« C’est un drôle de film », dit une spectatrice en sortant de la salle. C’est le jour de la sortie en salles du second long métrage de Sonia Kronlund, créatrice de l’émission de France Culture « Les Pieds sur terre ».
Le thème n’est pas drôle du tout puisqu’il s’agit du respect de nous-même au temps du numérique. La bande annonce montre que chaque individu « mondialisé » peut mettre sa tête dans un œuf blanc qui correspond à un corps et à un costumes différents. L’homme « tout monde », et le culte de la performance...
Le fil conducteur est d’une banalité crasse : un homme vole, arnaque et profite de plusieurs femmes à la fois. Sonia Kronlund leur donne la parole. Et c’est là que son talent opère : une psychologue s’est laissée abusée, et se montre même satisfaite de son état amoureux, une autre victime parle de son sentiment maternel pour celui qui se fait passer pour un chirurgien et travaille dur. En un mot, chaque femme-témoin montre une facette de l’amour féminin.
Montrer et révéler. Ces victimes vivent à Paris. Puis y a un zeste de Pologne, et l’échappée au Brésil qui pourrait montrer la lumière montre que toute cette vie est fanée. Retour ? Non. Vision planétaire ? Oui. Près de la mégapole brésilienne de São Paulo, l’immeuble style « cage à lapins » complète l’indifférenciation, les mille visages, l’irrespect de la Nature à l’ère nouvelle du numérique. Deux Français, un homme et une jeune femme guettent dans une voiture la sortie de l’escroc. Amusant que ce soit la semaine où des réfugiés tibétains à Tours ont écrit au Président de la République, M. Macron, que le rouleau compresseur chinois vole leur pays mais pas leur âme !
La touche sublime de Sonia Kronlund, est dans la mise en scène des paradoxes. Elle donne à voir son grand théâtre intérieur. La révélation du bellâtre, Don Juan de caniveau se matérialise comme une image photographique qui apparaît lentement dans une cuvette pleine de révélateur… La pratique du documentaire rejoint la plus haute poésie comme dans les films d’Agnès Varda*. Le trait de génie est de fixer-filmer l’image mouvante du faussaire : le « coco ».
Quel message d’espoir ! le mal aux myriades d’identités est enfin reconnu, jugé et puni par une contre-justice nécessaire pour ne pas sombrer dans le totalitarisme.
Ce film élabore une nouvelle forme de procès, plus sensible, plus humaine que notre moderne (in)justice. Par la patience, la lenteur, l’œuvre filmique devient le châtiment, une punition du mal et la révélation frise l’émerveillement.
Quand Sonia Kronlund est derrière et devant la caméra, c’est si limpide que l’on s’y noie en essayant de comprendre l’incompréhensible, la vanité, la perversité et la folie de l’homme.
Camillæ (Camille Aubaude), « L'Homme Aux Mille Visages, un film de Sonia Kronlund », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 18 mai 2024. URL :
Strasbourg va vivre pendant quelques semaines encore à l’heure d’un événement exceptionnel réalisé en partenariat avec le Domaine&Musée Royal de Mariemont en Belgique et le musée du Louvre qui a prêté plus de 140 objets exposés habituellement dans ses propres salles.
L’occasion unique est offerte au public de découvrir l’un des royaumes les plus puissants du Proche-Orient ancien, celui de Mari et cela dans sa période la plus brillante de son histoire appelée « Sakkanakkus » entre 2250 et 1810 av J.-C.
Bâtie sur les bords de l’Euphrate vers 2900 av J.-C, la cité de Mari a connu des temps de faste et d’opulence durant ses douze siècles d’existence car elle possédait l’art de maîtriser les échanges économiques entre l’Anatolie (la Turquie d’aujourd’hui), le nord de la Syrie d’une part et la Mésopotamie (sud de l’Irak) et le Golfe Persique, d’autre part. Ville située au carrefour des routes par voies de fleuve ou voies de terre avec les caravanes, Mari ne va cesser de s’ embellir et de s’épanouir et va connaître un véritable Âge d’Or que cette exposition nous invite à admirer.
Car ce site fabuleux ne fut redécouvert qu’en 1933 et compte à ce jour de nombreuses missions archéologiques qui ont permis de rassembler d’importantes archives qui nous permettent d’appréhender les merveilles qui appartiennent au patrimoine de l’Humanité et qui sont menacées depuis une dizaine d’années.
Lors de sa conférence à la BNU, Pascal Butterlin, professeur à la Sorbonne, évoqua les trois phases de recherches effectuées lors des 49 campagnes de fouilles à Mari. Une statue découverte sur le site par le lieutenant Cabanne marqua le début de cette vaste aventure. En 1937, les deux lions en cuivre, que mit au jour André Parrot, suspendirent le temps...L’un des lions, choisi pour illustrer l’affiche de cette exposition, observe de ses yeux étonnamment vivants le visiteur du haut de ce 3e millénaire depuis le temple du Seigneur-du-Pays lorsque Mari était à son apogée. Il semble interpeller le chaland de par-delà les siècles…
Les tablettes proto-cunéiformes n’ont pas fini de nous interroger depuis l’invention du pictogramme à celui de l’écriture abstraite, notamment l’écriture iranienne proto-élamite (3300 à 3000 av J.-C) découverte à Suse en 1899, c’est l’un des plus anciens systèmes d’écriture au monde qui n’a pas encore pu être déchiffré.
Le public reste très impressionné également par « les foies divinatoires » qui offraient une lecture de l’avenir dans les entrailles humaines, lecture consignée sur des supports en terre cuite ou des tablettes en argile retrouvées et exposées dans des vitrines.
Chacun de nous ne peut que s’extasier à la vue de statuettes de pierre, de cuivre ou d’argile, de peintures murales en provenance du Grand Palais Royal, d’éléments d’architecture, de colliers de perles de verre ou de terre cuite, d’objets du quotidien, tous porteurs d’âme, qui ont traversé le temps pour nous parler de notre passé. 15000 tablettes d’argile couvertes d’écriture cunéiforme ont permis de connaître et de reconstituer la vie du palais mais aussi de comprendre l’idéologie royale mésopotamienne.
Malheureusement, et Pascal Butterlin, s’est longuement exprimé sur ce sujet que l’on appelle « les antiquités de sang » renvoyant aux pillages qui ont débuté en 2011 avec la guerre civile en Syrie, puis se sont poursuivis avec l’armée libre de Syrie et ont continué avec encore davantage d’intensité en 2014 avec Daech qui délivre des permis de fouilles à l’usage de commanditaires afin de récupérer de l’argent pour financer le terrorisme.
Outre les pillages, l’enclos sacré a été frappé par deux missiles, des photos satellites prises par les Américains permettent aux archéologues de repérer les trous de pillages, environ 3700 ont été dénombrés à ce jour ! Bien évidemment, les chercheurs ne peuvent plus se rendre sur le terrain et des citoyens désarmés, tentent de sauver, au péril de leur vie, ce qui peut encore l’être, on les a baptisés « les hommes-remparts ». Voilà une raison supplémentaire pour visiter cette exposition qui nous donne rendez-vous avec l’Histoire car les derniers vestiges de Mari sont en train de disparaître dans cette nuit des temps d’où on les a extirpés. Or, ne l’oublions pas, la disparition de cette culture est aussi celle de la nôtre car Mari n’est autre que le berceau de l’Humanité et de notre civilisation !
Dans « La prière aux Dieux de la nuit », magnifique texte traduit par l’épigraphiste et assyriologue George Dossin en 1935, on peut lire ces deux vers prémonitoires « ...les dieux et déesses/ sont entrés dans l’enclos des cieux »…
De très nombreuses conférences, visites commentées, ateliers thématiques, animations sont proposés par la BNU, la liste est à retrouver sur le site bnu.fr
Exposition à voir jusqu’au 26 mai 2024 à la BNU (6 Place de la République à Strasbourg).
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Pour citer ce texte illustré & inédit
Françoise Urban-Menninger, « Mari en Syrie, la renaissance d’une cité au 3e millénaire. Une exposition remarquable à la Bibliothèque Universitaire de Strasbourg », illustré par un reportage photographique du photographe Claude Menninger, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1, mis en ligne le 15 avril 2024. URL : http://www.pandesmuses.fr/megalesia24/fum-expo-mariensyrie
Smoke Sauna Sisterhood, par Anna Hints, 2023 ‧ Documentaire ‧ 1h 29m
Il faut entrer dans ce sauna de fumée de la sororité. Au-delà d’un documentaire, ce film reconstruit les témoignages de la condition des femmes selon « cette fabrication texte, temple, rite », comme a écrit Claude Rétat pour le recueil Ivresses d’Égypte de Camille Aubaude, qui s’avère passionnante.
Le Texte monte crescendo pour énoncer des aveux qu’une femme ne peut faire au cours d’un interrogatoire de police. Le tour de force est d’avoir placé des actrices telles de simples femmes d’un sauna de fumée pour tout dire du sabotage, voire du massacre, de la spécificité sexuelle des femmes. Il serait bien de lire ce qu’elles disent, après avoir entendu l’interprétation de ces témoignages.
Le Temple est un chalet en rondins, un four, une forge, une matrice inaliénable que décorent de fines branches d’arbres chargées de neige. Cette maison de bois assure la stabilité et l’équilibre dans l’alternance des saisons. Une femme creuse un trou dans la glace. Elles vont y plonger nues.
Et le Rite : à l’opposé des non-spectacles chinois et des codes de narration américains, la fumée, telle les nuages, les rêves, les mirages, la pierre chaude, le sol corrosif, la chasteté qui libère la parole, des confessions dans une église primitive qui relie la maison à la naissance. La face magique du champ de bataille. La grand-mère trône comme le moi féminin gelé dans la glace immémoriale.
« Cette fabrication texte, temple, rite » promeut la puissance tutélaire de la femme. Cette somme incomparable sur la vie des femmes dans le patriarcat est dénuée d’orgueil, de narcissisme, de décoration et de gloire. Elle pourrait s’appeler Totalité du féminisme, ce quidirait le contenu… Les récits pourtant connus sur les façons d’arnaquer les femmes éclosent andante et s’entrelacent les branches noires et blanches qui zèbrent le ciel. Quand la neige est remplacée par l’herbe puissante et le délicat feuillage des arbres, nul besoin de parler d’écologie… L’art de la filmeuse associe monstration et démonstration. Il rend ce « reverdi » plus magique que tous les tours de lanternes magiques. Et le rythme vital de l’hymne final porte le sentiment d’éternité.
Dans l'intimité des saunas sacrés d'Estonie, tous les rituels de la vie se croisent. Les femmes y racontent ce qu'elles taisent partout ailleurs, et dans la fumée des pierres brûlantes, la cond...
Camillæ (Camille Aubaude), « Smoke Sauna Sisterhood par Anna Hints, 2023, « Documentaire », 1h 29m », Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 2 avril 2024. URL :
Ils sont jumeaux et conjuguent leur vie en peinture. Cependant ils se démarquent dans leur sensibilité artistique et leur préférence chromatique. Cela dit, ensemble ils poursuivent leur chemin dans la peinture et ont acquis une notoriété internationale. Mais où puisent-ils leur inspiration ? Dans les villes, les lieux emblématiques de la Capitale, les monuments historiques mais aussi le corps dans ses différentes postures.
Cette année, ils ont saisi la balle au bond en exploitant le sport et les Jeux Olympiques comme toile de fond de leur exposition.
Aussi ont-ils mis en exergue la beauté du geste dans différentes disciplines sportives : le cyclisme, le skateboard, la course pédestre, le patinage artistique, le volley-ball.
Le clou de l’exposition : la flamme olympique dont la dernière étape sera la ville de Créteil dans le Val-de-Marne. Ils ont décliné en peinture les édifices les plus représentatifs de la ville comme le Préfecture, l’Hôtel de ville, le lac. Un hommage bien mérité à cette ville de banlieue, en ces temps où certaines banlieues sont stigmatisées et mises au rancart.
Actuellement on peut admirer leurs toiles dans trois salles à l’enfilade à la Galerie du temps présent du Lycée Antoine de Saint-Exupéry de la ville susmentionnée, l’unique établissement scolaire de France à être doté d’une galerie d’art.
Pendant deux jours ils ont animé un atelier de peinture à l’adresse des classes de terminales d’arts plastiques. Avec entrain les élèves se sont prêtés au jeu en reproduisant les tableaux des Jumeaux ainsi désignés habituellement. Fort satisfaits du travail des élèves qui se sont appliqués à reproduire avec justesse et fidélité les figures, les formes en mouvement exprimées dans les tableaux, ils les ont récompensés en donnant à chacun d’eux une gravure.
Que de talents révélés chez ces jeunes ! Quelle fierté pour eux de voir leurs œuvres exposées et d’être encouragés par des peintres de renom !
Et quelle ne fut l’émotion de ces derniers d’exposer leurs toiles dans le lycée qui les avait instruits !
Après avoir exposé par deux fois durant le premier trimestre de l’année 2024, ils comptent exposer à Rome ville jumelée avec Paris depuis le 30 janvier 1956.
Artistes polyvalents, ils ont de multiples réalisations à leur actif et ils fourmillent de projets.
Maggy De Coster (texte & reportage photographique), « Vladimir et Slobodan Peskirevic : jumeaux en nature et en peinture »,Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles », mis en ligne le 31 mars 2024. URL :
Paris. Quartier du Marais. Jeudi, 7 mars 2024. La Galeria Continua expose une série d’œuvres inédites de Leila Alaoui. L’artiste, en résidence à Chennai, ancienne Madras, en Inde, témoigne de la condition ouvrière dans les usines de textile. Elle installe durant l’été 2014 un studio mobile avec projecteurs, déflecteurs, toile de fond noire Le cadre se décontextualise. Les trois cents travailleuses, revêtues de saris magnifiques, défilent devant son objectif.
Aucune sélection préalable. Se nouent spontanément des liens d’empathie. Chaque séance est un moment d’amitié. Les gestes, les postures, les allures se ritualisent. Des silhouettes fines, droites, impassibles. Des peaux hâlées par le soleil et le vent. Des regards profonds. Un immense panneau décline trente gros plans de mains, des mains indélébilement marquées par le dur labeur, striées de cicatrices, rugueuses, noueuses. Des mains parfois effilées de jeunes filles. Des mains quelquefois veineuses, trahissant un âge avancé. Des mains nues découvrant leur innocence. La communauté féminine d’une obscure région tamoule acquiert, par la magie de l’art, une impressionnante visibilité.
En cette année 2014 où Leila Alaoui réalise son reportage photographique, une étude du Centre de recherche sur les entreprises multinationales (SOMO) et du Comité néerlandais pour l’Inde (ICN) souligne les conditions inhumaines de travail dans les filatures du Tamil Nadu. Des employées de tous âges travaillent six jours par semaine, du matin au soir, pour des salaires dérisoires. Les femmes sont incitées à quitter leur village par des promesses alléchantes. Elles se retrouvent esclavagisées. Les cadences infernales ne laissent aucun répit. Beaucoup des travailleuses sont hébergées dans des résidences misérables appartenant aux entreprises. Les gérants et les superviseurs, exclusivement des hommes, intimident, menacent, apeurent, profèrent des insultes et des injures. Les contrôles systématiques, les pressions permanentes, les chantages au licenciement au moindre retard entraînent une lourde pathologie professionnelle, maladies respiratoires, affections vésicales et rénales, problèmes cardiaques, lombalgies, fatigues chroniques, crises d’angoisse, dépressions.
Les usines d’habillement sous-traitent au profit des marques occidentales. La mondialisation est synonyme de délocalisation. Les enseignes de confection ne se soucient guère du fonctionnement interne de leurs fournisseurs, des violations des droits humains. Les carences de sécurité sont partout criantes. Les drames se succèdent. Les fabriques sont des cimetières de la mode jetable, du surconsumérisme effréné. Les vêtements et les chaussures usagés s’évacuent dans les pays du sud. Les marques d’ultra fast fashion rabaissent sans limites les petits prix. Les produits bon marché s’acculement dans des décharges monstrueuses. Selon le rapport 2020 de Climate Chance, l’industrie du textile est responsable d’un tiers des rejets de microplastiques dans l‘océan.
L’exposition est aussi une invitation à découvrir la culture tamoule. Les grands formats de Leila Alaoui suggèrent les architectures domestiques où certaines ouvrières évoluent au quotidien, les vérandas sur la rue avec des tuiles sur poteaux de bois, les cours intérieures, les arrière-cours, les thalvarams surnommés « les rues qui parlent ». Les façades offrent des extensions publiques, des passages toiturés au service des piétons, des bancs maçonnés pour les visiteurs et les pèlerins. La rue s’homogénéise avec juxtaposition d’appentis, de corniches, de pilastres, de colonnes ornées, de parapets sculptés. Une atmosphère retrouvée dans la scénographie de l’exposition, salles désenclavées, vétustés esthétiquement exploitées.
Les Tamouls, vivant majoritairement dans l’Etat du Tamil Nadu, principalement des indous, comptent également des minorités chrétiennes et musulmanes. Une culture millénaire, diversitaire. Une langue ancienne, riche d’un formidable patrimoine littéraire. Une musique antique, dite carnatique, codifiée quatre siècles avant l’ère chrétienne, essentiellement basée sur l’improvisation. Les architectures dravidiennes, les temples rocheux, les grottes sacrées, les stupas, les mosquées, les palais, les bas-reliefs, les arches monumentales, toranas. La vallée de l’Indus est la plus immémoriale des civilisations urbaines, avec la Mésopotamie et l’Egypte pharaonique. Les styles accompagnent l’évolution du bouddhisme. Révolution iconographique il y a deux mille ans, le Bouddha est représenté, pour la première fois au Gandhara, sous forme humaine. Les techniques de construction se perfectionnent avec les royaumes hindouistes du sud à partir du huitième siècle. Les temples en pierre se substituent aux édifices excavés. Plus tard, les architectures indo-musulmanes et mogholes.
Les dynasties tamoules antiques, protectrices des lettres et des arts, archivistes, édificatrices d’architectures somptueuses, entretiennent des relations diplomatiques avec Athènes et Rome. Une relation grecque anonyme du premier siècle, Periplus Maris Erytraei, Le Périple de la mer Erythrée, énumère les exportations indiennes, poivre, cannelle, nard, perles, ivoire, soie, diamants, saphirs, écaille de tortue. Au sixième siècle, les Pallava érigent le premier empire. La construction de vastes temples, fastueusement décorés, s’accélère. Des sages tamouls fondent le mouvement bhakti, composante essentielle de l’indouisme, préconisant l’amour pur et l’oubli de soi. Cinq voies balisent sa pratique, le jnâna yoga, yoga de la connaissance, le karma yoga, voie de l’action consacrée, le raja yoga, exercices physiques et spirituels, le tantra yoga, rites magiques et la discipline personnelle. Les Chola renversent les Pallava au neuvième siècle. Les invasions musulmanes prennent la relève à partir du quinzième siècle. Deux siècles plus tard, les puissances européennes établissent des colonies. Français, britanniques, portugais, néerlandais introduisent des styles européens, des dômes gothiques, des tours d’horloge victoriens. New Delhi s’enorgueillit de ses monuments Art déco. La Grande-Bretagne domine tout le sous-continent jusqu’à l’indépendance de 1947.
L’art tamoul est surtout un art religieux. La peinture de Tanjore apparaît au neuvième siècle. Le support est une pièce d’étoffe recouverte d’oxyde de zinc. L’image est polychrome. Elle peut être ornée de pierres semi-précieuses, brodée de fils d’or et d’argent. Le style d’origine est repris avec des techniques adaptées dans les fresques religieuses. Les sculptures de pierre et les icônes de bronze, de l’époque Chola notamment, sont des contributions majeures au patrimoine de l’humanité. Cet art se caractérise par des lignes douces et fluides, des détails traités avec une infinie minutie. Ni préoccupation d’exactitude ni souci de réalisme dans l’éxécution des portraits. Un art archétypal.
Flotte dans l’air de l’exposition une empreinte d’indigo, couleur apaisante, relaxante, envoûtante. Chromatique de la méditation, de l’intuition, de l’inspiration, de la création, de la conscience profonde. La haute résolution accentue l’effet hypnotique. L’indigo, pigment végétal issu des feuilles et des tiges de l’indigotier, était, dans les temps anciens, un produit de luxe. Les grecs et les romains l’appelaient l’or bleu. L’indigo, réintroduit dans les pays occidentaux au quinzième siècle par des marchands arabes, est prisé par les hippies pacificistes et la contre-culture californienne. Il imprègne de sa légende jusqu’aux Bleu jeans. Nous baignons toute l’après-midi dans un espace hors-temps, une ambiance hiératique peuplée de déesses.
Octobre 2014. Je fais la connaissance de Leila Alaoui à l’occasion de l’événement Le Maroc contemporain à l’Institut du Monde Arabe où nous sommes tous les deux exposants. Je présente des peintures sur toile, des portraits de figures de proue de la littérature marocaine, Driss Chraïbi, Edmond Amran El Maleh, Mohamed Leftah. Leila Alaoui montre Cossings, Traversées, une installation vidéo immersive, en triptyque, sur des migrants subsahariens clandestins, plongés dans un environnement hostile, collectivement traumatisés. Le pseudo-paradis européen se révèle une utopie problématique. Elle évite judicieusement la corde sensible. Portraits statiques, paysages abstraits, voix-off. La démarche anthropologique rejoint mon travail sociologique en recherche-action.
Nous avons quelques conversations philosophiques. Elle me pose des questions sur Mai 68, sur le cinéma de Jean Rouch, sur la théorie rhizomique de Gilles Deleuze et Félix Guattari, sur des événements historiques qu’elle aurait voulu avoir vécus, sur des intellectuels qu’elle aurait voulu avoir connus. Elle me paraît assurer une relève crédible. Elle élabore des méthodologies originales, des techniques novatrices. Elle me tient informé de ses projets artistiques, toujours motivés par des raisons solidaires. J’apprécie sa soif intellectuelle, son énergie créative. Je lui consacre une chronique, après sa disparition tragique en juin 2016, intitulée Leila Alaoui ou l’ombre de l’absente. Dans l’édifice prestigieux de la Maison Européenne de la photographie de Paris, une photographie en noir et blanc de Leila Alaoui en guise d’hommage. Terrible contraste avec le rayonnement de son sourire. Remonte des tréfonds de l’être l’insurmontable sentiment d’impuissance. Que dire face à la perte irremplaçable d’un joyau de la terre ?
Mustapha Saha, « Leila ALAOUI. Made in India », photographies par Élisabeth Bouillot-Saha, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2024 « Amies », « Elles » & Revue Orientales, « Conteuses orientales & orientalistes », n°3, volume 1,mis en ligne le 14 mars 2024. URL :
APPEL À POÈMES SUR LE THÈME « LIBERTÉ » (PROPOSÉ PAR LE PRINTEMPS DES POÈTES) DU 30 NOVEMBRE AU 31 JANVIER 2026.
L’association SIÉFÉGP vous propose de publier une sélection de vos écrits poétiques sur le thème « Liberté » proposé par le festival Le Printemps des Poètes. Pour ce faire, veuillez vérifier que vos poèmes (de 1 à 4) et/ou illustrations (de 1 à 4) respectent la ligne éditoriale de cette revue avant de nous adresser vos participations au plus tard le 31 janvier 2025 pour une publication livresque durant le printemps 2026 dans le cadre du festival Le Printemps des Poètes.
Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.
IMPORTANT ! LA RÉDACTION REPORTE SON THÈME ENTREPRIS AUTOUR DES SORCIÈRES À UNE DATE ULTÉRIEURE ET LE REMPLACE PAR LE DOSSIER CARTE BLANCHE SUR LES BOUQUETS CHEZ LES CRÉATRICES EN POÉSIE ET ARTS. L’ASSOCIATION SIÉFÉGP SOUHAITE LA BIENVENUE À SA NOUVELLE...