4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 10:25

 

N°8 | Dossier majeur | Florilège de poétextes

 

 

 

 

 

 

Des rides... & Vieille

 

 

 

 

 

 

Poèmes & dessin de

 

Christelle Reix

 

Poétesse plasticienne

 

 

 

© ​​​​​Crédit photo : Christelle Reix, "Vieille". 

 

Des rides...

 

 

Des rides à caresser 

Du bout des doigts

Des rides à décompter 

Le rebours du temps passé

À rire, s'étonner, rire, crier, rire, pleurer

Un parchemin, tissu délicat

À manger de baisers, tissu délicieux

Tes rides me bouleversent

Comme un doux abandon 

D'une peau trop lissée

Dans la douceur des plis

Glisser le tendre du doigt

Et me dire ravie

Que les années à venir

M'enchantent, déjà,

À découvrir de nouveaux paysages

Dans le coin de tes yeux

Les petits plis froissés

Qui roulent dans ton cou 

Accueillant les baisers

Comme des billets doux

Fermer les yeux

Et déchiffrer

Le braille de ta peau...

 

 

 


 

Vieille

 

 

 

Je m'imagine âgée, et dans cet avenir, je me questionne sur ce moment où je me dirai vieille.

À cinquante et trois années, la bascule du corps a déjà commencé. 

Pourtant, je ressens encore des émois d'adolescente et ma pensée se déplie en gymnaste entraînée. Dans le parcours aux embûches d'une parole qui dit vrai, comment sentir ce point de butée qui me nommera vieille ? 

Je rêve que mon regard continue à ne voir que le beau dans les rides, un itinéraire escarpé et joyeux, et dans le fil de mes cheveux, la poudre d'une neige un matin de décembre. 

Dans le regard de l'autre, inviter la buée de l'enfant qui ne voit qu'un halo d'un corps parlant et si la langue ne bégaie pas, encore, donner une impression, peut-être, d'éternité. 

D'une illusoire image, je préfère l'échappée des plis de la chair qui roulent en bonds joyeux, une peau qui rit de ses tourments et des os qui s'effritent mais restent dignes, jusque dans les plaies. 

Le toucher qui s'émerveille d'un grain de peau délavée, une carte du monde en parchemin tissé, de larmes, de rires, en culbutes silencieuses. 

L'aimant d'un bout de doigt qui déambule en sillons vagabonds sur des vallons fatigués...

J'ai peur, parfois, que le temps ne s'échappe, que le saisir ne devienne un acte impossible, et que mes doigts noueux n'aient plus le choix et se ferment, en dépit, sur des rais en suspens ...

À l'orée d'un vieillir, je le souhaite enchanteur va-nu-pieds, qu'il continue longtemps à s'étirer, afin de pouvoir sentir son goût sucré salé dans le creux de mes jours, sombres ou fortunés.



 

 

***

 

Pour citer ces poèmes sur la vieillesse

 

Christelle Reix (poèmes & dessin inédits), « Des rides... » & « Vieille », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques :  N°8 | Été 2021 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 4 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8/cr-vieille

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 8 Muses et féminins en poésie
3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 17:35

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Poétextes thématiques | Poésie des  ancêtres & N°8 | Dossier majeur | Florilège de poétextes 

 

 

 

 

 

 

 

 

La fièvre

 

 

 

&

 

 

 

Adieux à la poésie

 

 

 

 

 

 

Louise Fournier

 

 

Poèmes choisis & transcrits

par Dina Sahyouni

Le premier poème a été modifié légèrement.

 

 

 

 

Crédit photo : Léon-Pierre Félix, "Mélancolie", peinture trouvée sur Wikimedia.

 

 

 

La fièvre

 

 

Je rêvais éveillée. Oh ! Sublime folie !

Sous le reflet brillant d'un magique lointain,

Mon âme entrevoyait de l'éternelle vie,

Des saintes voluptés le prestige divin.

Un ange, me prenant sur ces ailes dorées,

Bientôt vint m'enlever de mon triste séjour,

Fit entendre à mon cœur des notes adorées,

M'entretint doucement de son mystique amour.

« Sur ton aride sol laisse tomber ta chaîne ;

Avec moi, me dit-il, dans ma belle cité

Viens : dans ce doux Éden, toujours l'âme est sereine ;

Viens respirer enfin l'air de la liberté.

Mon asile est plus beau que toute la nature,

De festons verdoyants nos chemins sont parés,

Et les sens sont bercés par un divin murmure :

Le chant harmonieux des esprits éthérés.

L'âme de mille fleurs dans les airs est semée,

Le génie et l'amour se plaisent parmi nous ;

Pour ces âmes de feu notre vallée aimée

Seule a des charmes purs, mystérieux et doux. »

…........................................................................

Mon ange, poursuivant son envol léger, rapide,

De ses deux ailes d'or agitait mes cheveux,

Du souffle parfumé de son baiser humide

Rafraîchissait mon front qui bouillonnait de feux.

Parcourant avec lui les champs de son empire,

Je vis les Chérubins, dans leurs riants berceaux,

M'accueillir en chantant, tendrement me sourire,

Jeter sur mon chemin des fleurs et des rameaux.

Marchant, marchant toujours de miracle en miracle,

Je vis se dessiner un splendide palais ;

Puis, franchissant le seuil d'un sacré tabernacle,

Des délices des saints je savourai la paix.

Du grand livre éternel je tournai chaque page,

J'épelai chaque mot d'un langage divin,

Je compris de mon Dieu le magnifique ouvrage,

Je connus les secrets du sublime écrivain.

Alors dans ma pensée, à cette heure suprême,

Surgirent des transports enivrants, inconnus ;

Mon âme, concevant tout le plan d'un poème,

Dans les airs exhala ses accents ingénus.

Reine aux charmes puissants, la belle Poésie

Parut, et me tendant ses fertiles pinceaux,

Elle-même humectant ma lève d'ambroisie :

« Travaille, me dit-elle, et rends ces beaux tableaux. »

Sous ses regards brûlants, près de cette âme pure,

D'un magique pouvoir tout à coup pénétré,

Mon esprit, s'essayant, par sa chaude peinture

Rendit tout le brillant de ce séjour sacré.

Et, pendant mon travail, ma divine maîtresse

De sa lyre tirait des sons harmonieux ;

Mon cœur, épanoui d'une céleste ivresse,

Se croyait pour toujours un habitant des cieux.

À l'heure du repos, sur ma couche d'ivoire,

Les décentes Vertus vinrent me déposer ;

Mon ange me berça par des songes de gloire,

Mais tout s'évanouit dans un dernier baiser !


 

Adieux à la poésie

 

 

D'un délirant nectar en vain j'emplis mon verre,

Pour tromper ma douleur je cherche à m'enivrer :

Mon esprit est vaincu, maîtresse est la matière ;

        Je me sens expirer.

 

Arrêtée un instant sur une haute cime,

Pour cueillir une fleur, soudain, mon pied glissant,

Le vertige me prend et, d'abîme en abîme,

        Je roule en gémissant.

 

Quand je veux de nouveau vers les champs de lumière.

Par un bond insensé, reprendre mon essor,

Un bras de plomb m'étreint, me repousse en arrière

        Et rend vain mon effort.

 

Fantômes de l'esprit, vous n'avez plus de ruse

Pour mon cœur ulcéré ; dans vous je n'ai plus de foi.

Ce terrible ennemi qui nous ronge et nous use,

        L'ennui pèse sur moi !

 

Heures de triste attente et de longue insomnie,

Heures de désespoir, qui pourra vous tromper ?

Sur un triste destin mon semblant de génie

        Ne peut plus l'emporter.

 

Ô douleur ! ô regret ! Quand mon âme en délire

Poursuit en rêve encore un drame commencé,

Je ne puis rattacher mes pensers, les écrire...

        Mon corps est affaissé.

 

Ô poésie, amour, ma volupté suprême,

Adieu ! et vous, à moi venez, oubli, néant !

Renoncer à mon art, c'est plus que la mort même

        Pour mon esprit ardent.


 

Adieu, bords enchantés où je m'étais assise,

Croyant me ranimer par un air pur, vital.

Je l'ai trop aspiré, car mon âme se brise

        Sous un souffle fatal.


 

Sous vos ombrages verts, chantant avec ivresse,

Un jour je m'endormis dans une douce erreur :

Le vent froid m'a saisie et des flots de tristesse

        Ont étouffé mon cœur.


 

Adieu, riant vallon ; adieu, plaine fleurie

Où j'ai trouvé trop tard un précieux trésor,

Adieu, beau ciel d'azur ; adieu, sainte patrie.

        J'échoue auprès du port !


 

Recueille mes accents, muse, trop chère amie ;

En pressant sur mon cœur ton fantôme adoré,

Ô toi, toi que j'aimai, je t'ai donné ma vie.

Mon esprit meurt du feu dont il est dévoré.


 

 

Les poèmes ci-dessus composés par une lyreuse méconnue nommée Louise FOURNIER ont été publiés dans son recueil de poèmes FOURNIER, Louise (Mme), Rêveries et souvenirs, premières poésies, par Mme Louise Fournier, Paris, imprimerie de J. CLAYE, rue Saint-Benoit, 1867, pp. 37-40 & 131-134. L'ouvrage appartient au domaine public et se trouve sur le site de Gallica.

 

***

 

Pour citer ces poèmes sur la dépression, la vieillesse & l'ivresse 

 

Louise Fournier, « La fièvre » & « Adieux à la poésie », poèmes de FOURNIER, Louise (Mme), Rêveries et souvenirs, premières poésies, par... (1867), ont été choisis & transcrits par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16 & N°8 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, ​​​​mis en ligne le 3 juillet 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/no8/ma-adieuxpoesie

 

 

 

 

 

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2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 13:03

 

Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes & N°8 | Critique & réception | Revue Matrimoine

 

 

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger vous

 

présente le livre Hildegarde 

 

de Léo Henry,

 

Prix de l'Académie de Rhénane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo : "Le lauréat Léo Henry avec l'académicienne Françoise Urban-Menninger lors de la cérémonie de la Remise des Prix de l'Académie Rhénane, image du 19 juin 2021.

 

 

 

 

 

 

Le 19 juin dernier, dans la séance de printemps de l'Académie Rhénane transmise en direct sur la page Facebook de la librairie Kléber à Strasbourg. Françoise Urban-Menninger a présenté le merveilleux livre Hildegarde de Léo Henry qui d'après l'académicienne Françoise Urban-Menninger "a construit une œuvre autour du personnage protéiforme de l'abbesse botaniste, visionnaire, linguiste, compositrice, féministe avant l'heure ! Une figure féminine emblématique du Moyen Âge européen d'une étonnante actualité !" (Sic)


 

 

Ce périodique a le plaisir de diffuser la vidéo de de la Cérémonie de la Remise des Prix de l'Académie Rhénane où l'on peut découvrir l'analyse de Françoise Urban-Menninger de l'ouvrage Hildegarde du lauréat Léo Henry.

 

 

Description 

La cérémonie de remise des Prix aux quatre lauréats choisis par les diverses Commissions de l’Académie Rhénane s'est déroulée en direct le 19 juin 2021, Url :

 

***

 

Pour citer ce document audiovisuel 

 

 

SIÉFÉGP, « Françoise Urban-Menninger vous présente le livre Hildegarde de Léo Henry, Prix de l'Académie de Rhénane », vidéo de la cérémonie, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16 & N°8 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 2 juillet 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/no8/siefegp-hildegarde

 

 

 

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22 juin 2021 2 22 /06 /juin /2021 14:00

 

N°8 | Muses au masculin

 

 

 

 

 

 

 

 

Cancre 

 

 

 

 

 

 

Yvan Robberechts

 

 

 

 

Crédit photo : "Le paresseux" Wikimédia, domaine public​​​​​​. 

 

 

 

 

Cancre…

Dix ans de mitard à buller au fond d’une classe,

suivre une plume invisible livrée au vent. 

Dix ans de trous d’air et de brumes. 

Dix ans à me téléporter de vagues en vagues, 

ma peau sur une chaise où mes idées divaguent. 

Dix ans de solitude… presque cent.

 

Cancre. Cancrelat, petit cafard assoupi, 

déguisé en écolier, trahi par ses antennes. 

Bousier indécrottable.

 

– « Il ne fera jamais Polytechnique » (moue navrée et entendue). 

Litote,  licence poétique.

Continuer à vaquer à mes songes. Envers et contre tous. 

Rester focus sur la téléportation, mon petit domaine d’expertise.

 

–  « Yvan, au tableau ! »

Calcul du périmètre d’un cercle. 

Pris en flagrant délit de téléportation. 

Le nez dans le pot de miel de la liberté volée, dérobée à l’institution. 

Me pousse un groin entre ma chaise et le tableau. 

Le maître se paie la bête. Bête à manger du foin.

Rien… Presque rien … Rien que moi et le tableau,

 … Moi et ma craie, …  Ma nullité et moi. 

Mon groin dans la fange et ses clapots de honte.

 

J’aurais pu devenir mauvais, hargneux, 

à boire jusqu’à la lie le jus amer de la défaite. 

Moi et ma nullité on vous emmerde !!

Revendiquer cette médiocrité, étendard de mon identité enclavée. 

Persister et signer. À la lame et dans le sang. Cruel à mon tour. 

J’en ai eu longtemps la tentation.

Allumer les mots par la mèche et les jeter à la face 

des faux-semblants, des évidences et des litotes, 

faire péter le malheur et la honte.

 

Il a fallu se débarrasser du petit niaiseux,

…Oublier. 

Plier mes antennes et mes ailes, les ranger sous le pupitre, 

me désincarcérer de ce corps d’insecte,

laisser ma mue de blatte accrochée à la chaise devant mon bureau vide. 

Dernier regard sur la scène de crime.

Fermer la porte.


 


 

 

***

 

 

Pour citer ce poème inédit 

 

Yvan Robberechts, « Cancre », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°8 | Été 2021 « Penser la maladie & la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 22 juin 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/no8/yr-cancre 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES DE - dans Numéro 8

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