18 juin 2022 6 18 /06 /juin /2022 14:46

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Témoignages & articles

 

 


 

 

​​​​​

 

 

 

Bains de lumière

 

​​

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

​​​​​Crédit photo : Edgar Degas, (1834-1917), "Une baigneuse s'épongeant la jambe" (1883). Image libre de droits. 

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Dans les années 50 en France, peu de personnes avaient l'eau chaude, voire le chauffage central, ce qui peut paraître tout à fait étonnant pour les nouvelles générations qui s'offusquent et poussent des hauts cris dès qu'une malheureuse panne de chaudière vient bouleverser leur quotidien.

 

À la campagne, et cela jusque dans les années 70/80, il n'était pas rare d'avoir le WC à l'extérieur dans la cour d'une ferme ou d'un immeuble et de devoir procéder à sa toilette dans la cuisine. Je revois grand-père se raser au-dessus de l'évier en pierre et s'asperger le buste d'eau glacée.

 

Bien évidemment, il n'y avait pas d'eau chaude et il incombait à « la femme au foyer » de veiller sur les poêles et d'en entretenir la flamme à longueur de journée pour maintenir un semblant de chaleur dans des habitations souvent mal isolées. Ma mère passait d'une pièce à l'autre dans notre petite maison de cité à Mulhouse, une pelle dans une main emplie de boulets de charbon rougis, pour ranimer le feu des poêles des différentes pièces de vie. Il en était de même dans notre logement précédent à Riedisheim où le cabinet de toilette jouxtait la cuisine sous les combles. L'eau gelait dans la cuvette des toilettes et ma mère devait en briser la glace en hiver à coups de marteau. Les chambres où nous dormions n'étaient jamais chauffées mais fort heureusement, nous disposions de bouillottes ou de briques chauffées dans le four de la cuisinière. Ce qui peut paraître romantique aujourd'hui faisait partie de notre quotidien parfois difficile à supporter en hiver quand nous nous réveillions le matin avec des cristaux de givre qui s'étaient formés sur les vitres.

 

 

Crédit photo :  Bonnard, "La grande baignoire" (1937). Image libre de droits. 

 

 

 

L'arrivée des premières HLM fut saluée par les habitants heureux d'accéder à un nouveau mode de confort. Je me souviens d'une visite chez mes cousines à Huningue en 1960 et d'avoir admiré la première salle de bains qu'il m'eût été permis de découvrir !

Ce n'est que peu de temps plus tard avec l'acquisition par mes parents de la maisonnée à Mulhouse que je pus enfin apprécier le luxe d'un bain chaud dans une immense baignoire en fonte. Ma mère s'angoissait chaque fois que nous allumions le gaz avec une allumette et nous rappelait les dangers possibles d'une hypothétique explosion du chauffe-eau…

 

Malgré toutes ces avancées en matière de confort, il me reste le souvenir de grandes bassines en zinc emplies d'eau froide que l'on laissait tiédir au soleil dans le jardin à Riedisheim ou dans la cour de la ferme de mes grands-parents. Le plaisir d'un bain dans cette eau tempérée par les rayons du soleil a toujours surpassé celui que j'ai pu prendre dans les plus belles baignoires, fussent-elles en marbre, lors de séjours à l'étranger.

Les hortensias en fleurs, les iris ou les roses nimbaient de leurs parfums suaves ces bains de plein-air dans des bassines en zinc où le ciel se réverbérait dans une eau miroitante.

 

Je renoue avec cette sensation d'immersion au plus profond de mon être, en totale harmonie avec cette grâce d'être au monde, chaque fois que je me plonge dans les eaux salées d'un océan, celles d'un lac ou d'un étang.

L'eau roule en perles d'eau sur ma peau, je fais corps avec l'âme de la terre et entre ciel et eau, je m'abandonne à cette musique intemporelle qui fait danser en moi des poèmes de lumière.

Nul besoin pour moi de posséder le luxe d'une salle de bains dernier cri, la mer que l'on voit danser au fond des golfes clairs, ma mère ne cessait de reprendre cette chanson de Charles Trenet,  est la plus magnifique d'entre elles.

Un lac, un étang, une cascade, un ruisseau me ramènent toujours dans l'eau moirée de mes bassines en zinc où l'eau et le ciel dansaient dans mon bain de lumière.

Quant au chauffage central dont on bénéficie aujourd'hui, il ne remplacera jamais les rouges flammes qui virevoltaient avec allégresse derrière la vitre des poêles dont ma mère tisonnait les braises.

 

Le temps n'efface rien, bien au contraire, il ranime en nous les images et les souvenirs sous la peau vive des jours. Le temps nous ramène sur ces berges mystérieuses entre ciel et eau où notre origine et notre finitude confinent.

 

 

 

© Françoise Urban-Menninger

 

 

***

 

Pour citer ce témoignage inédit 

 

​Françoise Urban-Menninger, « Bains de lumière », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre », mis en ligne le 18 juin 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/fum-baindelumiere

 

 

 

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2 juin 2022 4 02 /06 /juin /2022 13:06

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | I. Le merveilleux féerique au féminin | Florilège 


 

 

 


 

 

​​​​​

 

 

Maman

 

​​

 

 

 

 

 

 

 

Corinne Delarmor

 

Sociétaire des Poètes Français depuis 2022

 

 

 

​​​​​Crédit photo :  Roses blanches et roses, domaine public, Wikimedia.

 ​​​​

 

 

L’amour au fond des yeux,

Le sourire aux lèvres,

Une main caressante,

Un sein protecteur,

Des mots doux,

De tendres comptines,

Des souvenirs lactés,

Des moments sucrés,

Des bouquets de fleurs,

Des paillettes de fêtes,

Les gâteaux du dimanche,

Les jolies robes,

Ton parfum,

Maman !

 

© Corinne Delarmor

 

 

***

 

Pour citer ce poème inédit & nominal d'amour filial

 

 

Corinne Delarmor« Maman », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 2 juin 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia22/cd-maman

 

 

 

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Retour à la table de Megalesia 2022​​

30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 16:51

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | Poésie pour la jeunesse 

 

 

 

 

 

 

 

 

​​​​​​Mère ! Mère ! Mère ! 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mokhtar El Amraoui

 

 

 

 

Crédit photo :  Peinture orientaliste libre de droits d'une mère égyptienne protégeant son enfant du soleil, "Egyptian fellah woman", (1872). 

 

 

 

 

À chaque berceuse de la mère, 

Renaissent toutes les étoiles. 



 

À chacun de ses baisers,

Rient les lèvres parfumées 

De toutes les splendides nouvelles fleurs.



 

À chacun de ses soucis, 

De ses soupirs de peur, 

Face à la fièvre de son enfant 

Inquiet en pleurs,

S’ouvrent tous les murs,

Tremblent les cierges fleurissant 

D’un retour de lueurs sûres !

Elles accourent, radieuses lumières,​​​​​​

Répondant, heureuses et belles, 

À leur source qui les appelle :

Mère ! Mère! Mère !



 

Elles lui promettent

De ne plus jamais la quitter

Et, loin du noir froid défait, 

Se relève, flamboyant, l’enfant, 

Dans les bras en fête de sa chère  maman !



 

Bat le cœur d’un nouveau printemps,

Dans le ciel d’un sein infini de joie,   

La chance est là, grâce à elle, encore une fois ! 

Elle se déploie, couronne fleurie de ses caresses !

Le malheur, de ses détresses, 

Ne peut vaincre sa douce cuirasse d’amour.



 

Chaque nuit, chaque jour, 

De toute sa vigilante tendresse,

 Elle protège, inlassable lionne, 

Son précieux fruit adoré

Qui, sans cesse, rayonne 

En ses profondeurs dorées,

Depuis le berceau, 

Jusqu’aux lourds soirs  

Des trébuchants vieux rameaux !



 

Elle lui interdit de perdre espoir,

Refusant d’écouter l’horrible heure

Qui, implacable, hélas, 

Sonnera, un jour,  son départ 

Laissant ‒ quel malheur ! ‒

Un horrible gouffre à sa place !



 

L’inconsolable enfant, à tout âge, toujours 

Versera ses larmes amères,

Criera : Mère ! Mère ! Mère !

Rêvant à chaque instant de son retour !



 

© Mokhtar El Amraoui in «  Nouveaux poèmes »


 

 

***

 

Pour citer ce poème inédit sur l'amour maternel 

 

 

​Mokhtar El Amraoui, « Mère ! Mère ! Mère ! », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 30 avril 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia22/mea-mere

 

 

 

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Retour à la table de Megalesia 2022​​

11 avril 2022 1 11 /04 /avril /2022 17:32

Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | I. Le merveilleux féerique au féminin | Florilège

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Maman des Merveilles

 

 

 

 

 

Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix

 

 

 

 

Crédit photo : Goble Book of Fairy Poetry frontispiece, domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

Sous son voile obscur de prières

la Maman des Merveilles

plante des roses dans ses cheveux.

 

 

Son doux sourire infini ment 

aux hommes de tourment

embrigadant son tendre corps.

 

 

Si faible et démuni son chant

survole les déserts

de noirs mensonges et d’ignorance.

 

 

La Maman des Merveilles

au ventre arrondi de promesses

murmure à son enfant

 

 

des chants de tourterelles

de lunes et de soleils

d’étoiles dans le ciel 

 

                             

un ciel planté de roses

comme dans ses cheveux cachés

sous le voile obscur des prières.

 

 

 

 

© Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix

 

 

***

 

Pour citer ce poème inédit
 

 

Marie-Jeanne Langrognet-Delacroix, « La Maman des Merveilles », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 11 avril 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia22/mjld-mamandesmerveilles

 

 

 

 

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Retour à la table de Megalesia 2022

1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 14:51


Événements poétiques | Recueil numérique du festival « Le Printemps des Poètes » | Poésie des siècles passés 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'éphémère

 

 

 

 

 

 

 

Marceline Desbordes-Valmore  (1786-1859)

 

Poème choisi, transcrit & modernisé légèrement avec une photographie prise par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Portrait de Marceline Desbordes-Valmore jeune, dessin photographié (pour cette revue par DS.) de ses Œuvres poétiques de Marceline Desbordes-Valmore 1819-1833, Idylles, Élégies, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, MDCCCLXXXVI) ouvrage poétique tombé dans le domaine public.

 

 

 

L'extrait ci-dessous provient du recueil de poèmes, tombé dans le domaine public, de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les pleurs, poésies nouvelles, par Madame Desbordes-Valmore, Préface d'Alexandre Dumas, Paris, Librairie de Charpentier, MDCCCXXXIII/1833, volet « Aux petits enfants », pp. 377-381.

 

 

 

Je suis trop délicat, trop faible et trop petit,

Pour porter vos fruits mûrs et porter vos corbeilles,

Dépouiller les tilleuls du trésor des abeilles,

Courber de vos moissons la féconde épaisseur ;

Mais je vous enverrai l'Automne : c'est ma sœur.

M. H. DE LATOUCHE. –

 

LXV

 

 

Frêle création de la fuyante aurore,

Ouvre-toi comme un prisme au soleil qui le dore ;

Va dire ta naissance au liseron d'un jour ;

Va ! tu n'as que le temps de deviner l'amour !


 

Et c'est mieux, c'est mieux que de le trop connaître ;

Mieux de ne pas survivre au jour qui le vit naître.

Happe sa douce amorce, et que ton aile, enfant,

Joue avec ce flambeau ; rien ne te le défend.

 

 

Né dans le feu, ton vol en cercles s'y déploie,

Et sème des anneaux de lumière et de joie.

Le fil de tes hasards est court, mais il est d'or !

Nul regret ne pendra lugubre sur ton sort ;

 

 

Nul adieu ne viendra gémir dans l'harmonie

De ton jour de musique et d'ivresse infinie ;

Ce que tu vas aimer durera tes instants ;

Tu ne verras le deuil ni les rides du temps.

 

 

Les feuillets de ton sort sont des feuilles de rose.

Fiévreuse de soleil et d'encens, quel destin !

Atome délecté dans le miel qui l'arrose,

Sonne ta bienvenue au banquet du matin.


 

 

Je t'envie ! et Dieu t'aime, innocent éphémère ;

Tu nais sans déchirer le beau flanc de ta mère ;

Ce penser triste et doux ne te fait point de pleurs :

Il ne t'impose pas comme un remords de vivre.

 

 

Tu n'as point à traîner ton cœur lourd comme un livre.

Heureux rien ! ta carrière est au bout de ces fleurs.

Bois ta vie à leur âme, et que ta prompte haleine

Goûte à tous les parfums dont s'abreuve la plainte.

 

 

Hâte-toi : si le ciel commence à se couvrir,

Une goutte de pluie inondera tes ailes :

Avant d'avoir vécu, tu ne veux pas mourir,

Toi ! Les fleurs vont au soir : ne tombe qu'après elles :



 

Bonjour ! bonheur ! adieu ! Trois mots pour ton soleil.

Et pour nous, que de nuits jusqu'au dernier sommeil !

Le long vivre n'apprend que des fables railleuses.

Tristement recueillis sous nos ailes frileuses,

 

 

Nous épions l'espoir, qui n'ourdit qu'un regret :

Et l'espoir n'ouvre pas sa belle chrysalide ;

Et c'est un fruit coulé sous son écorce vide ;

Et le vrai, c'est la mort ! – et j'attends son secret.


 

Oh ! ce sera la vie : oh ! ce sera vous-même,

Rêve, à qui ma prière a tant dit : Je vous aime.

Ce sera pleur par pleur, et tourment par tourment,

Des âmes en douleurs le chaste enfantement !

 

 

***


Pour citer ce poème élégiaque

 

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859), « L'éphémère », poème choisi, transcrit & modernisé légèrement avec une photographie prise par Dina Sahyouni de DESBORDES-VALMORE, Marceline (1786-1859), Les pleurs, poésies nouvelles... (1833), Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique / Festival Le Printemps des Poètes Mars 2022 | « L'éphémère aux féminin, masculin & autre », Recueil collectif des périodiques féministes de l'association SIÉFÉGP, mis en ligne le 1er avril 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/ephemere/mdv-Lephemere

 

 

 

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L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.

SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026

 

APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.

SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025

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