6 avril 2021 2 06 /04 /avril /2021 13:44

 

No 8 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Textes poétiques du dossier mineur permanent | Varia de textes poétiques​​​​​​​​​​

 

 

 

 

 

 

 

Como decíamos /

 

Comme nous disions hier.

 

Poèmes de Celia Vázquez

 

 

 

 

 

 

Poèmes de

 

Celia Vázquez

 

Poèmes choisis & Œuvre traduits en français par

 

Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

© Crédit photo : Couverture illustrée du recueil de poèmes de Celia Vázquez traduits en français par Maggy De Coster. 

​​

 

« Comme nous disions hier », Celia Vázquez, collección AMPALIT, Poesía, 2020, 131 p., traduit de l’espagnol par Maggy De Coster


 

 

 

El paciente olvido


 

¿Qué es el amor sino un horizonte sin línea

que diluye al ser que ama?

¿Qué es el amor sino una dolencia constante
que vuelve anémica la sangre?

¿Qué es el amor sino un canto de sirenas
para un Odiseo sin mares? 

Es salva de incoherencias que disuelve la libertad,

un presagio de vidente

que nos ancla el alma a un dueño:

el paciente olvido espeso. 


 

Le patient oublié

 

 

Qu'est-ce que l'amour sinon un horizon sans ligne

qui dilue l'être qui aime?

Qu'est-ce que l'amour sinon une souffrance constante

qui anémie le sang?

Qu'est-ce que l'amour sinon  une chanson de sirène

pour une odyssée sans mers?

 

Il est sauvé des incohérences que dissout la liberté,

un présage de voyant

qui ancre notre âme à un propriétaire:

Le patient a oublié l’aspérité.

 

 

 

 

Distancia 

 

Ahora estoy, amor, lejos de ti,

tan lejos que me cuesta extasiarme,

conseguir evocarte, traerte hasta mi misma.

Se me quiebra en las manos tu recuerdo más puro :

tu ser indefinible.

 

Lo accesorio lo tengo. El paisaje,

lo que te rodea y que de ti es parte:

la larga, desesperante, inmensa llanura.

El horizonte remoto, pura línea,

la pincelada azul del vibrante aire,

el sol, fulgente, duro e implacable ;

el anchuroso espacio

que marca la distancia,

el quiebro áspero de la sombra cortada,

la inclemente cuchillada del sol.
 

Todo me acerca tu recuerdo en un instante:

los veranos calientes, las hirientes cales;

las casas chicas, humildes o nobles.

Llevo mi mente a todo lo que me inspira

y me permite evocarte :

A la plaza, al escudo y a la iglesia ;

al tapial, a la grieta y al molino ;

al árbol solitario, altivo y seco

que como tú me mira de soslayo;

al castillo en lo alto del otero,

sin sueños, sin gigantes,

sin vientos, sin anhelos.

 

A ti, sí, te tengo, aquí, clavado ;

tu rostro, erial de suaves surcos,

marca el tiempo que nos amamos ;

el horizonte remoto de tu cuerpo,

la pincelada azul de mis ojos,

el delineado de tus labios,

el sol fulgente de mi cabello

el anchuroso espacio de tu espalda…

la inclemente cuchillada de tu ausencia.

 

 

Distance

 

Maintenant je suis, mon amour, loin de toi,

si loin qu'il m'est difficile d'être extatique,

de t'évoquer, te ramener vers moi.

Ton souvenir le plus pur se brise entre mes mains:

ton être indéfinissable.

 

J'ai l'accessoire. Le paysage,

ce qui t'entoure et ce qui fait partie de toi :

La longue plaine immense et désespérante.

L'horizon lointain, la ligne pure,

le coup de pinceau bleu de l'air vibrant,

le soleil, brillant, dur et implacable ;

le vaste espace

qui marque la distance,

la rupture brutale du tranchant de l'ombre,

la lame incisive du soleil.

 

Tout en un instant me rappelle à ton bon souvenir:

étés chauds, chagrins blessants;

les petites maisons, humbles ou nobles.

tout ce qui m'inspire me revient à l'esprit

et me permet de t'évoquer :

la place, le blason et l'église,

le pisé, la fissure et le moulin

l'arbre solitaire, hautain et sec

qui comme toi me regarde de travers;

le château perché sur la colline,

sans rêves, sans géants,

 

Toi, oui, je t'ai, ici, cloué ;

ton visage, hérissé de sillons doux,

marque le temps de nos amours;

l'horizon lointain de ton corps,

la peinture bleue de mes yeux,

le tracé de tes lèvres,

le soleil éclatant de mes cheveux

la largeur de ton dos...

la lame tranchante de ton absence.

 

 

 

Su encanto  

 

Su voz de tono grave e impostada 

que jamás vacilaba ante la mentira, 

se derritió con la rutina un día.

La costumbre habitó su alma; 

la fragancia de su viril encanto

se colgó de su camisa de once varas

rasgada con la inercia de la vida.

 

 

 

Son charme

 

 

Sa voix profonde et imposante 

 

qui n'avait jamais hésité face aux mensonges, 

 

un jour, s'est fondue dans la routine.

 

L'habitude habitait son âme ; 

 

le parfum de son charme viril

 

s'est pendu à sa chemise à onze points

 

déchirée par l'inertie de la vie. 

 

 

 

 

Oubli

 

Olvidarte me arroja a la más burda indolencia, 

a un cielo rojo y añil, a la intolerancia absurda, 

a la nada macilenta, a la máscara sin perfil,

a la disolución sin huella. 

Por eso me niego a olvidarte.

 

Prefiero ser un perfume sin aroma

una hoguera sin fuego, la pleamar sin olas,

un verano sin calor, un pájaro sin vuelo,

un poema sin rima, una fuente sin agua,

una canción sin letra, paradoja sin sentido,

para no perder la ilusión de esa amistad eterna

que parpadea en la noche convertida en una estrella,

que cuelga del firmamento, que sueña con el mañana, 

en un tiempo de futuro y en el sonoro plural,

en el tatuaje del alma de un amor atemporal.


 

 

 

 

Oubli

 

 

 

L’oubli me jette dans la plus grande indolence,

à un ciel rouge et indigo, à une intolérance absurde,

au néant blafard, au masque sans profil,

à la dissolution sans trace.

Pour cela je me refuse de t'oublier.

 

Je préfère être un parfum sans odeur

un foyer sans feu, la pleine mer sans vagues,

 un été sans chaleur, un oiseau sans vol,

un poème sans rime, une fontaine sans eau,

une chanson sans paroles, paradoxe insignifiant,

pour ne pas perdre l'illusion de cette amitié éternelle

qui clignote la nuit transformée en étoile,

suspendue au firmament, qui rêve au matin,

dans un futur pluriel et sonore,

d'un amour intemporel au tatouage de l’âme.

 


 

Vestigios de amor

 

 

El poeta del amor,

a quien las adolescentes 

admirábamos,

no parecía tener claro

 a qué mujer amaba

y a algunas de nosotras,

sus poéticos retratos

más de un disgusto han dado 

y nos dejan ahora intuir

que el poeta y su querer 

no nos ha quedado claro.

 

Empeño inútil me parece,

en nuestro tiempo, averiguar 

quiénes fueron las mujeres

de las que Bécquer

anduvo enamoriscado :

la que hablaba como Julieta, 

en el balcón donde anidaban 

las golondrinas

y donde se enredaban

las madreselvas ;

la que le hizo exclamar :

“¡Hoy creo en Dios!” ; 

la que con su mano

arrancaba melodiosos sones

del arpa olvidada ;

la que prueba,

con una sola afirmación,

que ella es la poesía ;

la que evoca por su solo recuerdo

 

al amor que pasa, entre olas de armonía ;

la que acorta el vivir del poeta, cuyo espíritu,

se propone esperarla

a las puertas de la muerte

para poder decirle

todo lo que ha callado.

 

Nuestro admirado Bécquer 

vivía de ensueños

y al final de su vida no sabía

qué había sido sueño

y qué realidad en su vida amorosa:

solamente soñándose dormido,

así tan solo, vivía en plenitud 

la vida que había soñado.

 

Nombres y fechas

se confundían en su mente.

Para él todo había sido

amor verdadero, sentido,

amor real. Un gran sueño.

 


 

 

Vestiges de l'amour

 


 

Le poète de l'amour,

que les adolescentes admiraient,

ne semblait pas savoir 

clairement quelle femme il aimait

et à certaines d'entre nous,

ses portraits poétiques

révèlent plus ses déconvenues

et nous laissent deviner

que le poète n’était pas clair  

sur son sentiment amoureux.

 

Il me semble inutile, 

à notre époque, de chercher à comprendre

que  des individus comme Becquer

soient  tombés amoureux:

celle qui parlait comme Juliette, 

sur le balcon où se nichaient

les hirondelles

et où les chèvrefeuilles s’emmêlaient;

celle qui le fit s'exclamait: 

« Aujourd'hui, je crois en Dieu! »

celle qui de sa main

arracha des sons mélodieux 

de la harpe oubliée;

celui qui prouve,

en affirmant fermement, 

qu’elle est la poésie ;

celle qui évoque par son seul souvenir

 l'amour qui passe,

 entre les vagues d'harmonie ;

ce qui raccourcit la vie du poète, 

dont l'âme,

se propose de l'attendre

aux portes de la mort 

pour pouvoir lui dire

tout ce qu’il a tu.

 

Notre Bécquer admiré 

vivait de rêveries

et à la fin de sa vie, il ne savait pas

qu’il avait rêvé

en réalité dans sa vie amoureuse: 

qu’il rêvait sa vie dans son sommeil,

ainsi tout en étant si seul, il vivait dans la plénitude

de la vie rêvée.

 

Noms et dates

se confondaient dans son esprit. 

Pour lui, tout avait été 

de l’amour vrai, ressenti,

le véritable amour. Un grand rêve.



 

 

 

NDLR : Celia Vázquez est docteur en philologie anglaise à l’Université Complutense de Madrid, chercheur, conteuse, poète et essayiste ; elle a été professeur titulaire de l’Université Polytechnique de Madrid et de l’Université de Vigo et aussi Directrice du Département de Philologie anglaise pendant quelques années.

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes  d'amour traduits

 

Maggy De Coster, « Como decíamos / Comme nous disions hier. Poèmes de Celia Vázquez », poèmes d'amour bilingues inédits choisis & traduits en français par Maggy DE COSTER, textes reproduits avec l'aimable autorisation des auteures et leur maison d'édition, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021/I « Poésies printanières & colorées » & N°8 « Penser la maladie & la vieillesse en Poésie » volet 2, sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 6 avril 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no8/cv-nousdisions 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 8 Amour en poésie
4 avril 2021 7 04 /04 /avril /2021 14:19

 

N°8 & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Pionnières en poésies féministes | Florilège de textes poétiques​​​​​​ | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Femme

 

 

 

 

Poème par

Huguette Lerolle

 

Commentaire de

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

© Crédit photo :  Auguste Renoir, "Yvonne et Christine Lerolle au piano", image fournie par F. Urban-Menninger. 

 

                                

 

 

Et moi femme, je suis la main ouverte

L'eau qui jaillit de la fontaine offerte

À ta soif de jouir, à ta faim de désirs

Moi femme, je suis plaisir

Je suis silence et eaux dormantes

Que tu ne peux saisir

 

 

Et moi femme, je flotte hors des douleurs

Ivre de nos caresses, de notre jouissance

Silencieuse comme l'aurore

Dans la première brume du matin bleu

Je me tais, je baisse les yeux

Et je reste attentive à toi qui me désires

 

Et moi femme, je suis le port, le havre

Le repos du guerrier, le corps gonflé de sève et de joie

Je suis Amour et seulement Amour

Bonheur trop fort, bonheur violent

Je suis folie et déchirure, je suis blessure

Pour toi qui voudrais me haïr

 

 

Et moi femme, je suis l'île et le rivage

Je suis sable chaud sur la plage

Grain de sable, rayon de soleil

Sur nos corps chauds, sur nos visages

Je suis bruit de la vague et tempête et naufrage

Et tu voudrais t'enfuir

 

 

Et moi femme, je suis la chair, la terre

Je ne suis que ce corps lourd de l'enfant qu'il porte

Je suis la bouche qui se confond

Avec une autre bouche dans un baiser profond

Insoutenable de plaisir

Et tu voudrais mourir*

 

 

 

       

* Ce poème de la poète Huguette Lerolle (publié lors du récital de l'Académie rhénane en 2014 dans le recueil « Au cœur des Arts ») est reproduit avec aimable de l'Académie rhénane et ayants droit.

 

 

 

Commentaire

 

 

 

 

Je souhaite par le biais de la publication du poème "Femme" rendre hommage à Huguette Lerolle qui nous a quittés dans sa 86ème année, elle était médecin et poète, membre de la commission littéraire de l'Académie rhénane que je préside mais n'avait plus réapparu depuis 2014, la maladie la tenant éloignée du monde.

 

 

 

Huguette était une battante, une femme au caractère bien trempé, Le poème "Femme" en témoigne !

Par ailleurs, je vous envoie la copie du tableau de Renoir où ses deux aïeules, Yvonne et Christine Lerolle ont posé pour l'artiste !

Elle en était très fière et ne manquait pas une occasion de relater cette merveilleuse anecdote !

 

F. Urban-Menninger

 

 

 

***

 

 

Pour citer ce poème féministe 

 

Huguette Lerolle, « Femme », poème féministe reproduit du recueil de l'Académie rhénane Au cœur des Arts, 2014  avec l'aimable autorisation de l'Académie & des ayants droit, commenté par Françoise Urban-Menninger, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Megalesia 2021/II « Pionnières en Poésies féministes » & N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 4 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no8/hl-femme

 

 

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 8 Poésie engagée Poésie féministe
3 avril 2021 6 03 /04 /avril /2021 17:43

 

N° 8  & Événements poétiques | Megalesia 2021 | Handicaps & diversité inclusive

 

 

 

 

 

 

 

 

Je te parlerai

 

 

&

 

 

Error system data

 

 

 

 

 

Laurent Chaineux Schenmetzler

 

 

Crédit photo : Alexandre-Jacques Chantron, La Cigale ou Rêve d'été pastel​​​​, image Commons, domaine public. 

 

Je te parlerai

 

 

Je te parlerai

Je te raconterai des histoires

Comme tu les aimes

Le soir

À la veillée.

Je te parlerai

De nous

Je te parlerai

De tout

Pourtant je sais

Que derrière tes grands yeux étoilés

Si tu m'écoutes quand même

Tu ne m'entends pas.

Tu glisses doucement

Dans cet autre monde

Où tes démons abondent.

Tu pars inexorablement.

Bientôt tu t'effraieras

De cet étranger

Assis à tes côtés

Et j'aurai peur

De ta frayeur.

 

Error system data

 

 

 

Quand Alzheimer viendra grignoter mes clusters

Et que, morte ou vive, ma mémoire s'enfuira

Par les trous de la toile sur des chemins d'hier, Quand au soir de mes jours ma mémoire glissera

Dans les regards qui passent je chercherai tes yeux.

 

Loran

 

 

 

***

 

 

Pour citer ces poèmes sur la maladie d'Alzheimer

 

Laurent Chaineux Schenmetzler, « Je te parlerai » & « Error system data », poèmes inédits sur d'Alzheimer, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique|Megalesia 2021 & N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 3 avril 2021. Url : 

http://www.pandesmuses.fr/megalesia21/no8/lcs-jeteparlerai

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Megalesia Numéro 8
18 février 2021 4 18 /02 /février /2021 12:08

 

Lettre n°15 | Eaux oniriques... | No 8 |  Varia d'articles sur la poésie S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. 

 

 

 

 

 

 

 

Mort du grand poète 

 

 

catalan Joan Margarit

 

 

 

 

 

 

 

Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

 

 

Crédit photo : Le poète catalan Joan Margarit (mai 1938-février 2021), Commons, Wikimedia, domaine public. 

 

 

 

 

Nous avons appris par Le magazine en ligne EL CULTURAL du 16 février 2021, le décès du poète catalan Joan Margarit survenu à Barcelone le 16 février 2021 à l’âge 82 ans des suites d’un lymphome pour n’avoir pas pu être admis à l’hôpital pour des soins à cause de la crise sanitaire liée au Coronavirus. Il avait reçu le Prix Cervantès quelques semaines auparavant des mains du roi d’Espagne Felipe VI. Nous republions un article de notre ami poète catalan Xavier Diez sur la vie et l’œuvre du poète, article que nous avions publié dans le N° 15 de notre revue Le Manoir des Poètes en 2007. 

 

Poésie catalane

 

 

Joan Margarit : une révélation

 

Une des choses les plus surprenantes pour ceux qui découvrent l’existence et la persistance de la littérature écrite en catalan c’est la perception de l’extraordinaire puissance de sa poésie.

 

Cela ne devrait pas l’être. Le catalan, langue romaine parlée sur tout le territoire y compris en France, en Andorre et en l’Espagne avec plus de 8000 000 d’habitants, est étroitement lié à l’occitan, c’est-à-dire, la langue des troubadours des XIIe, XIIeet XIIIe siècles. Cela dit, au début du bas Moyen Âge, quelques philologues, et certains observateurs contemporains considéraient ces deux langues comme étant une. La langue, souvent dénommée provençale, était considérée, après le latin, comme une langue de cour et d’élite, et les travailleurs de Barcelone ou de Gérone utilisaient cette langue également.

 

Par la suite, avec la décadence de l’occitan au XIIe siècle, c’étaient les travailleurs de Toulouse qui utilisaient le plus souvent le catalan comme moyen d’expression culturelle.

Ainsi, les critiques comme Harold Bloom et bien d’autres considéraient qu’entre les deux langues se construit le mythe de l’amour romantique, tel que nous le connaissons dans le monde occidental.

 

Après son essor au XVe et au XVe siècles puis son déclin allant du XVe au XVIe siècles, le catalan devient une langue d’expression littéraire et de haute portée culturelle vers le milieu du XIXe siècle. À cela coïncide la résurgence de l’occitan avec les poètes comme Frédéric Mistral. Et tout, dans ce contexte du Romantisme qui en Catalogne adoptera le nom Renaixence (Renaissance). Dans cette perspective, naîtront des poètes nationaux comme Jacint Verdaguer ou Joan Maragall, qui seront très populaires à telle enseigne que leurs poèmes seront connus de toutes les classes sociales.

Dans la littérature catalane actuelle, malgré les problèmes que connaît une littérature minoritaire, ne disposant d’aucun soutien étatique, il existe une grande tradition poétique, mue par des poètes de qualité et un lectorat significatif. De temps en temps, il y a existé des auteurs qui défrayaient la chronique.

 

Joan MARGARIT en fait partie. Un poète authentique qui après être resté inaperçu pendant plusieurs années, se révèle un des poètes lyriques de référence de la littérature catalane actuelle. 

Architecte de profession, et après quelques essais en espagnol, il s’est mis à publier des recueils de poésie dès 1980. Mais c’est durant ces dernières années que MARGARIT arrive à se faire connaître. Son recueil Joana, dédié à la mémoire de sa fille souffrant de paralysie cérébrale à la naissance, devient un livre de référence, bien que les critiques n’en aient pas fait état. Il n’a pas pu pénétrer dans les circuits littéraires de Barcelone mais le bouche à oreille l’a propulsé dans les écoles, les moyens de transports collectifs, le grand public. Sa poétique, terriblement pessimiste, obscure, traitant de la mort et de la mémoire comme termes récurrents, a fait de lui un poète de proximité, avec une grande capacité d’exprimer les sentiments comme la tristesse, l’amour au quotidien, bref ce qui touche le commun des mortels.

 

Son recueil Joana est un hymne à sa fille, pour éviter une seconde mort. Ainsi fait-il perpétuer sa mémoire, son image, toujours présente telle une seconde vie.

Depuis sa consécration, dans les années quatre-vingt-dix, il est sorti de son long silence en publiant régulièrement des livres suscitant les intérêts et les attentes des milieux littéraires. Beaucoup de ses poèmes ont été mis en musique et interprétés par des chanteurs connus.

 

Xavier DIEZ, Docteur ès Lettres

Traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER

 

 

Pare i filla

 

Davant dels finestrals oberts al pati

Ell s’adormia a la butaca,

Vora el sofà on ella reposava.

El rostre de la noia, endurit per la morfina,

S’havia anate deixant el seu somriure

En les fotografies.

En fer-se fosc, la duia al pis de dalt,

Tancava els porticons i la posava al llit.

 

Davant del sofà buit ell s’adonava

Que no li quedarien prou records.

Que mai no quedarien prou records

Per simular la vida

Joan MARGARIT, (Joana,2002)

 

**

Padre e hija

 

Ante los ventales abiertos al patio

Ella se adormecía en el sillón

Cerca del sofá donde ella descansaba

El rostro de la chica, endurecido por la morfina,

Se había ido dejando su sonrisa

En las fotografías.

Al oscurecer, la llevaba al piso de arriba

Cerraba los postigos y la metía en la cama.

 

Ante el sofá vacío, el se daba cuenta

Que no le quedarían suficientes recuerdos

Que nunca quedarían suficientes recuerdos

Para simular la vida

 

Joan MARGARIT, (Joana (2002), 

Traduit du catalan en espagnol par Xavier DIEZ

**

Père et fille

 

Devant les baies vitrées donnant sur le patio

Elle s’assoupissait dans le fauteuil

Près du canapé où elle se reposait.

Le visage endurci par la morphine,

La petite fille s’en allait laissant son sourire

Sur les photographies.

À la tombée du jour, je la portais à l’étage 

Je fermais les volets et la mettais au lit.

 

Devant le canapé vide, il se rendait compte

Qu’il lui resterait pas assez de souvenirs

Qu’il ne resterait jamais assez de souvenirs

Pour simuler la vie.

 

Joan MARGARIT, (Joana, 2002)

Traduction française de la traduction espagnole de Xavier DIEZ par Maggy DE COSTER 

 

Al fons de la nit

 

Està glaçant a l’aire

Ha callat fins I tot el rossinyol.

Amb el front recolzat damunt del vidre

Demano que em perdonin

Les meves dues filles mortes

Perquè ja gairebé no penso en elles.

El temps ha anat deixant argila seca

Damunt la cicatriu. I, fins i tot

Quan un s’estima algú, arriba l’oblit.

La llum té la duresa de les gotes

Que cauen dels xiprers amb el desgel.

Poso un tronc nou i, removent les cendres,

Trec flama de les brases. Faig cafè. 

La vostre mare surt del dormitori

Amb un somriure: Quina bona olor

T’has aixecat molt d’hora aquest matí

 

Joan MARGARIT, (Joana,2002)


 

**

En el fondo de la noche

 

Está helando en el aire

Ha callado incluso el ruiseñor.

Con la frente apoyada sobre el vidrio

Pido que me perdonen

Mis dos hijas muertas

Porque ya casi no pienso en ellas.

El tiempo ha ido dejando arcilla seca

Sobre la cicatriz. E incluso

Cuando uno ama a alguien, llega el olvido.

La luz posee la dureza de las gotas

Que caen de los cipreses con el deshielo.

Pongo un nuevo tronco y, removiendo las cenizas,

Consigo hacer llama en las brasas. Hago café. 

Vuestra madre sale del dormitorio

Con una sonrisa; Qué olor tan bueno.

Te has levantado muy pronto esta mañana

 

Joan MARGARIT, (Joana, 2002)

(La version originale catalane est traduite en espagnol par Xavier DIEZ, Docteur ès Lettres)

**

Au fond de la nuit

Il gèle

Le rossignol s’est tu.

Le front posé contre la vitre

Je demande pardon

À mes deux filles mortes

Parce que déjà je ne pense presque plus à elles.

Le temps a cicatrisé ma blessure. Et aussi

Quand on aime quelqu’un, survient l’oubli.

La lumière a la dureté des gouttes

Qui tombent des cyprès dégelés.

Je place une nouvelle bûche et, remuant les cendres,

Je ranime les flammes des braises. Je fais du café.

Votre mère surgit de la chambre

Esquissant un sourire : quelle agréable odeur !

Tu t’es levé très vite ce matin

 

 

 

Référence : Joan MARGARIT, (Joana, 2002) traduction française de la traduction espagnole de Xavier DIEZ par M. DE COSTER

 

Voir aussi :

 

http://www.joanmar.garitcom/

 

 

 

***

 

Pour citer ces articles et poèmes traduits du catalan 

 

Maggy De Coster, « Mort du grand poète catalan Joan Margarit », article et poèmes édités avec l'aimable autorisation de la traductrice, des auteurs, de leur maison d'édition & de la revue "Le Manoir des Poètes", Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n° 15 « Eaux oniriques : mers/mères » N°8|« Penser la maladie & la vieillesse en Poésie » volet 2, sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 18 février 2021. Url : http://www.pandesmuses.fr/lettre15/no8/mdc-mortdejoanmargarit

 

 

 

 

 

 

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    Table de Megalesia 2021 Édition 2021 du 8 mars au 31 mai Festival International & Multilingue des Femmes & Genre en Sciences Humaines & Sociales En partenariat avec la Société Internationale d'Études des Femmes & d'Études de Genre en Poésie (SIÉFÉGP)...
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    Événements poétiques | Megalesia 2021 | Varia de textes poétiques sur Le Printemps des Poètes 2021 Le désir... Anick Roschi Peinture de Mariem Garali Hadoussa Artiste plasticienne & poète Présidente de l ’ association "Voix de femme nabeul" © Crédit photo...
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    REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Carte blanche à une artiste | Poésie audiovisuelle Savoir discerner dans la prudence, Savoir pardonner dans la simplicité & Savoir espérer dans la foi Nicole Coppey Site officiel : http://www.nicolecoppey.com/ Chaîne officielle...
  • Les amants et Le baiser
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | Varia de textes poétiques Les amants & Le baiser Poème de Corinne Delarmor Peinture de Mariem Garali Hadoussa Artiste plasticienne & poète Présidente de l ’ association "Voix de femme nabeul" © Crédit photo : Mariem...
  • Je vous aime
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  • La faim
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | Pionnières en poésies féministes | Florilège de textes poétiques La faim Laureline Loyez Crédit photo : Portrait de "Louise Michèle", Wikimedia, domaine public. Ma sœur, je voudrais te parler de la faim. De celle...
  • La Prêtresse des câlins qui parle d'Amma
    REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques La Prêtresse des câlins qui parle d'Amma Poème & peinture de Armelle Dupiat-Aellen Auteur-poète © Crédit photo : Armelle Dupiat-Aellen, "Souffle de vie", peinture. MATA AMRITANANDAMAYI DIT...
  • Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de...
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | 8 avril | Distinctions 2021 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de son Œuvre de l'Académie Claudine de Tencin Ce prix international de poésie récompense l'ensemble des...