17 septembre 2017 7 17 /09 /septembre /2017 15:37

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

 

Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

 

 

 

Edgar Morin, une pensée faite monde

 

 

 

Mustapha Saha

 

Reportage photographique par

 

© Élisabeth et Mustapha Saha

 

 

Contexte

 

 

Le Maroc célèbre Edgar Morin à Paris avec un hommage vibrant de l’Ambassadeur Chakib Benmoussa. En présence des deux amis proches et complices philosophiques, les sociologues Alain Touraine et Mustapha Saha.

Mustapha Saha rend public, à cette occasion, son texte « Edgar Morin, une pensée faite monde » dont un large extrait ci-dessous.

Reportage photographique :  © Elisabeth et Mustapha Saha. Avec :

Edgar Morin (sociologue, philosophe)

Son Excellence Chakib Benmoussa, Ambassadeur du Royaume du Maroc en France

Alain Touraine (sociologue),

Mohamed Mourabiti (artiste peintre),

Mustapha Saha (sociologue, poète, artiste peintre).

Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde

© Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

***

 

Edgar Morin, une pensée faite monde

 

 

À quatre-vingt-seize ans, Edgar Morin donne au monde une leçon perpétuelle de jeunesse d’esprit. Une pensée en continuelle immersion dans les complexités labyrinthiques de la raison humaine. Une pensée faite monde. Socrate est parmi nous. Sa voie, Edgar Morin l’a trouvée depuis longtemps, vivre poétiquement, chaque journée, comme une vie entière, la construire comme une œuvre d’art, fournir au cerveau du bon grain à moudre pour l’empêcher de s’empêtrer dans la vase des choses. Sa ligne de conduite, dans son long parcours existentiel, s’inspire du paradoxe lumineux de Blaise Pascal, « la raison prend sa source dans le cœur ». Il n’est donc question pour lui ni d’exclure la raison ni d’admettre que la raison. La voie se trouve probablement dans cet entre-deux étroit, entre science sans conscience et conscience sans science, dans cette fibre sensible qui fait l’humaine humanité.

 

La présentation du numéro spécial des Cahiers de l’Herne, consacré à Edgar Morin de son vivant, a réuni de nouveau, au milieu d’un quartet d’intellectuels, dandys fatigués de la surexposition médiatique, Edgar Morin et Alain Touraine, fringants nonagénaires, dinosaures de l’agora sociologique, rescapés miraculeux de la glaciation culturelle, combattants indéfectibles de la pensée sociale, adversaires irréductibles de tous les scientismes, monstres sacrés de la critique radicale, incorrigibles empêcheurs de tourner en rond, indémontables guetteurs de l’imprévisible. Le temps des querelles vivifiantes, des controverses revigorantes, des confrontations stimulantes, paraît bel et bien révolu. Ne demeurent que polémiques stérilisantes, platitudes arrogantes et coups d’épée dans l’eau.

 

Edgar Morin, attentif aux entendus et sous-entendus de ses glorificateurs, console son ennui d’imperturbable bienveillance. Quand le vacarme l’assourdit, Sénèque murmure à son oreille. Il s’installe résolument dans l’économie symbolique du temps pour vivre intensément l’instant présent. Malgré les innombrables sollicitations protocolaires, il se soustrait, le plus possible, à l’abstraction du temps morcelé pour baigner dans le temps naturel, cette durée sans commencement ni fin conceptualisée par Henri Bergson, qui s’accordéonise selon sa propre musique, qui n’a d’autre substance que la volupté d’être. Il ne sert à rien de courir de plus en plus vite pour aller nulle part, sinon à la catastrophe. Blaise Pascal nous le rappelle « Nous errons dans les temps qui ne sont pas les nôtres et ne pensons point au seul qui nous appartient ».

 

L’accélération du temps métronomise le vertige de la mondialisation. L’interconnexion décisionnelle au sommet, à l’échelle planétaire, broie impitoyablement la dimension humaine, absorbe et digère toutes les productions, toutes les inventions, toutes les créations, ne laisse d’autre alternative à la servitude volontaire que l’exclusion sociale. La mondialisation compressive est chronophage par définition. Elle vampirise implacablement le temps de la contemplation, de la méditation, de la réflexion. Elle récuse le droit à la paresse fécondateur de maturation créative. Elle désintègre la conscience de soi, dissoute dans le mépris sans visage, dans les contrôles électroniques, dans les ordres signalétiques, dans les puces indétectables, qui gangrènent, comme des tumeurs, la vie quotidienne. La mondialisation ultralibérale étouffe la pensée critique dans l’œuf. Les monopoles financiers aux commandes et la technocratie gouvernante à leur solde ignorent eux-mêmes la direction prise par le monde. Ils fonctionnent avec les théories obsolètes et les concepts archaïques hérités du dix-neuvième siècle, passés à la moulinette des statistiques descriptives et des variables aléatoires. L’ordre géométrique triomphant dissèque le réel et ne reconstitue que du virtuel. Foin de l’analyse qualitative !

 

Seule l’accumulation des données compte. La culture occidentale s’ankylose, depuis des siècles, dans le rationalisme castrateur, s’obstine à imposer son universalisme en modèle civilisationnel indépassable. Depuis le XVIème siècle, l’Occident se prévaut d’une avance scientifique irrattrapable, alibi idéologique de sa fuite en avant dominatrice, de son complexe de supériorité patho-historique. Avec la Révolution numérique, tous les continents, tous les peuples, toutes les localités repartent à pied d’égalité. Je rappelle à mes vieux complices philosophiques que j’ai forgé le concept de diversalisme pour liquider, définitivement, l’héritage colonial. Toutes les cultures du monde, du passé, du présent, du futur, se valent et s’équivalent dès lors qu’elles ne sont pas instrumentalisées comme armes de destruction et comme véhicules d’infériorisation.

 

La Révolution numérique dépouille le pouvoir, tous les pouvoirs, de leur levier principal, le monopole de l’information, instaure une société transversale en réseaux où le centre se décentre à l’infini, où les périphéries proches et éloignées deviennent instantanément, en temps réel, des centres de focalisation planétaire en fonction des scoops qu’elles propulsent, où l’événement se déclenche, sans préavis, n’importe où, n’importe quand, où l’inattendu se niche dans les indénombrables ordinateurs domestiques. Le flux perpétuel de l’information engloutit ses manipulateurs. La marée communicationnelle avale impitoyablement les désinformateurs. La conscience individuelle interagit désormais, sans intermédiaires institutionnels, avec la conscience planétaire dans son immense diversité, dans une fermentation chaotique propice à toutes les imprévisibles.

 

Le concept d’alter-mondialisme, aspiration profonde à une autre configuration des rapports planétaires, entre civilisations, entre cultures, entre personnes, au-delà de ses multiples récupérations, tresse, dans le tâtonnement expérimental, des passerelles parallèles. Le succès grandissant des produits biologiques, après les dévastations pathogènes des additifs chimiques, remet progressivement la nature-mère au centre des préoccupations humaines. Les énergies renouvelables, solaires, éoliennes, hydrauliques, géothermiques, le développement durable et l’économie circulaire, s’imposent, peu à peu, comme palliatifs pérennes aux combustibles destructeurs. Les entreprises citoyennes, les coopératives, les mutuelles, le commerce équitable, édifient progressivement une économie interactive, sans grossistes, sans distributeurs, sans spéculateurs. L’actualisation des architectures traditionnelles résout des problèmes insolubles pour les technologies sophistiquées et inopérantes des industries monopolistiques du bâtiment. Les niches écologiques se multiplient dans les interstices du bétonnage ravageur.

 
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde

© Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

 

Edgar Morin ne s’est jamais embarrassé des prévenances idéologiques. Il se dit atteint d’incurable dissidence. Les distinctions, les décorations, les gratifications, génératrices d’émotions agréables, protègent socialement son âme rebelle. Il est d’autant plus éthiquement juif qu’il a toujours défendu la cause palestinienne. Il invoque, dans un soupir, la Thessalonique de ses origines, terre d’asile de ses ancêtres andalous. Il cultive sa citoyenneté du monde dans sa marocanité adoptive. Quand il convoque son alter ego disparu, Cornelius Castoriadis, en parlant laconiquement du vide de la pensée, il pense d’abord aux acolytes de circonstance. La course à l’audience participe décisivement au décervelage de masse. La technocratisation de la société va de pair avec sa déculturation. L’appauvrissement intellectuel se conjugue à la prolifération des pathologies mentales. L’addiction aux neuroleptiques compense dangereusement la perte de repères, l’absence de sens à l’existence. La spécialisation à outrance atomise la connaissance, pulvérise la pensée, génère, dans tous domaines, des générations de techniciens ignorantistes.

 

La recherche universitaire n’échappe pas au confinement. Les techno-sciences, qui s’en alimentent, broient l’humain au profit de l’efficience. La compréhension du monde bute sur le cloisonnement disciplinaire et l’atomisation programmée. L’intrépide humaniste ne cherche pas des solutions, tôt ou tard fossilisées en systèmes, juste des voix de passage, avec l’amour, la poésie et la sagesse comme emblèmes, vers les contrées inexplorées du savoir et du bien-vivre. En élaborant la Charte de la Transdisciplinarité avec Lima de Freitas et Basarab Nicolescu, Edgar Morin pense une nouvelle éthique qui contrebalance les grands risques encourus par le genre humain et son environnement en sortant de l’ombre leurs pendants d’espérance. Cette Charte remet à l’ordre du jour une approche dialectique de la réalité dans sa complexité synergique. L’intégrité morale et physique du vivant est inaliénable. Toute tentative de dissoudre l’humain dans une structure formelle, de l’abstraire comme unité statistique inerte, de le soumettre à des manipulations génétiques monstrueuses, de le transformer en cybernanthrope sans âme, est un crime inexpiable contre l’humanité. La connaissance tenant compte de la variété de la nature et de la diversité du vivant est forcément complexe et globale. L’enfermer dans une logique unique, dans une interprétation monolithique relève de l’obscurantisme.

 

La dignité humaine ne se réduit pas à sa dimension existentielle, sociale, matérielle, passagère, elle s’inscrit dans l’anamnésie théorisée par Platon deux mille cinq cents ans en amont. Chaque humain est un éclat de l’univers, il porte en lui la mémoire génétique et intellectuelle de l’humanité entière depuis les origines. La terre tout entière appartient à chaque vivant par le seul fait que chaque être est porteur de son feu sacré. Dès lors, la transdisciplinarité se propose d’articuler les domaines artificiellement séparés du savoir pour susciter une compréhension à la fois panoramique et multidimensionnelle de la nature et de la réalité, une compréhension qui restitue à l’humain son bien le plus précieux, sa dignité. En ce sens, l’interdisciplinarité peut se définir comme une intelligence connective. L’intelligence, du latin « intellegere », ne signifie-t-elle pas, étymologiquement, « relier plusieurs lectures » ? L’intelligence n’est-elle pas cette faculté proprement humaine de comprendre le sens et la substance des choses en déchiffrant, au-delà de leurs apparences, les liens organiques qui les animent ? Chaque discipline est traversée par des courants sémantiques, sémiologiques, éthiques, voire mythologiques, qui la dépassent. Il n’est pas de science qui ne soit en même temps allégorique.

 

La théorie des correspondances de Charles Baudelaire, inspirée de Platon, déclinée dans son poème « Les Correspondances », résume avec justesse ces interactions mystérieuses. Les correspondances verticales tissent des communications secrètes entre le visible et l’invisible, cet invisible visiteur des artistes et des poètes, qui les arrache à l’espace-temps, les plonge dans des sensations célestes incommensurables et les met en état de transe. Paul Klee ne distingue-il pas les artistes par leur don de rendre visible l’invisible ? Les correspondances horizontales réunifient sans cesse le monde, au-delà de ses turbulences, ses désordres, ses violences. Les crises, qui meurtrissent le monde, ne sont-elles pas des résidus lointains du chaos originel dont il est né  ? « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » quand l’âme s’élève suffisamment haut pour capter leur symphonie. La fusion de la subjectivité et de l’objectivité se matérialise dans l’œuvre d’art. L’art et la poésie ne germinent et fleurissent que dans l’imaginaire fertile et l’intuition créative. La seule légitimité des artistes, des poètes, des penseurs, sera leur œuvre dévolue à l’humanité, leur seul juge la postérité à l’aune de leur legs à l’humanité. Mai 68 n’a existé que par sa créativité. Les enfants de mai rêvaient de l’imagination au pouvoir sans savoir que leur rêve était aporétique. Le pouvoir et l’imagination sont et seront irréductiblement antinomiques.

 
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde
Edgar Morin, une pensée faite monde

© Crédits photos :  images du reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha.

 

 

Alain Touraine rappelle sa réfutation permanente des théories systémiques, réduisant les individus à des unités comptables, son aversion des logiques statistiques sans âme, des méthodologies technocratiques déshumanisantes. Face aux machines robotisantes, vulgarisées par le technicisme conquérant, il a toujours développé une sociologie des acteurs, exploré les dynamiques transformatrices des mouvements sociaux, scruter les évasures de la libération. Il s’attache particulièrement à l’utilité de la sociologie, ses théorisations devant naître des pratiques réelles et leur donner sens en retour, avec le souci constant de transformer les consommateurs passifs en sujets actifs dans un monde déboussolé, qui a perdu ses ressorts d’espérance. Le retour du sujet, dans le marasme économique et l’ankylose politique, est, depuis longtemps, son exaltant cheval de bataille. Il n’est d’épanouissement social que dans la synergie des singularités. Alain Touraine fait du concept de subjectivation son étendard, autrement dit l’affirmation de soi comme être libre, responsable et créateur. Je me ressource à cette évocation dans Mai 68.

 

Les idées singulières doivent descendre dans la rue. L’action citoyenne n’a d’autre moteur pour impacter le devenir commun que l’interactivité créative à la base, sur le terrain, hors sentiers battus, par l’apport créatif de chacun. La singularité ne se réalise pleinement que dans la liquidation définitive de la sacralité du pouvoir. Pendant des siècles, seuls les artistes, les poètes, les saltimbanques accédaient à cette liberté d’être sous masque d’amuseurs du roi ou sous guenille de gueux. L’expression de minorité agissante, galvaudée par le pouvoir pour dévaloriser les agitateurs indisciplinables, désigne justement ces groupuscules, sommes de singularités sans entraves, délivrées des chaînes de la productivité, de la rentabilité, de la compétitivité, capables, par leur créativité et leur imaginaire en action, de s’investir dans l’intérêt général et de déclencher des lames de fond dévastatrices de l’ordre établi. Leur déviance, comme le dit justement Edgar Morin, dès lors qu’elle rencontre une attente collective, se mue en tendance pour devenir une force historique. Ainsi se réalise l’improbable qui, au moment où tout semble perdu, sauve l’humain du désastre annoncé.

 

Alain Touraine étudie, dès leur émergence, les mouvements étudiants, les activismes féministes, les bouillonnements incontrôlables, façonneurs d’un autre rapport au monde. Il se proclame membre à part entière du cénacle frondeur d’Edgar Morin, Paul Lefort et CorneIius Castoriadis. Il a tôt pressenti, sous les soubresauts des crises répétitives, l’agonie du vieux monde industriel et la gestation, dans la parole et le sang, d’une société nouvelle, en Amérique latine et ailleurs. Il salue la revanche historique de la dialectique hégélienne sur le positivisme kantien. Le souvenir du père spirituel, Georges Friedmann, hante toujours autant la mémoire des deux patriarches. La condition humaine est leur passion conceptuelle, la politique leur terrain de jeu analytique. Correspondance de leurs destinées conjugales, frappées par la disparition de leurs épouses-muses. Amoureux éternels de l’irremplaçable, ils sont, tous les deux, repartis, au tournant de l’âge, après abattement mortifère, pour une autre vie sentimentale. Quand souffle la tempête, leur donquichottisme, fièrement assumé, leur sert de radeau de sauvetage.

 

L’emprise absolue des pouvoirs écrasants des finances et des médias formatent, d’avance, les besoins, façonnent les opinions, réduisent méthodiquement les marges de liberté. Je pense à mon ami Jean Baudrillard, toujours incompris post-mortem. Le pouvoir pour le pouvoir anéantit subrepticement les droits fondamentaux de l’être humain, neutralise anticipativement ses velléités de révolte, anesthésie sournoisement son exigence vitale de dignité. L’embrigadement brutal des totalitarismes massifs a laissé place aux circuits tentaculaires de contrôle et de surveillance. Dans « la société bureaucratique de consommation dirigée » selon la formulation d’Henri Lefebvre, son cours magistral à Nanterre germinateur de la révolte étudiante, le social est partout évacué au profit de la manipulation politique. Je revis nos discussions interminables avec Henri Lefebvre dans son appartement Rue Rambuteau, nos promenades rituelles jusqu’à la Place des Vosges où la nostalgie de son époque surréaliste, avant d’être vampirisé par le stalinisme, le transfigurait ? Le poète ressurgissait par magie sous la stature du professeur vénéré.

 

Je souligne qu’aujourd’hui, plus qu’hier, le citoyen opprimé lui-même, est sommé, pour se faire entendre, d’intégrer un réseau lobbyiste sous peine de disparaître comme sujet. L’urbanisation technocratique de la planète dénie le droit à la ville jusque dans l’architecture. Le citadin, téléguidé dans des passages obligés, se métamorphose en spectre urbain. Des forces obscures, cependant, forment sourdement, solidairement, inventivement, des galeries souterraines d’émancipation dans les quartiers populaires. La transversalité sape, dans ses fondements, la prépotence pyramidale. Mai 68, chassé par la grande porte, revient par l’issue de secours. Mai 68, objet politique non identifiable, artefact historique non élucidable, s’invoque pieusement comme un paradigme utopique, une lanterne mythique, un sémaphore symbolique. Alain Touraine cite Mai 68 ; La Brèche (éditions Fayard, 1968), ouvrage écrit dans le vif de la Révolution ludique par Edgar Morin, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis. Il omet volontairement d’évoquer, élégance intellectuelle oblige, son propre livre du même cru Le mouvement de mai ou le communisme utopique (éditions du Seuil, 1968). Visions empathiques de mandarins engagés ne saisissant de la conscience estudiantine révoltée que sa pellicule politique. Et pourtant, sous folklore ouvriériste, il n’eut que la soif de liberté, rien de plus, rien de moins. Au premier rang de l’auditorium, je me revois à l’époque, vêtu de noir comme aujourd’hui, cofondateur du Mouvement du 22 mars à la faculté de Nanterre, animateur romantique du temps des barricades, rêveur impénitent de rivages inaccessibles, calfeutré dans une distanciation de bonne aloi, souriant de la récupération académique et de l’émotion sincère des doctes nostalgiques. Je me contente d’objecter, pendant le dîner, quelques apophtegmes amphigouriques. Mai 68, perceur de traverses transgressives, fécondateur d’idées intempestives, porteur d’intemporalité poétique, féconde toujours l’avenir, au-delà des mutations éprouvantes. Le virus politique empêche la pensée de prendre son envol philosophique. La société transversale creuse, irréversiblement, ses cheminements invisibles. Les concepts de pouvoir et de politique sont définitivement obsolètes. Il n’est de salut que par l’art et la poésie.

 

La soirée se prolonge dans l’ambiance exotique et feutrée du restaurant marocain L’Atlas, boulevard Saint-Germain. Une douzaines de convives, triés sur le volet par la direction des Cahiers de l’Herne, puissance invitante, couvent Edgar Morin et Alain Touraine de leur affectueuse présence. Les cellériers lobbyistes de l’événement restent à la porte. Le pouvoir sans pouvoir puise sa raison d’exister dans les secrets d’alcôve. Les deux philosophes partagent bonnes anecdotes et tajines d’agneau embaumés d’effluves orientaux. Edgar Morin entonne à voix chaude des chansons classiques des années folles. La sociologue marocaine et complice épouse, Sabah Abouessalam-Morin, savoure en silence la déclaration d’amour.

© MS*

 

* Mustapha Saha, sociologue, poète, artiste peintre, cofondateur du Mouvement du 22 Mars à la Faculté de Nanterre et figure historique de Mai 68.

 

Sociologie, poésie, féminisme & Mai 68

 

***

 

Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha, « Edgar Morin, une pensée faite monde », reportage photographique par Élisabeth et Mustapha Saha, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Hors-série 2017, mis en ligne le 17 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/edgar-morin.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 11:17

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique

 

 

 

Nouvelle zone qui célèbre l'Orient et l'Afrique en poésie

 

 

 

Regard sémiotique sur la peinture

 

 

 

intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

 

 

 

Mustapha Saha

 

 

 

© Crédit photo : Portrait d’Ahmed Cherkaoui par Mustapha Saha,

peinture sur toile, dimensions : 100 x 81 cm.

 

 

 

Contexte

 

Le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain programme une exposition rétrospective pour décembre 2017, en hommage à Ahmed Cherkaoui à l’occasion du cinquantenaire anniversaire de son éclipse de ce monde. Je consacre à l’immortelle figure de proue de la peinture marocaine et planétaire un portrait, peinture sur toile grand format, et une analyse des ressorts esthétiques et des radicules philosophiques de son œuvre fondatrice.

 


***

 

 

Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui

 


 

 

 

En 1967, le peintre Ahmed Cherkaoui est terrassé par une maudite infection à l’âge de trente-deux ans. Foudroyé par le feu de la création comme s’il n’est passé sur terre que pour imprimer son message. « L’Ange bleu » s’exécute en présage. Un demi-siècle plus tard, sa peinture trace toujours son sillage. Formé dès l’enfance aux arts calligraphiques et, par atavisme, au soufisme, il perçoit lui-même sa vocation artistique comme une impérative prédestination. Il conçoit, pendant son expatriation parisienne, sa trajectoire comme mise à nu des modélisations acquises, récusation des facilités exquises, exploration d’impénétrables territoires. Il ressent d’emblée son embrasement visionnaire comme une révélation.

 

L’œuvre accomplie dans l’urgence de l’éternité fugitive, dans la fébrilité des fulgurances intuitives, dans l’intensité d’une vie pressentie transitive, n’est ni abstraite, ni ancienne, ni moderne. Il s’agit, bien au contraire, d’une œuvre-univers, perpétuant, dans sa symbolique transcendante, le signe de l’esprit et l’esprit du signe, puisant sa sève dans des racines incorruptibles pour féconder des frondaisons sans cesse reconvertibles. L’artiste hérite à la naissance de la mystique interrogative sur les mystères de l’existence, du serment prophétique de la connaissance, du calligramme énigmatique de la prescience. Les premières compositions, captations des glyphes séculaires, déclinées comme antiques papyrus, déroulent les fluctuations existentielles, les incertitudes torrentielles, les vacillations essentielles.

 

Le jeune artiste acquiert les règles classiques de la plastique occidentale, les titres de noblesse universitaire, la reconnaissance des galeries internationales. Il se détourne ex abrupto des chemins balisés, des écoles labellisées, des gratifications caramélisées. Sa terre natale regorge d’indices indécryptables, de permanences indatables, de rémanences transmutables.

L’ambitieuse recherche s’attaque d’emblée à l’inconnaissable du connaissable, l’invisible du visible, l’indiscernable du perceptible. Se prospecte l’interaction secrète entre techniques magiques et magie de l’art. Le travail en profondeur sur surfaces réduites traque les fissures, les invisibilités tangentes, les échappatoires indétectables. Les tentatives de pénétration des références héréditaires, cuirassées dans leur récursivité close, glissent aussitôt dans l’imprévisible. Les formes extensibles se recombinent avec malice. Le jeu des miroirs démultiplie les points de fuite. L’amplification de l’infinitésimal bute sur l’inexprimable. Les brèches à peine suggérées se cimentent. L’intelligibilité se fragmente. La stylistique se façonne dans l’hybridation symbolique.


 

Aux commencements le tatouage, l’empreinte indélébile dans la chair, le patrimoine mnésique cessible dans la matrice inaliénable, les secrets concessibles dans leur hermétisme inviolable, les rites de passage transmissibles dans l’initiatique oralité. Cette peinture explicitement talismanique exprime avec ferveur la recherche ontologique, l’aimantation mythologique, l’ivresse argomautique. La palette saisit les couleurs ésotériques dans leur incarnation première, les figures allégoriques dans leur structure archétypale, les jonctions nodales dans leur vibration suspensive, les projections focales dans leur rupture évasive. La toile de jute, étoffe électrisable, fibre métamorphosable, absorbe sur le vif les visualisations extatiques, les télesthésies fantastiques, les imprégnations thaumaturgiques.

 

L’arborescence intemporelle, convulsée d’étincelles perceptives, d’illuminations substantives, traverse, sans altération, les tourbillons de l’histoire. La chromatique se pigmente de quintessence minérale, s’insuffle d’essence sidérale, s’infuse de conscience intégrale. Processus alchimique par excellence. L’architecture se tisse dans la texture. L’ardeur créative se canalise. Le concept se matérialise. Le substrat se spiritualise. La cosmogonie se tresse dans une clairvoyance inédite. Un vision tremblante, ondoyante, fluctuante de l’ovalité génératrice, définitivement rebelle aux pétrifications tétanisantes. Les talismans et les miroirs s’élaborent, dans la frénésie votive, en séries bijectives. « Le couronnement », acquisition française grâce au ministre de la culture André Malraux, allégorie sibylline d’une annonce messianique, consacre l’incandescence spirituelle dans ses flamboyances polychromes transperçant les pesanteurs de la matière.


 

Le pinceau trempé dans la cendre remue rageusement la boîte à Pandore, démaquille les démons lustrés d’or, démantèle les remparts et les miradors. Les toiles se baptisent de titres conjuratoires. S’interpellent dans la fureur graphique les fauteurs de malheur. « Le Mont des oliviers », branches décharnées, verdure noyée dans des mauves crépusculaires, sonne a postériori comme un cri prémonitoire contre une guerre génocidaire. Les candélabres de la fraternité se transforment en fourches caudines. Les tempêtes assourdies s’agglutinent en laves refroidies. Se décomposent et se recomposent des morphologies terreuses dans les cicatrices charbonneuses. S’amoncellent pupilles ballonnées dans leur impuissance scrutatrice. Le retour à l’argile purgative s’impose comme un appel au phénix rédempteur.

 

Les psalmodiques résonances du Dîwân d’Al-Hallaj tempèrent les cafardeuses dissonances. S’infiltrent lueurs multicolores dans l’opacité déprimante. S’exorcisent sur fonds sombres les malédictions objectales, les damnations sacerdotales, les compromissions fatales. Isis s’invoque comme bienfaisante pythonisse. Surgissent les trois mâts de la sagesse sur barque solaire. La coque terrestre se fait tour à tour comète tourbillonnante, graine germinante, vulve foisonnante. La tissure se déleste de ses tracés obscurs. Au-delà des géographies restrictives, l’elliptique représentation de théogonies lointaines ouvre le champ référentiel sur des analogies souterraines. L’œuf primordial s’entoure de blancheur sensitive, spectre énergétique d’inébranlable lumière. Le poisson cosmique, dans sa sacralité procréatrice, veille sur l’immuable écriture. La flèche divinatoire indique l’introuvable grimoire. Ne demeurent de la sphère purificatoire qu’arcures évocatoires, trigones sacrificatoires, reliquaires absolutoires. La spirale astrale aspire le regard au-delà du miroir, un miroir trinitaire revoyant l’affect à l’intellect et l’intellect au précepte indécodable. L’émotion esthétique bascule dans la contemplation métaphysique.

© MS

Ce texte est aussi classé dans "Muses au masculin"

 

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Pour citer ce texte

 

Mustapha Saha (article & illustration), « Regard sémiotique sur la peinture intemporelle d’Ahmed Cherkaoui », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°11 & Numéro spécial 2017, mis en ligne le 14 septembre 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/9/peinture-cherkaoui.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 16:41

 

Publication successive

 

Lettre n°9

 

avec une publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016

 

Pour répondre à vos nombreuses demandes de publication,

nous mettons en ligne une partie des numéros imprimés de décembre

avec vos annonces et informations

 

© Crédit photo : Introspection, éditions Pan des muses, image prise par LPpdm, 2016.

 

ISSN numérique : 2116-1046

 

Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques

 

diffusée en version électronique (apériodique) et en version imprimée (4 numéros par an)

 

Le Pan poétique des muses ISSN Imprimé : 2492-0487

 

Logodupan

© www.pandesmuses.fr  

Comité de rédaction : Khris Anthelme, Camille Aubaude, Cyril Bontron, Laure Delaunay, Eric Guillot, Mario Portillo Pérez, Dina Sahyouni, Nelly Taza & Françoise Urban-Menninger. Réalisation technique : Anna Perenna, Cyril Bontron. Contacts : contact@pandesmuses.fr & contact.revue@pandesmuses.fr

Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteur-e est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, il est le/la seul-e responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

 

Meilleurs vœux !

Iris & Mêtis messagères bleues des muses,

Le Pan poétique des muses,

le semainier des muses

avec l'association SIÉFÉGP

vous souhaitent une bonne année 2017 !

 

Poèmes, nouvelles, lettres, fragments

 

[Parution imprimée de certains de ses textes dans le numéro spécial et le hors-série 2016 ]

 

Nicole Coppey : Ô ! Ô! Lumière en prière , Ô rivière de lumière & Fruit Vermeil 

Mokhtar El Amraoui Miroirs & Oriflammes

Françoise Urban-Menninger : À fleur de paume

Dina Sahyouni : Aimer l’amour , Adieu homme & Gribouillage translucide

Maggy de Coster : « Les Versets simplifiés du soleil levant » (extraits)   &  Quatre poèmes d’In-version poétique/In-versione poetica

Laure Delaunay : De l’eau, à l’o en passant. Poème Évolutif. Mots doux. Quelques cris. Un "heu…"

 

 

Notre choix d'actualité poétique et artistique en ligne

 

...............

Notre choix d'actualité philosophique et scientifique sur le vivant

(disponibles en ligne)

Notre choix de séries télévisées, films et d'émissions culturelles

télévisées qui valorisent les femmes (disponibles en ligne)

 

..................

 

 

S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages

 

Pomme François-Ferron pour le Collectif Copines 

 

  ...............

 

Liens vers les actualités des actions en faveur des femmes

  • La plateforme www.sexismepasnotregenre.gouv.fr est un espace participatif destinée à : déposer des témoignages par le biais des réseaux sociaux ; retrouver les initiatives labellisées contre le sexisme ; connaître les chiffres clés ; s'informer sur les recours juridiques possibles face à certains actes sexistes (propos concernés, discriminations, harcèlements, violences...).
  • pic.twitter.com/LUvQxV9JUx @SergioTinti1 autour de son livre "Du sexisme dans le sport". Ouvert à tou-te-s @bbarbusse rencontre avec @Paris19e Le 23 janvier 19 heures
    January 5, 2017— andrea fuchs (@andreafuchs)
  • Je ne veux pas que dans nos quartiers on impose aux femmes la manière de s'habiller, de se comporter. Je suis féministe! #LEmissionPolitique

.............

 

Œuvres reçues par LPpdm et classées (certaines d'entre elles) dans

Le Catalogue de la Bibliothèque Cybèle de la SIÉFÉGP

 

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Notre agenda poétique

Dina Sahyouni

SIEFEGP

Avertissement : Le Pan poétique des muses s'est métamorphosée en périodique imprimé de 4 numéros par an, continue aussi à publier a-périodiquement sa version (différente) en ligne. La Lettre du Ppdm prend désormais un rôle important dans nos publications en ligne, n'hésitez plus donc à y contribuer. Vos contributions peuvent être choisies pour figurer dans nos numéros imprimés. Notre site héberge également et pour une durée indéterminée l'association SIEFEGP et ses publications. Belles rencontres poétiques au fil de nos pages ! Au plaisir de vous lire et de vous publier,
Rédaction de la revue LPpdm

 

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    Lettre n°7 | Lettre n°8 | Lettre spéciale édition 2016 |

 

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Initiative labellisée par

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Merci de voter pour notre initiative !

Lettre n° 9 (Avant-première de nos dernières publications de 2016)
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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 11:00

 

Les éditions de la SIÉFÉGP Pan des muses et le périodique Le Pan poétique des muses sont très heureuses de vous annoncer la parution de leur ouvrage

 

1 | NUMÉRO SPÉCIAL  2016

 

Des hommes en poésie

 

Invitée Nelly SANCHEZ

 

coordonné par la rédaction du Ppdm de Grenoble

 

© 1ère et 4ème de couverture illustrée par Gordan ĆOSIĆ et Nelly SANCHEZ (photo non actuelle)

 

Coll. OPS, 29, 70 cm x 21 cm. In-Plano, broché, 26 TTC ISSN 2492-0487

 

Numéro paru le 31 décembre 2016 &

 

en vente chez la SIÉFÉGP dès le 24 janvier 2017*

 

* Ce numéro (comme le Hors-SÉRIE) ne peut pas être vendu avant pour une raison d'organisation interne à la SIÉFÉGP. Merci de votre compréhension !

 

***

Pour citer ce texte

LPpdm, « 1 | NUMÉRO SPÉCIAL 2016 ; "Des hommes en poésie", coordonné par la rédaction du Ppdm de Grenoble », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 7 janvier 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/hommes.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 09:17

 

Les éditions de la SIÉFÉGP Pan des muses et le périodique Le Pan poétique des muses sont très heureuses de vous annoncer la parution de leur ouvrage

 

N°2 HORS-SÉRIE | HIVER 2016

 

Enfances en poésie

 

Avec Mona GAMAL EL DINE & Paul TOJEAN

 

coordonné par Nelly SAHYOUNI-TAZA

 

 

© 1ère de couverture du HORS-SÉRIE N°2 illustrée par © Gordan ĆOSIĆ, Night-day-4, 2016

 

Présentation de louvrage

 

« Toutes les grandes personnes ont dabord été des enfants. »

(Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince)

 

« Enfances en poésie » porte sur les traces de lenfance en nous par le biais de la présence des femmes et/ou du féminin au sein dun art empreint des couleurs de lenfance et de sa pureté réelle et/ou imaginaire... Des fables antiques aux poètes morts jeunes comme Rimbaud en passant par la rose du petit prince et des sons du tam-tam de la négritude, des univers poétiques et artistiques souvrent à nous, en nous. On définit les poètes depuis des siècles en les qualifiant déternels enfants, de rêveurs et de perturbateurs de lordre établi dans la société. Cependant, il n’y a pas plus de Peter Pan, dilluminés et de fées Clochette chez les poètes que chez les autres. Les poètes sont souvent des empêcheurs de tourner en rond, des personnes qui ont gardé au creux de leur être un imaginaire vif et un cœur démiurgique. Les poètes sont les enfants de leur temps, mais aussi de tous les temps et de tous les arts. Comme les saltimbanques et les bohémiens, leur cœur est sans cesse offert en poèmes au lectorat. Lenfance représente aussi la légèreté, linsouciance et la liberté [...] Ainsi, quelques aspects des univers poétiques et variés de lenfance, y compris en art, sont explorés ici pour redonner à notre monde terni par les guerres et les violences ses saveurs dantan et ses puissances magiques qui nous portent à rêvasser, à sémerveiller et à retrouver tout simplement lesprit candide, désinvolte, révolté, curieux et étonné de lenfance. Il sagit donc de parler des enfances de lâme revisitées par les universitaires, les poètes et les artistes. Ce plaidoyer pour la poésie des enfances de l’âme est celui de l’amour de la poésie et de ses lectorats. […] Les termes « enfance », « poésie » et « négritude » sont féminins et à ce titre de grâce, au féminin et aux femmes, ce numéro est dédié. .Bonne lecture !

Dina SAHYOUNI

Éditrice scientifique

Nelly SAHYOUNI-TAZA est universitaire syrienne, co-fondatrice de la revue féministe Le Pan poétique des muses et membre de lunité de recherche indépendante de la SIÉFÉGP. Elle a déjà travaillé sur le merveilleux et les contes de fées. Depuis quelques années, elle s’intéresse aux études des femmes en poésie.

 

Ont contribué à ce numéro : Mona GAMAL EL DINE, Paul TOJEAN, Emmanuel TOH BI, Maggy de COSTER, Aurélie-Ondine MENNINGER, Claude MENNINGER, François TÉRROG, Sarah MOSTREL, Vivian OSHAUGHNESSY, Nancy MANOCHERIAN, Françoise URBAN-MENNINGER, Camille AUBAUDE, Zohra SEDIRA, Trihn LO, Laure DELAUNAY, Gordan ĆOSIĆ, Huguette BERTRAND, Sandrine DAVIN, Aude COURTIEL, Tatiana DEBELJAČKI, Ciela ASAD, Jérôme AVIRON, Mario PORTILLO, Marceline DESBORDES-VALMORE, Carole CLOTIS, Khalid EL MORABETHI, Frèd BLANC, Nelly SAHYOUNI-TAZA & Dina SAHYOUNI.

 

 

Coll. OPS, 29, 70 cm x 21 cm. In-Plano,

broché, 104 p., 28 TTC

ISSN 2492-0487

 

Sommaire

© Photographie prise par LPpdm

 

Numéro paru le 30 décembre 2016 &

en vente chez la SIÉFÉGP dès le 12 janvier 2017

 

***

Dans la même collection & le même périodique :

2015 : Le Pan poétique des muses ; « Identités genrées en poésie », numéro spécial 2014-2015, avec les invités Claude BER, Éric GUILLOT & Pierre LE PILLOUËR, coordonné par Dina SAHYOUNI (sous le nom de plume d’Anna PERENNA)

2016 : Le Pan poétique des muses ; « Tant de Philomèles en ce monde ! » & « Muses & Poètes. Poésie, Femmes & Genre », n°4 | Hiver 2015-2016, sous la direction de Camille AUBAUDE

 

Fiche technique :

Titre : N°2 | HORS-SERIE 2016 ; "Enfances en poésie"

Éditrice scientifique : Nelly SAHYOUNI-TAZA

Ouvrage collectif : Mona GAMAL EL DINE, Paul TOJEAN, Emmanuel TOH BI, Maggy de COSTER, Aurélie-Ondine MENNINGER, Claude MENNINGER, François TÉRROG, Sarah MOSTREL, Vivian OSHAUGHNESSY, Nancy MANOCHERIAN, Françoise URBAN-MENNINGER, Camille AUBAUDE, Zohra SEDIRA, Trihn LO, Laure DELAUNAY, Gordan ĆOSIĆ, Huguette BERTRAND, Sandrine DAVIN, Aude COURTIEL, Tatiana DEBELJAČKI, Ciela ASAD, Jérôme AVIRON, Mario PORTILLO, Marceline DESBORDES-VALMORE, Carole CLOTIS, Khalid EL MORABETHI, Frèd BLANC, Nelly SAHYOUNI-TAZA & Dina SAHYOUNI.

Iconographies : Claude MENNINGER, Sarah MOSTREL, Gordan ĆOSIĆ & Carole CLOTIS.

Image de couverture : Gordan ĆOSIĆ, Night-day 4, 2016

Éditions : Pan des muses, Éditions de la SIÉFÉGP

Collection : Ops

Date de parution : 30 décembre 2016

Imprimé en France, à Grenoble

Dimensions : 29,70 cm x 21 cm

Format : in-plano

Nombre de pages : 104 p.

Impression en noir, blanc avec des pages en couleur

Reliure : broché dos carré collé.

Langues : français avec des pages en anglais & espagnol

ISSN 2492-0487

Prix de vente : 28 € TTC

2 € de frais d'emballage et de port pour un exemplaire en France métropolitaine.

Merci d'ajouter 1 € par exemplaires supplémentaire commandé.  À partir de 4 exemplaires, les frais de port deviennent ceux d'un colis (merci de nous contacter).

Prix de vente de la version électronique (format PDF) livrée sur CD : 20 € TTC (emballage et frais de port inclus en France métropolitaine) & 15 € TTC (transmission par courriel)

Diffusion en France & dans les autres pays par l’Association SIÉFÉGP & la revue LPpdm

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES est un périodique édité par l’Association Société Internationale d’Études des Femmes et d’Études de Genre en Poésie (sigle SIÉFÉGP) à but non lucratif.

 

Nous remercions les personnes qui contribuent à la réussite, à la diffusion et à l'existence de nos structures ou qui nous soutiennent en ligne :

 

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N°2 | HORS-SÉRIE  2016   Enfances en poésie

 

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□ une version PDF livrée sur CD : 20 € TTC

□ une version PDF livrée par courriel : 15 € TTC

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Pour citer ce texte

LPpdm, « N°2 | HORS-SÉRIE 2016 ; "Enfances en poésie", coordonné par Nelly SAHYOUNI-TAZA », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 30 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/12/taza.html

 

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Mis à jour en février 2017

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 13:58

 

Annonce de parution

 

Les éditions Pan des muses vous annoncent la parution de leur

 

SEMAINIER DES MUSES (SDM)

JOURNAL ANTHOLOGIQUE, FÉMINISTE,

INTERNATIONAL & MULTILINGUE DE POÉSIE

N° 9 | DÉCEMBRE 2016 dédié à la poésie de

Frédérique GUÉTAT-LIVIANI

 

Dix poèmes sur

 

Les femmes

 

 

© Couverture du SDM n°9 illustrée par 

Lecture à la Minute Gallery Cotignac, photographie par Évelyne RENAULT, 2015  

 

Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie

© Image de couverture : Lecture à la Minute Gallery Cotignac, photographie par Évelyne RENAULT, 2015 reproduite en niveaux de gris.

Frédérique GUÉTAT-LIVIANI est née à Grenoble. Après avoir étudié à l’école des Beaux-Arts d’Avignon, elle est venue à Marseille pour s’occuper de la Galerie Tore, lieu d’art contemporain créé par des artistes, dans un appartement, non loin de la Canebière. Puis en 1988, avec quelques amis, artistes et poètes, ils ont mis en chantier Intime Conviction, non-lieu de création artistique. Au bout de sept ans de réflexion, les éditions Fidel Anthelme X sont nées, toujours au bord de la Méditerranée. Dans l’espace de la poésie, elle essaie d’occuper un autre lieu, ni pour, ni contre le livre, juste à côté. Elle fait également des installations qui parlent du langage, écrit des textes qu’elle construit comme des images. Elle n’est ni de la caste des poètes, ni de celle des artistes, cette impureté la rend plutôt joyeuse. Des extraits d’« espèce » ont dernièrement paru dans le premier numéro d’Iris & Mêtis messagères bleues des muses.

 

© Image de couverture : Lecture à la Minute Gallery Cotignac, photographie par Évelyne RENAULT, 2015 reproduite en niveaux de gris.

© Grenoble, Éditions Pan des muses de la SIÉFÉGP, coll. Ops, 2016, 8 p., 3,50 € TTC (frais de port inclus pour 1 exemplaire). Merci d'ajouter 0,50 € par exemplaire supplémentaire. ISSN : 2494-2901.

 

© Sommaire du SDM n°9


Fiche technique


Dimensions du journal déplié : 29,70 cm x 21 cm. Format : livret plié, pli roulé. Nombre de pages : 8 p. Reliure : livret agrafé. Langue : français. Impression en noir blanc, couverture imprimée sur papier bleu. Prix : 3,50 € TTC (frais de transport inclus pour un exemplaire). Prix du livret électronique (format PDF) livré par courriel : 2,00 € TTC. Suivre le journal SDM & la SIÉFÉGP sur http://www.pandesmuses.fr & http://www.facebook.com/siefegp

 

En vente dès le 26 décembre chez la SIÉFÉGP

Avis de parution NO8 DECEMBRE 2016.pdf

***

 

Régie publicitaire, partenariats & service abonnement : SDM, Pan des muses, Éditions de la SIÉFÉGP. 24 rue Lucien Andrieux. 38100 Grenoble, France, dina.sahyouni@pandesmuses.fr / cyril.bontron@pandesmuses.fr

Abonnement en France métropolitaine de 12 numéros imprimés pour une personne physique : 42,00 € (frais de transport inclus) pour une personne morale : 62,00 € (frais de transport inclus)

Abonnement pour le reste du monde de 12 numéros imprimés (hors frais de transport) : 52,00 € pour une personne physique & 72,00 € pour une personne morale. Merci de nous contacter. Abonnement de 12 numéros numériques (format PDF) livrés par courriel : 24,00 € TTC pour une personne physique & 40,00 € TTC pour une personne morale

 

Bon de commande du SDM


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Pour citer ce texte

LPpdm, « Semainier des muses ; Frédérique GUÉTAT-LIVIANI, « Les femmes », N°9, Décembre 2016 aux éditions Pan des muses, coll. Ops, 2016, 3,50 € », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 22 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/femmes.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 09:26

 

Annonce de parution

 

Les éditions Pan des muses vous annoncent la parution de leur

 

SEMAINIER DES MUSES (SDM)

JOURNAL ANTHOLOGIQUE, FÉMINISTE,

INTERNATIONAL & MULTILINGUE DE POÉSIE

N° 8 | NOVEMBRE 2016 dédié à la poésie de

Mario PORTILLO

 

Sept poèmes espagnols traduits en français sur

 

Toi & Moi

le 24 décembre 2016

 

© Couverture du SDM n°8 illustrée par une photographie de Mario PORTILLO par Alma MARTÍNEZ.

 

 

Le Semainier des muses est le premier périodique paritaire en poésie

 

Mario PORTILLO, (né au Mexique en 1989) est poète, dramaturge, directeur-producteur cinématographique de « Voilà Films » et cinéaste indépendant. Il est également un collaborateur constant de la revue Le Pan poétique des muses (sigle LPpdm). En maîtrise de Création Littéraire à lUniversité Autonome de la ville de Mexcio/Mexique (UACM en espagnol), campus Cuautepec, Mario Portillo a obtenu le premier prix au Concours Estudiantin de Poésie de lUACM – Cuautepec de 2010. Depuis, il a lu ses poèmes au Forum Art et Poésie, à la librairie « Le Pendule » (première librairie au Mexique), à la table de poésie et à la Foire Internationale du Livre du Palais du Travail des mines (33ème édition). Une partie de son œuvre poétique a été publiée aux revues littéraires de plusieurs pays (Mexique, Chili, Venezuela, Argentine, Espagne et France). Mario Portillo a déjà publié deux recueils de poésie Te chercher pour me trouver en 2012 et Uniquement pour tes yeux en 2013. Formé en études de lart cinématographique à la Maison de la France au Mexique. En mai 2015, en communion avec La Maison de Méliès (Projet Audiovisuel et Culturel de la France au Mexique), il a écrit, dirigé et produit son premier court-métrage intitulé Une même lumière pour deux réverbères. Site officiel : poeteverset.wix.com/marioportillo.

 

Les poèmes de ce numéro ont été traduits en français par Mario PORTILLO & Aurélie-Ondine MENNINGER.

© Image de couverture : Mario PORTILLO par Alma MARTÍNEZ.

© Grenoble, Éditions Pan des muses de la SIÉFÉGP, coll. Ops, 2016, 8 p., 3,50 € TTC (frais de port inclus pour 1 exemplaire). Merci d'ajouter 0,50 € par exemplaire supplémentaire. ISSN : 2494-2901.

 

© Sommaire du SDM n°8

Avis de parution NO8 Novembre 2016.pdf

 

Fiche technique


Dimensions du journal déplié : 29,70 cm x 21 cm. Format : livret plié, pli roulé. Nombre de pages : 8 p. Reliure : livret agrafé. Langue : français. Impression en noir blanc, couverture imprimée sur papier bleu. Prix : 3,50 € TTC (frais de transport inclus pour un exemplaire). Prix du livret électronique (format PDF) livré par courriel : 2,00 € TTC. Suivre le journal SDM & la SIÉFÉGP sur http://www.pandesmuses.fr & http://www.facebook.com/siefegp

 

En vente dès le 26 décembre chez la SIÉFÉGP

 

***

 

Régie publicitaire, partenariats & service abonnement : SDM, Pan des muses, Éditions de la SIÉFÉGP. 24 rue Lucien Andrieux. 38100 Grenoble, France, dina.sahyouni@pandesmuses.fr / cyril.bontron@pandesmuses.fr

Abonnement en France métropolitaine de 12 numéros imprimés pour une personne physique : 42,00 € (frais de transport inclus) pour une personne morale : 62,00 € (frais de transport inclus)

Abonnement pour le reste du monde de 12 numéros imprimés (hors frais de transport) : 52,00 € pour une personne physique & 72,00 € pour une personne morale. Merci de nous contacter. Abonnement de 12 numéros numériques (format PDF) livrés par courriel : 24,00 € TTC pour une personne physique & 40,00 € TTC pour une personne morale

 

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***

Pour citer ce texte

LPpdm, «  Semainier des muses ;  Mario PORTILLO, « Toi & moi », N°8, Novembre 2016 aux éditions Pan des muses, coll. Ops, 2016, 3,50 € », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 22 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/toi.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 09:38

 

Compte rendu

 

Parution imprimée dans le hors-série 2016

 

 

« Violences sexuelles contre les femmes :

 

une réalité encore taboue »

 

Le colloque du 22 novembre 2016 à Strasbourg

 

 

Françoise Urban-Menninger

Membre de la revue LPpdm et de la SIEFEGP

Responsable de la rubrique Lettres & Arts

Blog officiel : L'heure du poème

Photographies par Claude Menninger

© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger

© Photographies du colloque prises par Claude Menninger

À l’heure de la remise en question du droit à l’IVG et de l’interdiction faite aux femmes d’entrer dans des cafés « réservés aux hommes », la septième édition du colloque strasbourgeois organisé par l’Eurométropole et dédié aux « Violences sexuelles contre les femmes : une réalité encore taboue » trouve plus que jamais sa justification s’il en fallait encore une !


 

Roland Riess, le maire de Strasbourg qui a ouvert ce colloque l’a bien compris en faisant référence à la proposition de loi turque visant à dépénaliser le viol ! Heureusement, on apprenait dans la même journée le rejet de cette loi grâce aux manifestations massives en Turquie contre ce projet inique.


 

L’écrivaine Isabelle Alonso, militante engagée, n’a cessé au cours de son intervention de marteler une vérité première : « Nous vivons dans une société patriarcale » et ceci depuis la nuit des temps...Tout est dit !

Cette réalité planétaire se perpétue dans le non-dit, sans qu’on la nomme, « Elle crève les yeux à en devenir invisible », a-t-elle affirmé.

Ainsi « Les Droits de l’Homme » énoncés en 1789 ne comprennent pas « Les Droits des Femmes », le mot « Fraternité » en témoigne. Quant au « suffrage universel », il ne vise que les hommes, soit 50 % de la population jusqu’en 1944, date à laquelle les femmes obtiennent enfin le droit de vote !

Le vocabulaire n’est pas neutre, il est travaillé par l’inconscient collectif patriarcal...Un homme parlera de « sa femme » à l’instar d’un bien tel « sa voiture », « son chien »… Les violences commises à l’encontre des femmes sont minorées et citées dans les faits divers ! L’expression « se faire violer » est une manière subtile de rendre active celle qui a été agressée sexuellement !

 

© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
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Marie-France Casalis, porte-parole de l’association « Collectif féministe contre le viol », a poursuivi sur ce thème évoquant le nombre effarant de viols enregistré (quand une plainte est déposée), à savoir 124000/an.

Là aussi, le vocabulaire est révélateur ! « Une femme avoue avoir été violée » ou « avoir été abusée sexuellement », autant de termes qui visent à créer l’impunité pour les violeurs.

Pour Marie-France Casalis, il est vital de « libérer la parole » c’est la seule possibilité pour les femmes qui ont été violées de pouvoir se reconstruire.


 

Claudine Legardinier, journaliste et auteure, spécialiste des questions de prostitution, a réaffirmé que celle-ci n’est autre que « l’emblème du patriarcat et du capitalisme ». Le silence assourdissant qui entoure la prostitution illustre cette violence dont « l’inceste est le terreau de prédilection ». Claudine Legardinier informa en outre son auditoire de l’ouverture de « cafés pipes » en Suisse où la pornographie prospère, fit un point sur « l’accompagnement sexuel des handicapés » qu’elle considère comme une autre forme de prostitution. Pour conclure, elle dénonça encore une fois le silence des autorités quant à la prostitution, cette « violence ordinaire » qui n’est autre que « le lieu de la réaffirmation de l’identité masculine ».


 

Anna Matteoli, juriste au Centre d’Information sur les Droits des Femmes, a abordé le problème de la difficile frontière juridique entre « le devoir conjugal » et « le viol conjugal ». Là encore, la société patriarcale, le code civil napoléonien ou le droit canonique ont formaté les esprits et les lois. Ne parle-t-on pas de « communauté de lit », de ce que « la femme est donnée à l’homme » ?

Balzac lui-même préconisait « de ne pas aborder le mariage par un viol » !

© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
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La psychanalyste Catherine Gillet, elle aussi, a relevé l’importance du langage et du poids des mots dans l’appréhension et la compréhension des souffrances d’une femme violée. Elle n’utilise en aucun cas le terme de « victime » qui est une « étiquette limitative » mais celui de « personne » pour désigner la femme violée ou violentée. Seul le sujet détient la clé de sa « reconstruction », « une fable collective ne peut en aucun cas remplacer la vérité personnelle du sujet », a déclaré Catherine Gillet.


 

Myriam Cayemittes, psychiatre et présidente de l’Association Parole sans Frontière, a développé l’horrible thématique du viol utilisé comme outil de guerre en évoquant les 150000 femmes violées au Rwanda et ses conséquences, à savoir les grossesses non désirées, la mise au ban de la société, la perte d’identité de la femme en déshérence… Et d’élargir la liste des crimes de guerre à l’encontre des femmes tels la stérilisation forcée, les femmes enlevées et considérées comme des « butins de guerre », l’esclavage sexuel etc.


 

Une interview d’Yvette Roudy enregistrée le 13 septembre 2016 a clos cette journée exceptionnelle, voire essentielle tant les acquis des droits des femmes sont aujourd’hui menacés. L’ancienne Ministre aux Droits des femmes a rappelé que « Le degré de démocratie d’un pays se mesure à l’aune des droits des femmes ».

© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger
© Photographies du colloque prises par Claude Menninger

© Photographies du colloque prises par Claude Menninger

 

Ce colloque a été richement illustré par Valérie Leroy, Éloïse Rey, Amina Bouajila. L’ensemble Voy’elles et la chorale Olympe, ont éclairé cette journée en interprétant avec humour, sous le signe de la « sororité », « Cell-Block Tango » et entonné avec une ferveur contagieuse « L’hymne des Femmes » qui a réchauffé les cœurs de tous les participants qui ont joint leurs voix à l’unisson pour reprendre le refrain :


 

« Reconnaissons-nous, les femmes

Parlons-nous, regardons-nous,

Ensemble, on nous opprime, les femmes

Ensemble, Révoltons-nous ! »

 

***

Pour citer ce compte rendu

Françoise Urban-Menninger, « "Violences sexuelles contre les femmes : une réalité encore taboue". Le colloque du 22 novembre 2016 à Strasbourg », photographies du colloque par Claude Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 16 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/colloque.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
14 décembre 2016 3 14 /12 /décembre /2016 10:41

 

Article du numéro spécial 2015-2016

Parution imprimée le 31 décembre 2016

 

 

D’homme à homme :

 

réflexions sur l’influence mallarménne chez Paul Valéry

 

 

 

Ange-Valéry Kouassi Kouakou

Assistant (Enseignant-chercheur)

Département de Lettres Modernes Université Alassane Ouattara

 

 

Résumé

 

L’intérêt de cette étude est de démontrer que l’esthétique de Paul Valéry n’est ni le prolongement, ni l’actualisation de la poétique mallarméenne. Pendant longtemps, Valéry a été présenté par la critique comme le disciple naturel de Mallarmé. Penser cela cependant, reviendrait à nier l’une des caractéristiques fondamentales de ce poète, à savoir son orgueil. Un orgueil surdimensionné qui marquera son originalité et qui jamais ne lui fera « courber l’échine » face à un autre, encore moins face à Mallarmé. L’influence pourtant qu’il subit, et qui se développe paradoxalement dans un contexte d’admiration et de confrontation, nous renseigne si besoin est encore sur la nature foncière du lien qui les unit, un courtois mais radical désaccord.

 

Mots clés : Poétique, esthétique, influence, langage, opposition, admiration.

 

Abstract

The interest of this study is to demonstrate that the esthetics of Paul Valéry is neither the continuation, nor the updating of the Mallarmé ‘s poetics. For a long time, Valéry was presented by the criticism as the natural follower of Mallarmé. To think it however, would mean denying one of the fundamental characteristics of this poet, his pride. An oversize pride which will mark its originality and which never submit him in front of an other one, even less front of Mallarmé. The influence nevertheless that he undergoes, and which is paradoxically developed in a context of admiration and confrontation, still informs us if need be about the nature of the link which harms them, a courteous but radical disagreement.

Keywords : Poetics, esthetics, influence, language, opposition, admiration.

 

 

Introduction

 

Paul Valéry est une icône de la Littérature française qui n’est plus à présenter. Il fait, en effet, partie de cette catégorie de penseurs, qui ont marqué, transformé, et redynamisé la créativité littéraire au cours de ces dernières décennies. L’œuvre immense qu’il a produite, et qu’on peut décomposer sans vacuité, en critiques, notes, essais et poésie, est le témoignage incontestable d’une conscience en quête de dépassement et de pureté. Valéry, non sans raisons, a travaillé à l’élaboration d’une théorie intellectualiste de la poésie, basée sur un épurement du langage. Il est parvenu, au bout d’un long processus, à greffer à ce genre, le sens d’une rigueur martiale, qui fait de l’art poétique un véritable travail d’orfèvre. « Valéry réduit la poésie à sa pure essence. […], elle répond bien à sa volonté d’exclure de ses vers ce qui est le propre de la prose : narration, description, amplification oratoire, prédication morale ou sociale ».1

Une telle vision de la poésie n’est pas sans en rappeler une autre, celle notamment de Mallarmé, qui souligne que le poète doit purifier le langage afin de créer un nouveau monde fait d’essences. Pour ce dernier en effet,

 

La poésie est essentiellement un art du langage, et c’est en grande partie pour avoir posé ce problème qu’il a été revendiqué comme précurseur de certaines théories contemporaines sur la linguistique et sur la littérature, surtout celles qui soutiennent que la littérature ne renvoie qu’à elle-même2.

 

La recherche de ce monde essentiel, qui rompt avec l’élan et l’exaltation romantique de la première moitié du XIXe siècle, cristallise à elle seule tout le pendant des réflexions sur la sublimation du vers, par une volonté de restructurer le langage.

 

On note ainsi un rapprochement entre les aspirations de Mallarmé et celles de Valéry, ou disons plutôt, un certain arrimage de la poétique valéryenne à celle de Mallarmé. L’objectif de la présente étude n’est donc pas de démontrer l’existence d’une interaction entre les deux poètes ; mais nous voulons de manière spécifique, à partir de l’analyse de leur poétique, sonder la profondeur de cette relation, car en l’espèce leurs rapports semblent paradoxalement s’éloigner de ceux du Maître et de l’élève. Quelle a donc été la nature exacte de leur lien ? Et comment une telle expérience a-t-elle impacté la poétique valéryenne ? C’est à ces interrogations que nous tenterons de répondre en nous fondant sur la critique thématique et l’autobiographie des deux poètes.

I – Le modèle mallarméen ou la poétique de la maturité

 

On ne saurait mener cette étude, sans avoir au préalable une idée bien ficelée de l’esthétique mallarméenne. Ce poète est, en effet, assez particulier. Au terme d’une longue et éprouvante crise spirituelle, il faisait cette déclaration : « J’ai fait une assez longue descente au Néant pour pouvoir parler avec certitude. Il n’y a que la Beauté – et elle n’a qu’une expression parfaite, la poésie » 3. Par ces paroles, Mallarmé annonçait une transformation radicale, à la fois de sa personnalité et de sa poétique, qui allait faire de lui, le « Sage » des célèbres « mardis », dont la sapience sera hautement appréciée par l’élite littéraire française et même européenne.

Le Mallarmé de la maturité, nourri aux principes hégéliens de l’évolution de l’esprit, affichait, en effet, une parfaite sérénité et une inébranlable certitude, qui laissent un aperçu réaliste du travail réalisé sur sa personne et du renouvellement esthétique qui s’en suit :

 

Mallarmé abandonne après 1875, les grandes régions du lyrisme personnel et la mythologie du poète maudit, accablé d’un côté par la platitude du monde et de l’autre par l’implacable ironie de l’Azur inaccessible. Cette singularité tient à plusieurs traits dont ses poésies post-parnassiennes sont porteuses et qui, associés, traduisent non seulement une démarche poétique spécifique, mais aussi une représentation singulière des relations que cette démarche entretient avec son champ social d’exercice.4

 

Mallarmé, de fait, se pose comme l’archétype de cette poésie hautement spirituelle, qui renvoie de lui l’image d’un « poète retranché du monde, prêtre et prophète à la fois d’une révélation poétique, voué à la seule contemplation de symboles évanescents »5.

Au gré des influences tous azimuts, des lectures et des rencontres, le poète « De l’éternel Azur / …impuissant qui maudit son génie / À travers un désert stérile de Douleurs »6, se détache de l’être qu’il était, de cette partie de lui, « reçu par imprégnation dans un premier milieu de socialisation esthétique, le Parnasse, pour faire advenir […] un autre poète et, […] une conception alternative et durable de l’expérience poétique »7. Sa poésie ainsi se dépersonnalise contrairement aux productions antérieures à 1875, elle est plus rigide, plus condensée, et donc plus hermétique.

 

Plus de longs poèmes ni d’amples déclamations exprimant l’insurmontable conflit du poète et du monde, mais des textes brefs, à formes fixes et gouvernés par une sorte d’énonciation blanche, froide, distancié, où le je renverra davantage à une fonction textuelle qu’à la personnalité ou aux émotions du poète 8.

 

Par l’adoption ou la mise en pratique de ce type d’écriture, il opte ostensiblement pour une vision figurative de l’écriture. Le langage n’est plus de façon inconditionnelle un moyen de transmettre un contenu ou un message donné, il devient symphonie, « insolite vaisseau d’inanité sonore »9. Le poème Un Coup de dé jamais n’abolira le hasard en est une parfaite illustration, avec ses dispositions plus qu’originales, ses décalages, son absence de ponctuation, ses blancs et surtout la lecture aléatoire qu’il impose, et qui en l’espèce semble dissoudre toute tentative d’uniformisation du sens.

 

JAMAIS

QUAND BIEN MÊME LANCE DANS DES CIRCONSTANCES

ÉTERNELLES

DU FOND D’UN NAUFRAGE

SOIT

que

l’Abîme

blanchi

étale

furieux

sous une inclinaison

plane désespérément

d’aile

la sienne

par avance retombée d’un mal à dresser le vol

et couvrant les jaillissements coupant au ras les bonds  […]10

 

© Crédit photo : image prise par LPpdm pour respecter la mise en page du poème cité.

 

Ainsi, on voit à travers cette analyse introductive que Mallarmé n’est plus celui qu’il était. Sa perception poétique a évolué. « À la tradition de l’énonciation claire et directe, […] chère à Boileau et à ses successeurs, Mallarmé opposait la poétique de l’allusion, de la présentation oblique, de la suggestion, du mystère »11. En un sens, son ambition se résume à l’« explication orphique de la terre »12, ambition qui tout bonnement s’insère dans le projet d’une vie (celui du Livre Suprême), et qui devient pour le poète, le devoir littéraire par excellence. Cette capacité à se transcender est sûrement ce qui a capté l’attention de Valéry et qui l’a conduit dans les entrelacs de la pensée mallarméenne.

II – Mallarmé, l’adversaire admiré

 

C’est en 1892, soit six années avant la disparition de Mallarmé, que ce dernier fait la rencontre de Valéry. Et comme on peut aisément le deviner, Mallarmé est déjà sur le déclin, pendant que Valéry est en pleine évolution. C’est une période charnière pour le jeune Valéry en lutte contre une certaine vision de la poésie, une lutte contre la littérature et ses idoles. Pour Valéry, Mallarmé dans ce contexte fait figure d’«épouvantail » à abattre :

 

J’ai connu Mallarmé […] au moment même où je guillotinais intérieurement la littérature.

J’ai adoré cet homme extraordinaire dans le temps même que j’y voyais la seule tête – hors de prix ! – à couper pour décapiter toute Rome.13

 

L’aveu de Valéry est pour le moins explicite, il ne s’en prend pas à la personne de Mallarmé, mais à la figure qu’il représente. Le constat d’une littérature décevante s’accompagne d’une dose de méfiance à l’égard de ses représentants. Et l’attitude première du jeune Valéry en présence de Mallarmé, pendant les fameux mardis, est assez parlante. Il est méfiant et reste sur ses gardes ; mais au-delà de cette attitude défensive, on ne peut s’empêcher de noter un fond d’admiration « j’ai adoré cet homme extraordinaire ». Ainsi, Mallarmé devient pour Valéry, une sorte d’oreille attentive, d’interlocuteur privilégié, de père spirituel14, avec qui il enchaine les discussions. Dans le fond, les deux poètes se prennent d’une estime réciproque, quoique pour Valéry l’essentiel soit ailleurs, c’est-à-dire dans la volonté de s’affirmer et donc de se démarquer :

 

J’ai été frappé par Mallarmé. J’ai admiré – de loin.

Je l’ai aimé – Je l’ai pensé. J’ai senti et développé ma différence.

J’ai cherché en quoi ce qu’il pouvait, ce qu’il voulait se distinguait de ce que je voulais, pouvais – s’y opposait.

J’ai aussi essayé de deviner non seulement sa pensée – impersonnelle mais ses sentiments – Je l’ai vu créant un genre nouveau et singulier –.15

 

En fixant le point sur ce qui constitue sa différence, Valéry ne révèle pas moins l’importance qu’il accorde à l’édification de son moi, élément focal d’un orgueil en plein essor. « Il faut, souligne t-il, observer les grands hommes à la lumière de leur orgueil et du nôtre »16. Dans cette confrontation idéologique où l’orgueil de l’un se retrouve à se mesurer à celui de l’autre, l’ambition du poète devient l’instrument par lequel il projette sa grandeur. Et Valéry n’hésite pas à se mettre sur le même piédestal que Mallarmé en évoquant, par exemple, une approche tout à fait différente de la littérature.

 

En dehors de l’inépuisable admiration, émerveillement, amour que son art excitait, je me sentais conduit par là - non loin de lui – car il était finalement obligé de donner – plus ou moins précairement et artificiellement à la littérature, une valeur que je ne pouvais lui accorder, ne pouvant y voir qu’une application particulière17

 

Ainsi, Valéry n’est pas dans la logique du disciple vis-à-vis de Mallarmé quoique lui témoignant un grand attachement ; un attachement qui sera plus que manifeste à l’annonce de la disparition de ce dernier. La mort de Mallarmé le plonge, en effet, dans une sorte de mutisme poétique ; dialogue interrompu, inachevé, questions en suspend, autant de raisons qui semblent accentuer son désarroi tel qu’il l’explique à Gide :

 

Cela me soulagera un peu d’écrire, car il y a trois nuits que je ne dors plus, que je pleure comme un enfant et que j’étouffe. Enfin, j’ai perdu l’homme que j’aimais le plus au monde et, de toute façon, pour mes sentiments et ma manière de penser, rien ne le remplacera. Je m’étais habitué avec lui à une familiarité absolument filiale sur ses propres indications. Puis il comprenait toute sorte de pensée, et mes écarts les plus singuliers trouvaient en lui « précédent » et au besoin un appui – opinions mises à part. Tout cela est irréparable18.

 

La perte de Mallarmé constitue, pour de nombreux spécialistes, une étape fondamentale dans le devenir de la création Valéryenne. En un sens, l’auteur des Cahiers fait montre d’une émotivité, et d’une sensibilité qu’on ne lui connaissait pas, et par laquelle on relève une volonté de pérenniser la mémoire de Mallarmé :

 

J’ai de ton pur esprit bu le feu le plus beau

Je serai le tombeau

de ton ombre pensive

[…]

Mon âme de ton âme est le vivant tombeau19

 

Un paradoxe semble toutefois se dégager de cette déclaration. En même temps qu’il a le souci de marquer sa différence et donc d’ouvrir sa propre voie, Valéry s’identifie au « pur esprit » mallarméen et à sa pensée. À y voir de plus près, il n’a pas tord de le dire. Les thématiques mallarméennes qu’il reprend à son compte, ne serais-ce que dans son attitude, nous parlent. Celle de la solitude est par exemple assez présente, solitude méditative, constructive. On sait combien de fois ces profondes introspections, périodes de réflexion et de quête de soi, ont marqué Valéry, et ce jusqu’aux fondements de son système :

 

Loin du monde, je vis tout seul comme un ermite

Enfermé dans mon cœur mieux que dans un tombeau.

Je raffine mon goût du bizarre et du beau,

Dans la sérénité d’un rêve sans limite.

 

Car mon esprit, avec un art toujours nouveau,

Sait s’illusionner – quand un désir l’irrite.

L’hallucination merveilleuse l’habite

Et je jouis sans fin de mon propre cerveau.20

 

Pendant de nombreuses années, Valéry, aux premières lueurs du jour, a cultivé cette solitude en matérialisant sur près de vingt huit mille feuillets, la quintessence de sa pensée. C’est ce qu’il rassemblera plus tard et qu’on connaitra sous le nom des Cahiers.

L’évocation de la solitude s’accompagne aussi de celle du silence, attitude hautement appréciée par Mallarmé et reprise par l’auteur des Cahiers. En entrant chez Mallarmé, nous dit A. Gide, « on trouvait là d’abord un grand silence ; à la porte tous les bruits de la rue mouraient… »21. Mallarmé avait un amour du détail poussé à l’extrême et qui pourrait expliquer la présence assez récurrente, chez lui, de ces périodes de silence qui pouvaient aller jusqu’à un quart d’heure ; comme s’il profitait de ces moments pour réajuster, « aiguiser » sa pensée, lui donner encore plus d’allant. En l’espèce, Valéry n’agit pas autrement ; mais il va plus loin en établissant une corrélation entre silence et absence ; « SILENCE, mon Silence… ABSENCE, mon absence… »22. De plus, la période qui suit la mort de Mallarmé, voit s’installer chez lui un silence que beaucoup verront comme un hommage rendu à l’homme. S’il est vrai qu’il se mura, pendant plusieurs années, dans une quasi improductivité poétique, il n’en demeure pas moins que cette période lui a permis de se renforcer et surtout d’asseoir une esthétique de la pureté. Alors peut-on, sans risque de se tromper, au regard des rapprochements certains, au plan comportemental, mais aussi au plan de la thématique, parler d’une pure relation de Maitre à élève entre Mallarmé et Valéry, surtout à partir de l’analyse même de leur production ?

III – D’Hérodiate à La Jeune Parque : loriginalité valéryenne

 

Valéry a subi de la part de Mallarmé et de sa poétique, une attraction qu’on ne peut balayer du revers de la main. Mais son retour à la poésie après plusieurs années de silence vient confirmer la profonde différence qui les sépare, différence qui était déjà palpable bien avant la mort de Mallarmé. Dans les faits, l’évolution amorcée depuis la nuit de Gènes23et consolidée par les expériences diverses dont celle de Mallarmé, lui a permis de se singulariser. Il passe d’une approche poétique essentiellement fondée sur l’intellect avec le personnage testien auquel on l’assimile24, à l’adoption de la sensibilité ou de la sensation pure :

 

La sensation pure et simple est le réel, et rien d’autre ne l’est. J’ai froid. J’ai chaud. J’ai mal. J’ai peur. Noter que le « je » est essentiel. C’est ce qui est plus fort que moi.25

Je me repais ici de sensations… je les recueille et je les chasse et je les décompose en moi…26

Le réel, c’est la sensation. Car c’est cela que rien ne peut annuler27

 

La différence avec Mallarmé se voit d’emblée, dans la perception du « réel », qui chez Valéry renvoie à « la sensation pure », alors que chez Mallarmé le réel n’est que l’apanage du beau. Ces deux approches « sensation » et « beauté » sont emblématiques ; et même si elles ne reflètent pas de façon exhaustive l’ensemble de leurs œuvres, elles permettent d’aiguiller celles qu’on considère comme les plus symboliques à savoir Hérodiade et l’Après midi d’un faune chez Mallarmé et La Jeune Parque chez Valéry. En établissant par exemple un parallèle entre Hérodiade et La Jeune Parque, l’impression d’une réadaptation du poème mallarméen semble latente ; comme si Valéry s’en était inspiré pour sa Parque.

Hérodiade est composé de cent trente quatre alexandrins en rimes plates, comme pour illustrer la quiétude continue, le sentiment de tranquillité, d’apaisement qui se dégage du Mallarmé de la maturité. Le personnage tiré de la Bible et réactualisé par le poète, est le symbole d’une virginité toute hautaine, une « pureté farouche » :

 

J’aime l’horreur d’être vierge et je veux

Vivre parmi l’effroi que me font mes cheveux

Pour, le soir, retirée en ma couche, reptile

Inviolé, sentir en la chair inutile

Le froid scintillement de ta pâle clarté,

Toi qui te meurt, toi qui brûles de chasteté

[…]28

 

Cette pureté clamée n’est pas sans rappeler celle de La Jeune Parque, et la coïncidence est pour le moins troublante même si on ne peut évoquer chez Valéry, une reprise subrogatoire du thème de la pureté, qui constituerait un passage de flambeau entre les deux poètes. Mais plus encore, on peut être intrigué par toute l’attention que met Hérodiade dans la contemplation de sa beauté devant le miroir, une scène qui nous ramène au Narcisse valéryen contemplant inlassablement sa propre image.

Au demeurant, Mallarmé formule avec Hérodiade, une théorie poétique qui consiste à « donner les impressions les plus étranges, certes, mais sans que le lecteur n’oublie […] une minute la jouissance que lui procurera la beauté du poème »29. Et il y est parvenu en dépit du caractère inachevé du poème ; « Hérodiade était en effet pour lui le symbole de la Beauté dans la première phase d’un développement triadique, allant de l’innocence, par l’expérience, jusqu’à une sérénité finale où les deux fusionneraient en une synthèse suprême »30. Lorsque qu’il parle de : / sœur solitaire / ô ma sœur éternelle / Mon rêve montera vers toi /31, Mallarmé fait préfigurer un autre monde, une autre dimension qui fait abstraction du réel. Un constat qu’Hugo Friedrich met ici en évidence :

 

L’imagination poétique (chez Mallarmé) n’est pas une reproduction idéalisante, mais une déformation du réel. […] L’unité de l’activité artistique et de la réflexion sur l’art se justifie, chez lui, dans une pensée dont l’objet principal est l’être en soi et de son rapport avec la langue.32

 

Cette primauté accordée au langage, également mise en avant par Valéry, participe de la structuration chez lui des poèmes antérieurs. Mais au-delà de l’intérêt pour le langage pur, le point de convergence paraît moins net. Là où Mallarmé fait une part belle à la recherche du « beau », lui se laisse choir dans les profondeurs de la sensibilité. Le paradoxe est encore plus grand lorsque de nombreux exégètes, au nombre desquels figure Jean Hytier33, font de Valéry le disciple et légitime successeur de Mallarmé alors que les deux poètes empruntent des voies différentes. Non pas que Valéry ne soit pas un adepte du beau ou de la beauté, puisqu’il considère qu’« un très beau vers est un élément très pur de poésie »34, mais surtout parce qu’il est obnubilé par l’idée de marquer sa différence. Son approche dans ce contexte est bicamérale ; d’une part il ne suit pas Mallarmé dans ce qu’on pourrait appeler sa logique impersonnelle, ensuite il s’inscrit dans l’idée de se laisser porter par la vague de sensations qui le submerge, après le quasi échec de son expérience de l’intellect. Bien évidemment, La Jeune Parque en est la parfaite illustration. Il est difficile de comprendre le poème sans l’adjoindre ou sans le loger, chez Valéry, dans un processus de transformation ou de construction de soi. L’élaboration du poème qui s’est faite sur quatre années, peut être comparée chez Mallarmé à cette période de crise profonde qui l’a vu se métamorphoser. Mais là n’est pas tant la question puisque nous sommes dans l’optique d’une confirmation ou non de l’ajustement en profondeur de la poétique valéryenne sur celle de Mallarmé. Et de ce point de vue, la prédominance de la « Sensibilité », symbole du retour valéryen à la poésie, et gage d’une maturité acquise, nous parle à plus d’un titre. Suivons le long aveu qu’il fait dans ce sens et qui retrace cette ascèse poético-spirituelle :

 

Je me livrais, depuis 1892, à des pensées et à des problèmes toujours plus éloignés de la poésie et même de toute littérature praticable. Plus j’allais, plus j’étais sûr, sans y songer, de ne revenir jamais à l’exercice des lettres. J’accumulais seulement des notes ou idées, mais si diverses, et si libres de toute intention de les utiliser, que la seule pensée de les reprendre et d’en faire quelque ouvrage, me paraissait absurde. […]

La guerre vint. Je perdis ma liberté intérieure. Spéculer me parut honteux, ou me devint impossible. Et je voyais bien que toutes mes réflexions sur les évènements étaient vaines ou sottes. L’angoisse, les prévisions inutiles, le sentiment de l’impuissance me dévoraient sans fruit. C’est alors que l’idée en moi naquit de me contraindre, à mes heures de loisir, à une tâche illimitée, soumise à d’étroites conditions formelles. Je m’imposai de faire des vers, de ceux qui sont chargés de chaines. […].

Je l’ai fait dans l’anxiété, et à demi mot contre elle. J’avais fini par me suggérer que j’accomplissais un devoir, que je rendais un culte à quelque chose en perdition. […]. Il n’y avait aucune sérénité en moi…35

 

Il est indéniable que la survenance de la guerre ait eu un impact sur le retour à la poésie, et ait participé à la résurgence d’une écriture bâtie sur le mode longtemps dédaigné de la sensibilité. Cette optique, au demeurant, préfigure déjà une grande différenciation avec Mallarmé. Mais elle se veut encore plus nette lorsque nous mettons en parallèle leurs deux états d’esprit. L’attitude sapientiale, faite de sérénité,  qui accompagne le premier, fait place chez le second, à un profond sentiment d’anxiété qui sera le socle de La Jeune Parque.

La différence avec Hérodiade est palpable, puisque Valéry ajoute à son œuvre une tension supplémentaire par laquelle l’imminence de la mort fait accroître la volonté de vivre et surtout le besoin d’expérimenter le désir dans sa plénitude. La Parque paraît déboussolée : « […] à demi morte ; et peut être, à demi // Immortelle, rêvant que le futur lui-même // Ne fût qu’un diamant formant le diadème »36. La force d’écriture que dégage Valéry, permet à son art poétique d’accéder à une dimension non atteinte jusque là. Avec ce poème, il met la sensibilité à la base de toute son activité mentale37.

Il faut de plus, et toujours dans l’optique de la mise en parallèle d’Hérodiade et de La Jeune Parque, évoquer la musicalité qui les soutient, comme si Valéry dans le sillon de Mallarmé, avait cette ambition de faire du langage poétique un chant. Un chant qui dirait la beauté du poème (nous pensons ici à Mallarmé) et qui serait par ricochet, le symbole valéryen d’un exercice d’élaboration poussé à l’extrême. Mais là où le premier fait prévaloir l’inspiration poétique, le second parle lui de « fabrication », d’« extraction » pure de vers, avec cette haute contrainte qu’exige une œuvre de qualité. On ne le soulignera jamais assez, Valéry a exalté chez Mallarmé « le pouvoir verbal de combiner, pour quelque fin suprême, les idées qui naissent des mots »38, ce qui le conduit à user du langage à sa guise, en partant de formes dont l’agencement, souvent complexe et incompréhensible, permet d’aboutir au sens. Le passage qui suit, et qui annonce l’éventualité de la mort de La Jeune Parque, peut être apprécié dans ce contexte :

 

[…]

De l’âme les apprêts sous la tempe calmée,

Ma mort, enfant secrète et déjà si formée,

Et vous, divins dégoûts qui me donniez l’essor,

Chastes éloignements des lustres de mon sort,

Ne fûtes-vous, ferveur, qu’une noble durée ?

Nulle jamais des dieux plus près aventurée

N’osa peindre à son front leur souffle ravisseur,

Et de la nuit parfaite implorant l’épaisseur,

Prétendre par la lèvre au suprême murmure.

[…]39

 

Le sens, on le constate, se dessine difficilement dans l’enchainement des mots ; mais de leur association se dégage un chant mélodieux. Ainsi, l’« encordage » avec Mallarmé, pour employer le vocabulaire marin, est un peu plus précis; même si un esprit aussi « rebelle » et aussi libertaire que celui de Valéry ne saurait s’en accommoder. La justification d’une telle attitude se trouve dans une lettre adressée à André Gide, datant de Novembre 1894 : « Te rappelles-tu : je te disais abandonner les idées que j’avais, dès que d’autres me semblaient les avoir. C’est toujours vrai. Je veux être maître chez moi »40. À travers une telle exigence, Valéry montre que l’une des seules manières, pour lui, de subir une influence, c’est dans l’opposition ou dans la prise de distance envers les positions qui se rapprocheraient des siennes. On comprend mieux alors l’influence mallarméenne, qui se fait sur fond d’opposition.

Georges Morin nous l’explique clairement lorsqu’il évoque la contradiction fondamentale entre les deux hommes41. À la question « À quoi sert la poésie ? », la position de Mallarmé est sans ambiguïté, à rien d’utile. Sa grandeur repose sur son caractère non pratique ; alors que pour Valéry, elle est d’une utilité indéniable42 puisqu’elle « agit sur nous »43. Deux points de vue donc qu’on ne peut véritablement concilier44, et qui certainement tiennent du mystère qui unit les deux poètes.

 

Conclusion

On retiendra ainsi au terme de notre réflexion que Mallarmé, de par son aura et de par sa grandeur poétique, a été une véritable source d’inspiration pour le monde de la littérature et notamment pour Valéry. Ni trop proches, ni trop éloignés, la relation entre les deux hommes s’est forgée dans un jeu d’« attraction-répulsion », d’« admiration-opposition », surtout pour le plus jeune qui y trouvera matière à évolution. Mais qu’on ne s’y trompe pas, jamais Valéry, surtout pas celui de la maturité, ne revendiquera un quelconque arrimage de sa poétique à celle de Mallarmé, et encore moins ne se présentera en disciple comme beaucoup le pensent. Valéry, même s’il a subi, étant jeune, l’influence de Mallarmé, comme ce fut le cas avec Huysmans ou Edgard Poe, a construit et préservé une certaine indépendance qui a permis à son œuvre de s’assumer pleinement, et de ne pas être le prolongement d’une autre. Et comme pourrait conclure Valéry, « Le puissant esprit… bat sa propre monnaie »45.

Bibliographie

DURAND, Pascal, De Duchamp à Mallarmé : Formalisme esthétique et formalité sociale, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001.

GIDE, André, Prétextes, Paris, Mercure de France, 1919.

GIFFORD, Paul, Paul Valéry, Le Dialogue des choses divines, Paris, Corti, 1989.

HYTIER, Jean, La poétique de Valéry, Paris, Armand Colin, 1970.

HUGO, Friedrich, Structure de la poésie moderne, Paris, Le livre de poche, 1999.

MALLARMÉ, Stéphane, Poésies, Paris, Flammarion, 1989 ; Sonnet allégorique de lui-même, Œuvres Complètes, t. I, Paris, Gallimard, 1998.

MORIN, Georges, Sept poètes et le langage, Paris, Gallimard, 1992.

VALÉRY, Paul, Album de vers anciens, Paris, Nouvelle Revue Française, 1933 ; La Jeune Parque, Paris, Gallimard, 1974.

 

 

Notes

 
1 Robert Monestier, « Notice » sur Charmes, Paris, Librairie Larousse, 1975, p. 19.
2 Lloyd James Austin, « Introduction », Poésies, Paris, Flammarion, 1989, p. 16.
3 Stéphane Mallarmé, Correspondance, Édition de B. Marchal, Gallimard, 1995, p. 243.
4 Pascal Durand, De Duchamp à Mallarmé : Formalisme esthétique et formalité sociale,

Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 35.
5  Ibid.
6 Stéphane Mallarmé, « L’Azur », Poésies, Paris, Flammarion, 1989, p. 59.
7 Pascal Durand, op.cit., p. 270.
8 Id., p. 35.
9 Stéphane Mallarmé, Sonnet allégorique de lui-même , Œuvres Complètes, t. I, Paris, 

Gallimard, 1998, p.131. 
10Id., Un Coup de dé…, Paris, NRF, 1914, p. 2,
11 Lloyd James Austin, « Introduction » , Poésies, op.cit., p. 15.
12 Stéphane Mallarmé, Correspondance II, op.cit., p. 301.

13 Lettre à A. Thibaudet, 10 mars 1913 [daté 1912] in Lettres à quelques-uns, coll. Blanche, Gallimard, 1952 ; réed. dans la coll. Imaginaire/Gallimard, 1987, p. 95. Les deux lettres de Valéry à Thibaudet (qui prépare un livre sur Mallarmé) reproduites dans le volume (pp. 93-100) font le point sur son rapport à Mallarmé, donne son témoignage et son analyse de sa relation personnelle avec le poète, mais aussi de la place que Mallarmé a tenue auprès de jeunes et de moins jeunes « littérateurs » d’abord admiratifs, mais dominés et in fine préférant se précipiter à toutes les latrines du troupeau » (p. 99). Un brouillon de la lettre datée du 10 mars 1913, contenant le passage cité, se trouve dans le Cahier K 1913 (in vol. 4, éd. facs du CNRS des Cahiers, p. 911, passage cité dans l’anthologie des Cahiers, Bibl. de la Pléiade, 1973, T.I, p. 60). Rappelons que Valéry n’est pas un ami de Thibaudet, mais que leurs rapports sont empreints d’une profonde considération.

14 Paul Gifford présente Mallarmé comme « Le véritable père spirituel du projet de Valéry », Paul Valéry, Le Dialogue des choses divines, Paris, Corti, 1989, p. 266

15 Paul Valéry, Cahier XXVI, CNRS, 488 ; Pléiade, II, 1942, p. 1137.

16  Id., Cahier V, p. 205.
17 Id., Cahiers, éd. facs. CNRS, vol. 20, pp. 911-912.
18 Correspondances Gide-Valéry, Cahier XXVI, op.cit., p. 331-333.
19 Paul Valéry, Album de vers anciens, Paris, Éd. de la Nouvelle Revue Française, 1933, 
p. 146.
20 Ibid., « Solitude », p. 118.
21  André Gide, Prétextes, Paris, Mercure de France, 1919, p. 245.
22 Jean Levaillant, Préface à la Jeune Parque, Paris, Gallimard, 1974, p. 8.

23  La nuit du 04 au 05 Octobre 1892, marque chez Valéry le début d’une véritable crise existentielle, qui le conduira à l’abandon de toute littérature, de toute idée de poésie, pour se consacrer à ce qu’il a lui-même appelé « la vie de l’esprit ».

24 Valéry était assimilé à cette première création de jeunesse et à la puissance étonnante qu’il a mise dans ce personnage. Pendant les quelques vingt ans de son silence littéraire, jusqu’à la parution de la Jeune Parque, il ne fut guère connu que comme l’auteur de M. Teste. C’est pour cette raison surement que toute sa production littéraire ultérieure fut jugée sous l’éclairage de ce personnage, au point que la plupart des critiques ont cru pouvoir identifier Valéry à M. Teste, et le réduire ainsi à une intelligence froidement analytique, pure pensée ne participant en rien à la vie, esprit hautain, exclusif de toute sensibilité, raison orgueilleuse méprisant les voix du cœur.

25  Cahiers 29, p. 897.
26 Correspondance, avec G. Fourment, p. 67,
27 Cahiers 24, p. 347.
28 Stéphane Mallarmé, Hérodiade, Scène I, Poésies, op.cit., p.72.
29 Id., Correspondance I, op.cit. p.193.
30  Ibid., p. 246
31 Id., Hérodiade, Scène I, op.cit., p. 72,
32 Hugo Friedrich, Structure de la poésie moderne, Paris, Le livre de poche, 1999, p.134.
33  « Valéry a exalté chez son maître… » ; HYTIER, Jean, La poétique de Valéry, Paris, 

Armand Colin, 1970, p.83.
34 Paul Valéry, in Mélange, Paris, Gallimard, 1941, p. 161.
35 Id., Lettres à quelques-uns, Paris, Gallimard, 1952, p. 179.
36 Paul Valéry, La Jeune Parque, Paris, Gallimard, 1974, p. 24.

37 La référence à la sensibilité témoigne d’une « psychographie » de Valéry, ou plus précisément d’une conception personnelle du fonctionnement psychologique chez lui. Et en l’espèce, les écrits sont nombreux qui focalisent l’attention de Valéry sur l’état naturel d’incohérence et de dispersion de la sensibilité, chose qu’on ne retrouverait pas chez Mallarmé tant tout est « verrouillé » à dessein.

38 Stéphane Mallarmé, in Vues, Paris, La Table ronde, 1948, p. 185.
39 Paul Valéry, La Jeune Parque, op.cit., p. 31.
40 Correspondance Valéry-Gide du 10 Novembre 1894, in L’Arche, Octobre 1945, p. 22.
41 Georges Morin, Sept poètes et le langage, Paris, Gallimard, 1992, p. 32.
42 Ibid.
43 Paul Valéry, Œuvres, Pléiade, t.I, 1937, p. 432.

44  « Chez Mallarmé le Grand-Œuvre consistait à déchiffrer l’univers en le recomposant grâce à une alchimie du Verbe poétique qui devait rejoindre, à la limite de sa puissance, le Néant ou l’Idée, principe caché de tous les phénomènes. Le Livre consacrait ce que Valéry appelle à juste titre une tentative de « représenter le mystère de toute les choses par le mystère du langage ». Écartant cette métaphysique du langage et de l’acte poétique, Valéry fait du Moi le grimoire à déchiffrer et le Grand-Œuvre à faire. » Paul Gifford, Paul Valéry, Le Dialogue des choses divines, op.cit., p. 266.

45 Paul Valéry, Rhumbs, in Tel Quel, II, Paris, Gallimard, 1933, p. 85.

***

Biographie

Ange-Valéry Kouassi Kouakou est né en Côte d’Ivoire en 1979. Après de brillantes études universitaires, il obtient  une bourse du Gouvernement Français,qui le conduira à l’Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand, où il soutient en 2013 une thèse de Doctorat en Littérature Française option poésie. Ses recherches sont essentiellement consacrées à l'analyse de la poétique de, Pierre Jean Jouve, Georges Bataille et Paul Valéry. Il est actuellement Enseignant-chercheur à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.

 

Pour citer cet article

  

Ange-Valéry Kouassi Kouakou, «  D’homme à homme : réflexions sur l’influence mallarménne chez Paul Valéry », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 14 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/valery.html

 

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm Numéros
9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 11:42

 

Bémol artistique

Exposition

 

Happy holidays

 

Gordan Ćosić

 

Publication au numéro spécial imprimé 2015-2016

 

New year kisses

 

© Crédit photo : Gordan Ćosić, New year kisses, 2016.

 

 She lets me touch

 

© Crédit photo : Gordan Ćosić, She lets me touch, 2016.

 

Pour citer ce bémol

 
  

Gordan Ćosić, « Happy holidays », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°9 (publication partielle de nos derniers numéros imprimés de 2016) [En ligne], mis en ligne le 9 décembre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/expo.html

 

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