8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 15:49

 

Megalesia 2018 | Articles & témoignages sur les violences faites aux femmes | Féminisme | Textes fondateurs des droits des femmes & de l'égalité entre les sexes | Archives de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

Requête des dames

 

 

 

à l'Assemblée nationale

 

 

 

suivie d'une brève présentation

 

 

 

 

 

Transcription en français moderne, remaniement

 

& brève présentation par

 

Dina Sahyouni

 

 

 

© Crédit photo : image de la requête prise par DS en mars 2018.  

 

 

Requête des femmes, à l'Assemblée nationale 179..

document reproduit

THE FRENCH REVOLUTION

RESEARCH COLLECTION

LES ARCHIVES DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

 

 

 

[P. 1/14 de l'opus/P. 5/18 du format PDF]

 

Requête des dames à l'Assemblée nationale

 

 

    Nos seigneurs,

    Il est sans doute étonnant qu'après avoir marché à si grands pas dans la voie des réformes, et abattu, comme s'exprimait jadis l'illustre d'Alembert, une très grande partie de la forêt des préjugés, vous laissez substituer le plus antique et le plus général des abus, celui qui exclut des places, des dignités, des honneurs, et surtout du droit de siéger au milieu de vous, la plus belle, et la plus aimable moitié des habitants de ce vaste royaume.

 

   Quoi ! vous avez généralement décrété l'égalité des droits pour tous les individus ; vous avez fait marcher l'humble habitant des chaumières à l'égal des princes et des dieux de la terre ; par vos soins paternels le pauvre villageois n'est plus obligé de ramper devant l'orgueilleux seigneur de la paroisse ; l'infortuné vassal peut [P. 2/14 de l'opus/P. 6/18 du format PDF] arrêter dans sa course rapide l'impétueux sanglier qui ravage impitoyablement ses moissons ; le timide fantassin ose se plaindre d'être écrasé par le brillant phaéton du superbe publicain ; le modeste curé peut s'asseoir à son aise à la table frugale de son illustrissime et révérendissime père en Dieu ; le sanctuaire consolé ne fera bientôt plus défiguré par les membres parasites qui dévorent sa substance, et surchargent inutilement la terre, ces êtres indéfinissables, espèces amphibies, placés entre l'église et le monde, qui, gémissant sous le poids du temps, vont porter partout l'ennui qui les dévore, et accabler le public du fardeau de leur existence ; le noir Africain ne se verra plus comparé à l'animal stupide qui, stimulé par la verge d'un féroce conducteur, arrose de ses sueurs et de son sang nos pénibles sillons ; les talents, dégagés des tristes entraves d'une naissance ignoble, pourront se développer avec confiance, et celui qui les possède ne sera plus forcé de mendier bassement les suffrages d'un imbécile protecteur, d'encenser un crésus ignare, et de monseigneuriser un fat ; bientôt, enfin, par votre heureuse influence, un jour serein va briller sur nos têtes, un peuple nouveau, un peuple de citoyens, de sages, d'heureux, va s'élever sur les ruines d'un peuple barbare, et la terre [P. 3/14 de l'opus/P. 7/18 du format PDF] stupéfaite va voir naître dans son sein cet âge d'or, ce temps fortuné qui jusqu'alors n'avait exilé que dans les descriptions fabuleuses des poètes.

 

    Ah ! nos seigneurs, serons-nous donc les seules pour qui existera toujours l'âge de fer, cet âge malheureux qui a pris sa naissance dans l'origine du monde, et qui de siècle en siècle est venu sans interruption jusqu'à nous ? N'y aura-t-il que nous qui ne participerons point à cette éclatante régénération qui va renouveler la face de la France, et ranimer sa jeunesse comme celle de l'aigle ?

 

    Vous avez brisé le spectre du despotisme, vous avez prononcé ce bel axiome digne d'être inscrit sur tous les fronts, et dans tous les cœurs : « les Français sont un peuple libre,…. » et tous les jours, vous souffrez encore que treize millions d'esclaves portent honteusement les fers de treize millions de despotes ! vous avez décerné la juste égalité des droits,… et vous en privez injustement la plus douce et la plus intéressante moitié d'entre vous ! vous avez rompu le frein fatal qui captivait la pensée du sage, et lui ôtait la faculté d'éclairer ses semblables,… Et nous ! hélas, nous nous voyons réduites à l'humiliante partage de recevoir éternellement des leçons de vous, sans avoir la [P. 4/14 de l'opus/P. 8/18 du format PDF] consolation de pouvoir vous en donner à notre tour ! tandis que vous ouvrez toutes les bouches, que vous déliez toutes les langues, vous nous forcez, nous, pour qui c'est une si antique, une si douce habitude, de parler, vous nous forcez de garder un triste et honteux silence, et vous nous privez du plaisir de faire entendre notre voix harmonieuse, notre aimable caquet aux représentants de la plus galante, et de la plus aimable des nations ! vous avez enfin noblement décrété que la voie des dignités et des honneurs serait indiscutablement ouverte à tous les talents ; …. et vous continuez de mettre encore des barrières insurmontables aux nôtres ! pensez-vous donc que la nature, cette mère si généreuse pour tous ses enfants, ne se montre avare qu'envers nous, et qu'elle ne prodigue ses grâces et ses faveurs qu'à nos impitoyables tyrans ? Ouvrez, ouvrez le grand livre des temps, voyez ce qu'ont fait dans tous les âges tant de femmes illustres, l'honneur de leur province, la gloire de notre sexe, et jugez de ce que nous pourrions encore, si votre aveugle présomption, si votre masculine aristocratie n’entraînaient sans cesse notre courage, notre sagesse et nos talents ?

 

    Croyez-vous, par exemple, que les Sémiramis, les Zénobie, les Élisabeth, les Anne, [P. 5/14 de l'opus/P. 9/18 du format PDF] les Catherine, etc. ne fussent pas porter le spectre, et tenir les rênes de leur empire ; quoiqu'elles n'aient pas été formées à l'école de ces grands précepteurs des rois, des S… des T…. des D…., des C…., et de tant d'autres illustres législateurs qui décorent les sièges de votre assemblée ?

    Croyez-vous, en lisant les éclatants exploits de la même Zénobie, des Judith, des Debora, des Jeanne d'Arc, des Balmont, etc. que notre sexe ait beaucoup cédé en courage à ce sublime héros, la terreur des…. le désespoir des guerriers à venir, et dont les conquêtes rapides nous rendent enfin croyables tous les prodiges de valeur que ne cesse de nous vanter l'histoire et la fable ?

   Croyez-vous que, s'il fallait transmettre aux provinces éloignées le détail si intéressant, et des opérations de votre assemblée et des révolutions qu'elle occasionne, le style des Sévigné, des Maintenon, des Grafigny ; etc. n'offrirait pas autant de sel et d'agrément, de délicatesse et de pureté que celui des M… des G… des B…, et de l'auteur du Point du Jour, dont les médecins avisés conseillent de réserver la lecture pour Le commencement de la nuit ?

   S'il s'agissait, surtout, de faire parade de ces grâces légères, de ce ton de mignardise et d'af- [P. 6/14 de l'opus/P. 10/18 du format PDF] féterie, de ces aimables riens, de ce brillant verbiage que vous entendez quelquefois sortir de la bouche des C… des B… des M… des etc. doutez-vous que nos petites maîtresses, nos héroïnes de coulisses, nos modernes Phyrnés ne lutteraient pas avec avantage contre les illustres sybarites Français ?

   Doutez-vous même, que s'il fallait tonner avec force contre les abus des privilèges, faire des déclamations sonores contre ce monstre hideux, ce vilain veto royal, contre les désordres de la noblesse et du clergé, pensez-vous qu'on ne trouverait pas, dans les vigoureuses académiciennes de la halle, autant de force et d’énergie, des poumons aussi robustes, et aussi nerveux que chez les C…. les T…. les B…. les P…. et les D….

    Si vous avez besoin de ces discussions froides, longues et lâches, de ces ouvrages narcotiques si propres à calmer les cerveaux exaltés de plusieurs de vos membres ; l'immortelle Dacier toute seule ne jouterait-elle pas avec avantage contre ce moderne Lycophron, qui ne devrait avoir que des Œdipes pour auditeurs, contre les C…. les R…. les G…. les L…. les etc., [P. 7/14 de l'opus/P. 11/18 du format PDF] et surtout, contre ce nouveau Dom Quichotte, si connu par ses aventures, ses systèmes, ses éternels mémoires, et dont le nom a été si plaisamment ridiculisé par toutes les bouches de la capitale et des provinces ?

 

    Et comme rien ne doit plus étonner dans ce siècle de prodiges, si par hasard on venait à s'imaginer que la gloire de la nation fût intéressée à celle des B…., des courtisanes et des histrions, où plutôt, si pour dérider les fronts sévères de nos modernes Catons, on voulait les régaler d'une apologie presqu'aussi comique que celle dont l'illustre Érasme amusa jadis son siècle, je vous le demande à vous, immortelle le Couvreur, divine Clairon, incomparable Dangeville, etc. à vous, dis-je, qui connaissiez si bien le pouvoir de votre voix céleste sur les oreilles et le cœur des Français, quelle impression touchante n'eussiez vous pas faite sur nos galants députés, si au lieu de vous laisser si plaisamment doubler par les…, etc. vous eussiez paru sur la noble tribune, et déployé, en faveur de votre art, toutes les ressources de votre génie, tout le piquant de nos grâces, tous les charmes de votre éloquence.

 

   Enfin, s'il était nécessaire de porter le glaive de la réforme sur ces aziles sacrés, jadis le [P. 8/14 de l'opus/P. 12/18 du format PDF] séjour de la paix, de l'innocence et de la piété ; de rajeunir ce tronc antique et majestueux, dont les rides multipliées obscurcissent la gloire et la beauté ; de couper d'une main sévère ces branches gourmandes et sauvagères qui en dévorent toute la substance, et en dessèchent la racine même ; de retrancher, en un mot, ces abus déplorables qui défigurent les cloîtres, n'eût-on pas trouvé dans les Thérese, les Catherine de Sienne, les Chantal, etc. etc. autant de zèle, de prudence, de courage, des vues, aussi grandes, aussi pures, aussi sublimes que chez les E. d'A., les T. et les D….

 

     Mais, que dis-je, Nos seigneurs ! pourquoi dérober aux siècles antérieurs et aux nations étrangères les traits héroïques qui combattent en faveur de notre sexe ? Auriez-vous donc oublié déjà ces actions éclatantes qui viennent d'illustrer le séjour de nos Rois et la capitale de la France ; ces hauts-faits presqu'incroyables qui ne laissent plus rien à envier à l'antiquité, et qui frapperont d'étonnement toutes les générations futures ? N'est-ce pas en effet ce sexe si faible, si frivole en apparence, ce sexe qui semble n'être propre qu'à la t e, à l'amusement et aux grâces ; n'est-ce pas lui qui a préparé, peut-être même confirmé cette heureuse, cette étonnante révolution qui vient [P. 9/14 de l'opus/P. 13/18 du format PDF] de s'opérer parmi nous. N'est-ce pas lui qui, par sa rapide et bruyante éloquence, par ses raisonnements énergiques et frappants1, a converti le véritable chef de l'église gallicane, et fait crouler ce mur fatal de séparation élevé depuis tant de siècles entre les membres d'une même famille et les enfants d'un même père ?

    N'est-ce pas lui qui, le premier, a armé son bras vengeur contre les lâches partisans, les vils souverains du despotisme, et donné l'immortalité à ces monuments fameux, destinés tour à tour à dissiper les ombres de la nuit, et à annoncer la brillante aurore de notre liberté2 ?

   N'est-ce pas lui qui, le premier, a animé le juste courroux de nos phalanges nationales, a devancé même leur course rapide et impétueuse, pour voler au secours de la patrie, et déconcerter le noir complot de ces fougueux aristocrates, qui voulaient arracher de notre sein le meilleur des princes et le plus tendre des pères3 ?

   N'est-ce pas lui qui, semblable aux illustres conquérants Romains, traînant à la suite les dé- [P. 10/14 de l'opus/P. 14/18 du format PDF] pouilles des vaincus, et promenant de toute part, avec un courage marital, leurs chefs orgueilleux et superbes, a mérité de faire, au milieu de nos murs, une entrée glorieuse et triomphante, et d'entendre le capitole parisien retenir de ces belles paroles : Henri IV avait conquis son peuple ; mais vous, vous avez conquis votre roi4 ?

    N'est-ce pas encore lui, dont les entrailles si sensiblement agitée à la vue de la France presque agonisante de besoin, est venu le premier déposer, sur l'autel de la patrie, les dépouilles du luxe et de la vanité, dépouilles si chères à son cœur, & par conséquent si méritoires aux yeux du vrai citoyen5?

   N'est-ce pas lui enfin qui, sacrifiant sans peine ses intérêts les plus précieux, abandonnant à des mains vulgaires le travail honteux de la quenouille, le soin trivial et fastidieux du ménage, vient tous les jours, et avec une infatigable constance, anoblir et décorer de sa présence les tribunes du sénat Français, diriger ses travaux, animer son courage, prévenir ses erreurs, applaudir à ses succès ?

 

     Et après des preuves si éclatantes, si multi- [P. 11/14 de l'opus/P. 15/18 du format PDF] pliées, et dont vos yeux sont frappés tous les jours, vous douteriez encore de notre zèle, de notre patriotisme et de nos talents !

   Ah ! Nos seigneurs, ne laissez donc plus ignominieusement enfouir des qualités si glorieuses pour nous, et si intéressantes pour la nation. Osez, aujourd'hui, réparer en notre faveur les anciennes injustices de votre sexe ; mettez-vous à portée de travailler comme vous et avec vous à la gloire et au bonheur du peuple Français, et si, comme nous l'espérons, vous consentez à partager avec nous votre empire, que nous ne devions plus ce précieux avantage à l'éclat de nos attraits et à la faiblesse de votre cœur ; mais uniquement à votre justice, à nos talents & à la sainteté de vos lois.

    En conséquence, nous remettons sur le bureau le projet du décret que nous croyons qu'il faudrait porter sur la matière présente.

 

PROJET DE DÉCRET.

 

    L'Assemblée nationale, voulant réformer le plus grand, le plus universel des abus, et réparer les tous d'une injustice de six mille ans, a décrété et décrète ce qui suit :

 

1°. Tous les privilèges du sexe masculin sont entièrement et irrévocablement abolis dans toute la France.

[P. 12/14 de l'opus/P. 16/18 du format PDF]

2°. Le sexe féminin jouira à toujours de la même liberté, des mêmes avantages, des mêmes droits et des mêmes honneurs que le sexe masculin.

3°. Le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être & sont également nobles.

4°. On n’insérera plus dans les actes, contrats, obligations, etc. cette clause si usitée, mais si insultante pour le beau sexe : « Que la femme est autorisée par son mari à l'effet des présentes », parce que l'un et l'autre doivent jouir, de la même autorité.

5.° La culotte ne fera plus partage exclusif du sexe mâle, mais chaque sexe aura droit de la porter à son tour.

6° Quand un militaire aura, par lâcheté, compromis l'honneur français, on ne croira plus le dégrader comme il est arrivé souvent, en lui faisant arborer le costume féminin ; mais comme les deux sexes font et doivent être également honorables aux yeux de l'humanité, on se contentera désormais de le punir en le déclarant du genre neutre.

7.° Toutes les personnes du sexe féminin pourront être admises indistinctement aux assem- [P. 13/14 de l'opus/P. 17/18 du format PDF] blées de district et de département, élevées aux charges municipales, et même députées à l'assemblée nationale, lorsqu'elles auront les qualités exigées par la loi des élections. Elles y auront voix d'autant consultative et délibérative ; ce droit peut d'autant moins leur être refusé, qu'elles ont déjà celui de juger l'assemblée elle-même… Elles auront cependant le plus grand soin d'y parler tour à tour, afin qu'on puisse savourer plus aisément les belles choses qui sortiront de leur bouche.

8.° Elles pourront aussi être promues aux offices de Magistrature… Point de moyen plus propre à réconcilier le public avec les tribunaux de la justice, que d'y faire asseoir la beauté et d'y voir présider les grâces.

9°. Il en sera de même de tous les emplois, récompenses et dignités militaires… C'est alors que le Français sera vraiment invincible, quand son courage sera inspiré par le double motif de la gloire et de l'amour : n'en exceptions pas même le bâton de maréchal de France ; et pour que justice puisse être également faite, nous ordonnons que cet instrument si utile passera alternativement entre les mains des hommes et des femmes.

10°. Nous ne balançons pas non plus à ouvrir l'entrée du sanctuaire au sexe féminin, nommé [P. 14/14 de l'opus/P. 18/18 du format PDF] depuis si longtemps et à juste titre le sexe dévot. Mais comme la piété des fidèles est notablement diminuée, ledit sexe promet et s'engage, quand il montera dans la chaire de vérité, de modérer la grandeur de son zèle, et de ne pas trop longtemps exercer l'attention des auditeurs.

 

 

 

Notes

 

1 L'archevêque poursuivit à Versailles par la populace, surtout par les femmes, s'est réuni le lendemain aux communes.

2 Les jésuites [mot difficile à lire ???]

3 Révolution de Versailles.

4 Entrée du Roi à Paris.

5 Présent des bijouteries à l'assemblée nationale.

 

***

Brève présentation

 

 

   J'ai découvert ce texte bref pour la première fois en 2008 sur Gallica durant ma formation doctorale sur les représentations du pouvoir des femmes dans la presse du XVIIIe siècle... et j'étais subjuguée par ses vigueur, beauté et portée intellectuelle. Aujourd'hui, je me permets de vous le transmettre en mémoire des aïeules et aïeux féministes qui ont œuvré pour les droits des femmes du siècle des Lumières jusqu'aux nos jours. Dans ce texte, les femmes réclament entre autres le droit de siéger à l'Assemblée nationale (de devenir femmes politiques et députées).

   Il s'agit d'une requête anonyme dont on ignore la date exacte de la rédaction. Elle est adressée à l'Assemblée nationale durant la fameuse période de « La Révolution française du XVIIIe siècle ». Le lectorat avisé ou non est en mesure de se rendre compte de la portée universelle de ce document et de sa modernité malgré quelques expressions ici et là qui nous rappellent entre autres les formules classiques employées à l'époque pour nommer les femmes (« le beau sexe », « le sexe dévot », « le sexe dévot », « le sexe », etc.)

   Néanmoins, le féminisme dont certaines/certains spécialistes des Lumières qualifient de « pré-féminisme » y est patent. Le « nous »  utilisé pour parler des femmes met en évidence la conscience douloureuse des femmes de leurs condition et place dans la société de l'époque. Cela exprime aussi une volonté nette de se constituer en tant que minorité opprimée pour ce qu'elle représente et pour ce qu'elle est. De nos jours, où la féminisation des métiers et les discours sur l'écriture inclusive continuent à fleurir et à nous diviser, cette requête nous fait comprendre que la « Querelle des sexes » et celle des femmes (c'est-à-dire la « Querelle des femmes ») sont toujours d'actualité.

    De même, on découvre dans cette requête à quel point le genre (gender en anglais) constitue un débat politique, social et culturel sur la nécessité de maintenir les femmes en état de subalternes sous le joug d'un patriarcat dominant et totalitaire qui ne dit pas son non. Le document rappelle par ailleurs que l'homme est la référence même en grammaire (la noblesse supposée du genre masculin), ce constat est questionné et analysé : le masculin doit être un genre parmi d'autres. Plusieurs préjugés sexistes y sont dénoncés et parmi lesquels, on trouve la répression réservée aux militaires fuyards en les déguisant en femmes. Ce renvoi à un rang inférieur est une manière de rappeler aux femmes leur place inférieure dans la société révolutionnaire. La requête insiste sur cette assignation sexiste qui vise à humilier publiquement les femmes. On retrouve ce même préjugé sexiste à double tranchant pour les hommes et les femmes sous plusieurs formes dans les expressions qui féminisent les hommes ou celles qui les qualifient d’efféminés. Le/la féministe et/ou les féministes qui ont rédigé cette magnifique requête témoignent de la quête sans fin de l'homo sapience sapience pour (ré)établir la justice dans le monde. Quelque chose pousse donc l'être humain à aimer non seulement la sagesse mais à aimer encore plus la justice et de s'en réclamer.

    Faut-il encore ne pas omettre de voir dans cette requête une manière de célébrer notre faculté de juger et particulièrement L'esprit critique du siècle des Lumières qui ne peuvent que nous rappeler que l'égalité des droits est un chemin arpenté et une révolte sans fin.
 

 

Cet ouvrage, édité ici, est intitulé Requête des dames, à l'Assemblée nationale ([Reprod.]), Anonyme, [s.n.], 179., 14 p., permaliens des pages transcrites et remaniées :

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f3.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f4.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f5.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f6.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f7.image,

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f10.image,

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http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f12.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f13.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f14.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f15.image,

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587/f16.image,

 

Ce texte transcrit et présenté brièvement pour Le Pan Poétique des Muses appartient initialement au domaine public et provient de la Collection des "archives de la Révolution française ; 9.4.192" de la Bibliothèque nationale de France. Cet opus a été mis en ligne sur Gallica le 15 octobre 2007, voir le permalien : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k426587. Une édition critique de cet ouvrage est en cours.

 

***

Pour citer ce texte


Dina Sahyouni (transcription en français moderne, remaniement & brève présentation du texte par), «  Requête des dames à l'Assemblée nationale suivie d'une brève présentation », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Le Festival Megalesia 2018, Le Printemps des Poètes au féminin, mis en ligne le 8 mars 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/3/requete-des-dames

 

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Rédaction de la revue LPpdm - dans Megalesia SIEFEGP
23 février 2018 5 23 /02 /février /2018 15:07

 

Lettre n°13 | Agenda 

 

 

Campagne 2018

 

 

pour adhérer à l'Académie

 

 

Claudine de Tencin

 

Crédit photo : Claudine Guérin de Tencin, image tombée dans le domaine public trouvée sur wikipédia.org.

 

 

Qu'est-ce que l'Académie Claudine de Tencin ?

 

Dina Sahyouni a initié le projet de l'Académie Claudine de Tencin afin de rendre hommage aux aïeules en général et particulièrement à une salonnière, femme de lettres méconnue, grenobloise qui n'est que Claudine Alexandrine Sophie Guérin de Tencin. L'Académie Claudine de Tencin, basée à Grenoble, cherche à mettre en place un futur Musée vivant ou une salle (ce projet est à très long terme) qui reproduit, voire perpétue, le salon de Claudine Guérin de Tencin. Une anthologie annuelle pourrait aussi être éditée sous la direction d'un des membres de cette académie.

L'Académie Claudine de Tencin est désormais ouverte à tout le monde. Elle a distribué en 2017 deux distinctions littéraires internationales : le Prix International d'Essai et le Prix International de Poésie. Le Jury du Prix d'Essai 2017 s'est réservé le droit de ne pas attribuer son Prix. L'Académie Claudine de Tencin est dirigée par la présidente de l'association SIÉFÉGP ou par sa fondatrice.

 

 

Comment faire partie du Jury 2018 des distinctions de l'Académie ?

 

Pour faire partie du Jury des deux distinctions de l'Académie Claudine de Tencin 2018, il faut être membre de l'Académie, ou appartenir à l'une des équipes du Pan Poétique des Muses et  de la SIÉFÉGP. Nous vous remercions de nous contacter via contact.revue@pandesmuses.fr au plus tard le 10 mars 2018 pour nous proposer votre candidature.

 

Comment devenir membre de cette académie ?

 

Pour appartenir à cette société académique, merci d'envoyer une biographie avec votre fiche d'adhésion à la SIÉFÉGP et un chèque à l'ordre de l'ASSOC S.I.E.F.E.G.P de 20 €. Une exonération partielle ou totale de la somme d'inscription est possible sur présentation des justificatifs (être sans emploi, étudiant-e,  handicapé-e, bénéficiaire du RSA,  membre fondateur de l'académie ou assimilé).

 

 

 

 

Pour adhérer à l'Académie Claudine de Tencin,

merci de nous retourner la fiche ci-dessous

au plus tard le 31 juillet 2018 !

 

****************

Fiche d'adhésion annuelle à l'Académie Claudine de Tencin

Cette structure est régie par son règlement interne, la charte et les statuts de la SIÉFÉGP

 

..... Madame |..... Monsieur | ..... Autre (société, association, etc.)

Nom : ………………………… Prénom : ……………………………

Nationalité : ………………………… Métier : ………………………

Adresse : ………………………………………………………………

…………………………………………………………………………

Code postal : ………………. Ville : ……………………………….…

Pays : ………………………… Courriel : …………………………...

J'atteste sur l'honneur que ces informations sont exactes et que j'actualiserai ces données après chaque modification de ma situation. J'autorise aussi l'Académie à diffuser ma notice biographique sur son site ou sur le site de la revue LPpdm :

..... avec ma photo | ..... sans ma photo

Je confirme également avoir pris connaissance des statuts, charte de la SIÉFÉGP, de ses conditions de vente affichées en ligne sur ce site et je les accepte.

Fait à ………...……………….. Le …………………………………………

Signature :

Fiche à envoyer au plus tard le premier novembre 2016 pour une inscription pour l'année 2018 avec votre chèque de 20 € libellé à l'ordre de l'ASSOC S.I.E.F.E.G.P à l'adresse suivante : Association SIÉFÉGP (chez M. Bontron), 24 rue Lucien Andrieux. 38100 Grenoble, France.

 

Détails sur l'exonération de la somme d'inscription :

  • partielle de 10 € pour les étudiant-e-s / élèves âgé-e-s de 18 ans et plus
  • totale pour les personnes sans emploi, handicapées, bénéficiaires du RSA et membres fondateurs de l'académie ou assimilés.

 

 

* SIÉFÉGP est le sigle de la Société Internationale d'Études des Femmes et d'Études de Genre en Poésie.

 

Voir aussi : 

 

***

 

Pour citer ce texte

 

SIÉFÉGP, «  Campagne 2018 pour adhérer à l'Académie Claudine de Tencin », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°13 mis en ligne le 23 février 2018. Url : http://www.pandesmuses.fr/2018/2/tencin

 

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Rédaction de la revue LPpdm - dans La Lettre de la revue LPpdm SIEFEGP
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 11:12

 

Distinctions 2017 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP

 

 

 

 

Présentation du recueil

 

 

Femmes du monde entier contre les violences

 

 

(récits-poèmes)

 

 

 

 

Annpôl Kassis

 

 

 

Biographie

 

Linguiste-didacticienne, Annpôl Kassis, a enseigné le FLE puis la didactique des langues à l’Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle, ainsi que Le Renouveau du conte en France depuis le 19ème siècle à New York University in France, ses ports d’attache. À travers des missions et actions sociales auprès du Ministère des Affaires Sociales elle a toujours œuvré pour la redéfinition et le respect des droits de la personne et a lutté pour l’élimination des violences intrafamiliales et en faveur d’une éducation et de soins sans violence…. Un long chemin à travers le monde et des mondes… pas terminé… Depuis 2005, elle est Journaliste, critique littéraire à diverses revues d’arts et littérature, et d’histoire (Le Manoir des Poètes, l’Agora-Sté des poètes français, Inverses… entre autres). Elle est également traductrice historienne bilingue anglais>< français.

 

Œuvres

 

  • Déjà parus

L’UneS-poèmes, éditions le Huchet d’or (2017)

Femmes du monde entier contre la violence (poèmes-actions, Yvelineditions, 2016 (réédition complétée de Femmes du Monde Entier, récits-poèmes, Yvelineditions, 2004 épuisé)

Les disparues de l'Amphitrite, récit historique, éditions de Janus- 2010 Grand Prix de la Mer-ADELF 2011, épuisé, réédité en février 2015 Les inconnues de l’Amphitrite : (auto-publication)

Arthur, roi de l’Union (drame lyrique, Édilivre Juin 2014)

Lumière et Poésie chez Nicolas Dieterlé (essai, éditions du Cygne 2011)

Les Contes en retour (coll.) éditions PUF Blaise Pascal St-Étienne, 2009

Lila et Robinson (conte de voyage, Leprince éditions 1995)

La poésie, éditions Clé international, 1993

 

  • Traductions

 

  • en français

Le foyer de Charles Dickens pour les filles perdues (traduction/adaptation de l’anglais : Jenny Hartley : Dickens and the House of fallen women ; Methuen 2010, Paris Édilivre 2014)

Correspondance Berta von Stuttner- Alfred Nobel (traduction de l’anglais) éd. Turquoise 2015

  • en anglais :

Ghislaine Renard : Que serions- nous sans émotion ? What of us if we were emotionless (Edilivre 2015)

Oscar Hernandez : Vivre en harmonie dans la conscience d’Être : Living in Harmony in the Consciouness of Being (The Book Edition 2016), une bonne traduction d’un fond à revoir…

Diverses traductions anglais/français ou français/anglais pour les éditions Tambao

  • Et aussi :

Collaboratrice-rédactrice à diverses revues et publications d’associations humanitaires dont : 2010- 2012 : l’Association Primo Levi ;

2012-1014 : La Fondation Scelles (rédactrice-traductrice français>< anglais de Rapport Mondial sur l’exploitation sexuelle, 2013 et 2014)

Présidente fondatrice de l'association "La Pierre et l'Oiseau, les amis de Nicolas Dieterlé"

Présidente de l’association CompoS Sui : Compagnie de Théâtre et actions sociales : Création du spectacle « Voies de FaitS, Voix de Femmes », d’après le recueil paru en 2016, contre les violences faites aux femmes.

Chargée de Publications de La société des Amis de Dickens France/l’International Dickens’s fellowship-London/ Boulogne sur mer.

Contact : https://annpolkassis.worldpress.com

 

 

 

 

Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes)

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : Le visuel du spectacle qui a été tiré de cette œuvre par la compagnie Compos Sui pour la journée du 8 mars 2017 et pour le Festival Populaire de la Poésie Nue mai 2017,

image fournie par Annpôl Kassis

 

 

 

Ces poèmes n’ont d’autre objet que de marquer l’engagement de l’auteure tout au long de sa vie vis-à-vis des femmes, de toutes les femmes sans aucune différence, car toutes les femmes portent sur leurs épaules le fardeau des erreurs humaines et bien trop de douleurs injustes et injustifiées.

Je n’ai rien inventé, j’ai observé, entendu et même si parfois je ne comprenais pas, j’ai toujours réagi et agi contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Vivre c’est accepter sans se résigner ; c’est contribuer sans bousculer ni heurter et je continuerai à soulager modestement mais avec tout mon être celles, fourvoyées sur le sentier sans issue des orages, qui ont oublié les beautés de l’arc-en-ciel. Ainsi donc tous mes poèmes-actions dénoncent des faits réels, relevés au hasard de ces « brèves » quotidiennes de pages des journaux – reflets des sociétés.

Simples ou passionnés, ils suivent le long chemin de mes engagements fondamentaux : refuser les violences et les mensonges dits « historiques, religieux, traditionnels », qui veulent embellir sous quelque masque les conquêtes meurtrières, les agissements dominateurs et destructeurs de ceux qui en niant la moitié de l’humanité et dégradent l’humanité toute entière. Les violences sont inacceptables en général et mille fois plus envers les femmes, parce que femmes, et autant envers les enfants, et surtout envers les personnes les plus vulnérables, souvent porteuses de handicap ou simplement âgées ou encore trop jeunes pour… Pour vivre ? Pour s’épanouir en toute liberté. L’action de mes poèmes dans une solidarité huma-féministe de crier et agir notre refus tête haute: Non, c’est Non, c’est Tout. Pour toutes

 

 

voir aussi : Maggy de Coster, « Annpôl Kassis, L’UneS, Le Huchet d’Or, 2017, 58 p., format 21 x 14,8 cm, 9 € »)

 

 

Ce recueil a été récompensé par

Le Premier Prix international de poésie 2017

de l'Académie Claudine de Tencin

 

***

 

Pour citer ce texte


Annpôl Kassis, « Présentation du recueil Femmes du monde entier contre les violences (récits-poèmes) », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Distinctions 2017 « Prix poétiques de la SIÉFÉGP », mis en ligne le 31 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/8/distinctions-kassis.html

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans Distinctions SIEFEGP
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 10:04

 

Encyclopédie évolutive de la poésie mineure 

(ou des femmes et du genre en poésie)

                                                   

 

Section de la poésie engagée : "Féminismes, vies et œuvres engagées"

 

 

 

Portrait croisé

 

 

George Sand et Louise Michel :

 

 

deux avant-gardistes féministes

 

 

du monde littéraire français

 

 

Rédactrice : Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

© Crédit photo : Photographies des auteures/autrices, domaine public

 

Propos liminaires

 

Georges Sand et Louise Michel sont deux grandes figures littéraires féministes nourries des idées socialistes progressistes. L’une a combattu par la plume, l’autre, passionnée, modèle de dignité et de ténacité a mené sans concession une lutte acharnée contre l’injustice. Dans cette optique, nous nous proposons de faire ressortir les convergences et divergences dans leur cheminement. Cependant notre propos n’est pas de verser dans une analyse de contenu des œuvres des deux protagonistes, d’ailleurs très riches et abondantes, mais d’établir un parallèle entre les voies et moyens utilisés par ces deux femmes de lettres engagées dans la lutte contre l’injustice.

 

George Sand

 

Née à Paris le 1er juillet 1804, Amantine Aurore Lucile Dupin, fille de Maurice Dupin de Francueil et Sophie-Victoire Delaborde. Elle est l’arrière-petite fille du Maréchal Maurice de Saxe du côté paternel, donc elle est à cheval sur l’aristocratie et la classe populaire, ce qui la porte à dire :

 

On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés, de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l’arrière-petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne, et si, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n’en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d’une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n’y a point de bâtardise de ce côté-là.

 

Dans sa généalogie, George Sand revendique la primauté de l’héritage de sa généalogie maternelle. Cela révèle aussi son attachement au matriarcat. Avec sa grand-mère bien-aimée Marie-Aurore de Saxe, Aurore Dupin, elle découvre Jean-Jacques Rousseau et se nourrit des lectures de Chateaubriand à travers le Génie du christianisme, de Montaigne, de Montesquieu, de Dante, d’Aristote, de Shakespeare, de Virgile et des philosophes comme Leibniz, Locke etc. Caroline la grande sœur maternelle d’Aurore Dupin se présente chez Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère pour la chercher, elle se fait chasser sans ménagement par cette dernière. La petite Aurore, traumatisée par cette injustice, tombe malade.

Ayant eu recours à un subterfuge pour cacher son identité sexuelle afin de se prémunir du rejet du monde littéraire, elle devient George, synonyme de force dans la tradition berrichonne et Sand n’est que le raccourci du nom de son amant Jules Sandeau avec lequel elle a écrit Rose et Blanche, ou la Comédienne et la religieuse, paru en 1831 sous le nom de Jules Sand. Notons que c’est par l’entremise de ce dernier qu’elle fera la connaissance de Balzac. À l’instar de plusieurs femmes de lettres, elle se travestit donc en homme afin de déjouer le poids de la condition féminine au XIXème siècle qui pèse sur les femmes.

 

 

Louise Michel

 

Louise Clémence Demahis dite Louise Michel est née au Château de Vroncourt, canton de Bourmont en Haute-Marne, le 29 mai 1830 de Marianne Michel, femme de chambre des châtelains Demahis. La belle Marianne aurait été surprise, en pleurs, par la châtelaine qui insista pour savoir la raison de son chagrin. Et Marianne d’avouer qu’elle était enceinte de Laurent, le fils de cette dernière. La rumeur voulait que Laurent eût subi cette paternité pour protéger son père, Étienne Charles Demahis qui finit par l’expulser du château.

Louise Michel reçoit une éducation solide mais libérale dans une ambiance voltairienne, sous la houlette de son grand-père, avocat républicain à la retraite, humaniste et fin lettré, et de sa grand-mère adorée qui l’initie à la musique et à la poésie, sans abstraire sa proximité avec sa mère Marianne. Notons qu’à l’époque l’école n’était pas encore accessible aux filles et qu’il eut fallu attendre 1850. À la mort de son grand-père, elle avait 15 ans et voulait se faire religieuse. C’est à la mort de sa grand-mère Charlotte Maxence Porquet Demahis que sa vie va basculer. Désespérée, elle lance ce cri de détresse :

 

Hélas ! Pourquoi ces jours ont-ils passé si vite ?

Déjà tu restes seule et sur ton front serein

J’ai peur de voir une ombre et que tu ne me quittes.

Comme au jour où l’aïeul mourut, tenant ma main,

Je me sens frissonner ; mon âme se délite

Sous le vent glacé du destin.

 

À la mort de sa grand-mère est chassée du Château de Vroncourt par sa belle-mère. Elle dilapida son héritage financier en jouant la bonne samaritaine, elle se retrouva sans ressource, aussi s’écria-t-elle : « Me voilà arrachée à mon repos et jetée dans un océan orageux, sans avoir, sans ressources mais avec du courage, de la jeunesse et une grande croyance en Dieu… »

À Cherbourg, elle va se rendre à l’évidence de la triste réalité de la condition ouvrière et c’est de là que va naître chez elle le déclic révolutionnaire. Elle exerce avec passion son métier d’institutrice dès janvier 1853 dans la maison Causelle, rue de Ham à Audeloncourt en Haute-Marne. À la rentrée de 1857, grâce à l’aménité de son ami Fayet, Louise trouvera une place d’institutrice dans la pension de Mme Vollier, rue du Château d’Eau à Paris. Elle dilapide son maigre salaire dans l’achat des livres et au profit des défavorisés. Mue par l’esprit républicain, en 1865, elle se révolte contre la misère environnante et commence à porter un regard réprobateur sur Napoléon III.

Contrairement à Louise Michel, George Sand convola avec François-Casimir Dudevant. Le 17 septembre 1822 dont elle eut deux enfants Maurice et Solange (qui dit-on, serait la fille de Stéphane Ajasson). Notons qu’à l’époque le mariage enfermait les femmes dans une position de mineure, le divorce n’existant pas encore (après sa suppression par Napoléon I), une séparation de corps sera prononcée le 16 février 1836 par le Tribunal de la Châtre pour motifs « injures graves, sévices et mauvais traitements » reconnus.

 

Si l’une et l’autre se révoltent contre les injustices sociales, il existe toutefois des divergences dans leur engagement politique.

 

À la proclamation de la IIIème République, George Sand se mobilise en faveur des condamnés et prisonniers politiques en intervenant auprès de Napoléon III. Ainsi, elle entreprend de multiples démarches en leur faveur, au cours des mois de janvier et février 1852. Cependant en 1871, elle n’a pas hésité à rejoindre les écrivains qui condamnent la Commune de Paris comme Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Alphonse Daudet, Émile Zola, Leconte de Lisle et ose même critiquer Victor Hugo. Elle plaide pour une amnistie générale, mais sa tentative n’aboutira pas.

George Sand va jusqu’à s’exprimer en ces termes : « Les exécutions vont leur train. C’est Justice et nécessité », propos qu’elle justifiera dans le Journal Le Temps. À la faveur de la chute de Louis-Philippe et aux termes de la Monarchie de juillet le 24 février 1848, George Sand s’illustra par un engagement politique actif en créant La cause du peuple, Le bulletin de la République et l’Éclaireur de l’Indre.

L’échec de la Révolution et l’arrestation massive des députés dont Adolphe Thiers sonnent le glas de sa militance politique et la plongent dans la désillusion. Confrontée à la censure de la presse, elle se retranche dans ses écrits littéraires pour faire passer ses messages à travers ses romans, le théâtre et ses correspondances.

George Sand, anticléricale à l’égal de Louise Michel a reçu tout comme elle une éducation basée sur la foi chrétienne qui s’est modifiée à la faveur de l’esprit des Lumières. Aussi s’insurge-t-elle contre le clergé qui porterait « un voile mensonger sur la parole du Christ, une fausse interprétation des sublimes Évangiles, et un obstacle insurmontable à la sainte égalité que Dieu promet, que Dieu accordera aux hommes sur la terre comme au ciel ». L’ancienne pensionnaire du couvent des Augustines anglaises collaborait au Journal Le Monde fondé par Lamennais, le démocrate chrétien dont elle disait : « Nous vous comptons parmi nos saints... vous êtes le père de notre Église nouvelle ». Elle partageait aussi les idées de Leibniz et de Saint-Simon sans se réclamer ouvertement de la doctrine de ce dernier. La libération de la femme devenait la toile de fond de son roman Indiana (1832). À l’époque elle venait de se séparer de son mari. Elle récidivait avec Valentine paru la même année et Lélia (1833). Ce sont des romans dits féministes. La question sociale sera également son cheval de bataille. Cela dit dans Lettre à Guéroult en date du 20 octobre 1835, tome III p.73, on peut lire ce qui suit :

 

Je vous dis, moi je ne connais et n’ai qu’un principe : celui de l’abolition de la propriété. Voilà en quoi j’ai toujours vénéré le saint-simonisme.

 

Souscrivant à un mysticisme énergique, elle avançait :

[…] je révère ceux qui, dans ce siècle maudit n’ont subi aucun entraînement vicieux, et qui se retirent dans une vie de méditation et de recherche pour rêver le salut de l’humanité. Mais je crois qu’avec la moindre vertu mise en action et soutenue par une certaine énergie, on en ferait plus qu’avec toute la sagesse des nations délayées dans les livres.

 

Républicaine et socialiste en 1848, elle n’avait pas hésité à rejoindre en 1871 les écrivains qui condamnaient la Commune de Paris, comme Gustave Flaubert, Edmond de Goncourt, Théophile Gautier, Maxime Du Camp, Charles Marie René Leconte de Lisle, Alexandre Dumas fils, Ernest Renan, Alphonse Daudet, Ernest Feydeau et Émile Zola.

Entre temps Louise Michel, personnage emblématique de la Commune, surnommée la « Vierge rouge », s’active, pose des barricades. Elle sera arrêtée et condamnée à mort. Radicalement opposé à la peine capitale, Victor Hugo, sans approuver ses agissements, va intervenir en sa faveur pour obtenir sa libération.

 

Louise Michel, rebelle et généreuse

 

En 1851, âgée de 21 ans, elle fit ses premiers pas dans le journalisme dans L’Écho du peuple de Chaumont sous un prénom masculin comme Gorge Sand en signant Michel Demahis. Figure emblématique de la commune de Paris, Louise Michel prenait parti pour les petites gens, défendait les minorités, les noirs de la Nouvelle Calédonie, les déportés algériens. C’est une âme rebelle et généreuse qui n’hésiterait pas à donner sa vie pour la cause qu’elle défendait. À ce compte la mort ne lui serait pas moins une apothéose. Il n’est pas toujours facile de s’accuser d’une faute qu’on n’a pas commise mais elle l’avait fait sans hésitation. « Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi », déclara-t-elle le 16 décembre 1871 devant le tribunal militaire. Quelle bravoure ! Victor Hugo la magnifia en lui consacrant un poème intitulé son poème Viro Major (Plus grand qu’un homme), dont voici des extraits :

 

Ayant vu le massacre immense, le combat

le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,

La pitié formidable était dans tes paroles.

Tu faisais ce que font, les grandes âmes folles

Et, lasse de lutter, de rêver, de souffrir,

Tu disais : « Jai tué ! » car tu voulais mourir.

 

Ou encore :

 

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.

Judith la sombre Juive, Aria la Romaine

Eussent battu des mains pendant que tu parlais.

Tu disais aux greniers : « J’ai brûlé les palais ! »

Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule.

Tu criais : « J’ai tué ! Qu’on me tue ! – Et la foule

Écoutait cette femme altière s’accuser.

Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;

Ton œil fixe pesait sur les juges livides :

Et tu songeais, pareille aux graves Euménides.

 

 

George Sand : une vie littéraire intense et une vie sentimentale agitée

 

Elle mena une vie littéraire très intense et reçut tant dans son domaine de Nohant qu’à Palaiseau des personnalités très variées comme Franz Liszt, Frédéric Chopin, Marie d’Agoult (connue sous le pseudonyme de Daniel Stern), Honoré de Balzac, Gustave Flaubert Eugène Delacroix cependant ce n’était pas sans affronter la misogynie de nombre de ses congénères comme Charles Baudelaire, Jules Barbey d’Aurevilly. Elle avait une vie sentimentale agitée découlant probablement de l’échec de son mariage contracté à l’âge de seize ans. Aussi fustigea-t-elle le mariage.

 

Condamnant vivement La Commune, elle justifiait sa position dans le journal Le Temps en posant des arguments conservateurs car elle y voyait un moyen de saper les bases de la République naissante. Elle préféra proposer « L’éducation pour tous » comme alternative à la Commune. Loin de la remettre en question, les critiques ont préféré privilégier son autorité littéraire, son ascendant sur les écrivains de sa génération en tant que femme, à savoir la place qu’elle avait su occuper à leurs côtés et pour avoir su s’imposer à ses détracteurs.

 

Cela dit, à Balzac elle inspira les Galériens ou les Amours Forcés signifiant l’idylle entre Franz Liszt et Marie d’Agoult. Cette dernière est campée sous les traits de Béatrix, (le titre éponyme du roman) et le compositeur sous celui de Conti, paru dans la Collection de La Comédie humaine, roman où George Sand est représentée par Camille Maupin. En 1862, elle fut la seule femme à être admise au traditionnel dîner Magny réunissant le gratin du monde intellectuel comme Ernest Renan, Augustin Sainte-Beuve sans oublier Gustave Flaubert, son fidèle ami ainsi que des scientifiques et des journalistes.

 

George Sand laisse une œuvre foisonnante qui compte plus de soixante-dix romans, cinquante volumes d’œuvres diverses dont des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre et des textes politiques. Elle a publié environ quatre-vingt-dix titres évoquant pour la plupart le Berry sans compter ses correspondances d’écrivain, comprenant plus de quarante mille lettres connues et recueillies entre 1812 et 1876.

 

 

Qu’en est-il de Louise Michel ?

 

 

Tout aussi polyvalente que George Sand, sociétaire de l’Union des poètes, Louise Michel a écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, des contes pour enfants, des essais, des opéras, des opérettes, des mémoires, des chansons, une encyclopédie et des pièces de théâtre, dignes d’intérêt mais pour la plupart inédits. Vingt-sept titres ont été publiés de 1861 à 1898. treize œuvres posthumes entrent dans sa bibliographie. Ses œuvres se trouvent dispersées à Amsterdam, à Moscou et aussi au Musée de l’histoire vivante à Montreuil, lequel abrite cent cinquante-cinq pièces de l’écrivaine.

Institutrice très avant-gardiste et boulimique des savoirs, elle se forme sur tous les fronts et participe à des réunions à caractère social. Ainsi se développe sa conscience politique. C’est dans la lecture des Misérables que l’ancienne royaliste trouvera sa voie. Mue par l’esprit républicain, en 1865, elle se révolte contre la misère environnante et commence à porter un regard réprobateur sur Napoléon III. En 1871, elle collabore au Cri du peuple fondé par Jules Vallès et Pierre Denis.

Déportée en Nouvelle Calédonie en 1873, elle fait la connaissance de Henri de Rochefort et prend parti pour les autochtones et crée Petites Affiches de la Nouvelle-Calédonie et édite Légendes et chansons de gestes canaques. Ses correspondances entreprises depuis l’âge de quinze ans avec Hugo sous le nom de Enjolras, se poursuivirent jusqu’au moment de sa retraite à Guernesey. C’était l’époque où elle écrivait La Marseillaise noire, véritable chant de guerre :

 

La nuit est courte et fugitive

En avant tenons-nous la main

Garde à toi citoyen qui vive

Républicain républicain

Entendez-vous les cris d’alarme

Écoutez gémir le tocsin

Lève-toi peuple aux armes aux armes

 

 

 

Elles ont toutes les deux défendu les valeurs féministes

 

Pour Louise Michel, féministe avant la lettre : « La question des femmes est […] inséparable de la question de l’humanité » ou encore : « Notre place dans l’humanité ne doit pas être mendiée, mais prise. » (Cf. L’histoire de ma vie). Son militantisme ne lui laissait guère de place pour une vie privée sinon équilibrée du moins connue et non plus le temps de vivre de sa plume. Cela ne lui valait-elle pas le surnom de la Vierge rouge si bien qu’elle aurait eu un enfant caché de Victor Hugo. Cet enfant de sexe féminin, prénommé Victorine aurait grandi sous le sceau du secret pour ne pas nuire à l’éminence de la personnalité du poète et homme politique qu’elle admirait tant et qui l’aurait trahie, si l’on en croit les révélations du journaliste et écrivain Yves Murie, descendant même de Victorine. (Cf. L’enfant de la Vierge rouge, L’Harmattan, 2002, 288 p.)

Les deux femmes étaient reconnues et vénérées de leur vivant pour leurs engagements politiques respectifs. Quant à Louise Michel, elle avait préféré enseigner dans des écoles publiques libres au lieu de prêter serment à Napoléon III qui fut un ami de George Sand et qui l’accompagna jusqu’à sa dernière demeure. Pour saluer la mémoire de George Sand, le poète et critique anglais Matthew Arnold avance dans un article commémoratif : « L’immense vibration de la croix de George Sand dans l’oreille de l’Europe ne s’éteindra pas de si tôt. On a abondamment parlé de ses passions et de ses erreurs. Elle les a laissés derrière elle et le monde l’oubliera. Ce que l’humanité retiendra d’elle, ce sera le sentiment d’avoir bénéficié du passage sur cette terre de cette grande et franche nature, d’avoir été stimulé par cette vaste et pure expression, l’expression des dieux primitifs ». Cf. (« George Sand », Mixed Essays New York, 1901, p.240-260). Après la lecture de ses romans : Indiana, Jacques et Lelia, le critique littéraire italien Giuseppe Mazzini ne tarit pas d’éloges en faveur de la romancière en affirmant : « Tout le monde reconnaît que du point de vue de la langue, du style, de la forme et de l’imagination, elle est la deuxième des écrivains français contemporains. Elle serait la première si Lamennais n’était pas encore vivant » (Cf. G. Mazzini, Scritti editti. Epistolario vol. XVIII, Imola Galeati, 1921, 16 juin 1837). Histoire de donner écho à la cause italienne en France, l’Italie étant à l’époque un pays morcelé et où la place de la femme était encore dans la sphère domestique.

 

 

En résumé, on peut dire que George Sand et Louise Michel sont deux femmes de lettres d’exception qui avaient en commun la vénération de leurs grands-mères maternelles respectives par qui elles furent élevées. Elles admiraient toutes les deux l’œuvre de Victor Hugo. George Sand entretenait une grande amitié épistolaire sans jamais le rencontrer contrairement à Louise Michel qui l’aurait rencontré une seule fois au temps de sa jeunesse. Elles militaient toutes les deux pour une société égalitaire et sans clivage. Elles ont légué toutes les deux une œuvre très abondante à la postérité. Si George Sand avait fait des concessions en matière politique quant à Louise Michel, elle avait défendu ses idées jusqu’au bout et sans concession donc elle était restée égale à elle-même politiquement jusqu’à sa mort. Son engagement politique a en quelque sorte occulté sa carrière de femme de lettres si bien que seul le titre de communarde lui est connu aujourd’hui par plus d’un. Elles avaient toutes les deux soutenu et accompagné les plus faibles : George Sand n’avait pas hésité à voler au secours des comédiens en détresse et Louise Michel à ôter son jupon pour l’offrir à une pauvresse. Elles restent toutes les deux attendrissantes de bonté. C’était deux belles âmes, chacune à sa façon. Leurs œuvres respirent leurs actes et leurs idées.

 

On conviendra donc que le mode opératoire des deux écrivaines diffère. Louise Michel est allée plus loin que George Sand dans ses actes révolutionnaires, ce qui lui a valu l’étiquette de « Pétroleuse » alors que le nom de George Sand est resté lié à sa propriété dans le Berry d’où son surnom : « la Dame de Nohant ».

Atteinte d’une occlusion intestinale George Sand expire le 8 juin 1876 à Nohant et l’accompagnent à ses funérailles le 10 juin suivant son ami Flaubert, Alexandre Dumas Fils et le Prince Napoléon. Louise Michel meurt d’une pneumonie à Marseille au cours d’une Tournée de conférences dans le sud de la France. Son corbillard est suivi par une foule de cent-vingt-mille au cimetière de Levallois.

Nous parachevons cet article en rééditant La Reine Mab, un des rares poèmes de George Sand, paru pour la première fois le 15 décembre 1832 dans les Soirées littéraires de Paris, un album de fines gravures de Madame Amable Tastu.

 

La Reine Mab

(Ballade)

 

 

Chasseur, sur cette plaine

Que vois-je donc venir ?

Dans la nuit incertaine

Qui peut ainsi courir ?

Quelle rumeur profonde

S’élève dans les airs !

Est-ce du sein de l’onde

Que partent ces concerts ?

 

Ces vivantes nuées,

Ami, c’est le sabbat ;

Des follets et des fées

C’est l’essaim qui s’ébat.

Ils escortent leur reine,

Mab, aux cheveux dorés,

Dont le pied couche à peine

L’herbe fine des prés.

Vois-tu, c’est la plus belle

Parmi les fils de l’air.

Plus d’un barde pour elle

Souffre un tourment amer.

Oh ! crains qu’elle te montre

Seulement son pied blanc ;

Ou songe, à sa rencontre,

À te signer, tremblant.

 

À son regard perfide

Ne va pas t’exposer.

Ici-bas la sylphide

Ne saurait se poser.

Pétulante et menue,

L’air est son élément ;

Elle enfourche la nue

Et chevauche le vent.

 

Quand la lune se lève,

Sur le pâle rayon

Elle vient comme un rêve,

Dansante vision.

Le duvet que promène

Le souffle d’un lutin

Est le char qui l’emmène

Au retour du matin.

 

Au bord des lacs humides,

Dans la brume des soirs,

De ses ailes rapides

Effleurant les flots noirs,

Sur un flocon d’écume

Que le vent fait voguer,

Molle comme une plume,

Elle aime à naviguer.

Lorsqu’à grand bruit l’orage

Court sur le bois flétri,

La fleur d’un lis sauvage

Souvent lui sert d’abri :

La tempête calmée,

Elle prend son essor,

Et s’envole embaumée

D’une poussière d’or.

 

Au nid de l’hirondelle

Qui pend sous le rocher,

Parfois, pliant son aile,

On la voit se cacher ;

Puis, s’élançant comme elle

Sur les flots en fureur,

Rire à la mer cruelle,

Où sombre le pêcheur.

 

En vain de son passage

Sur l’Océan vermeil

J’ai cherché le sillage

Au lever du soleil,

La grève de sa trace

Ne peut rien retenir ;

D’elle, hélas ! tout s’efface,

Tout, hors le souvenir !

 

Le pieux solitaire

À cru souvent, la nuit,

Voir sa forme légère

Glisser dans son réduit ;

Mais, loin qu’il l’exorcise,

À son regard si doux,

Pour un ange il l’a prise,

Et s’est mis à genoux.

 

Du chasseur téméraire

Elle égare les pas,

Et rase la bruyère

En lui tendant les bras ;

Sur la mare trompeuse,

Qu’elle effleure sans bruit,

Elle l’attend, moqueuse,

L’y fait choir, et s’enfuit.

Mais, dit-on la diablesse,

Soit caprice ou remord

Parfois d’une caresse

Tient en suspend la mort.

Eh bien ! Mab est si belle,

Qu’on me verrait courir

Après un baiser d’elle,

Quand j’en devrais mourir !

 

(George Sand, La Reine Mab, ballade, ce poème a été transcrit par Maggy de Coster)

 

 

Bibliographie partielle de George Sand : Indiana (1832) ; (Le Compagnon du Tour de France) ; Mauprat (1837) ; Consuelo (1843) ; Le Meunier d’Angibault (1845) ; La Mare au diable (1846) ; François le Champi (1848) ; La Petite Fadette (1849) ; Les Maîtres sonneurs (1853) ; Histoire de ma vie (1855) ; Les Beaux Messieurs de Bois-Doré (1858)

 

Bibliographie partielle de Louise Michel : Misère, roman (1886, avec J. GUETRE) ; Les Microbes, roman (1886 et suiv.) ; Nadine (drame, 1882) ; Le Coq rouge (drame, 1888) ; Je vous écris de ma nuit : correspondance générale de Louise Michel 1830-1905, éd. de Paris (1999) ; Plus de mille 1000 correspondances et réponses. ; Histoire de ma vie (autobiographie), texte établi et présenté par Xavière Gauthier, Presses universitaires de Lyon, 180 p, tome I, juin 2000 ; Le livre de bagne, précédé de Lueurs dans l’ombre, plus d’idiots, plus de fous (écrits sur l’enfermement asilaire et carcéral) et Le Livre d’Hermann, présenté par Véronique FAU-VICENTI, Presses universitaires de Lyon, 150 p, oct. 2000.

 

 

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Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Portrait croisé. George Sand et Louise Michel : deux avant-gardistes féministes du monde littéraire français », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Encyclopédie évolutive de la poésie mineure (ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP, section de la poésie engagée : « Féminismes, vies et oeuvres engagées », [En ligne], mis en ligne le 31 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/portrait-sand-michel

 

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Le Pan poétique des muses - dans Encyclopédie Calepins SIEFEGP

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