permet enfin de se consacrer entièrement à son art, mais elle vend peu, on n’achète pas à une femme ! Le couple s’installe au 12 rue Cortot, là où Renoir a fait en 1876 son atelier, depuis lequel il transporte chaque jour sa toile pour aller peindre sur le motif Le Bal du moulin de la Galette… Là où le fauve Charles Camoin et le postimpressioniste Émile Bernard, ami de Gauguin, ont séjourné. 

 

Suzanne s’adonne à sa passion et accroît sa notoriété. Elle peint des natures mortes, des paysages, continue ses fameux portraits, croquis et nus qui la distinguent… et choquent. « Il faut avoir le courage de regarder le modèle en face si l’on veut atteindre l’âme. Ne m’amenez jamais pour peindre une femme qui cherche l’aimable ou le joli, je la décevrais tout de suite », explique l’artiste. Le marchand Ambroise Vollard édite ses gravures.

 

La marchande d’art Berthe Weill l’aide à participer à dix-neuf expositions mais il reste très difficile pour Suzanne de s’imposer dans ce monde d’hommes. Après 13 ans d’union, son mariage casse. 

L’autodidacte expose au Salon d’automne à Paris (dont elle deviendra sociétaire en 1920 jusqu’en 1933) et s’éprend d’un jeune électricien, peintre amateur d’origine alsacienne, André Utter, ami de son fils. Il a 28 ans, soit 21 ans de moins qu’elle, il est « d’une grande beauté avec sa tignasse blonde, ses yeux bleus et son teint vif », comme le décrit son ami peintre et écrivain Edmond Heuzé. Le coup de foudre a lieu, elle l’épouse en 1914.  Maurice Utrillo, André Utter et Suzanne Valadon ont des relations très agitées. On évoque le trio en termes de « Trinité maudite » car ils sont excentriques, Suzanne est connue pour ses frasques, Maurice, pour ses excès en alcool. André, fils d’un ferblantier et d’une femme de chambre est le second mari de Suzanne Valadon, pour qui il pose, et le beau-père de Maurice Utrillo. Pas simple !

 

En 1923, ils achètent le château de Saint-Bernard, qui surplombe la Saône. Chacun possède alors un atelier face aux monts du Beaujolais. Peintres, photographes, sculpteurs, personnalités littéraires, politiques et artistiques lyonnaises s’y pressent. En 1924, Suzanne signe un contrat avec la galerie Bernheim-Jeune. Le groupe éclate, mais donne naissance au Salon du Sud-Est à Lyon. On y verra André Derain, Raoul Dufy, Claude Monet, Auguste Renoir, Albert André, Paul Signac, Pierre Bonnard, des impressionnistes et néo-impressionnistes, de l’art nègre. 


 

En 1935, Maurice Utrillo (51 ans), peintre du Sacré-Cœur, rencontre Lucie Valore. Elle a cinq ans de plus que lui, a déjà été mariée deux fois, à Joseph Bernaud, sculpteur qui lui a donné une fille Alice Fernande Bernaud ; et à Robert Pauwels, un riche banquier belge, avec qui elle va connaître Valadon et Utrillo à qui ils achètent des toiles. L’ancienne comédienne devient veuve et propose à Suzanne qui s’inquiète pour son fils, d’épouser Maurice. En 1940, initiée par son mari, elle commence à peindre, à graver et à prendre soin de sa notoriété. (Elle fondera neuf ans après la mort de Maurice en 1963 l’Association Maurice-Utrillo qui gère un centre de documentation sur Utrillo, Suzanne Valadon, André Utter et Lucie Valore…).

 

Suzanne Valadon s’éteindra le 7 avril 1938 à Paris, entourée de ses amis peintres André Derain, Pablo Picasso et Georges Braque. Figure mythique de Montmartre, elle est enterrée au cimetière parisien de Saint-Ouen, tandis qu’Utrillo, décédé en 1955, à Dax où il était en cure, repose au cimetière de Montmartre.

 

 

© Sarah Mostrel, extrait de « Femmes inspirantes » (éd. Non Nobis) reproduit avec l’aimable autorisation de l’artiste-autrice et sa maison d’édition.

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Pour citer cet extrait inédit

Sarah Mostrel, « Suzanne Valadon (1865-1938) », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : ÉTÉ 2025 | NO III NUMÉRO SPÉCIAL « CRÉATRICES », 1er Volet, mis en ligne le 7 juin 2025. URL :

https://www.pandesmuses.fr/2025noiii/sm-suzannevaladon

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.​​​​​​​

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