Cette exposition révèle les apports d’une cinquantaine de femmes pionnières en tous genres que la crise économique, la montée du populisme et la seconde Guerre mondiale allaient occulter.
Dès l’entre-deux guerres elles sont présentes sur tous les fronts. La peinture, la photographie, la sculpture, la mode, la chanson, la littérature sont entre autres leurs domaines d’excellence où certaines sont obligées de se doter de pseudonymes masculins comme c’est le cas de Marie Régnier alias Gérard d’Houville, Grand Prix de l’Académie française. Du monde entier, elles convergent à Paris pour déployer leurs talents aux côtés des hommes. Ainsi Paris devient un pôle d’attraction pour celles qui veulent s’émanciper en dépit de la survivance d’un patriarcat de base.
En 1925, Paulette Nardal est la première femme antillaise à étudier à la Sorbonne. Salonnière, elle est à l’origine du courant littéraire et politique de la négritude.
On note la participation des femmes aux Jeux Olympiques de 1928 et en cette même année l’Américaine Nancy Cunard, installée à Paris, fonde en Normandie les éditions The Hours Press qui publient la première œuvre de Samuel Beckett.
Parmi les autrices saphiques on retrouve Nathalie Clifford Barney qui publie Pensée d’uneamazone en 1920, Marguerite Yourcenar qui en 1929 publie Alexis ou le traité d’un vaincombat.
Germaine Dulac, pionnière du cinéma dans sa forme artistique, réalise en 1923 La souriante Madame Beudet, véritable remise en question de la vie conjugale.
Durant les Années folles les femmes acquièrent un espace de liberté et s’affranchissent des codes sociaux pour investir le milieu masculin en s’associant avec leurs collègues de l’autre sexe.
Le corps s’exprime dans tous ses états ainsi les pionnières versent dans la peinture des nus et des autoportraits comme Marie Vassilieff, Suzanne Valadon et autres.
Les pionnières s'ouvrent également à la diversité en peignant des femmes exotiques, c’est le cas de Suzanne Valadon avec sa Vénus noire en 1919, de Juliette Roche revisitant La Danse de Matisse, de Tarsila Do Amaral, d’Amrita Sher-Gil.
Maggy De Coster (texte & reportage photographique), « Les Pionnières, Artistes dans le Paris des Années folles », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 28 mars 2022. Url :
Rien qu’un sentier de peine et de silence se dessina
Jusque dans les profondeurs de l’eau
Rien qu’un sentier de peines muettes se dessina
Jusqu’à l’écume
Dieu sait quelle angoisse t’accompagna
Quelles douleurs anciennes tut ta voix
Pour te reposer, bercée par le chant
Des conques marines
La chanson que chante la conque
Dans le fond obscur de la mer
Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher ?
Une ancienne voix de vent et de sel
Récupère ton âme et l’emporte
Et tu te diriges vers elle comme dans les rêves
Alfonsina, endormie dans ton habit marin
Cinq petites sirènes t’emmèneront
Par des chemins d’algues et de corail
Et de phosphorescents chevaux marins
Tourneront autour de toi
Et les habitants de l’eau
Ne tarderont pas à se mettre à jouer à tes côtés.
Baisse-moi l’éclairage un peu plus
Pour que la nourrice dorme en paix
S’il appelle ne dis-lui pas que je suis là
Dis-lui qu’Alfonsina ne revient pas
Et s’il appelle ne lui dis jamais que je suis là
Dis que je m’en suis allée
Tu t’en vas Alfonsina avec ta solitude
Quels nouveaux poèmes es-tu allée chercher ?
Une vieille voix de vent et de sel
Récupère ton âme et l’emporte
Et tu te diriges là-bas comme dans les rêves
Alfonsina, endormie dans ton habit marin
* NDLR : « Alfonsina y el mar »: texte du poète Félix Luna mis en musique par le pianiste compositeur Ariel Ramírez en hommage à la poète féministe argentine Alfonsina TORNI qui, atteinte d’un cancer, s’est suicidée le 25 octobre 1938 à l’âge de 46 ans. Cette chanson fut également interprétée par la chanteuse argentine de renom Mercedes Sosa
***
Pour citer ce poème bilingue espagnol-français
Félix Luna (poème de), Maggy De Coster (traduction de), « Alfonsina y El Mar / Alfonsina et la mer », poème bilingue espagnol-français reproduit avec l'aimble autorisation des auteurs et leur maison d'édition, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères » N°9|Fin d'Été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture », sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 2 février 2021. Url :
C'est dans sa maison maternelle à Niederhergheim où se trouvait la boulangerie dans laquelle ses parents pratiquaient leur métier que la céramiste Marie-Rose Gutleben a installé son atelier qu'elle décline également en galerie d'art.
Pour inaugurer ce nouveau lieu atypique, particulièrement chaleureux, situé à deux pas de l'église, elle a invité six autres artistes à investir l'espace qui comprend l'ancien magasin de vente mais aussi les pièces attenantes où l'on reconnaît, dans l'une d'entre elles, l'emplacement du four à pain. De ce four à celui conçu pour cuire les céramiques, le pas a été franchi pour donner naissance au Pain de Terre.
Ancienne élève de l'IEAC de Guebwiller, l'artiste vit et travaille à Niederhergheim. Elle puise son inspiration dans la pratique de la haute montagne, un séjour au Népal fut pour elle une révélation. L'artiste établit depuis lors un parallèle entre l'évolution de l'homme et l'érosion des éléments naturels comme la roche. Son travail dans la masse témoigne, à l'instar des strates volcaniques, de la fuite irréversible du temps…
Parmi ses invités, une autre céramiste, Dominique Stutz de Roderen, oriente ses recherches sur les micro-organismes qu'elle observe au microscope électronique.
Certaines de ses sculptures semblent interroger les cycles qui ont partie liée avec notre origine et notre finitude.
On reconnaît d'emblée les œuvres de Christophe Hohler. L'angoisse, la solitude s'expriment à travers d'immenses toiles, dans les corps sculptés d'hommes désespérés ou perdus en mer, en quête de signes à leurs doutes et interrogations.
Gérard Doutreleau s'est investi corps et âme dans la peinture de ses toiles de lin durant le confinement et c'est à une véritable immersion dans un bain de lumière qu'il nous convie. Quant à Lucile Travert, installée dans le Lubéron, elle a l'habitude de réaliser des œuvres in situ dans des abbayes, temples, chapelles, châteaux. L'artiste n'a de cesse de capter l'âme qui éclaire les lieux et ce qu'il reste des corps qui les ont traversés...
Né à Prague, Petr Beranek, s'est fixé à Masevaux après des études suivies en Suisse. Sa peinture fusionne avec d'autres matériaux afin de dégager une voie d'équilibre inventive et novatrice entre le figuratif et l'abstrait.
Ines Hildur a étudié l'architecture à Dresdes et nous donne à contempler des tableaux qui ont l'aspect de vieux murs aux couches de papier superposées. Ses œuvres nous parlent du temps qui passe et nous renvoient aux traces imperceptibles qui tapissent nos paysages intérieurs.
Cette première exposition collective d'art contemporain due à la passion et à la détermination de Rose-Marie Gutleben font dialoguer les toiles et les sculptures entre elles dans cette ancienne boulangerie de village qui a su conserver entre ses murs, l'esprit du partage et le souffle de la création.
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Pour citer ce bémol artistique
Françoise Urban-Menninger, « Le Pain de Terre à Niederhergheim, un village en Alsace. Le nouvel atelier-galerie de Marie-Rose Gutleben », article inédit, photographies inédites par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°15 « Eaux oniriques : mers/mères » & N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 décembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/no8/fum-marie-rosegutleben
D’origine chinoise, ZhifangTang a fait L’École des Beaux Arts et excelle dans la calligraphie, la peinture et l’origami. Nous l’avons rencontrée dans son atelier à l’Espace le Six B à l’adresse suivante :6-10 quai de Seine 93200 SAINT-DENIS ; un lieu de création et de diffusion à Seine Saint-Denis près de Paris, autour d’un thé servi dans un rituel typiquement chinois. Elle nous a parlé de son art et de sa méthode de travail.
Maggy De Coster : Comment êtes-vous arrivée à la Calligraphie ? Comment procédez-vous ? Les matières ? Vos rapports avec les outils ? Les sensations que vous éprouvez en calligraphiant ?
ZhifangTang : J’avais un besoin de me rapprocher de ma propre culture, la culture chinoise. Et le contact avec des matières traditionnelles m’aide à chasser le stress de la vie actuelle et à trouver un rythme salutaire à mon corps, cela me permet aussi de me retrouver et de me former.
Les outils traditionnels chinois, encre de chine, papier Xuan, pinceau chinois ont une ultra-sensibilité que je ne trouve pas ailleurs. Il y a déjà énormément de choix mais j’'expérimente aussi d’autres outils traditionnels ou modernes comme le calame, la lumière. Cela m'oblige à changer mes habitudes et à me donner de nouvelles sensations et à avoir des nouveaux regards. Quand je calligraphie, je sens l'énergie et le mouvement, cela ne vient pas seulement de moi sur le moment mais aussi des autres, de l’environnement et du passé.
MDC : Que représentent vos calligraphies et qu’est-ce qui vous inspire en tant que calligraphe ?
ZT : Mes calligraphies représentent les mouvements, la continuité, et l'instant vécu. La calligraphie c’est la gestuelle dans une certaine rythmique. De ce point de vue, elle est plus proche de la danse que de l’art pictural.
Ce sont des gestes qui m’inspirent. J’aime toujours regarder les mouvements autour de moi, ceux des animaux des gens, de la lumière, de la flamme etc. Mon projet en cours s'appelle Journal des gestes. J’observe des personnes de mon environnement, artistes ou non artistes, je capture leurs gestes en fonction de mes sensations du moment. Puis je les concrétise avec de l’encre et du papier. C’est la base de mon projet.Cette « collection des gestes » devient ma propre ressource pour créer ma calligraphie.
MDC : Quels sont les calligraphes des deux sexes qui vous auraient marquée ? Pourquoi ?
ZT : C’est vrai qu’il y a moins de femmes calligraphes reconnues. Mais le sexe de l’auteur ne change pas mon regard sur son œuvre.
Il y a une grande artiste française très remarquable, Fabienne Verdier qui est une des premiers artistes européens qui a étudié la calligraphie en Chien. C’est une pionnière qui a crée un mi-chemin entre la peinture et la calligraphie.
MDC : Auriez-vous un modèle de calligraphe ?
ZT : La méthode d’apprendre la calligraphie chinoise est de recopier les œuvres des anciens grands maîtres. Elles est bien différente des autres calligraphies, nous recopions plus les gestes que de formes.
J’ai étudié la calligraphie de Yan Zhenqing, de Wang Xizhi, de Zhao Ji et de bien d’autres. Comme je suis influencée par deux cultures, la chinoise et la française, je cherche toujours mon propre langage. C’est difficile de choisir un seul modèle de calligraphe.
MDC : Avec quelle fréquence exposez-vous ?
ZT : Comme beaucoup d'artistes d'aujourd'hui, je verse dans la diversification : la peinture, la calligraphie, la photographie, la performance et l’origami. Je montre mon travail environ une fois par mois.
MDC : Quelle est la place de la femme dans le monde de la calligraphie par rapport à son homologue masculin ?
ZT : Historiquement et dans certaines régions, les femmes n’ont pas accès à la calligraphie. Aujourd’hui, il n’y a plus ou très peu de frontière entre les deux sexes. Et il y a de plus en plus de femmes qui pratiquent la calligraphie.
MDC : Vous arrive-t-il d’associer vos calligraphies à des ouvrages ?
ZT : Oui, j’en ai associé au livre intitulé « Le Feng shui » de la spécialiste en la matière, en l’occurrence Caroline Gleizes Chevallier.
Maggy de Coster,« Rencontre avec Zhifang Tang, une femme Calligraphe », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°9| Fin d'été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture », sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 7 mars 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/no9/zhifangtang
Celia Vázquez est Professeure titulaire à l'Université de Vigo en Espagne et Directrice du Département de philologie anglaise, française et allemande, Celia Vázquez est aussi poète et spécialiste de littérature enfantine en Galice. Elle nous a reçue chez elle et nous en avons profité pour l’interviewer. Site :
MDC- Celia Vázquez, parlez- nous de votre parcours littéraire ?
CV- Je suppose que vous me demandez de vous parler de mes lectures de mes sources d’inspiration et de mon instigation à écrire.
Hormis les histoires traditionnelles recueillies par les Frères Grimm auprès des femmes dans les villages et qu’ils avaient adaptées pour les enfants après leur succès auprès des adultes et de Perrault, la première chose dont je me souviens, c'est d'avoir lu de la poésie. Je crois que mon père savait que les enfants avaient la grande vertu de s’émerveiller et d’être dans une attitude curieuse et que la poésie était en harmonie avec la fantaisie, le sens du rythme et alimente en même temps leur imagination et leur curiosité. D'abord la poésie enfantine, les histoires folkloriques, les berceuses, les devinettes, les chansons, puis la poésie épique, qui racontait les prouesses des héros, les contes et légendes. Puis mon père me demandait de mémoriser les fragments du Romanceo du Cid Campeador et m’avait donné des recueils de poèmes illustrés comme les Fables de Tomás de Iriarte et les livres des grands classiques universels (anglais et français comme Jules Verne, Alexandre Dumas, Charles Dickens, J. M. Barrie, Daniel Defoe, Oscar Wilde, Jonathan Swift, Rudiard Kipling et des Américains comme Mark Twain, Robert L. May, Louisa May Alcott et Harriet Beecher Stowe).
Mes lectures poétiques portent sur tous les auteurs espagnols et latino-américains auxquels j’ai fait allusion dans mes livres de littérature et – que je ne citerai pas ici pour ne pas vous ennuyer –, les plus connus internationalement, vont principalement du romantisme à nos jours mais aussi ceux des siècles précédents, comme de l'époque médiévale, l'Âge d'or et l’époque contemporaine. Non seulement parce cela s’imposait à moi quand j'étudiais la Littérature espagnole mais aussi parce que cela relève de ma préférence. Et bien sûr, sans omettre les romanciers contemporains.
MDC-En tant que poète, quelles sont les thématiques qui dominent votre poésie ?
CV : Dans mes poèmes, il y a très peu d’originalité sur le plan thématique puisque je m'intéresse à des thèmes abstraits et universels comme la mort des êtres chers, l’amitié, le temps, l'amour et ses contradictions, la douleur engendrée par la perte, la trahison, la rupture, la mélancolie, la relation de couple, les rêves... les amours impossibles, la nostalgie d'un lieu, les droits de la femme, la violence faite aux femmes, le temps qui passe...
MDC- Si vous deviez colorier le monde, quelles sont les couleurs que vous choisiriez?
CV : Cette question attire toute mon attention car, curieusement, la question de couleur et de son importance m'a toujours intéressée. Et en fait, en tant que chercheur universitaire, j'ai écrit des articles sur le sujet. J'ai analysé l'importance de la couleur et des vêtements dans la littérature en suivant une méthodologie basée sur la théorie des couleurs chez Goethe et d'autres moins autres auteurs moins connus. La couleur et la robe sont un système sémiotique à travers lequel les personnages parlent à leurs lecteurs en matière de fiction. Les identités exprimées par la couleur et les vêtements qu'ils portent sont explorées car elles enrichissent les personnages littéraires et notre sens du contexte social et historique de la fiction. Ce que les personnages portent et la couleur qu'ils choisissent pour leurs vêtements ont une symbolique et une code qui les unissent à eux-mêmes. Cependant, les couleurs acquièrent cette symbolique de par les références culturelles ou religieuses, les contextes contemporains et ces facteurs ne sont pas universels. La robe et la couleur nous en disent plus sur le contexte, sur les valeurs émotionnelles ou psychologiques des personnages. Il en va de même pour les auteurs. Quelles couleurs utiliserais-je pour colorier le monde? Comme je sais que l'impact des couleurs sur chacun de nous est le même, quels que soient le sexe, l'âge ou le statut social, le rouge, le jaune et l'orange nous activent et nous transmettent de l'énergie. Il serait bon que le monde soit colorié de cette façon. Mais pour le repos, nous avons besoin de couleurs sédatives tels que le vert naturel, le bleu ciel et le mauve ou le violet. Je colorierais donc les couchers de soleil et les crépuscules. Si je voulais exprimer la pureté ou la simplicité, j'utiliserais le blanc et le noir pour exprimer la tristesse et le pessimisme. Quant aux vêtements, les couleurs ont une signification différente. Par exemple, les vêtements noirs signifient l'indépendance, le respect, le sérieux…
MDC- Comment pouvez-vous vous situer par rapport à vos camarades écrivaine latino-américaine du point de vue littéraire ?
CV : En effet, il y en a dont la poésie relève d’un engagement politique ou féministe. Il y en d’autres qui cultivent un style baroque en privilégiant le sens et les sonorités. Tout peut être conçu comme une expérience esthétique. Mais ce que j'aime le plus, c'est la sensualité des formes et des paysages, comme la beauté du cadre qui les inspire.
Je pense que je devrais prendre en compte les pays pour pouvoir me comparer d'un point de vue littéraire, mais notre histoire est très différente et la culture européenne aussi. Certaines écrivaines sympathiques ont cette confiance en elles-mêmes et en leur travail, ce que je n'ai pas. Mais c'est leur attitude envers la vie même. Je pense que cela est dû aux différences culturelles. Je suis très exigeante, peut-être à cause de mon éducation allemande. Ce n'est pas parce que je ne crois pas à mon travail de poète mais, si je me compare aux grands, il me manque encore beaucoup. Je crois que chacun est jugé par rapport à tout ce qu'il a lu de bon. En tant que critique littéraire et professeure de littérature j'essaie toujours d'être en adéquation avec moi-même. Mais je demande aussi de me juger. J'ai beaucoup lu et je ne me laisse pas emporter par la passion. Ma poésie n’est pas d’une grande éloquence mais plutôt abordable par n’importe quel lecteur des paysages marins ou des plateaux ensoleillés ou des après-midi pluvieux. Mes descriptions sont simples. Mes lecteurs ne devraient pas s'attendre à des envolées lyriques ou des explosions images dérangeantes.
Parfois ma poésie regorge de solitude, elle est triste, elle parle d'amour non partagé, de la mort. Il n'y a pas de lyrisme en filigrane, pas de métaphores élaborées ou des descriptions sensuelles de paysages. Ma poésie en simple.
Je suppose que cela est dû à l'influence de l'École allemande et de sa culture, car l'Allemagne est le berceau des frères Grimm, les philologues qui ont recueilli ces histoires dans les villages, des contes que des femmes leur racontaient et qui, compte tenu du succès remporté à la suite de leur publication, les ont adaptées aux enfants.
De plus, mon père a offert à ma sœur et moi, quand nous étions enfants, deux livres très volumineux (d’environ 12 cm d'épaisseur), d’épaisses pages qui nous fascinaient tant. Il s'agissait en réalité des deux volumes d'Histoires et de Littérature enfantine ibéro-américaine, écrites et compilées par Carmen Bravo Villasante, première chercheuse en littérature enfantine et juvénile en Espagne. Par ordre alphabétique, le volume I commençait par des auteurs d’Argentine et se terminait avec le Panama, avec des histoires et des poèmes pour enfants. Et le volume II commençait avec le Pérou pour finir avec le Portugal. Un autre pays avait été ajouté, il s’agit des Philippines, car depuis l’impression de Doctrine chrétienne aux Philippines, l'influence espagnole se fait également sentir dans les lectures du tagalog et les traditions des deux pays se sont emmêlées car il y avait aussi la présence des auteurs philippins et espagnols. Avec cette merveilleuse sélection, nous avions toutes les deux lu et appris à connaître, dès notre plus jeune âge, ce que représentait chaquepays et je pense que cela nous a également aidé à comprendre et à admirer l'Amérique latine.
Plus tard, quand j'ai voulu faire ma thèse de doctorat sur l’oeuvre d'un auteur britannique très connu en matière de littérature enfantine et juvénile, on m’a sommé d’y renoncer sous prétexte que cette littérature n'était ni importante ni intéressante pour un travail de recherche aussi pertinent. Je me suis donc consacrée à la littérature humoristique britannique et je me suis promis, le moment venu, d’intégrer la littérature enfantine et juvénile dans le cadre du programme académique de Licence de Lettres. Et c’est ainsi que je me suis associée avec une collègue et amie allemande pour fonder en 1998 l’Association nationale de recherche en littérature pour enfants et adolescents, basée à l'Université de Vigo, en Espagne, dans le but de promouvoir ces études, en conférant un statut universitaire à une matière que nous avons jugé importante, car comme l'a dit l'écrivain anglais Wordsworth :«l'enfant est le père de l'homme et ce qu'il lit pendant son enfance fait partie de son passé culturel à l’âge adulte. » Nous avons créé un espace d'échanges entre ceux qui s’intéressaient à la Littérature pour enfants et jeunesse au sein de l’Université et en dehors de l’Université ».
MDC- Auriez-vous un vœu à former pour le monde et aussi pour vous-même ?
CV : Oui bien sûr. Il y a plusieurs choses qui me préoccupent. Nous voulons tous un monde meilleur. Mais il semble que vu les conséquences du réchauffement climatique, nous vivons le compte à rebours et nous n'y arrivons pas. Essayons d'économiser les ressources, de protéger l'environnement, notre environnement naturel. Le recyclage est la chose la plus importante pour une coexistence pacifique : soyons tolérants.
C'est un sujet qui nous concerne tous.
Mais il y a une autre chose qui m'inquiète beaucoup car la situation s'est aggravée malgré la politique de protection des femmes et les campagnes contre la violence sexuelle. Je me demande si ces hommes qui donnent la mort à une femme ont une mère. Ne peuvent-ils pas se mettre à la place de leurs enfants afin d’éviter une tragédie familiale? N'est-il pas préférable de s'éloigner si l'amour n’existe plus? Est-il si difficile de penser qu'ils laissent leurs enfants orphelins de mère? Quelle éducation dispense-t-on dans les écoles pour que nous revenions à des situations bien plus graves qu'au cours des décennies précédentes ? Il est difficile de comprendre la mentalité d'un homme, eu égard à cet état de fait, en même temps, je voudrais insister sur la SORORITÉ.
Je m'inquiète des relations entre les femmes. Nous devons nous unir pour atteindre des objectifs du point de vue du l’enseignement scolaire et universitaire, du travail, du salaire, de la productivité, de la création artistique. Tous ces éléments créent de la rivalité entre les femmes à savoir que chacune veut être la meilleure dans tous les domaines de la vie quotidienne: le travail, l'amitié, la maternité, lavie de couple.Si la rivalité est favorisée par les structures du pouvoir patriarcal, le machisme et la misogynie, alors c'est quelque chose de négatif. C'est pourquoi nous devons apprendre la nouvelle éthique du soutien, du respect et de la concordance pour améliorer les relations entre les femmes et en tirer profit. Nous devons nous rappeler que nous sommes des femmes et des camarades non des rivales. Nous sommes confrontées à des difficultés conjugales, professionnelles, de conciliation familiale que nous devons résoudre dans l’harmonie. Nous devons développer une grande compréhension, de l'empathie, de l’altérité, créer des mécanismes de convergence, de synergie entre les femmes. C'est de la sororité. Je pense qu'ensemble, nous devons convenir que les femmes ne doivent plus mourir parce qu’elles sont femmes. Si nous le voulons, nous pouvons changer les structures du pouvoir que détiennent les hommes qui pour la plupart ne respectent pas les femmes. Nous devons éduquer nos enfants dans la tolérance et le respect de ces dernières.
Maggy de Coster,« Interview avec Celia Vázquez », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°14|Être féministe, mis en ligne le 20 février 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettreno14/celiavazquez
L’association SIÉFÉGP publiera en juin 2026 son anthologie livresque composée de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » du festival Le Printemps des Poètes 2026.
SIÉFÉGP, LE 2 AVRIL 2026
APPEL PERMANENT À ARTICLES ENCYCLOPÉDIQUES POUR NOTRE ENCYCLOPÉDIE UNIVERSELLE ET NUMÉRIQUE (LANCÉE EN 2012) SUR LES POÉTESSES (FEMMES POÈTES, POÈTES, POÉTRIDES, ETC.) DE TOUTES LES PÉRIODES, ET DANS UNE OU PLUSIEURS LANGUES. CHAQUE ARTICLE DOIT PORTER SUR LA VIE, L'ŒUVRE ET LA POSTÉRITÉ DE LA CRÉATRICE CHOISIE.
SIÉFÉGP, 18 FÉVRIER 2025
Crédit photo : Visuel pour le 2 avril ou la la Journée mondiale de sensibilisation à l'autisme. Capture d’écran réalisée par LPpdm d'une image libre de droits diffusée sur un réseau social.
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