19 juillet 2022 2 19 /07 /juillet /2022 17:55

 

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Florilège | Poésie visuelle & REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Dossier | Chroniques poétiques & artistiques [Nouvelle rubrique]

 


 

 

 

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La nouvelle collection printemps-été 2022 de

 

la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai ;

 

Femme-Fleur : des poèmes visuels et olfactifs

 

 

 

 

 

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Poèmes de

 

Hanen Marouani

 

Photographies par

 

Majdi Agrebi

 

 

 

DESCRIPTION 

 

Styliste : Sarah Manai

Poésie : Hanen Marouani

Photographie : Majdi Agrebi

Mannequin : Ichrak Cofflard

Lieu : Paris, Juin 2022.

 

 

 

© Crédit photo n°1 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022. 

 


PARFUM PARISIEN

 

 

© Crédit photo n°2 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022. 

 

 

Ô bougainvillier de Paris…

Reviens me dire la vérité

Reviens caresser mes idées

Tu es mon rêve aveuglé

Tu es ma terre natale et mon ciel parfumé

Et entre tes bras et les pétales de tes fleurs

Je me suis armée de tes lumières

Je me suis accrochée à tes pierres

En savourant les amours rares,

La lune de miel et ses tiroirs

Tu as chanté,

Et j’ai dansé, j’ai couru dans tes rues

À la rencontre de ta fraîcheur

À la croisée de tes fragrances et poussières

Sous le satin nocturne de ta peau colorée ;

Un soleil excité, une alliance serrée

Une caresse imprévue, des regards mouillés

Des couleurs vives et intimidées

 

 

 

© Crédit photo n°3 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022. 

 

 

Et te voilà comme la muse fièrement debout

Au sein d’un musée à ciel ouvert

Chaque rue,

Chaque perspective de vie,

Murmure le réveil tôt de ton dos nu

Dont les colliers sont nos souffles inédits

On vient découvrir la lueur d’été devant tes murs

Le tout au frais pour chanter la jeune dame et sa beauté

Le sens du détail rompt avec l’absence  

Sentir tes cheveux et la sueur de tes lèvres,

Au printemps de mon cœur

Apaise le mal de l’abondance

 La vie est un sort…

Prenez donc votre part

Des instants, des couleurs, des senteurs

De chaque histoire

 

H. Marouani, 15.07. 2022

 

 

 

 

SENTEURS, BONHEURS ET COULEURS

 

© Crédit photo n°4 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022.


 


 

 

Dès que tu sentiras les ombrelles de ses agapanthes,

Tu lèveras ta tête vers les nuages de Magellan

Tu mèneras le chemin de la créativité lactée

 

C’est parti pour un voyage olfactif…

Fermez les yeux et écoutez !

Les narines remplies de tes senteurs violettes

Tu penses à ce bateau sans voile dans la nuée d’étoiles

Qui traverse la voie et qui sert de point d’ancrage

 

 

C’est parti pour un voyage sage…

 

 

Les colombes hurlent devant la porte des nuits insolites

Les chansons de tes chaussures cultivent l’arrivée des anges

Et tes passiflores mélancoliques garnissent tes bras spiralés

 

 

Venue de loin pour montrer comment elle a appris à se tenir debout

Tout à nouveau…

 

C’est parti pour un voyage hasardeux…

 

Difficile d’oublier le ciel de Paris : ses bleus et ses gris

Les brumes, les brouillards, les retards et les coins verts

Difficile d’oublier les murmures des gouttelettes d’eau

Qui se produisent spontanément sur ta peau

 

C’est parti pour un voyage sans mots…

 

Sur les pétales d’une fleur rose à la lumière du soleil heureux

Auprès d’un mur erré, devant le pont doré,

 Se reflètent des écumes sur les fronts plongés

 

Et moi, je te cherche dans les photos,

 puis dans les récits de mes routes barrées

Le matin, tu n’acceptes pas de quitter ma tête ni ma vie

 

Tu as longtemps résisté

Tu as longtemps insisté

Tu es toujours dans ce fond déstructuré

 

Et depuis, …

Le sourire,

Le souvenir,

L’avenir,

T’es toujours accrochée à ces moments frais et vrais

 

Un régal, un plaisir de pouvoir un jour te rattraper

Les odeurs qui serrent les fleurs

Le miracle du bonheur dans la douleur

L’aventure qui renaît en regardant la mer

 

 

J’ai hâte de te voir revenir

et de sentir tes pas qui ont tant de choses à me dire

 

 

© Crédit photo n°5 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022. 

 

 

Et tu danses, tu danses dans mes rêves

Et tu réveilles mes chances d’exister

Ta longue jupe nuitée fonce et avance

Je t’ai fait une image comblée de beauté…

Tu as gardé toujours l’amour de la porter ?

Tu n’as pas pris assez de temps pour décider ?

Et le long châle rose et bien brodé ?

Il te serre comme des ailes

ou c’est seulement un cerf-volant en dentelles colorées?

 

 

De partout, les monuments t’entourent et dessinent ton corps et ton dos

Depuis,

Tu es devenue mon ange,

Tu as habité mes songes,

Tu es la muse de ma page blanche

 

Depuis,

Ton sourire,

Ton souvenir,

Ton avenir,

Et tous les moments partagés

Sont de plus en plus gais

Un régal, un plaisir

Quand l’audace dépasse la peur

La femme est la muse-fleur

L’envie infinie de célébrer la vie et les couleurs

 

H. MAROUANI, 07.07.2022

 

 

 

 

 

COMMENT FAIRE DE TOI UN SOUVENIR ÉTERNEL ?

 

 

 

© Crédit photo n°6 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022

 

 

 

Là où la magie se produit,

Là où c’est impossible qu’on t’oublie,

J’étais confuse et tu étais mon parfum et ma muse

Comment faire de ton état d’esprit une vraie vie ?

 Comment faire de tes nuances des couleurs d’été ou d’abri ?

Tout semble en extase ou en mal bavard ?

Tu m’écris une lettre douée mise au fond de ce boulevard

Comme les quais d’une garde en dehors de mes souvenirs

 

 

Un chuchotement rejoint vite ton odeur pour m’accompagner

Le vent et la marée de tes différentes teintes luttent pour exister

 Un départ dans un train est un dopant pour l’âme

Tu tires de tous les côtés sans avoir quelque chose à montrer

Sans avoir l’envie de retourner

Sans avoir l’envie de me le rappeler

Le miroir glisse ses reflets dans une petite valise noire

 

 

Te refuser n’était pas mon plan B

Ni mon intention majeure de te revoir ou de te quitter

 

 

© Crédit photo n°7 : La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste tuniso-canadienne Sarah Manai. Image par le photographe Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin), Paris, Juin 2022

 

 

Il était un de mes centres d’intérêt

Il était un de mes traits d’identité

Une idée qui m’habite sans arrêt

Une bonne odeur qui donne vie à ma tête figée,

À mon visage, à mes vernissages oubliés

Suivre tes petits pas est le moment de se faire plaisir

Sous les bras de ton violoncelle de jeunesse

Où les toits sont les chansons éternelles à serrer  

Où les propos non-dits sont les signes amoureux les plus vrais

Les voyages destinés des mots croisés et bousculés

L’unité des contraires me fait penser toujours aux lumières

T’es le tatouage qui a arrêté de blesser mes artères et ma peau

 

 

Comme c’est beau de faire de toi un souvenir éternel au sein des maux !

Il y a des rencontres qui changent les chemins et les habits

Il y a des rencontres qui changent les vies et les envies

 

© Hanen Marouani, 17.07.2022

 

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Pour citer ces photographies & poèmes inédits

 

Hanen Marouani, « La nouvelle collection printemps-été 2022 de la styliste Tuniso-canadienne Sarah Manai ; Femme-Fleur : des poèmes visuels et olfactifs », photographies de Majdi Agrebi de Ichrak Cofflard (Mannequin)Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 19 juillet 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/hm-femmefleur


 

 

 

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REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens & Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | I. Le merveilleux féerique au féminin | Articles & témoignages


 

 

 

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Les vertiges du mystérieux &

 

 

du merveilleux : l’art poétique de

 

 

Fatma Gadhoumi

 

 

 

 

 

​​

Propos recueillis en juin 2022 par

 

Hanen Marouani

 

Peintures, sculptures de

 

Fatma Gadhoumi

ou Fatmina

 

Site perso : www.fatmina.com

 

 

 

« Il faut commencer dans le noir pour trouver la lumière. »

 

 

 

Fiche d'Information
 

Pseudonyme : FATMINA

 

Profession : Artiste peintre, sculptrice et ingénieure


 

© Crédit photo : L’artiste Fatma Gadhoumi ou Fatmina. Photographie prise par Luca Tiozzo Pezzoli. 

 

 

Site Internet, Blog, liens sites de ventes :

Site perso : www.fatmina.com

Site du collectif the Enchanted Cypress. : Www.theenchantedcypress.com

Site de la série Safat : www.safat.live

 

 

Biographie

 

Artiste peintre et ingénieure, elle cherche à guérir l'âme du monde, et non uniquement à exprimer les névroses et l’absurdité de la condition humaine.

Ingénieure de formation, elle a toujours été passionnée par la peinture, et habitée par l'Art sous toutes ses formes.

« À 18 ans, je reçois une bourse de l'État Tunisien pour poursuivre des études d'ingénieur à Paris. Et là, j'arrive pour la première fois à la ville des lumières, je tombe sous son charme, et je décide de suivre des cours d'art (peinture, expression artistique, miniature persane, danse, théâtre, piano, jazz) , en parallèle avec mon travail d'ingénieure.

Un long chemin semé d'embûches, d'incompréhensions et de déceptions, mais aussi de fiertés et d'accomplissements.

J'avais participé à plusieurs expositions, à la publication d'un recueil de poésie avec un collectif d'artistes Maghrébines ''Les cinq saisons au féminin'', et récemment, à la publication de Lalla Samra, la sainte soufie de Sfax, qui fait partie de la série Safat Hikayet. »


 

Bibliographie

 

Livres/recueils

 

Recueil de poésie Les cinq saisons au féminin 2021.

Lalla Samra de la série Safat Hikayet 2022.

 

Expositions

Exposition Femmes Maghrébines médiatrices de la paix, fondation maison de Tunisie, 30 Octobre 2021.

Exposition avec Les amis du salon de l'automne, Galerie Etienne de Causans, Paris Saint Germain 2021 14 septembre-2 octobre 2021.

Grand Salon d'art Abordable 24ème édition, La Bellevilloise Paris 11-13 Mai 2018.

Exposition à l’Hôtel des Arts et Métiers, Iéna Février 2018.

Exposition au Cercle Du Rire, Paris 19ème 30 Mai 2018.

 

 

Interview

 

 

 

H.M – Vous préférez qu’on vous appelle Fatmina ou Fatma ?

 

 

F.G – Je suis les deux :

Je suis Fatma, prénom choisi par mes parents, et le fruit d'une culture millénaire, d'une mémoire collective tunisienne, africaine, méditerranéenne …humaine.

Je suis également Fatmina, un prénom composé de Fatma et Fatina (qui signifie petite fée en dialecte vénitien).

J'aime bien les deux ; ce qu'on m'a choisi et ce que j'avais choisi, être une goutte d'eau dans l'océan et être l'océan, être Fatma et Fatmina.

Et vous, vous préférez m'appeler Fatma et/ou Fatmina ?


 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina en fée.

 

 

 

H.M – J’aime les deux puisque vous êtes les deux (sourire). Quelle est la vraie matière de votre art ?

 

 

F.G – L'Amour est ma religion et ma foi :

Je ne cherche pas uniquement à imiter la "réalité" visible aux yeux, mais à transmettre et à servir dignement l’humanité, tout humain, quel qu’il soit, et à garder cette lumière d'amour vivante.

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "Le regard tourné ailleurs". Aquarelle, Gouache, Dorure 15 x 20 cm. 

 

 

 

Avec mes tableaux et sculptures, j'ai un regard tourné vers une humanité fragmentée, qui se mine, se détruit, et se mutile en permanence.

Avec mes miniatures, j'ai le regard/cœur tourné vers l'invisible. Mon art signale la présence d'un paradis spirituel ; et ce paradis, s'il n'est pas la Réalité dernière, est tout de même une étape d'un pèlerinage et un degré dans l'échelle de la transcendance.

Comme a dit Saint Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible aux yeux ».

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "Exposition : Le petit Prince 2022". Photographie prise par Luca Tiozzo Pezzoli.

 


 

H.M – Merci pour cette belle citation de Saint Saint-Exupéry et merci pour cette belle photographie. Quelle est alors votre « méthode » pour un art poétique et « féministe » efficace et distingué ou comment s’émancipe-t-on d’un schéma dominant ?


 

 

F.G – Je n'ai jamais aimé tout ce qui se termine par "isme" : comme féminisme, sexisme, salafisme, machisme... Je parlerais plutôt d'un art humaniste, atemporel et intérieur ; un art qui reflète fidèlement la lumière (et les ombres) de ce monde, un art qui soit également une fenêtre vers de nouveaux horizons, et surtout, un art qui se veut être Vrai.

Comment y arriver ? Ce n'est pas via une méthode, mais c'est tout un cheminement intellectuel et spirituel, que j'ai commencé à suivre, et qui prendra l'espace d'une vie.

 


 

H.M – La magie et le mystérieux portés à votre création artistique et poétique sont-ils un don ou un travail assidu et continu ? Peut-on vraiment s’y identifier ?

 

 

F.G – Thomas Edison avait dit « Le génie est fait d'1% d'inspiration, et de 99% de transpiration. »

J'estime que le don ne suffit pas à lui seul : il n'est que l'étincelle qui te fait travailler ardemment et sans relâche pour cette passion qui t'anime. Tu ne sens alors pas le temps, ni la douleur.

Même si tu tombes et tu retombes maintes fois, tu auras toujours la force de te relever et de réessayer. La force du don n'est pas uniquement une inspiration, mais c'est surtout l'amour de faire ce que tu fais.

 

 


 

H.M – Vous explorez les désordres de l’âme humaine depuis que vous avez commencé votre traversée artistique. D’après votre expérience spirituelle, qui est le plus puissant les lumières ou les ombres ?


 

 

F.G – La profondeur des émotions humaines a toujours été une source d'inspiration fascinante pour moi. La question des ombres et des lumières est au cœur de ma recherche spirituelle, et de mon introspection.

 

Je crois que tout Humain est à la fois ombre et lumière, ange et démon, haine et amour ; l'un ne se définit qu'avec son opposé.


 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "Rostam et son cheval Rakch combattant un dragon". Aquarelle, gouache et dorure, 30x40 cm. 

 


 

H.M – Dans ce cas la bipolarité est de plus en plus détectée dans nos sociétés modernes et elle est mal comprise pourtant c’est aussi une source de créativité ? Quel est votre avis à propos de cela ?


 

 

F.G – Cette bipolarité existe depuis toujours et existera et elle est primordiale pour moi.

Nous vivons aujourd'hui dans un monde en crise, crise veut dire aujourd'hui système grippé qui ne saurait trouver en lui-même les ressources et moyens de sa réadaptation.

L'homme est devenu désorienté au sens propre du mot : il a en effet perdu son orientation, son cap. Il vit dans une peur individuelle et collective, qui le hante, et se transforme en angoisse permanente.

« Ils éprouvaient la souffrance profonde de tous les prisonniers et tous les exilés, qui est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. » (Albert Camus, La peste)

Nous nous replions de plus en plus sur nous-mêmes, nous n'arrivons pas à retirer ce voile qui nous empêche de Regarder la beauté derrière. Pourtant cette dernière est partout.

Mon rôle en tant que femme, artiste est de parler de cette beauté, de cette unité.

En fait, en dépit de leur pluralité, toutes les cultures constituent autant de réponses distinctes aux mêmes questions essentielles posées par la biologie et l’ensemble de la situation humaine.

L'Homme, cet être singulier conscient de sa propre mort, confronté à la première pandémie du monde globalisée, se trouve face à des interactions sans cesse croissantes entre les différentes régions du globe.

Une interdépendance qui le contraint à collaborer pour faire face à ce tsunami mental qui submerge l'humanité toute entière, à vivre ce paradoxe entre le repli sur soi et la solidarité et à admettre qu'il fait partie d'un grand tout.

La beauté, selon moi, réside dans nos différences et dans cette bipolarité mondialisée.

 

 

 

H.M – Le mélange des deux est constant chez vous. S’agit-il de ressources inattendues et imprévues qui invitent à combiner colères et émerveillements, élans et peines ou autre ?


 

F.G – Je suis à la fois miroir et fenêtre, peintre, sculptrice, et miniaturiste :

Dans la peinture, la rédemption de la matière et du monde des phénomènes s'accomplit par leur accession à la forme. J'étais alors un miroir qui reflétait la lumière, mais surtout l'ombre, la douleur et les abysses où notre monde est plongé. J'ai eu la chance d'être accueilli à l'atelier Artistik avec mon maître Manhal Issa, et Pako Khoury pour peindre fidèlement ces tempêtes et ouragans qui me traversaient.

 

 

© Crédit photo : Buste Argile chamottée blanche, 30x 50 x 60 cm (approximatif) 2022. 

 

 

© Crédit photo : L’artiste Fatma Gadhoumi (ou fatmina), photographie prise à l'atelier Artistik, avec Manhal Issa et Pako Khoury, 2022

 

 

Mais, il y a 5 ans, j'ai fait une rencontre : une rencontre exceptionnelle avec un grand Homme ; mon maître de miniature persane, le regretté, très cher Abbas Moayeri.

 

"Ostad" (maître en persan), était un très grand miniaturiste persan, peintre, sculpteur, musicien et acteur.

Il m'avait initiée à l'art de la miniature persane. Un univers où l'artiste transforme la matière en couleurs de lumière. La poudre d'or, d'argent, de lapis-lazuli, d'émeraude et d'autres pierres précieuses subliment la matérialité pour qu'elle ne soit plus que réflexion de lumière.

 

Les choses dépouillées de leur part obscure, du poids, du volume et de l'ombre apparaissent comme dans un miroir magique, qui ne réfléchit pas, à sa ressemblance, ce qui est devant lui, mais l'éclaire par une autre lumière et le porte dans un autre lieu, pour le métamorphoser en images d'ailleurs.

 

Le somptueux caractérise cette apparition et le merveilleux en est l'effet et la tonalité.

 

 

H.M – L’intensité de l’émotion est juste une réaction instantanée ou une vérité qui permet d’ouvrir l’âme, le cœur et les yeux et d’aller au fond ?

 

 

F.G – L'intensité de l'émotion n'est que l'étincelle qui ouvre une brèche dans le cœur, et permet de voir en profondeur ce qu'il y a derrière les voiles du monde visible.

"La blessure est l'endroit par lequel la lumière entre en nous." Rûmi

لا تجزع من جرحك و إلا فكيف للنور أن يتسلل الى داخلك" مولانا جلال الدين رومي

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou fatmina. Pastel sur papier, 50 x 65 cm 2021, N'aie pas peur de tes blessures"/ لا تجزع من جرحك

 



 

H.M – Vous proposez aussi d’en finir avec le soufisme, c’est-à-dire ?


 

F.G – Qu'est-ce que le soufisme ; « c'est éprouver de la joie dans le cœur lorsque vient le chagrin » Rûmi

Le soufisme est la spiritualité musulmane, considérée, par les savants musulmans, comme une des sciences de la religion musulmane.

Ses principes sont la quête de la vérité et de la bonne direction, et reposent sur le renoncement au monde, à l'abandon des richesses, des plaisirs, des honneurs, des vanités superflues, tout en s'attachant à la stricte pratique des vertus qui élèvent l'âme vers l'Amour de Dieu.

 

« Mon cœur est devenu capable

D’accueillir toute forme

Il est pâturage pour gazelles

Et abbaye pour moines !

Il est temple pour idoles

Et la Ka’ba pour qui en fait le tour

Il est les Tables de la Thora

Et aussi les feuillets du Coran !

La religion que je professe

Est celle de l’amour

Partout où ses montures se tournent

L’Amour est ma religion et ma foi ! »

(Ibn Arabi)



 

 

H.M – Comment former les plus jeunes, surexposés au numérique et à la consommation, à la méditation et à l’art ?


 

F.G – Je pense que c'est notre rôle, en tant qu'artistes, penseurs et philosophes de proposer une alternative à cet environnement toxique où nos jeunes baignent : un monde où la seule constante est le changement, où le matérialisme devient roi, où les influenceurs remplacent les penseurs, et où les valeurs se perdent.

 

J'ai choisi, avec une belle équipe motivée et dévouée (Mondher Khanfir, Ahmed Nabli, Houcem Ben Jemaa) de créer une série de contes intemporels, “Hikayat” en arabe, qui parlent d'amour, de beauté et de sagesse, et qui sont illustrées avec des miniatures.

 

Le concept de Hikayat est à mi-chemin entre le récit et le conte, dont l'élément narratif est annoncé et énoncé, qui est de la fiction, sans être de la pure fantaisie comme le sont les Mille et Une Nuits, tout en ayant une sorte de prégnance comme une entité suffisante et brillante par elle-même, indépendamment du sens ésotérique, moral ou mystique qui s'y attache.  

 

Nous racontons l'histoire des héros, qui ont réellement vécu, et qui ont aidé, protégé et aimé. Il ne s'agit pas de héros qui viennent d'une autre planète ou qui aient été piqués par des fourmis ou des araignées, mais il s’agit bel et bien de Vrais Héros. Il s'agit des saintes et des saints qui existent, un peu partout dans le monde.

 

L’édition sous format d'une App, avec une animation et des lectures possibles en plusieurs langues et dialectes (avec ma voix), remet chaque Hikaya dans sa dimension universelle. Ce qui rend les personnages clefs encore plus proches….

 

Notre objectif est de participer à la création d'une nouvelle vision du monde, et d'accompagner tous ceux qui sont avec nous dans une quête de sens.

 

 

© Crédit photo : Fatma Gadhoumi ou Fatmina, "La peste". Gouache, aquarelle, argent et dorure sur papier., 30 x 40 cm, 2021. 

 

 

H.M – Qui inspire vos toiles et vos écrits : avant et actuellement ?


 

F.G – Il faut commencer dans le noir pour trouver la lumière.

Au début, mes peintures me permettaient de canaliser mes épouvantables tempêtes internes. Il s'agissait de mon refuge, de mon radeau, de ma lumière, sans laquelle je pourrais être plongée dans cette obscurité infinie. Par la suite, les ombres ont cédé la place aux miniatures : un étonnement contemplatif devant les mondes cachés et devant tout ce que le cœur peut en connaître. Je regarde alors le monde, mais pas avec mes yeux, avec mon cœur, tout en essayant de fendre les voiles qui cachent le paradis spirituel derrière. Cette peinture n'est pas véritablement le lieu d'une action mise en scène : en dehors du sentiment d'émerveillement, devant la beauté de l'image qui reflète un monde dans sa perfection, il n'existe aucune autre expression d'idée ou de sentiment quelconque.

Le drame, le pathétique, l'émotion sont absents : les combats sanguinaires n'inspirent ni terreur, ni pitié, ni dégoût, et les ruines ne diminuent en rien la splendeur et la beauté du tout.



 

(H.M) « Lalla Samra » est votre nouveau livre autour d’une femme. Qui est-elle réellement ?



 

F.G – Lalla Samra est une sainte soufie, qui a vécu à Sfax au 16ème siècle, et qui a combattu la peste noire, malgré toutes les douleurs et chagrins. Elle s'est donnée corps et âme pour aider les malades, les pauvres et les démunis…

Le fait d’avoir été en contact avec les pestiférés sans attraper le mal était interprété comme une bénédiction divine de Lalla Samra.  

Jusqu’à nos jours, sa mémoire est célébrée chaque début de printemps, avec une procession conduite par une femme entourée de deux chèvres noires, sous le son de percussion « Stambali », rappelant les cortèges de la mort de l’époque.



 

H.M – Vous pensez que la nouvelle génération manque d’assez de connaissances et de savoirs autour de l’Histoire ?  Ces histoires merveilleuses surtout autour des femmes se considèrent-elles comme lueur d’espoir, de chercher encore les vérités cachées dans nos médinas à Sfax ou dans d’autres villes ou pays ?


 

F.G – Hegel avait dit "on apprend de l'histoire que personne n'apprend de l'histoire"

Je ne partage pas complètement cette thèse : je pense qu'on ne peut pas avancer sans avoir une connaissance de l'histoire.

Cependant, dans le contexte actuel de mondialisation, de progrès technologique, et de disponibilité instantanée de quantités faramineuses d'informations, les nouvelles générations, et en particulier dans les pays du tiers monde dont la Tunisie (mon pays d'origine), subissent encore un système éducatif dangereux qui ne cesse de "débiliser", "aplatir" les connaissances avec des programmes mous, manipulés et réducteurs, et détruire la pensée critique des élèves (ça a commencé avec les dictatures successives et a continué après la révolution avec l'extrémisme).

Avec Safat Hikayet, nous partageons un rêve : celui de raviver des histoires oubliées de héros et héroïnes qui ont vraiment vécus, et qui ont participé à créer un monde meilleur, à transmettre des valeurs humanistes, et à communiquer un message d'amour, de tolérance et de sagesse.

Cette recherche historique, qui a commencé par Sfax mais qui continuera dans plusieurs villes et pays, est alors un moyen d'attiser la curiosité des lecteurs pour une histoire délaissée et ignorée, de donner l'exemple aux générations à venir, et d'inspirer un monde qui se mine en se divisant.


 

 

H.M – Fatmina, votre formation est principalement scientifique mais votre passion est purement artistique et spirituelle. C’est rare de trouver des profils qui réunissent les deux et qui excellent aussi dans les deux comme votre cas. Comme un mot de fin, quel est le message à transmettre pour ces jeunes qui ne voient l’avenir que dans la formation scientifique surtout que vous avez montré votre intérêt vis-à-vis de la jeunesse dès le début de notre entretien ?


 

F.G – Je vais répondre à votre question en deux temps :

D'abord, je suis à la fois artiste et ingénieur : parcours atypique et interdisciplinaire, mais qui a toujours existé avec de grandes figures comme Perret, De Vinci…

Je n'y vois pas une incohérence, mais plutôt une richesse. L’art donne un sens à l’inexplicable et à l’invisible, la science réduit nos ignorances en cernant de façon critique l’inexpliqué et l’inconnu.

Cette bipolarité essaie de rendre l'invisible visible, et d'unir ces deux mondes pour en créer un meilleur. J'ai choisi de suivre ce chemin sinueux, pleins d'embûches, d'incompréhensions, de douleurs et de défaites, mais aussi de réussites, d'accomplissements et surtout de sens (direction, signification, sensation), le plus important étant le chemin, non pas la destination.

J'ai fait un choix : c'était difficile au début mais le jeu vaut la chandelle.

Comme a dit Steve Jobs : Have the courage to follow your heart and intuition.”

Le travail ne doit pas être une torture (comme son origine latine tripalium), mais une source d'épanouissement et d'accomplissement.

Donc, selon moi, il ne faut pas que tu choisisses ta voie en fonction du gain pécuniaire potentiel, mais en fonction de ce que tu aimes, de ce qui te passionne et te fais vibrer.

Socrate a dit « La vie est trop courte et trop précieuse pour la passer à nous distraire et à accumuler un trésor périssable. Cherchons plutôt à en comprendre le sens véritable et à enrichir notre âme. »

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Pour citer ces œuvres & entretien inédits

 

Hanen Marouani, « Les vertiges du mystérieux et du merveilleux : l’art poétique de Fatma Gadhoumi » avec des œuvres de Fatma Gadhoumi et deux photos de Luca Tiozzo Pezzoli, Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 30 juin 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/hm-avecfatmagadhoumi

 

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Amour en poésie REVUE ORIENTALES O-no2 Muses et féminins en poésie
29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 16:49

REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens & N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Handicaps & diversité inclusive | Entretiens artistiques, poétiques & féministes

 


 

 

 

 

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Entretien avec Asma Bayar 

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

 

Entrevue réalisée en mars 2022 avec

 

 

Asma Bayar

Ou Asma Bayar

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Portrait photographique de la poétesse Asma Bayar.

 

 

 

Portrait de Asma BAYAR

 

Fiche d'information

 

Profession : Médecin dentiste

Présence sur les réseaux sociaux : https://www.facebook.com/assouma.bayar          https://www.linkedin.com/in/asma-bayar-776369132/

https://www.instagram.com/asma__bayar/    https://www.instagram.com/asma_poesie/

 

Biographie

 

Asma BAYAR, née à Tunis en 1991, grandit dans la banlieue Sud à Radès. Après avoir obtenu son doctorat en médecine dentaire à Monastir, elle part à Milan, pour poursuivre ses études. Pendant les longs mois de confinement en 2020, elle se consacre à ses rêves d’enfant, la danse orientale en intégrant la « Escandar Dance Academy » à Milan, mais surtout la poésie libre qui a toujours été son genre de prédilection. En mai 2021, elle publie son premier recueil de poésie « Carnet de Mémoire Viscérale » à compte d’auteur.

 

Bibliographie : 

 

Revue « Ana Hiya » par « Trait-d’Union Magazine » Algérie, Mars 2022 (en ligne :  https://fr.calameo.com/read/0061546611f7445dd6296

 

Carnet de Mémoire Viscérale, Tunis 2021 (en vente via ces liens : https://bookspace.tn/fr/poesie-et-theatre/827-carnet-de-m%C3%A9moire-visc%C3%A9rale-asma-bayar.html, https://bookspace.tn/fr/poesie-et-theatre/827-carnet-de-m%C3%A9moire-visc%C3%A9rale-asma-bayar.html)

 

 

Interview avec la poétesse tunisienne francophone Asma BAYAR

 

 


 

H.M – Carnet de mémoire viscérale, est le titre de votre premier recueil de poésie. Asma Bayar, pourquoi la poésie et pourquoi ce titre ? 

 

 

A.B – Mon rapport à la poésie s'est forgé très tôt, depuis l’enfance. Vous vous rappelez des cahiers de récitation qu'on avait à l'école ? On nous disait de dessiner à côté des poèmes à apprendre. Je pense que c'était l'un des rares moments où on nous permettait d'être créatifs dans un système scolaire peu stimulant et très rigide. Le fait de me perdre dans les mots des poètes pour imaginer un dessin haut en couleurs et de mes propres mains m'enchantait. Avec l'adolescence ce petit espace de création a laissé place au journal intime un objet référentiel, et parfois même un refuge. Entre mes années du lycée et à la faculté, j'ai entretenu un rapport assez fragmenté avec l'écriture, qui n'a repris son cours de façon régulière qu'en 2019. Suite à de longues années de combat avec la maladie mentale (l'anxiété), je suis retournée à cette source avec une méthode développée par Dr. Nicole Le Pera : le but étant la pratique de la pleine conscience, faire l'exercice de soi et établir de nouvelles habitudes quotidiennes pour parvenir à ses objectifs. Ce qui a commencé par un exercice d'ancrage s'est petit à petit transformé en instants de transe, de communion avec l'univers. Le ton poétique s'est imposé sans pour autant en avoir fait un choix conscient. Je pense que c'est grâce à la liberté que la poésie offre, en plus la musicalité. J'ai grandi dans des endroits où il y avait un soundtrack pour tout. Avec les collections des fiches des paroles à chansons du magazine Star Club. La musique et le lyrisme étaient et sont encore une constante, un besoin presque primitif pour moi (c'est une manière de pallier à ma voix étant loin d'être agréable, je ne sais pas chanter).

Le titre n'est au final qu'une suite logique à tout cela. "Carnet de Mémoire" c'est parce que les textes ne sont autres que des extraits de mes journaux, post méditatifs et pendant les crises d'angoisse. "Viscérale" pour l'aspect cathartique et thérapeutique, le fait de guérir de tout ce que j'ai psycho-somatisé le long des années. Ce sont des retrouvailles et un retravail de mon vécu. 



 

 

H.M – De la médecine dentaire à l’écriture poétique : c’est l’histoire de ce qui guérit après avoir été blessé ? La science et la littérature sont-elles une bonne combinaison ? 

 

 

A.B – Sans aucun doute, oui. Je considère la médecine dentaire en soi un art, bien que la manière avec laquelle on l’enseigne à la faculté, l'ait dénaturée de cet aspect. Dans mon cas, la littérature a été un remède à une blessure : l'agonie vécue lors des années universitaires. Le plaisir de la pratique de la médecine dentaire, je l'ai connu plus tard à la rencontre des patients.

Par ailleurs, je ne sais pas si c'est une déformation professionnelle, mais cela tourne toujours autour du diagnostic, que ce soit dans mes lectures ou dans mes écrits. La poésie est une sorte de création investigative, une « dissection » de mes états d’âme. Et très souvent mon lexique s’imprègne de termes odontologiques. 

 

" Je suis en colère, de tous les caprices non faits

J’ai des canines aux coins du cœur

[Abstrait,

Qui arrachent à mon être la joie et la tiédeur

Des entités pointues, des épines en sutures

Des tendons en acier et la tension aux voussures"

 

Et si on veut finalement invoquer Freud, entre poésie et médecine dentaire : on est toujours dans une dimension de l'oralité. Une oralité manuelle (écrite) et une manualité orale.


 

 

H.M –  La couleur rouge des cheveux et l’insistance de la mettre en valeur comme choix de couverture sont deux éléments déviants. Vous n’avez pas gardé ce rouge en vrai. Quelle explication, pouvez-vous nous donner sur ce passage du quotidien et de la vie intime à la scène poétique et publique ?

 

A.B – Après avoir porté cette couleur pendant plus de quatre ans je me rends compte que c'était une affirmation de mon côté bohème, une prise de position. Quand la majorité des petites filles rêvaient d'être et se déguisaient en princesses, pour moi ça a toujours été les sorcières et les gitanes. Ces icônes féministes alternatives me fascinent et elles sont récurrentes dans mes poésies. Je suis hantée par la voix des vieilles dames qui criaient "Daggueza bi Sebha" « Voyantes à chapelet », leurs cheveux au henné, leurs robes et foulards fleuris aux mille couleurs et aux mille motifs, quand elles passaient les après-midi estives, à l'heure du thé, dans les ruelles du quartier.

Le rouge c'est aussi l'aspect rebelle, flamboyant, rappelant le feu libérateur. Le choix de mettre mes cheveux en couverture c'est pour affirmer cette identité, féministe, guerrière et sulfureuse et en quelque sorte pour marquer une époque personnelle. La mémoire capillaire est aussi une mémoire lyrique, non seulement dans la culture Maghrébine et Arabe mais également un peu partout dans le monde. Je considère aussi viscérale ma crinière que ma rate. 


 

H.M – Et quel est le secret de cette rose bleue qui est souvent de retour ? 

 

A.B – Cela a commencé par un surnom, dû à mon hypersensibilité. Je ne sais plus qui m'avait dit que j'étais "très fleur bleue" au lycée. Cela a retenti en moi. J'ai fait des recherches sur le symbolisme de cette expression et depuis j’ai développé cette fascination pour les fleurs et les roses bleues. Et puis, il y a quelques années quand j'ai commencé la pratique de la méditation, en apprenant à situer mes chakras : il s'est avéré que le 5ème chakra est celui de la gorge. Son nom est "Vishuddha" qui veut dire centre de purification en sanscrit, il est associé à la couleur bleue et son symbole ressemble à une fleur à 16 pétales (qui renvoient aux 16 voyelles de cette même langue). 

Pour revenir à l'oralité (écrite), l’équilibre de ce centre énergétique comprend la purification à travers le son, l’expression de soi, cela symbolise une sorte d’éclosion.

Ce message est très aligné et adhérent avec celui que porte ma poésie.

C'est aussi un clin d'œil en guise de gratitude à mon mari, qui m'a offert la rose bleue pour le 8 mars 2021, et a pris la photo avec mes cheveux pour la couverture de mon recueil, dans le parc en bas de chez nous.


 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture du premier recueil de poésie de la poétesse Asma Bayar.

 

 

 

H.M – La sensibilité embrasse vos mots et vos mots s’embrasent entre eux. On est dans une double « détente névrosée » qui nous implique dans un voyage « vertigineux et doux ». S’agit-il du « courage d’affronter les spasmes de [votre] être» ou autre ? 

 

A.B – Oui tout à fait. Je pense que la névrose est essentielle. Je parle de spasmes parce que je vis dans une oscillation permanente, entre plusieurs rives : géographiques, professionnelles, artistiques. En tant que femme, faisant partie d'une société frénétiquement exigeante, je me pose une question : Comment ne pas tomber dans le piège du clivage ?

D’où est née en moi cette envie de synthèse.  « Se surmonter soi-même », comme le dit Nietzsche : "Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante." d’une part. De l’autre, c’est la vision bouddhiste du non soi. Toutes ces illusions qui constituent le « moi ». Je pense qu'à un certain moment de la vie, il faut commencer à se déprogrammer en cassant les barrières des identités toutes faites, des raccourcis sociaux, de ce qu'on croit nous définir. La race, la religion, la famille, le nom, les titres académiques, la langue, le pays, nos propres corps. Ces spasmes parfois anxieux, j'ai appris à les vivre comme un appel : à regarder mon être de près. Il m'a fallu entamer ce voyage intérieur pour faire de mon hypersensibilité un don et non une damnation.


 

H.M – Qu’est ce qui inspire Asma Bayar au-delà du cercle connu ?

 

A.B – Tout être ou toute présence qui se veut authentique, toute chose qui émane d’un lâcher- prise, d’une générosité et d’une sincérité profonde, en général. Pour ce qui est du cas particulier, il y a eu deux évènements qui ont eu un impact majeur. 

Tout d’abord, le mouvement artistique post révolutionnaire en Tunisie. Le phénomène « Nouba » en particulier. Je parle de ce phénomène, car pour moi cela ne s’est pas arrêté à la série de Abdel Hamid Bouchnak. C’était une expérience immersive. J’ai suivi de près toutes les interviews des artistes ayant contribué à ce chef-d’œuvre, notamment celles faites par Malek el Ouni. En tant que jeune Tunisienne, j’avais besoin de représentation, de voir un rêve se concrétiser devant mes yeux, de voir que c’était possible d’y parvenir. J’avais besoin d’y croire. Le fait de découvrir tous ces talents, tous leurs parcours, chacun dans son unicité, m’a grandement ouvert les yeux, et je leur en suis éternellement reconnaissante pour cette bouffée d’air frais qu’ils nous ont apportée (au delà de la réconciliation identitaire).

Le deuxième évènement a été le concert et la rencontre de Tamino à Milan. Faire l’expérience en live des embrasures orientales de ses mélodies et les ondulations lyriques qui s’épousent et fusionnent parfaitement avec des influences musicales (communes) dans une fluidité et une sincérité interprétatives hors du commun, a été un éveil pour moi.



 

H.M – « Les non-dits n’ont de valeur qu’en poésie ou dans les actes poétiques. Autrement, ils sont la corrosion de l’âme. » La transmission des mystères au féminin et de leur for intérieur est-il le moteur de votre écriture ?

 

A.B – Dans la dimension poétique, ce qu’on ne dit pas peut jouer en notre faveur.

Ce qui n’est pas le cas dans la vie réelle, tout ce qu’on refoule nous nuit, dans les relations, dans le corps d’où la psycho-somatisation. À mon avis, le féminin (et le masculin d'ailleurs) sont des énergies qui existent à l'intérieur de chacun de nous et qui vont au-delà de l'anatomie. Donc cet élan féminin, fécondé par le vécu est un moyen de raccord, une sorte de véhicule. Le moteur de mon écriture étant la névrose et sa guérison, je pense avoir essayé d’élucider cette dualité avec un dosage fluctuant entre le non-dit et le dit (Je dis « je pense » car j’écris par jets de transe et la partie consciente n’est intervenue que lors de l’édition du manuscrit). Le mystère dont vous parlez, pourrait être le résultat de cet univers intérieur que j’essaie de cultiver. J’aime les œuvres qui laissent libre cours à l’interprétation, de manière à ce que chacun puisse se les approprier. Comme j’écris pour trouver mon chemin, j’aimerais bien que les lecteurs s’y retrouvent. La poésie n’a jamais été faite d’évidences. On aime s'y perdre.


 

H.M – Il y a des réalités évidentes qui demeurent néanmoins cachées. Ce sont les yeux qui refusent de les voir ou plutôt ils font exprès de céder le passage à l’âme poétique et à ses secrets ? 

 

A.B – La perspective ainsi que l'expérience sensorielle de nos yeux sont conditionnées par la vie intérieure. Très souvent ce que l’on voit / perçoit dans le monde ou dans les autres est une projection, une continuité de notre être.

Dans une société où la majorité d’entre nous transitent entre des « non-lieux », la philosophie du quotidien tourne autour du consommable. On perd cette notion d’authenticité et d’unicité au détriment d’une impersonnalité et une aliénation générale. Nous vivons dans une aire de « surmodernité » où tout est quantifiable en devise, en followers, en vues ou en likes. 

La dénaturation graduelle est le résultat du spécisme, car l’homme moderne se met au centre de l’univers. La notion de symbiose avec l’environnement s’en trouve détériorée. C’est cette symbiose même qui est à l’essence de l’âme poétique, la concrétisation d'un certain alignement entre la vie intérieure et la vie extérieure.

Je pense qu’il est primordial de cultiver une certaine conscience de soi, de préserver notre innocence et notre capacité à nous émerveiller de tout et de rien. C’est de cette manière que l’œil poétique, troisième œil ou Ajna en sanscrit nous permettra de voir l’essentiel caché. 


 

H.M – Vivre un désastre personnel et le danger quasi omniprésent s’opposent à la poésie, à l’amitié et à l’amour qui rendent le voyage dans la mémoire moins pénible. Les sources d’inspiration sont multiples et variées dans votre œuvre et c’est encore inachevé. Quelles sont vos autres alchimies poétiques ?

 

A.B – Vous avez l’essence de mon deuxième recueil dans cette question. 

Mes désastres personnels, m’ont permis de me reconstruire, au-delà de la douleur, des bouts que j’y ai laissés, de ce qui allait périr. Une amputation cosmique telle que j’aime à reformuler, peut être porteuse d’un grand bien.

Pour ce qui est du danger omniprésent, j’ai appris avec le temps de le voir comme un appel à épandre, à élargir ma définition de la sécurité, pour au final la retrouver en moi.

Certes l'état d'alerte permanent et la stagnation dans un mode de survie risque de corrompre notre vision et notre ouverture (le fait de se rendre disponible à l'instant présent) on a toujours le choix de se réinventer, changer de perspective, explorer une nouvelle manière de vivre les choses. C’est dans ce sens-là que la poésie, m’a sauvée, ayant embelli amour et amitié et refait ma « mémoire ». C’est de cette manière que se composent mes alchimies lyriques. J’écris quand je me sens en danger, j’écris pour me dé- et reconstruire, j’écris dans mes intervalles d’euphorie et d’équanimité.


 

H.M – L’écriture poétique et féminine est au service des sujets chaleureux et dansants, comment avez-vous vécu cet accouchement poétique en étant une femme dans sa bulle comme elle veut la société et comme il veut « lui » ?  

 

A.B – L’édition, plus que l’écriture (étant plus une transe), a en effet eu un aspect gestationnel. Publier mon premier recueil représente un acte de renaissance, je me suis remise moi-même au monde. Aussi viscéral qu’il soit, j’y ai mis tout mon être. C’est aussi une mise à nu. Il m’a fallu beaucoup de courage pour me défaire de certains regards, appréhensions et préjugés afin de révéler au grand jour une partie de mon intimité. Pour le côté pratique, la partie la plus pénible reste le fait de retaper mes textes sur ordinateur. J’ai beaucoup de mal avec cet aspect, car je revis tout avec la même intensité. C’était aussi une aventure, n’ayant aucun repère ni précédent dans la scène littéraire, j’ai beaucoup tâtonné et trébuché pour arriver à la bonne formule. J’ai eu de la chance d’avoir les personnes justes à m’accompagner dans ce voyage, et je leur en suis reconnaissante. 


 

H.M – Nous venons de célébrer la Journée Internationale Des droits des Femmes le 8 Mars 2022, quel poème choisissez-vous pour nos lecteurs ? 


 

Mon essence

 

Son parfum la précède, l’automne oriental

Ensoleillé d’Afrique

Le dessin de ses épaules rapprochées par le poids

De ses seins,

De sa féminité bipolaire et mal vécue

Compense les ondulations

De ses hanches

Confusionnellement limitées, observées séparément

Et poétiquement

Contrastées de sa taille

 

Elle porte ses cheveux comme un nuage bucolique

Un nimbe à la senteur d’étoiles

Autour du chaos qu’elle incarne

 

Déesse qui fait précéder une ombre translucide

Ne la représentant en rien

Car au fond elle est limpide


 

Sa proximité rassure

Et dénature

Les entités humaines affolées

Affamées


 

À chaque pas elle se traverse, et glisse en elle-même

Dans une danse à décharges spirituelles

Où elle s’arrache à ses querelles

Laisse périr des bouts de chair

Fragrants de vie comme une vipère


 

Elle envie aux papillons grâce et douleur

Elle, la fragilité et la splendeur.



 

H.M – Vous étiez à Milan pendant les longs mois de la pandémie. Tout le monde connaît bien ses impacts sur l’humanité mais aussi sur la créativité poétique. Aujourd’hui, peut-on dire que la pandémie a rendu à la poésie ses lettres de noblesse et que la poésie a vraiment sauvé notre liberté ?  


 

A.B – Oui tout à fait. D'ailleurs c'est le sujet du texte en « prélude » dans le recueil. J'étais non seulement à Milan, confinée entre quatre murs, mais aussi en deuil. Mon grand-père maternel nous avait à peine quittés pour un monde meilleur. 

C’était un exercice de résilience, une sorte de sélection spirituelle. C’est assez cathartique, de se retrouver dans une ville aussi grande, vivace et frénétique que Milan devenue figée, et être livré en même temps à une nouvelle notion du temps et de l’espace. Je pense que la dimension du silence, de la solitude, a pu révéler ce qui a fait échos en nous. Le vécu prend une forme plus concrète dans ces conditions. 

La poésie (parallèlement à la médiation) m'a appris en cette période-là à me poser, à redéfinir l'essentiel, à redéfinir la beauté et surtout à cultiver une amitié avec mes tréfonds (pas sans la névrose, évidemment). Cela m’a permis d’explorer une nouvelle forme de liberté. Et ayant ce rêve, le heurt à la catastrophe mondiale m’a ôté le droit à toutes les excuses pour échapper à sa concrétisation.



 

H.M – L’absence d’une réaction directe dans la vie accentue-t-elle la sensibilité poétique ? 

 

A.B – L'absence de réaction à mon avis, et je ne suis pas spécialiste en la matière, développe des mécanismes de défense. En ce qui concerne l’accentuation de sensibilité poétique, je pense que cela incombe plutôt à l'introspection, à l'empathie et à la compassion, qui rentrent dans le spectre de l’intelligence émotionnelle.



 

H.M – L’écriture érotique sans peur, sans danger et sans complexe entretient-elle le suspense dans le genre poétique ou c’est l’une de vos folles actions face au regard réducteur de l’autre ? 

 

A.B – C'est plus une dynamique et une énergie interne qu’un élément d'entretien.

Je me suis donnée cet espace. J'ai eu l'envie de casser ses barrières pour aller au-delà, voir où ma plume me mène. Sans peur je n'en suis pas aussi sûre. Sans danger et complexe, oui car c'est une vérité irréfutable qui appelle à être vécue, une partie de moi qui en a marre d'être cachée, ou que ma sexualité en tant que femme soit réduite à un tabou.

D'une part dans certains textes, c'est une manière de me réapproprier mon corps, un corps qui a été sexualisé bien trop tôt. J'ai toujours été très grande de taille, j'ai été sexualisée bien avant d'avoir conscience de mon anatomie. Écrire pour effacer, les résidus des regards, des jugements, des dépassements que tout corps de femme connaît malheureusement encore de nos jours. 

D'une autre part dans d'autres poèmes, c'est une expérimentation. J'ai essayé de redéfinir l'érotisme au-delà du corps : l’entretien d’une subtilité allusive, presque ludique, tel le jeu de séduction dans la culture Arabe. Me vient en tête à présent la chanson de Sabeh Fakhri à propos de la belle dans son voile noir à l’aube « koul lil malihati fil khimar il aswadi » et la réplique phare du film Bzeness de Kechiche « C'est le voile invisible qui m'intrigue. »



 

H. M – La danse orientale a été considérée comme symbole de sensualité, de déhanchés langoureux, de ventre qui se balance. La poésie d'Asma Bayar illustre bel et bien cette vision du mouvement associé au plaisir des sens et à la mise en valeur du corps. Comment vous êtes-vous lancée dans cette "passion" ou quelle définition voulez-vous donner au corps féminin au-delà d'un atout de séduction ? Les mots ou les maux de Schéhérazade qui vous touchent le plus ?

 

A.B – Quand je pense au nombre de poèmes que j’ai écrit dans des intervalles de danse, et combien de fois j’ai ondulé pendant l’écriture. Ce sont deux formes d’expression essentielles et indissociables. La danse orientale comme on la connaît aujourd'hui est un art, un hymne à la libération du corps et un héritage hybride et multiculturel. Mis à part le folklore, on ne peut pas attribuer la danse orientale à une époque où a un pays d'origine. C'est un ensemble fluide et hétérogène d’influences perses, arabes, turques, contaminé de valse, danse classique, flamenco, carioca. Un art qui encore une fois, étant au cœur du tabou du corps féminin et masculin par la suggestivité des mouvements, se voit réduit la plupart du temps à un amusement ou un envoûtement visuel, entre des tables et des verres dans les restaurants. On a oublié la théâtralité de Tahia Carioca, Samia Gamal, Soheir Zeki… Et j'en passe, qui sont des icônes féministes. J’entamerais sur les Schéhérazades des temps modernes qui vivent en Italie, comme moi. Elles sont sujettes, pour la plupart à une marginalisation car l’image véhiculée par les médias à propos des femmes Arabes et Musulmanes, ne reflète en rien leur réalité. Les gens sont frustrés lorsqu’ils n’arrivent pas à mettre une étiquette sur toi. J'ai envie d’être, grâce à mon art et à ma profession, une antithèse à la fausseté d’une multitude d’amalgames sociaux. 



 

H.M – On sent parfois cette difficulté à chercher le ou les mot(s) justes qui pourraient refléter votre vision du monde. Vous donnez l’impression parfois que vous vivez de l’intérieur la souffrance de la quête des mots justes et parfois le détachement complet de l’exercice stylistique.  Vous mélangez les langues, les contextes, les longueurs, les thèmes, les tournures de votre âme et de votre esprit et que peut-on dire encore ? 


 

A.B – J'aime beaucoup la manière avec laquelle cette question est formulée. Vous avez presque donné la réponse. Ma difficulté émane du fait que ce n'est parfois pas évident de transcrire l'expérience méditative. J'essaie de transmettre sur papier la fulgurance de mes émois de la manière la plus fidèle. En plus du fait de parler quatre langues par jour, trouver la juste nuance pour un mot dans une langue et pas dans l'autre est assez difficile, et j’avoue d’être un peu maniaque sur le sujet, j'ai le souci du dosage et de la chromatisation des mots, et très souvent je m’y perds moi-même. Cette quête est une obsession existentielle quotidienne et chaque poème est une tentative d'y répondre.

Pour ce qui est du style, à posteriori je peux percevoir que c'est réactionnel toute l'indiscipline qui n'a pas eu lieu dans ma vie, se manifeste inconsciemment dans ma poésie à travers le détachement stylistique. Ce métissage est le reflet en continuité de mes références très hybrides : linguistiquement, dans la forme et dans les sonorités. Quand on grandit entre le rap, hip-hop et r'n'b des années 90, la pop des années 2000, Om Kalthoum, Hedi Jouini et Sabeh Fakhri, le Jazz et la musique classique, cela se traduit dans nos écrits.



 

H.M – Asma Bayar, quels sont vos futurs projets et que pouvez-vous nous dire à la fin ? Et merci de ce bel échange. 

 

A.B – C’est moi qui vous remercie pour la fluidité de cette interview, j’y ai pris beaucoup de plaisir. En ce qui concerne mes projets : je suis en train de travailler sur mon deuxième recueil « Essais de guérison introspective » qui est la suite de « Carnet de Mémoire Viscérale », et la traduction de ce dernier en Italien. Pour ce qui est de la danse, le spectacle de notre « Escandar Danse Academy » est sur le point de voir le jour à Milan. Comme mot de la fin, j’inviterais tous nos lecteurs et lectrices à oser : 

 

Osez faire des rêves fous et les réaliser, 

Osez vous défaire de tout ce qui ne sert pas votre âme et votre authenticité, 

Osez dire non aux étiquettes et aux limitations mentales, 

Osez la méditation, la douceur, la compassion, l’empathie et l’amour, 

Osez l’art, la poésie, la danse, à votre guise.

 

 

© Hanen Marouani et Asma Bayar.

 

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Pour citer ces photographies & entretien inédits

 

 

Hanen Marouani, « Entretien avec Asma Bayar  », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 | « Parfums & Genre »mis en ligne le 29 mai 2022. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/lppdm/no11/hm-asmabayar

 

 

 

Mise en page par Aude

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 11 O-no2 Muses et féminins en poésie Amour en poésie
25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 16:34


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Portrait de Sélima Atallah

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

 

Entrevue réalisée en mars 2022 avec

 

 

Sélima Atallah

Ou Sélima Atallah

 

Site Internet : www.selimaatallah.wordpress.com

 

 

© Crédit photo :  Photographie de Sélima Atallah, no 1.

 

 

Fiche d'information :

 

Profession : poète performeure, chercheure

Site Internet, Blog, liens sites de ventes : www.selimaatallah.wordpress.com 

instagram : @selima.a.poesie

Soundcloud

 

 

© Crédit photo :  Photographie de Sélima Atallah, no 2.

 

 

 

Biographie

 

 

Sélima ATALLAH est poète performeure et chercheure. Elle a grandi à Tunis et habite à Paris depuis une dizaine d’années. D’une curiosité sans limite, ses errances universitaires l’ont menée de la médecine à la création littéraire en passant par la psychologie et l’anglais. Elle travaille actuellement à un projet de recherche-création liant le corps, les lieux et les langues par la performance poétique. Sa poésie intime et engagée est attentive au rythme et à l’oralité. Convaincue que la poésie a sa place partout, Sélima ATALLAH porte ses textes lors de scènes de slam, de théâtre ou de littérature mais également en compagnie de DJ ou lors d’expositions d’art contemporain. 

 

Bibliographie

 

– “Bodies Decay in the light of Day”

– dans Manhattan Magazine, 2022

– “Crevette” dans Le Ventre et l’oreille, 2022

– “Ommi sissi” dans Il était tant de fois, Al Manar, 2021

– “Trou” dans Point de chute n°2, 2021

– “Ma Bouffe est verte comme une orange” dans Contre5ens, 2021

– “Najoua” dans Deuxième Page, 2020

À paraître 

– Au Pieu

– Monticules

– Entre deux rives en 2022

– “Samsara” dans le Krachoir en 2022

 

 

SÉLIMA ATALLAH : UNE JEUNE DOUÉE DE LA POÉSIE AUDIOVISUELLE

 


 

 

 

Entretien

 

 

 

H.M – Sélima ATALLAH, vous préférez être qualifiée de poétesse ou de slameuse


 

S.A – Je préfère poète. Entendons-nous bien, je suis absolument pour la féminisation des noms mais je n’aime pas la sonorité caressante du suffixe “esse” de poétesse. Quant au slam, c’est un type de poésie, avec ses propres règles d’écriture mais surtout d’oralisation. Une partie des textes que j’écris et que je performe appartient au slam mais souvent mon travail est plus proche de la poésie sonore, ou de la poésie action et je préfère donc le terme “poète” qui rend mieux compte de la diversité de ma pratique.



 

H.M – Parlez-nous de vous et de votre expérience ou de votre aventure poétique(s) ? Comment vous êtes arrivée à ce domaine ou comment ce domaine est arrivé à vous ? 


 

S.A – J’ai toujours été attirée par la poésie. C’est un héritage familial car mon arrière-grand-père, Chedly Atallah, était poète et j’ai toujours admiré ses recueils qui traînaient dans le salon de mes grand-parents. Enfant, j’aimais déclamer des vers de ma composition dans des jeux, ce n’était pas très fameux mais j’ai toujours aimé avoir des mots en bouche et j’ai donc commencé à écrire assez jeune mais de manière très sporadique et diluée dans le temps. Je me destinais à devenir médecin, un autre héritage familial, et je n’assumais pas du tout ce désir de poésie et la place qu’elle finirait par prendre dans ma vie. Je suis revenue à la poésie après avoir abandonné la médecine, durant mes études de psychologie dans une période où j’étais en quête de sens et où apprendre et réciter des poèmes de Baudelaire était la manière la plus efficace que j’avais trouvée de pallier l’angoisse. En m’y remettant, j’ai retrouvé le plaisir que j’éprouvais lors des récitations d’école et je me suis demandé pourquoi j’avais jamais arrêté de dire des poèmes. Progressivement, je les ai dits sur scène au Club des poètes tout en me mettant à écrire de plus en plus de textes que j’ai fini par réciter sur des scènes de slam. J’ai aussi découvert des poète.sses plus ou moins contemporain.es que j’admire comme Rim Battal, Gherassim Luca, Audre Lorde ou Charles Pennequin qui ont été de grandes sources d’inspiration. Une fois que la machine était lancée, c’était impossible pour moi d’arrêter car sans la poésie je ne sais pas comment je supporterai la vie. 



 

H.M – L’écriture poétique est-il un cas disciplinaire, un vrai film d’erreurs ou une faille psychologique persistante qui s’inscrit dans l’urgence de l’exprimer et peu importe comment ? 


 

S.A – Pour moi, la poésie est nécessaire, je n’écris pas car j’en ai envie mais car je ne sais pas faire autrement. Un motif qui revient souvent dans mes textes est le désir d’équilibre, d’une vie plus tranquille, rangée. Je suis souvent critique du “métro-boulot-dodo” et à la fois, j’aurais vraiment aimé pouvoir m’en contenter. La discipline n’est pas mon fort, je démarre autant de projets que j’en abandonne, et j’éprouve sans cesse un désir insatisfait face à toutes les habitudes que je ne parviens pas à tenir plus de quelques jours. L’écriture poétique intervient ainsi comme une manière de conjurer une angoisse qui m’accompagne presque tout le temps et me permet d’éclaircir l’imbroglio de pensées qui m’habite. Alors oui, j’écris souvent par salves, en tout cas dans un premier temps, dans une forme d’urgence logorrhéique incontrôlable. Retravailler les textes est plus tranquille, quoique purement jouissif. Je le fais de manière obsessionnelle pendant des heures, voire des jours que je vois à peine passer et où je me mets en retard pour d’autres choses car je ressens une forme d’impériosité créatrice que je ne peux pas arrêter. C’est là que la discipline intervient, celle de ne pas me laisser prendre au jeu de formules élégantes mais inutiles afin d’exprimer par le modelage de la matière-texte l’organicité de l’idée qui a présidé à l’écriture sans les fioritures inutiles d’une supposée belle langue. 



 

H.M – Combien d’ateliers d’écriture il faut suivre pour devenir… écrivain-e ou poète ? 

 

S.A – Je pense que beaucoup de personnes deviennent poète.sses sans suivre d’ateliers d’écriture, en lisant et en imitant par eux-mêmes le travail de personnes admirées. Néanmoins, comme je le disais, je ne sais pas vraiment me discipliner, alors j’ai beaucoup appris grâce aux ateliers d’écriture qui offrent un cadre avec des deadlines claires et puis évidemment l’expertise d’écrivain.es et leurs sensibilités qui sont d’extraordinaires inspirations. J’ai eu la chance d’en suivre beaucoup, avec Marc-Alexandre Oho Bambe, Frédéric Forte, Anne Sanogo, Cécile Mainardi, Marie de Quatrebarbes, Aurélie Loiseleur ou encore Laure Limongi, notamment grâce au master de création littéraire que j’ai suivi et où nous avions des masterclass d’écrivain.es, des ateliers de style... Ce sont des moments que j’adore en partie car on travaille d’une manière qui nous est étrangère avec des contraintes qu’on ne se serait jamais fixées nous-mêmes, et puis j’aime beaucoup voir comment chacun.e se saisit de la même consigne pour produire des textes radicalement différents. C’est pour ça que je pense qu’il ne faut pas arrêter d’en suivre : chaque écrivain.e a eu ses propres influences, ses propres manies, et on n’est jamais à l’abri de découvrir un texte, une méthode, une approche qui pourrait influencer durablement notre écriture. Écrire est un processus sans recette claire et les ateliers viennent le nourrir quel que soit le niveau d’expertise. 



 

 

© Crédit photo :  Photographie de Sélima Atallah, no 3.

 

 

H.M – Cette révélation presque quotidienne ou cette découverte de soi à travers et à partir des mots ont-elles réussi à guérir vos blessures et à calmer la fougue de vos ambitions ? 


 

S.A – En ce qui concerne la fougue, elle semble se nourrir de ce que j’écris car j’ai l’impression qu’elle devient de plus en plus forte, bien que je parvienne peut-être un peu mieux à la domestiquer, à l’incarner dans l’écriture et aussi, beaucoup dans la scène. Performer mes textes m’est essentiel et je pense que c’est un espace où être au contact de sa folie, de son feu et de ses blessures est bienvenu. Plutôt que de les laisser vous écraser, c’est un lieu où on les sublime, où la folie crée au lieu de détruire. Certaines plaies sont certainement moins à vif, mais mes failles sont la matière-même de mon écriture, et bien que je me connaisse peut-être un peu mieux grâce à mon écriture et mes performances je pense aussi qu’une grande partie de ce que je crée me dépasse et je ne comprendrai jamais parfaitement ce qui m’habite, bien qu’un des rêves de mon adolescence ait été de tout savoir de mes parts d’ombres et de lumières, mais je pense que c’est une utopie inatteignable. Je pense qu’on écrit surtout ce qu’on ne comprend pas et qu’on ne comprendra jamais de soi et du monde. 



 

H.M – La poésie audiovisuelle est votre genre de prédilection : le podcast, le soundcloud, les réseaux sociaux et c’est vous la douée de la poésie audiovisuelle. Vous préférez écrire vos poèmes ou les enregistrez directement avec votre voix ? 


 

S.A – Merci ! Je pense que des projets comme Pan 21 par exemple le font de manière bien plus ambitieuse que moi, et j’aimerais pousser cette pratique encore plus ! J’écris toujours mes poèmes en amont de leur enregistrement bien qu’il m’arrive de me laisser aller à des moments d’improvisation dont je ressens la pertinence. C’est vrai que l’oralité est essentielle à ma poésie, quand j’écris je lis mes poèmes à voix haute et c’est la qualité du rythme qui fait que je cesse d’écrire. Il me paraît donc naturel d’en rendre compte. Quant à la dimension visuelle, c’est une continuité de mon désir de rendre compte de mon univers et je profite des outils qui nous sont offerts pour y introduire de la poésie. Je ne veux pas d’une poésie cloîtrée dans sa tour d’ivoire, je la veux exigeante mais accessible au plus grand nombre et les réseaux sociaux sont donc un terrain nécessaire. Mais je ne m’y sens pas à l’aise en tant que seul lieu d’expression car on finit très vite par se laisser prendre par ses exigences algorithmiques et la création en souffre. Néanmoins, la projection est aussi quelque chose que j’expérimente aussi sur scène pour rendre compte du numérique qui est là partout autour de nous. 


 

H.M –  L’alerte blanche de vos cheveux est-elle la couleur de l’enfance ou de l’essence ? Ou plus c’est audacieux, mieux quand il s’agit d’être atypique ? 


 

S.A – J’aime beaucoup l’idée d’appeler ça “alerte blanche”. Ne faisant jamais les choses à moitié, j’ai voulu du contraste pour ma première teinture. Ça m’a obsédé à un moment, alors je l’ai fait, je ne sais pas trop pourquoi, probablement pour signaler de prime abord une forme d’étrangeté et préparer mon interlocuteur à ne pas me ranger dans une case trop lisse. Je ne sais pas trop en vérité, je laisse la porte ouverte à toutes les interprétations !


 

H.M – Quelle est votre idée phare pour définir votre propre vision poétique ? 

 

S.A – Tout le monde peut aspirer à quelque chose de plus si tant est qu’il s’y autorise, mais c’est un chemin difficile, une lutte perpétuelle contre les normes et contre soi-même. Ma poésie lutte pour défendre l’idée que l’injustice du monde, écrasante, ne doit pas nous faire renoncer à notre quête d’absolu. Il naît du rythme le plus pur que chacun.e porte en soi et c’est lui que j’imprime à mes textes. 



 

H.M – On entend dire souvent que la jeunesse est un continent qui ne cesse de s’éloigner de la vie politique et pourtant ce n’est pas du tout votre cas ?


 

S.A – Je pense qu’au contraire, l’état du monde et les injustices qu’il porte n’ont jamais autant concerné les jeunes. Leurs moyens de lutter ne sont peut-être pas les outils politiques traditionnels qui ont montré leurs faillites, qui déçoivent, dégoûtent et écrasent, mais les jeunes s’engagent par leurs vies alternatives, par leurs manifestations, par leurs initiatives de plus en plus éthiques et engagées pour créer un autre monde que le champ de ruine qui nous est offert. Je pense que l’urgence climatique et humanitaire à laquelle nous faisons face nous pénètre toustes, la jeunesse, désillusionnée, n’a d’autre choix que la révolte.  



 

H.M – Votre voix, votre énergie, votre corps et votre mémoire poétiques sont-ils plus vibrants sur les Terres de la Méditerranée ?


 

S.A – La mer Méditerranée me semble de plus en plus être la matrice de mes expériences. Avec le covid, j’ai eu moins l’occasion de la voir, et puis la pollution qui devient tangible avec des jours où le plastique est partout au milieu des algues l’a rendue plus précieuse, plus intime, comme les traversées malheureuses qui l’habitent tous les jours. Ce qui la menace me menace. Mon corps est réellement vivant à son contact et c’est lui qui crée mes mots et qui diffuse ma voix. Elle fait certainement résonner mon travail. 



 

H.M – ʺEt toujours nos corps ne nous appartiennent pasʺ, vous confirmez que vous êtes en état d’errance et de quête identitaire. C’est pour cette raison que vous écrivez ? 


 

S.A – Oui, certainement, l’écriture me permet de créer un lieu où je suis à ma place, là où ma francophonie pose problème dans la Tunisie qui m’a vue naître et où ma nationalité non-européenne limite la liberté de mon corps dans les espaces où je me sens plus adaptée. Alors, j’habite ma poésie et mes performances en créant un espace où je me sens libre au-delà des limites que le monde hypernormatif, bardé de frontières et de contrôles impose à mon corps et à beaucoup de corps minorisés. 



 

H.M – Sans peur et sans complexe, pour Sélima ATALLAH le danger viendra d’où ? 


 

S.A – Le danger vient de la division, du fait de ne pas se voir dans le visage de l’autre qui devient un moyen à chasser ou à exploiter plutôt qu’un être humain à accueillir dans la complexité de ses désirs. 



 

H.M – Quels sont les futurs projets de Sélima ATALLAH et vraiment ravie de vous avoir parmi nous ? 


 

S.A – Plusieurs recueils sont à paraître et je travaille à un projet de performance poétique rendant compte de l’errance d’un corps entre les lieux et les langues. Peut-être une traversée de la méditerranée, sûrement d’autres choses que je ne prépare pas encore et qui s’imposeront à moi au gré des rencontres et des circonstances. 

 

 

 

© Hanen Marouani, Sélima Atallah

 

______

 

 

Pour citer ces photographies & entretien inédits 

 

Hanen Marouani, « Portrait de Sélima Atallah  », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 25 mai 2022. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/megalesia22/hm-selimaatallah

 

 

 

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