29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 16:49

REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens & N°11 | Parfums & Genre | Handicaps & diversité inclusive | Entretiens artistiques, poétiques & féministes

 


 

 

 

 

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Entretien avec Asma Bayar 

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

 

Entrevue réalisée en mars 2022 avec

 

 

Asma Bayar

Ou Asma Bayar

 

 

 

 

 

© Crédit photo :  Portrait photographique de la poétesse Asma Bayar.

 

 

 

Portrait de Asma BAYAR

 

Fiche d'information

 

Profession : Médecin dentiste

Présence sur les réseaux sociaux : https://www.facebook.com/assouma.bayar          https://www.linkedin.com/in/asma-bayar-776369132/

https://www.instagram.com/asma__bayar/    https://www.instagram.com/asma_poesie/

 

Biographie

 

Asma BAYAR, née à Tunis en 1991, grandit dans la banlieue Sud à Radès. Après avoir obtenu son doctorat en médecine dentaire à Monastir, elle part à Milan, pour poursuivre ses études. Pendant les longs mois de confinement en 2020, elle se consacre à ses rêves d’enfant, la danse orientale en intégrant la « Escandar Dance Academy » à Milan, mais surtout la poésie libre qui a toujours été son genre de prédilection. En mai 2021, elle publie son premier recueil de poésie « Carnet de Mémoire Viscérale » à compte d’auteur.

 

Bibliographie : 

 

Revue « Ana Hiya » par « Trait-d’Union Magazine » Algérie, Mars 2022 (en ligne :  https://fr.calameo.com/read/0061546611f7445dd6296

 

Carnet de Mémoire Viscérale, Tunis 2021 (en vente via ces liens : https://bookspace.tn/fr/poesie-et-theatre/827-carnet-de-m%C3%A9moire-visc%C3%A9rale-asma-bayar.html, https://bookspace.tn/fr/poesie-et-theatre/827-carnet-de-m%C3%A9moire-visc%C3%A9rale-asma-bayar.html)

 

 

Interview avec la poétesse tunisienne francophone Asma BAYAR

 

 


 

H.M – Carnet de mémoire viscérale, est le titre de votre premier recueil de poésie. Asma Bayar, pourquoi la poésie et pourquoi ce titre ? 

 

 

A.B – Mon rapport à la poésie s'est forgé très tôt, depuis l’enfance. Vous vous rappelez des cahiers de récitation qu'on avait à l'école ? On nous disait de dessiner à côté des poèmes à apprendre. Je pense que c'était l'un des rares moments où on nous permettait d'être créatifs dans un système scolaire peu stimulant et très rigide. Le fait de me perdre dans les mots des poètes pour imaginer un dessin haut en couleurs et de mes propres mains m'enchantait. Avec l'adolescence ce petit espace de création a laissé place au journal intime un objet référentiel, et parfois même un refuge. Entre mes années du lycée et à la faculté, j'ai entretenu un rapport assez fragmenté avec l'écriture, qui n'a repris son cours de façon régulière qu'en 2019. Suite à de longues années de combat avec la maladie mentale (l'anxiété), je suis retournée à cette source avec une méthode développée par Dr. Nicole Le Pera : le but étant la pratique de la pleine conscience, faire l'exercice de soi et établir de nouvelles habitudes quotidiennes pour parvenir à ses objectifs. Ce qui a commencé par un exercice d'ancrage s'est petit à petit transformé en instants de transe, de communion avec l'univers. Le ton poétique s'est imposé sans pour autant en avoir fait un choix conscient. Je pense que c'est grâce à la liberté que la poésie offre, en plus la musicalité. J'ai grandi dans des endroits où il y avait un soundtrack pour tout. Avec les collections des fiches des paroles à chansons du magazine Star Club. La musique et le lyrisme étaient et sont encore une constante, un besoin presque primitif pour moi (c'est une manière de pallier à ma voix étant loin d'être agréable, je ne sais pas chanter).

Le titre n'est au final qu'une suite logique à tout cela. "Carnet de Mémoire" c'est parce que les textes ne sont autres que des extraits de mes journaux, post méditatifs et pendant les crises d'angoisse. "Viscérale" pour l'aspect cathartique et thérapeutique, le fait de guérir de tout ce que j'ai psycho-somatisé le long des années. Ce sont des retrouvailles et un retravail de mon vécu. 



 

 

H.M – De la médecine dentaire à l’écriture poétique : c’est l’histoire de ce qui guérit après avoir été blessé ? La science et la littérature sont-elles une bonne combinaison ? 

 

 

A.B – Sans aucun doute, oui. Je considère la médecine dentaire en soi un art, bien que la manière avec laquelle on l’enseigne à la faculté, l'ait dénaturée de cet aspect. Dans mon cas, la littérature a été un remède à une blessure : l'agonie vécue lors des années universitaires. Le plaisir de la pratique de la médecine dentaire, je l'ai connu plus tard à la rencontre des patients.

Par ailleurs, je ne sais pas si c'est une déformation professionnelle, mais cela tourne toujours autour du diagnostic, que ce soit dans mes lectures ou dans mes écrits. La poésie est une sorte de création investigative, une « dissection » de mes états d’âme. Et très souvent mon lexique s’imprègne de termes odontologiques. 

 

" Je suis en colère, de tous les caprices non faits

J’ai des canines aux coins du cœur

[Abstrait,

Qui arrachent à mon être la joie et la tiédeur

Des entités pointues, des épines en sutures

Des tendons en acier et la tension aux voussures"

 

Et si on veut finalement invoquer Freud, entre poésie et médecine dentaire : on est toujours dans une dimension de l'oralité. Une oralité manuelle (écrite) et une manualité orale.


 

 

H.M –  La couleur rouge des cheveux et l’insistance de la mettre en valeur comme choix de couverture sont deux éléments déviants. Vous n’avez pas gardé ce rouge en vrai. Quelle explication, pouvez-vous nous donner sur ce passage du quotidien et de la vie intime à la scène poétique et publique ?

 

A.B – Après avoir porté cette couleur pendant plus de quatre ans je me rends compte que c'était une affirmation de mon côté bohème, une prise de position. Quand la majorité des petites filles rêvaient d'être et se déguisaient en princesses, pour moi ça a toujours été les sorcières et les gitanes. Ces icônes féministes alternatives me fascinent et elles sont récurrentes dans mes poésies. Je suis hantée par la voix des vieilles dames qui criaient "Daggueza bi Sebha" « Voyantes à chapelet », leurs cheveux au henné, leurs robes et foulards fleuris aux mille couleurs et aux mille motifs, quand elles passaient les après-midi estives, à l'heure du thé, dans les ruelles du quartier.

Le rouge c'est aussi l'aspect rebelle, flamboyant, rappelant le feu libérateur. Le choix de mettre mes cheveux en couverture c'est pour affirmer cette identité, féministe, guerrière et sulfureuse et en quelque sorte pour marquer une époque personnelle. La mémoire capillaire est aussi une mémoire lyrique, non seulement dans la culture Maghrébine et Arabe mais également un peu partout dans le monde. Je considère aussi viscérale ma crinière que ma rate. 


 

H.M – Et quel est le secret de cette rose bleue qui est souvent de retour ? 

 

A.B – Cela a commencé par un surnom, dû à mon hypersensibilité. Je ne sais plus qui m'avait dit que j'étais "très fleur bleue" au lycée. Cela a retenti en moi. J'ai fait des recherches sur le symbolisme de cette expression et depuis j’ai développé cette fascination pour les fleurs et les roses bleues. Et puis, il y a quelques années quand j'ai commencé la pratique de la méditation, en apprenant à situer mes chakras : il s'est avéré que le 5ème chakra est celui de la gorge. Son nom est "Vishuddha" qui veut dire centre de purification en sanscrit, il est associé à la couleur bleue et son symbole ressemble à une fleur à 16 pétales (qui renvoient aux 16 voyelles de cette même langue). 

Pour revenir à l'oralité (écrite), l’équilibre de ce centre énergétique comprend la purification à travers le son, l’expression de soi, cela symbolise une sorte d’éclosion.

Ce message est très aligné et adhérent avec celui que porte ma poésie.

C'est aussi un clin d'œil en guise de gratitude à mon mari, qui m'a offert la rose bleue pour le 8 mars 2021, et a pris la photo avec mes cheveux pour la couverture de mon recueil, dans le parc en bas de chez nous.


 

 

 

© Crédit photo : Première de couverture du premier recueil de poésie de la poétesse Asma Bayar.

 

 

 

H.M – La sensibilité embrasse vos mots et vos mots s’embrasent entre eux. On est dans une double « détente névrosée » qui nous implique dans un voyage « vertigineux et doux ». S’agit-il du « courage d’affronter les spasmes de [votre] être» ou autre ? 

 

A.B – Oui tout à fait. Je pense que la névrose est essentielle. Je parle de spasmes parce que je vis dans une oscillation permanente, entre plusieurs rives : géographiques, professionnelles, artistiques. En tant que femme, faisant partie d'une société frénétiquement exigeante, je me pose une question : Comment ne pas tomber dans le piège du clivage ?

D’où est née en moi cette envie de synthèse.  « Se surmonter soi-même », comme le dit Nietzsche : "Il faut porter encore en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante." d’une part. De l’autre, c’est la vision bouddhiste du non soi. Toutes ces illusions qui constituent le « moi ». Je pense qu'à un certain moment de la vie, il faut commencer à se déprogrammer en cassant les barrières des identités toutes faites, des raccourcis sociaux, de ce qu'on croit nous définir. La race, la religion, la famille, le nom, les titres académiques, la langue, le pays, nos propres corps. Ces spasmes parfois anxieux, j'ai appris à les vivre comme un appel : à regarder mon être de près. Il m'a fallu entamer ce voyage intérieur pour faire de mon hypersensibilité un don et non une damnation.


 

H.M – Qu’est ce qui inspire Asma Bayar au-delà du cercle connu ?

 

A.B – Tout être ou toute présence qui se veut authentique, toute chose qui émane d’un lâcher- prise, d’une générosité et d’une sincérité profonde, en général. Pour ce qui est du cas particulier, il y a eu deux évènements qui ont eu un impact majeur. 

Tout d’abord, le mouvement artistique post révolutionnaire en Tunisie. Le phénomène « Nouba » en particulier. Je parle de ce phénomène, car pour moi cela ne s’est pas arrêté à la série de Abdel Hamid Bouchnak. C’était une expérience immersive. J’ai suivi de près toutes les interviews des artistes ayant contribué à ce chef-d’œuvre, notamment celles faites par Malek el Ouni. En tant que jeune Tunisienne, j’avais besoin de représentation, de voir un rêve se concrétiser devant mes yeux, de voir que c’était possible d’y parvenir. J’avais besoin d’y croire. Le fait de découvrir tous ces talents, tous leurs parcours, chacun dans son unicité, m’a grandement ouvert les yeux, et je leur en suis éternellement reconnaissante pour cette bouffée d’air frais qu’ils nous ont apportée (au delà de la réconciliation identitaire).

Le deuxième évènement a été le concert et la rencontre de Tamino à Milan. Faire l’expérience en live des embrasures orientales de ses mélodies et les ondulations lyriques qui s’épousent et fusionnent parfaitement avec des influences musicales (communes) dans une fluidité et une sincérité interprétatives hors du commun, a été un éveil pour moi.



 

H.M – « Les non-dits n’ont de valeur qu’en poésie ou dans les actes poétiques. Autrement, ils sont la corrosion de l’âme. » La transmission des mystères au féminin et de leur for intérieur est-il le moteur de votre écriture ?

 

A.B – Dans la dimension poétique, ce qu’on ne dit pas peut jouer en notre faveur.

Ce qui n’est pas le cas dans la vie réelle, tout ce qu’on refoule nous nuit, dans les relations, dans le corps d’où la psycho-somatisation. À mon avis, le féminin (et le masculin d'ailleurs) sont des énergies qui existent à l'intérieur de chacun de nous et qui vont au-delà de l'anatomie. Donc cet élan féminin, fécondé par le vécu est un moyen de raccord, une sorte de véhicule. Le moteur de mon écriture étant la névrose et sa guérison, je pense avoir essayé d’élucider cette dualité avec un dosage fluctuant entre le non-dit et le dit (Je dis « je pense » car j’écris par jets de transe et la partie consciente n’est intervenue que lors de l’édition du manuscrit). Le mystère dont vous parlez, pourrait être le résultat de cet univers intérieur que j’essaie de cultiver. J’aime les œuvres qui laissent libre cours à l’interprétation, de manière à ce que chacun puisse se les approprier. Comme j’écris pour trouver mon chemin, j’aimerais bien que les lecteurs s’y retrouvent. La poésie n’a jamais été faite d’évidences. On aime s'y perdre.


 

H.M – Il y a des réalités évidentes qui demeurent néanmoins cachées. Ce sont les yeux qui refusent de les voir ou plutôt ils font exprès de céder le passage à l’âme poétique et à ses secrets ? 

 

A.B – La perspective ainsi que l'expérience sensorielle de nos yeux sont conditionnées par la vie intérieure. Très souvent ce que l’on voit / perçoit dans le monde ou dans les autres est une projection, une continuité de notre être.

Dans une société où la majorité d’entre nous transitent entre des « non-lieux », la philosophie du quotidien tourne autour du consommable. On perd cette notion d’authenticité et d’unicité au détriment d’une impersonnalité et une aliénation générale. Nous vivons dans une aire de « surmodernité » où tout est quantifiable en devise, en followers, en vues ou en likes. 

La dénaturation graduelle est le résultat du spécisme, car l’homme moderne se met au centre de l’univers. La notion de symbiose avec l’environnement s’en trouve détériorée. C’est cette symbiose même qui est à l’essence de l’âme poétique, la concrétisation d'un certain alignement entre la vie intérieure et la vie extérieure.

Je pense qu’il est primordial de cultiver une certaine conscience de soi, de préserver notre innocence et notre capacité à nous émerveiller de tout et de rien. C’est de cette manière que l’œil poétique, troisième œil ou Ajna en sanscrit nous permettra de voir l’essentiel caché. 


 

H.M – Vivre un désastre personnel et le danger quasi omniprésent s’opposent à la poésie, à l’amitié et à l’amour qui rendent le voyage dans la mémoire moins pénible. Les sources d’inspiration sont multiples et variées dans votre œuvre et c’est encore inachevé. Quelles sont vos autres alchimies poétiques ?

 

A.B – Vous avez l’essence de mon deuxième recueil dans cette question. 

Mes désastres personnels, m’ont permis de me reconstruire, au-delà de la douleur, des bouts que j’y ai laissés, de ce qui allait périr. Une amputation cosmique telle que j’aime à reformuler, peut être porteuse d’un grand bien.

Pour ce qui est du danger omniprésent, j’ai appris avec le temps de le voir comme un appel à épandre, à élargir ma définition de la sécurité, pour au final la retrouver en moi.

Certes l'état d'alerte permanent et la stagnation dans un mode de survie risque de corrompre notre vision et notre ouverture (le fait de se rendre disponible à l'instant présent) on a toujours le choix de se réinventer, changer de perspective, explorer une nouvelle manière de vivre les choses. C’est dans ce sens-là que la poésie, m’a sauvée, ayant embelli amour et amitié et refait ma « mémoire ». C’est de cette manière que se composent mes alchimies lyriques. J’écris quand je me sens en danger, j’écris pour me dé- et reconstruire, j’écris dans mes intervalles d’euphorie et d’équanimité.


 

H.M – L’écriture poétique et féminine est au service des sujets chaleureux et dansants, comment avez-vous vécu cet accouchement poétique en étant une femme dans sa bulle comme elle veut la société et comme il veut « lui » ?  

 

A.B – L’édition, plus que l’écriture (étant plus une transe), a en effet eu un aspect gestationnel. Publier mon premier recueil représente un acte de renaissance, je me suis remise moi-même au monde. Aussi viscéral qu’il soit, j’y ai mis tout mon être. C’est aussi une mise à nu. Il m’a fallu beaucoup de courage pour me défaire de certains regards, appréhensions et préjugés afin de révéler au grand jour une partie de mon intimité. Pour le côté pratique, la partie la plus pénible reste le fait de retaper mes textes sur ordinateur. J’ai beaucoup de mal avec cet aspect, car je revis tout avec la même intensité. C’était aussi une aventure, n’ayant aucun repère ni précédent dans la scène littéraire, j’ai beaucoup tâtonné et trébuché pour arriver à la bonne formule. J’ai eu de la chance d’avoir les personnes justes à m’accompagner dans ce voyage, et je leur en suis reconnaissante. 


 

H.M – Nous venons de célébrer la Journée Internationale Des droits des Femmes le 8 Mars 2022, quel poème choisissez-vous pour nos lecteurs ? 


 

Mon essence

 

Son parfum la précède, l’automne oriental

Ensoleillé d’Afrique

Le dessin de ses épaules rapprochées par le poids

De ses seins,

De sa féminité bipolaire et mal vécue

Compense les ondulations

De ses hanches

Confusionnellement limitées, observées séparément

Et poétiquement

Contrastées de sa taille

 

Elle porte ses cheveux comme un nuage bucolique

Un nimbe à la senteur d’étoiles

Autour du chaos qu’elle incarne

 

Déesse qui fait précéder une ombre translucide

Ne la représentant en rien

Car au fond elle est limpide


 

Sa proximité rassure

Et dénature

Les entités humaines affolées

Affamées


 

À chaque pas elle se traverse, et glisse en elle-même

Dans une danse à décharges spirituelles

Où elle s’arrache à ses querelles

Laisse périr des bouts de chair

Fragrants de vie comme une vipère


 

Elle envie aux papillons grâce et douleur

Elle, la fragilité et la splendeur.



 

H.M – Vous étiez à Milan pendant les longs mois de la pandémie. Tout le monde connaît bien ses impacts sur l’humanité mais aussi sur la créativité poétique. Aujourd’hui, peut-on dire que la pandémie a rendu à la poésie ses lettres de noblesse et que la poésie a vraiment sauvé notre liberté ?  


 

A.B – Oui tout à fait. D'ailleurs c'est le sujet du texte en « prélude » dans le recueil. J'étais non seulement à Milan, confinée entre quatre murs, mais aussi en deuil. Mon grand-père maternel nous avait à peine quittés pour un monde meilleur. 

C’était un exercice de résilience, une sorte de sélection spirituelle. C’est assez cathartique, de se retrouver dans une ville aussi grande, vivace et frénétique que Milan devenue figée, et être livré en même temps à une nouvelle notion du temps et de l’espace. Je pense que la dimension du silence, de la solitude, a pu révéler ce qui a fait échos en nous. Le vécu prend une forme plus concrète dans ces conditions. 

La poésie (parallèlement à la médiation) m'a appris en cette période-là à me poser, à redéfinir l'essentiel, à redéfinir la beauté et surtout à cultiver une amitié avec mes tréfonds (pas sans la névrose, évidemment). Cela m’a permis d’explorer une nouvelle forme de liberté. Et ayant ce rêve, le heurt à la catastrophe mondiale m’a ôté le droit à toutes les excuses pour échapper à sa concrétisation.



 

H.M – L’absence d’une réaction directe dans la vie accentue-t-elle la sensibilité poétique ? 

 

A.B – L'absence de réaction à mon avis, et je ne suis pas spécialiste en la matière, développe des mécanismes de défense. En ce qui concerne l’accentuation de sensibilité poétique, je pense que cela incombe plutôt à l'introspection, à l'empathie et à la compassion, qui rentrent dans le spectre de l’intelligence émotionnelle.



 

H.M – L’écriture érotique sans peur, sans danger et sans complexe entretient-elle le suspense dans le genre poétique ou c’est l’une de vos folles actions face au regard réducteur de l’autre ? 

 

A.B – C'est plus une dynamique et une énergie interne qu’un élément d'entretien.

Je me suis donnée cet espace. J'ai eu l'envie de casser ses barrières pour aller au-delà, voir où ma plume me mène. Sans peur je n'en suis pas aussi sûre. Sans danger et complexe, oui car c'est une vérité irréfutable qui appelle à être vécue, une partie de moi qui en a marre d'être cachée, ou que ma sexualité en tant que femme soit réduite à un tabou.

D'une part dans certains textes, c'est une manière de me réapproprier mon corps, un corps qui a été sexualisé bien trop tôt. J'ai toujours été très grande de taille, j'ai été sexualisée bien avant d'avoir conscience de mon anatomie. Écrire pour effacer, les résidus des regards, des jugements, des dépassements que tout corps de femme connaît malheureusement encore de nos jours. 

D'une autre part dans d'autres poèmes, c'est une expérimentation. J'ai essayé de redéfinir l'érotisme au-delà du corps : l’entretien d’une subtilité allusive, presque ludique, tel le jeu de séduction dans la culture Arabe. Me vient en tête à présent la chanson de Sabeh Fakhri à propos de la belle dans son voile noir à l’aube « koul lil malihati fil khimar il aswadi » et la réplique phare du film Bzeness de Kechiche « C'est le voile invisible qui m'intrigue. »



 

H. M – La danse orientale a été considérée comme symbole de sensualité, de déhanchés langoureux, de ventre qui se balance. La poésie d'Asma Bayar illustre bel et bien cette vision du mouvement associé au plaisir des sens et à la mise en valeur du corps. Comment vous êtes-vous lancée dans cette "passion" ou quelle définition voulez-vous donner au corps féminin au-delà d'un atout de séduction ? Les mots ou les maux de Schéhérazade qui vous touchent le plus ?

 

A.B – Quand je pense au nombre de poèmes que j’ai écrit dans des intervalles de danse, et combien de fois j’ai ondulé pendant l’écriture. Ce sont deux formes d’expression essentielles et indissociables. La danse orientale comme on la connaît aujourd'hui est un art, un hymne à la libération du corps et un héritage hybride et multiculturel. Mis à part le folklore, on ne peut pas attribuer la danse orientale à une époque où a un pays d'origine. C'est un ensemble fluide et hétérogène d’influences perses, arabes, turques, contaminé de valse, danse classique, flamenco, carioca. Un art qui encore une fois, étant au cœur du tabou du corps féminin et masculin par la suggestivité des mouvements, se voit réduit la plupart du temps à un amusement ou un envoûtement visuel, entre des tables et des verres dans les restaurants. On a oublié la théâtralité de Tahia Carioca, Samia Gamal, Soheir Zeki… Et j'en passe, qui sont des icônes féministes. J’entamerais sur les Schéhérazades des temps modernes qui vivent en Italie, comme moi. Elles sont sujettes, pour la plupart à une marginalisation car l’image véhiculée par les médias à propos des femmes Arabes et Musulmanes, ne reflète en rien leur réalité. Les gens sont frustrés lorsqu’ils n’arrivent pas à mettre une étiquette sur toi. J'ai envie d’être, grâce à mon art et à ma profession, une antithèse à la fausseté d’une multitude d’amalgames sociaux. 



 

H.M – On sent parfois cette difficulté à chercher le ou les mot(s) justes qui pourraient refléter votre vision du monde. Vous donnez l’impression parfois que vous vivez de l’intérieur la souffrance de la quête des mots justes et parfois le détachement complet de l’exercice stylistique.  Vous mélangez les langues, les contextes, les longueurs, les thèmes, les tournures de votre âme et de votre esprit et que peut-on dire encore ? 


 

A.B – J'aime beaucoup la manière avec laquelle cette question est formulée. Vous avez presque donné la réponse. Ma difficulté émane du fait que ce n'est parfois pas évident de transcrire l'expérience méditative. J'essaie de transmettre sur papier la fulgurance de mes émois de la manière la plus fidèle. En plus du fait de parler quatre langues par jour, trouver la juste nuance pour un mot dans une langue et pas dans l'autre est assez difficile, et j’avoue d’être un peu maniaque sur le sujet, j'ai le souci du dosage et de la chromatisation des mots, et très souvent je m’y perds moi-même. Cette quête est une obsession existentielle quotidienne et chaque poème est une tentative d'y répondre.

Pour ce qui est du style, à posteriori je peux percevoir que c'est réactionnel toute l'indiscipline qui n'a pas eu lieu dans ma vie, se manifeste inconsciemment dans ma poésie à travers le détachement stylistique. Ce métissage est le reflet en continuité de mes références très hybrides : linguistiquement, dans la forme et dans les sonorités. Quand on grandit entre le rap, hip-hop et r'n'b des années 90, la pop des années 2000, Om Kalthoum, Hedi Jouini et Sabeh Fakhri, le Jazz et la musique classique, cela se traduit dans nos écrits.



 

H.M – Asma Bayar, quels sont vos futurs projets et que pouvez-vous nous dire à la fin ? Et merci de ce bel échange. 

 

A.B – C’est moi qui vous remercie pour la fluidité de cette interview, j’y ai pris beaucoup de plaisir. En ce qui concerne mes projets : je suis en train de travailler sur mon deuxième recueil « Essais de guérison introspective » qui est la suite de « Carnet de Mémoire Viscérale », et la traduction de ce dernier en Italien. Pour ce qui est de la danse, le spectacle de notre « Escandar Danse Academy » est sur le point de voir le jour à Milan. Comme mot de la fin, j’inviterais tous nos lecteurs et lectrices à oser : 

 

Osez faire des rêves fous et les réaliser, 

Osez vous défaire de tout ce qui ne sert pas votre âme et votre authenticité, 

Osez dire non aux étiquettes et aux limitations mentales, 

Osez la méditation, la douceur, la compassion, l’empathie et l’amour, 

Osez l’art, la poésie, la danse, à votre guise.

 

 

© Hanen Marouani et Asma Bayar.

 

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Pour citer ces photographies & entretien inédits

 

 

Hanen Marouani, « Entretien avec Asma Bayar  », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 | « Parfums & Genre »mis en ligne le 29 mai 2022. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/lppdm/no11/hm-asmabayar

 

 

 

Mise en page par Aude

 

 

© Tous droits réservés

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Portrait de Sélima Atallah

 

 

 

 

 

 

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Propos recueillis par

 

Hanen Marouani

 

 

 

Entrevue réalisée en mars 2022 avec

 

 

Sélima Atallah

Ou Sélima Atallah

 

Site Internet : www.selimaatallah.wordpress.com

 

 

© Crédit photo :  Photographie de Sélima Atallah, no 1.

 

 

Fiche d'information :

 

Profession : poète performeure, chercheure

Site Internet, Blog, liens sites de ventes : www.selimaatallah.wordpress.com 

instagram : @selima.a.poesie

Soundcloud

 

 

© Crédit photo :  Photographie de Sélima Atallah, no 2.

 

 

 

Biographie

 

 

Sélima ATALLAH est poète performeure et chercheure. Elle a grandi à Tunis et habite à Paris depuis une dizaine d’années. D’une curiosité sans limite, ses errances universitaires l’ont menée de la médecine à la création littéraire en passant par la psychologie et l’anglais. Elle travaille actuellement à un projet de recherche-création liant le corps, les lieux et les langues par la performance poétique. Sa poésie intime et engagée est attentive au rythme et à l’oralité. Convaincue que la poésie a sa place partout, Sélima ATALLAH porte ses textes lors de scènes de slam, de théâtre ou de littérature mais également en compagnie de DJ ou lors d’expositions d’art contemporain. 

 

Bibliographie

 

– “Bodies Decay in the light of Day”

– dans Manhattan Magazine, 2022

– “Crevette” dans Le Ventre et l’oreille, 2022

– “Ommi sissi” dans Il était tant de fois, Al Manar, 2021

– “Trou” dans Point de chute n°2, 2021

– “Ma Bouffe est verte comme une orange” dans Contre5ens, 2021

– “Najoua” dans Deuxième Page, 2020

À paraître 

– Au Pieu

– Monticules

– Entre deux rives en 2022

– “Samsara” dans le Krachoir en 2022

 

 

SÉLIMA ATALLAH : UNE JEUNE DOUÉE DE LA POÉSIE AUDIOVISUELLE

 


 

 

 

Entretien

 

 

 

H.M – Sélima ATALLAH, vous préférez être qualifiée de poétesse ou de slameuse


 

S.A – Je préfère poète. Entendons-nous bien, je suis absolument pour la féminisation des noms mais je n’aime pas la sonorité caressante du suffixe “esse” de poétesse. Quant au slam, c’est un type de poésie, avec ses propres règles d’écriture mais surtout d’oralisation. Une partie des textes que j’écris et que je performe appartient au slam mais souvent mon travail est plus proche de la poésie sonore, ou de la poésie action et je préfère donc le terme “poète” qui rend mieux compte de la diversité de ma pratique.



 

H.M – Parlez-nous de vous et de votre expérience ou de votre aventure poétique(s) ? Comment vous êtes arrivée à ce domaine ou comment ce domaine est arrivé à vous ? 


 

S.A – J’ai toujours été attirée par la poésie. C’est un héritage familial car mon arrière-grand-père, Chedly Atallah, était poète et j’ai toujours admiré ses recueils qui traînaient dans le salon de mes grand-parents. Enfant, j’aimais déclamer des vers de ma composition dans des jeux, ce n’était pas très fameux mais j’ai toujours aimé avoir des mots en bouche et j’ai donc commencé à écrire assez jeune mais de manière très sporadique et diluée dans le temps. Je me destinais à devenir médecin, un autre héritage familial, et je n’assumais pas du tout ce désir de poésie et la place qu’elle finirait par prendre dans ma vie. Je suis revenue à la poésie après avoir abandonné la médecine, durant mes études de psychologie dans une période où j’étais en quête de sens et où apprendre et réciter des poèmes de Baudelaire était la manière la plus efficace que j’avais trouvée de pallier l’angoisse. En m’y remettant, j’ai retrouvé le plaisir que j’éprouvais lors des récitations d’école et je me suis demandé pourquoi j’avais jamais arrêté de dire des poèmes. Progressivement, je les ai dits sur scène au Club des poètes tout en me mettant à écrire de plus en plus de textes que j’ai fini par réciter sur des scènes de slam. J’ai aussi découvert des poète.sses plus ou moins contemporain.es que j’admire comme Rim Battal, Gherassim Luca, Audre Lorde ou Charles Pennequin qui ont été de grandes sources d’inspiration. Une fois que la machine était lancée, c’était impossible pour moi d’arrêter car sans la poésie je ne sais pas comment je supporterai la vie. 



 

H.M – L’écriture poétique est-il un cas disciplinaire, un vrai film d’erreurs ou une faille psychologique persistante qui s’inscrit dans l’urgence de l’exprimer et peu importe comment ? 


 

S.A – Pour moi, la poésie est nécessaire, je n’écris pas car j’en ai envie mais car je ne sais pas faire autrement. Un motif qui revient souvent dans mes textes est le désir d’équilibre, d’une vie plus tranquille, rangée. Je suis souvent critique du “métro-boulot-dodo” et à la fois, j’aurais vraiment aimé pouvoir m’en contenter. La discipline n’est pas mon fort, je démarre autant de projets que j’en abandonne, et j’éprouve sans cesse un désir insatisfait face à toutes les habitudes que je ne parviens pas à tenir plus de quelques jours. L’écriture poétique intervient ainsi comme une manière de conjurer une angoisse qui m’accompagne presque tout le temps et me permet d’éclaircir l’imbroglio de pensées qui m’habite. Alors oui, j’écris souvent par salves, en tout cas dans un premier temps, dans une forme d’urgence logorrhéique incontrôlable. Retravailler les textes est plus tranquille, quoique purement jouissif. Je le fais de manière obsessionnelle pendant des heures, voire des jours que je vois à peine passer et où je me mets en retard pour d’autres choses car je ressens une forme d’impériosité créatrice que je ne peux pas arrêter. C’est là que la discipline intervient, celle de ne pas me laisser prendre au jeu de formules élégantes mais inutiles afin d’exprimer par le modelage de la matière-texte l’organicité de l’idée qui a présidé à l’écriture sans les fioritures inutiles d’une supposée belle langue. 



 

H.M – Combien d’ateliers d’écriture il faut suivre pour devenir… écrivain-e ou poète ? 

 

S.A – Je pense que beaucoup de personnes deviennent poète.sses sans suivre d’ateliers d’écriture, en lisant et en imitant par eux-mêmes le travail de personnes admirées. Néanmoins, comme je le disais, je ne sais pas vraiment me discipliner, alors j’ai beaucoup appris grâce aux ateliers d’écriture qui offrent un cadre avec des deadlines claires et puis évidemment l’expertise d’écrivain.es et leurs sensibilités qui sont d’extraordinaires inspirations. J’ai eu la chance d’en suivre beaucoup, avec Marc-Alexandre Oho Bambe, Frédéric Forte, Anne Sanogo, Cécile Mainardi, Marie de Quatrebarbes, Aurélie Loiseleur ou encore Laure Limongi, notamment grâce au master de création littéraire que j’ai suivi et où nous avions des masterclass d’écrivain.es, des ateliers de style... Ce sont des moments que j’adore en partie car on travaille d’une manière qui nous est étrangère avec des contraintes qu’on ne se serait jamais fixées nous-mêmes, et puis j’aime beaucoup voir comment chacun.e se saisit de la même consigne pour produire des textes radicalement différents. C’est pour ça que je pense qu’il ne faut pas arrêter d’en suivre : chaque écrivain.e a eu ses propres influences, ses propres manies, et on n’est jamais à l’abri de découvrir un texte, une méthode, une approche qui pourrait influencer durablement notre écriture. Écrire est un processus sans recette claire et les ateliers viennent le nourrir quel que soit le niveau d’expertise. 



 

 

© Crédit photo :  Photographie de Sélima Atallah, no 3.

 

 

H.M – Cette révélation presque quotidienne ou cette découverte de soi à travers et à partir des mots ont-elles réussi à guérir vos blessures et à calmer la fougue de vos ambitions ? 


 

S.A – En ce qui concerne la fougue, elle semble se nourrir de ce que j’écris car j’ai l’impression qu’elle devient de plus en plus forte, bien que je parvienne peut-être un peu mieux à la domestiquer, à l’incarner dans l’écriture et aussi, beaucoup dans la scène. Performer mes textes m’est essentiel et je pense que c’est un espace où être au contact de sa folie, de son feu et de ses blessures est bienvenu. Plutôt que de les laisser vous écraser, c’est un lieu où on les sublime, où la folie crée au lieu de détruire. Certaines plaies sont certainement moins à vif, mais mes failles sont la matière-même de mon écriture, et bien que je me connaisse peut-être un peu mieux grâce à mon écriture et mes performances je pense aussi qu’une grande partie de ce que je crée me dépasse et je ne comprendrai jamais parfaitement ce qui m’habite, bien qu’un des rêves de mon adolescence ait été de tout savoir de mes parts d’ombres et de lumières, mais je pense que c’est une utopie inatteignable. Je pense qu’on écrit surtout ce qu’on ne comprend pas et qu’on ne comprendra jamais de soi et du monde. 



 

H.M – La poésie audiovisuelle est votre genre de prédilection : le podcast, le soundcloud, les réseaux sociaux et c’est vous la douée de la poésie audiovisuelle. Vous préférez écrire vos poèmes ou les enregistrez directement avec votre voix ? 


 

S.A – Merci ! Je pense que des projets comme Pan 21 par exemple le font de manière bien plus ambitieuse que moi, et j’aimerais pousser cette pratique encore plus ! J’écris toujours mes poèmes en amont de leur enregistrement bien qu’il m’arrive de me laisser aller à des moments d’improvisation dont je ressens la pertinence. C’est vrai que l’oralité est essentielle à ma poésie, quand j’écris je lis mes poèmes à voix haute et c’est la qualité du rythme qui fait que je cesse d’écrire. Il me paraît donc naturel d’en rendre compte. Quant à la dimension visuelle, c’est une continuité de mon désir de rendre compte de mon univers et je profite des outils qui nous sont offerts pour y introduire de la poésie. Je ne veux pas d’une poésie cloîtrée dans sa tour d’ivoire, je la veux exigeante mais accessible au plus grand nombre et les réseaux sociaux sont donc un terrain nécessaire. Mais je ne m’y sens pas à l’aise en tant que seul lieu d’expression car on finit très vite par se laisser prendre par ses exigences algorithmiques et la création en souffre. Néanmoins, la projection est aussi quelque chose que j’expérimente aussi sur scène pour rendre compte du numérique qui est là partout autour de nous. 


 

H.M –  L’alerte blanche de vos cheveux est-elle la couleur de l’enfance ou de l’essence ? Ou plus c’est audacieux, mieux quand il s’agit d’être atypique ? 


 

S.A – J’aime beaucoup l’idée d’appeler ça “alerte blanche”. Ne faisant jamais les choses à moitié, j’ai voulu du contraste pour ma première teinture. Ça m’a obsédé à un moment, alors je l’ai fait, je ne sais pas trop pourquoi, probablement pour signaler de prime abord une forme d’étrangeté et préparer mon interlocuteur à ne pas me ranger dans une case trop lisse. Je ne sais pas trop en vérité, je laisse la porte ouverte à toutes les interprétations !


 

H.M – Quelle est votre idée phare pour définir votre propre vision poétique ? 

 

S.A – Tout le monde peut aspirer à quelque chose de plus si tant est qu’il s’y autorise, mais c’est un chemin difficile, une lutte perpétuelle contre les normes et contre soi-même. Ma poésie lutte pour défendre l’idée que l’injustice du monde, écrasante, ne doit pas nous faire renoncer à notre quête d’absolu. Il naît du rythme le plus pur que chacun.e porte en soi et c’est lui que j’imprime à mes textes. 



 

H.M – On entend dire souvent que la jeunesse est un continent qui ne cesse de s’éloigner de la vie politique et pourtant ce n’est pas du tout votre cas ?


 

S.A – Je pense qu’au contraire, l’état du monde et les injustices qu’il porte n’ont jamais autant concerné les jeunes. Leurs moyens de lutter ne sont peut-être pas les outils politiques traditionnels qui ont montré leurs faillites, qui déçoivent, dégoûtent et écrasent, mais les jeunes s’engagent par leurs vies alternatives, par leurs manifestations, par leurs initiatives de plus en plus éthiques et engagées pour créer un autre monde que le champ de ruine qui nous est offert. Je pense que l’urgence climatique et humanitaire à laquelle nous faisons face nous pénètre toustes, la jeunesse, désillusionnée, n’a d’autre choix que la révolte.  



 

H.M – Votre voix, votre énergie, votre corps et votre mémoire poétiques sont-ils plus vibrants sur les Terres de la Méditerranée ?


 

S.A – La mer Méditerranée me semble de plus en plus être la matrice de mes expériences. Avec le covid, j’ai eu moins l’occasion de la voir, et puis la pollution qui devient tangible avec des jours où le plastique est partout au milieu des algues l’a rendue plus précieuse, plus intime, comme les traversées malheureuses qui l’habitent tous les jours. Ce qui la menace me menace. Mon corps est réellement vivant à son contact et c’est lui qui crée mes mots et qui diffuse ma voix. Elle fait certainement résonner mon travail. 



 

H.M – ʺEt toujours nos corps ne nous appartiennent pasʺ, vous confirmez que vous êtes en état d’errance et de quête identitaire. C’est pour cette raison que vous écrivez ? 


 

S.A – Oui, certainement, l’écriture me permet de créer un lieu où je suis à ma place, là où ma francophonie pose problème dans la Tunisie qui m’a vue naître et où ma nationalité non-européenne limite la liberté de mon corps dans les espaces où je me sens plus adaptée. Alors, j’habite ma poésie et mes performances en créant un espace où je me sens libre au-delà des limites que le monde hypernormatif, bardé de frontières et de contrôles impose à mon corps et à beaucoup de corps minorisés. 



 

H.M – Sans peur et sans complexe, pour Sélima ATALLAH le danger viendra d’où ? 


 

S.A – Le danger vient de la division, du fait de ne pas se voir dans le visage de l’autre qui devient un moyen à chasser ou à exploiter plutôt qu’un être humain à accueillir dans la complexité de ses désirs. 



 

H.M – Quels sont les futurs projets de Sélima ATALLAH et vraiment ravie de vous avoir parmi nous ? 


 

S.A – Plusieurs recueils sont à paraître et je travaille à un projet de performance poétique rendant compte de l’errance d’un corps entre les lieux et les langues. Peut-être une traversée de la méditerranée, sûrement d’autres choses que je ne prépare pas encore et qui s’imposeront à moi au gré des rencontres et des circonstances. 

 

 

 

© Hanen Marouani, Sélima Atallah

 

______

 

 

Pour citer ces photographies & entretien inédits 

 

Hanen Marouani, « Portrait de Sélima Atallah  », Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 25 mai 2022. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/megalesia22/hm-selimaatallah

 

 

 

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REVUE ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Amour en poésie Muses et féminins en poésie O-no2 Poésie audiovisuelle
9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 13:59

 

REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens & Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | Entretiens artistiques, poétiques & féministes

 

 

 

 

 

 

 

 

Interview avec l'artiste-peintre

 

 

franco-haïtienne Élodie Barthélémy 

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

Entrevue avec

Élodie Barthélémy

 

Artiste peintre franco-haïtienne

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy, "Fécondation in kwi", 1997.

 

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Portrait photographique de l''artiste Élodie Barthélémy par Ould Mohand.

 

 

 

Élodie Barthélémy est artiste-peintre franco-haïtienne née en Colombie où son père français fut diplomate. Elle a une œuvre picturale foisonnante et ouverte sur le monde. Elle nous parle à cœur ouvert de son parcours d’artiste et de ses réalisations. 

 

 

 

 

MDC –  Élodie Barthélemy, parlez-moi de votre parcours en tant qu’artiste-peintre ?

 

EB – Cela fait presque quarante ans que j’ai pris ce chemin. Je l’ai choisi adolescente avec comme objectif premier de mener une quête qui me mènerait jusqu’à ma mort. La peinture me semblait être la voie la plus longue, ce qui augurait un gage de longévité, effet escompté.

Je ne me suis pas trompée, je suis encore très loin d’être peintre. Je me donne encore cinquante ans si la vie m’accompagne jusque-là.

J’ai commencé adolescente par les installations et le modelage, si je résume : le volume, l’espace et l’amour de la poésie : Rilke, Baudelaire, Rimbaud, Michaux, Césaire et les amis de mes parents Jean Métellus, Roberto Armijo.

Puis ce fut la peinture aux Beaux-Arts de Paris dont je suis diplômée.

Depuis j’explore différents médiums : les tissus appliqués, les assemblages, les installations, la gravure, la performance, les œuvres participatives, en revenant régulièrement à la peinture comme un nécessaire retour sur soi.

 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy, "Oliviers-Terre rouge", 2021. 

 

 

MDC – Votre technique de travail ? Les matières utilisées ? Bref tout ce qui relève de votre création artistique ? Vos sources d’inspiration ?

 

 

EB – Des lieux, matériaux et objets sont toujours à la source d’un travail. 

Un exemple de lieu ? J’ai séjourné pendant le confinement à Barjols, en Provence, où la terre de la garrigue est rouge. Cette couleur du sol qui m’entourait m’a connecté à différents lieux de ma connaissance en Haïti et au Honduras, à des souvenirs. Peindre sur le motif les oliviers croissant dans cette terre riche en bauxite échappait dès lors à une vision strictement locale et pittoresque. Cette perception en écho qui nourrit le sentiment de correspondance, de lien, d’union m’ancre dans le lieu et me permet d’y travailler durablement. J’y suis retournée à chaque saison.

Un exemple de matériau ? La calebasse. Avoir la rondeur de la calebasse entre les mains m’a amenée à explorer et partager les sensations et images liées à la grossesse afin de compenser une prise en charge hyper-technique et médicale de ce processus naturel. Ce travail m’a conduite à réinventer sans le savoir l’usage du masque ventral et à créer des impressions dont la matrice était des calebasses gravées dans l’exposition intitulée Fécondation in kwi en 1998.

Plus largement des lieux, des matériaux, des objets, peuvent faire surgir des rituels de passage : de la naissance à la mort en y incluant les chocs historiques et sociaux que l’on traverse ou dont nous sommes les héritiers.

Pour faire court :

Mes matériaux de prédilection sont : verre, terre, farine, calebasse, métal, tissu, fil, laine, racines, cheveux...

Les objets que j’affectionne : chapeaux, vêtements, paniers, chaises, bouteilles, outils…

Les rituels autour de l’enfantement, l’enfance, l’adolescence, la mort, le deuil, les ancêtres

Les problématiques liés à l’esclavage, les guerres, les migrations.

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy et Laurent Grisel "La grande bugade", 2021. 

 

 

 

MDC – Considérez-vous que les arts puissent revêtir un cachet féministe tout en évoquant le merveilleux ?

 

 

EB – Le féminisme passe dans mon travail par l’évocation physique de gestes immémoriaux de celle qui lave, celle qui cuit et celle qui coud, celle qui aide (la sage-femme) chers à l’ethnologue Yvonne Verdier. 

Une œuvre intitulée « Terre nourricière » entre en écho avec votre question.

Je l’ai créée à la suite du tremblement de terre de 2010 qui a ravagé Haïti, pays meurtri qui avait déjà connu des émeutes de la faim lors de la crise boursière des produits céréaliers en 2008. 

Il faut savoir pour comprendre ce qui suit qu’Haïti est ma terre maternelle. Ma mère est ma mère nourricière. Haïti est donc ma terre nourricière.

Mais au-delà de mon lien avec Haïti, la terre nourrit les vivants humains et non humains. 

Le merveilleux qu’évoque votre question est celui emprunt de réalisme magique qui m’a tant marquée dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez et qui rejaillissait sous une forme tragique dans un reportage télévisé d’une chaîne française : Manger de la terre dans un marché haïtien pour couper la faim. 

Mon installation présentée à la galerie Agnès B puis au Pavillon haïtien de la Biennale de Venise dans une exposition intitulée Haïti Royaume de ce monde, titre emprunté à Alejo Carpentier, prit la forme d’un banquet avec de nombreux plateaux couverts de victuailles. J’avais façonné des galettes de terre parsemées de dents. Le merveilleux ? Cette artiste, cette femme que je suis, celle qui foule la terre et la paille puis la pétrit pour transfigurer la douleur et la perte en aliment. Ainsi cette terre qui dévorait ses enfants nourrirait la terre entière. 


 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy, "Terre nourricière", 2011.

 

 

MDC – Quelle place faites-vous au féminin dans votre art ?

 

EB – Dans le Tao-tê-king, Lao-Tzeu calligraphie :

 

« L’Esprit du Val° ne meurt point

C’est le Mystérieux Féminin

l’huis du Mystérieux Féminin

Est racine de Ciel-et-Terre

Traînant comme une filandre à peine s’il existe

mais l’on y puisera sans jamais qu’il s’épuise

Et du ruisseau qui y coule. »

(Traduit par François Houang et Pierre Leyris)

 

Comme je l’ai évoqué précédemment, je fais beaucoup de places aux travaux auxquels les femmes sont assignées. Les gestes des lavandières, des couturières, des coiffeuses, ce qui relève du travail manuel dévolu aux femmes ont la part belle dans mon travail. Retrouver leurs gestes est ma façon de mettre en lumière le travail qu’elles accomplissent, en prenant soin de le sortir du cercle privé, en le partageant comme bien commun. 

Un exemple récent s’est déroulé lors du festival dédié à la poésie, à la performance et aux arts visuels des Eauditives en mai 2021, j’ai créé avec le poète Laurent Grisel la performance « La grande bugade : Lavons les avanies ! » autour du lavoir de la fontaine Saint Jean à Barjols. La grande bugade est le terme provençal pour la grande lessive qui permettait aux femmes d’écluser le gros du linge sale deux fois par an. Lors de notre performance participative, le public était invité à nous rappeler les expressions injurieuses de nos derniers présidents à l’égard du peuple. Nous les inscrivions sur des draps puis les lavions avec battoir, cendre, eau vive jusqu’à les sortir immaculés et essorés au son du chant repris par le public : Lavons, lavons les avanies ! Une sorte de catharsis sociale joyeuse par les bienfaits de l’eau. 

 

MDC – Est-il facile d’exister en tant que femme peintre par rapport aux peintres de l’autre sexe sur le marché de l’art ?

 

EB – Je constate avec satisfaction qu’il est plus facile aujourd’hui d’exister en tant que femme-artiste mais je dirai que cela vaut pour la génération qui m’a suivie. 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy, "Entre deux ciels", Photographie par Anja Beutler, 2021. 

 

 

MDC – Peut-on considérer qu’il puisse exister une alliance entre l’art pictural et la poésie ?

 

 

EB – Une œuvre plastique peut prendre forme à partir d’un poème comme ce fut le cas quand je me suis éprise du célèbre poème « Se equivocó la paloma ». Ce poème écrit dans une période de grand désespoir par Rafael Alberti en 1941 à Paris, la guerre civile espagnole l’ayant contraint à l’exil, me procurait une sensation d’espace et d’improbable sérénité que je souhaitais partager. 

Nous étions entre deux confinements en 2020. 

La forme que j’ai trouvée est passée par l’interprétation de ce poème en LSF (Langue des Signes Française) commandée à la poétesse sourde Djenebou Bathily que j’ai filmée. Cette vidéo s’insérait dans une installation intitulée « Entre deux ciels » créée dans la cave d’une ancienne tannerie à Houdan, dans les Yvelines près de Paris. Elle répondait à un extrait de « Uruguay » de Jules Supervielle dont le livre ouvert était suspendu dans les airs, et dont on entendait la lecture enregistrée par le poète parlant Laurent Grisel. Cet extrait évoquait les nuages du ciel de la campagne uruguayenne qui sont comme des «animaux qui ne meurent jamais ». Cette cave accueillait le ciel bleui de la lune jouant avec un nuage calcifié, fossilisé surgissant du mur et le soleil métamorphosé en un cercle de livres irradiant de lumière chaude. Ces nuages qui ne meurent jamais peuvent évoquer tous ces poèmes, ces écrits, cette littérature qui nous maintiennent vivants et qui -pour ma part- m’ont éclairée pendant le confinement.

 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy et Laurent Grisel, "La grande bugade", 2, 2021.

 

 

 

MDC  – Vous avez eu une maman célèbre conteuse, quelles étaient vos relations avec elle ?

 

 

EB – Je l’ai présentée rapidement comme une mère nourricière. Elle est bien plus que cela. Mimi Barthélémy (1939 Port-Au-Prince 2013 Paris) était conteuse, chanteuse et comédienne, elle a écrit de nombreux recueils de contes, des spectacles et un roman. Elle a conté et chanté la littérature orale haïtienne partout en France, en Amérique latine et du Nord, à Cuba et ailleurs. J’ai eu la chance de travailler vingt ans à ses côtés comme scénographe de ses spectacles et illustratrice de certains de ses albums. Cela m’a permis de m’approcher de son soleil et d’être témoin de la conscience qu’elle avait de son rôle de conteuse et de l’importance de l’héritage qu’elle transmettait au public. J’ai reçu d’elle ce goût immodéré d’écouter les paroles qui vont à la source du vivant, des émotions, des sensations, des expériences fondamentales partagées, des archétypes du fond humain. Un bon terreau pour apprécier la poésie.

 

 

© ​​​​Crédit photo : Élodie Barthélémy, "Petites annonces", 1998.

 

 

© Maggy De Coster & Élodie Barthélémy.
 

_____

 

 

Pour citer ces entrevue, dessins inédits
 

 

Maggy De Coster, « Interview avec l'artiste-peintre franco-haïtienne Élodie Barthélémy »  dessins & photographies par Élodie Barthélémy & autres artistes, Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 9 mai 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/megalesia22/mdc-elodiebarthelemy

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES ET REVUE ORIENTALES - dans Megalesia O-no2 Féminismes Muses et féminins en poésie
8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 17:05

 

REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens & Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 | Entretiens artistiques, poétiques & féministes

 

 

 

 

 

 

 

 

Rencontre avec Asuka Kazama :

 

 

une artiste peintre, plasticienne

 

 

& photographe japonaise

 

 

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

Entrevue avec

Asuka Kazama

 

Artiste peintre, plasticienne & photographe japonaise

 

Site officiel : asukakazama.net

 

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : L'artiste Asuka Kazama travaillant dehors. 

 

 

 

 

© ​​​​Crédit photo :   Le visuel de l'exposition en hommage aux Deux Magots de l'artiste Asuka Kazama 2017. 

 

 

 

Elle s’appelle Asuka Kazama, elle a étudié en France pour laquelle elle se passionne et a choisi d’y exercer son art.

 

 

© ​​​​Crédit photo :  L'artiste Asuka Kazama avec Madame Catherine Mathivat  en  hommage aux Deux Magots où elle a exposé en 2017. 

 

 

 

 

 

 

MDC –  Asuka Kazama parlez-moi de votre parcours en tant que artiste-peintre d’origine japonaise vivant en France ?

 


AK – Je suis née à Tokyo. Je dessine depuis l’âge d’un an. Mon rêve était de devenir peintre.

J'ai appris la calligraphie japonaise dès l’âge de sept ans et pendant neuf ans. Lors d’un premier voyage en France, j’ai ressenti quelque chose de très fort qui m'a poussé à y revenir. Depuis ces voyages en Europe, surtout en Italie et en France, la culture européenne m'a fascinée, surtout le cinéma, la littérature, la poésie sans oublier la musique occidentale qui me plaît toujours. J'ai fait mes études de français à la Faculté des Arts et des Lettres de Tokyo. Par la suite, j’ai continué à étudier le français à l'Institut franco-japonais de la même ville où j’ai travaillé dans une entreprise pendant quelques années. J'ai eu la chance de venir en France.  Là, j'ai fait mes études à L’École des Arts Déco de Strasbourg de la licence au Master et j’ai commencé à travailler au musée de la même ville en 2010 tout en étant étudiante. Je vis à Paris depuis 2017.


 

 

MDC –  Qu’en est-il de votre technique de travail ? Des matières utilisées ?
 

 

AK – Les matières utilisés sont diverses : je travaille à l’aquarelle (aquarelle japonaise, à la gouache, à l’acrylique, à l’encre, à l’huile, au feutre). Je travaille aussi sur du papier, de la toile. Je fais des collages, je prends beaucoup de photos. Les eaux naturelles, le hasard, les mémoires, les rêves, les rencontres, les émotions participent dans ma création artistique. Je représente symboliquement les humains dans ma peinture par des animaux comme c’est le cas dans la tradition japonaise, merci de voir mon site : asukakazama.net


 

 

 

© ​​​​Crédit photo : Peinture sans titre de l'artiste Asuka Kazama. 

 

 

 

 

 

MDC – Quelles sont vos sources d’inspiration ?
 

AK – La vie quotidienne de Paris avec ses rues emblématiques, ses musées à Paris. La vie parisienne dans sa diversité avec les odeurs, les saveurs. J’aime aussi Strasbourg et ses musées. Chaque ville, chaque petit village a son charme incontournable. J’aime les propos de ces auteurs et chanteurs qui résument bien mon état d’esprit comme Victor Hugo qui avance : « je veux être Chateaubriand ou rien », ou Jacques Prévert : « Paris est tout petit pour ceux qui s'aiment, comme nous, d'un si grand amour » ; Marivaux : « Nous qui sommes bornées en tout comment le sommes-nous si peu lorsqu'il s'agit de souffrir ? »



 

MDC – Quelle place faites-vous au féminin et au féminisme dans votre œuvre ?

 

AK – Il m’arrive d’exprimer les cris des femmes ou leur douceur en ligne abstraite, c'est très femme… J'adore les rondeurs depuis mon enfance. Mais j'aime aussi dessiner l'architecture même si ce n'est pas très féminin…

 

 

© ​​​​Crédit photo : "La colère de l'homme", 2021, peinture de l'artiste Asuka Kazama. 

 

 

 

 


 

MDC – Selon vous est-ce qu’il peut exister une alliance entre la peinture et la poésie ?
 

AK  – Bien sûr. Pour moi la poésie est fondamentale. Très jeune j’ai été nourrie de lectures poétiques diverses et variées qui m’ont sans doute inspirée et ont également influencé mon œuvre picturale d’une façon ou d’une autre.

 

 

 

 

MDC – Où peut-on voir vos œuvres ?

 

 

 

 

AK – Actuellement il est possible de voir mes œuvres et reproductions (en cartes postales) aux adresses suivantes :
Le Coin des Arts, 53 rue du Turenne 75003 (sur DEMANDE https://www.lecoindesarts.com/fr/artiste_kazama-asuka_192, voir ci-dessous) ; L'Encadrement vôtre, 3 rue Argenson 75008 (en vitrine) ; L'Encadrement Baxter, 15 rue du Dragon 75006 (sur demande) ; L’Écume des pages, 174 boulevard Saint-Germain 75006 (cartes postales sur place) ; Le cabinet médical Jean Richepin 75016 (sur rendez-vous avec l'artiste).

 

 

 

© ​​​​Crédit photo : "Une vache", 2013,  dessin de l'artiste Asuka Kazama. 

 

 

© Maggy De Coster, Asuka Kazama

 

 

____

 

 

Pour citer ces entrevue, dessins & photographies inédits
 

 

Maggy De Coster, « Rencontre avec Asuka Kazama : une artiste peintre, plasticienne et photographe japonaise » dessins & photographies par Asuka Kazama, Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événements poétiques | Festival International Megalesia 2022 « Les merveilleux féeriques féministe & au féminin », mis en ligne le 8 mai 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/megalesia22/mdc-asukakazama

 

 

 

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