21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 15:33

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Articles & témoignages | Poésie visuelle & REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Entretiens


 

 

 

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Entretien avec la jeune poétesse,

 

 

romancière & peintre franco-syrienne

 

 

Nour Cadour

 

 

 

 

 

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Propos recueillis en juillet 2022 par

 

Hanen Marouani

 

Peintures de

 

Nour Cadour

 

Site : nourcadour.com

 

Photographies par

 

Natalie Rezelmann

 

& Ulysse Agassin

 

 

 

 

 

 

© Crédit photo :   L’artiste Nour Cadour, photographiée par Natalie Rezelmann. 

 

 

 

Fiche d'Information

 

 

Profession ou activités : médecin, peintre, poétesse, romancière

Site Internet, Blog, liens sites de ventes : nourcadour.com ; nourapaintings.com, lappeaustrophe.com

 

Biographie

 

Peintre et poétesse française d’origine syrienne, Nour CADOUR est née en 1990 en Lozère et réside à Montpellier. Elle exerce en tant que médecin nucléaire. Elle publie son premier roman « L’âme du luthier » chez Hello Éditions en février 2022.

Engagée dans la poésie, elle remporte le prix Jacques Raphaël-Leygues de la Société des Poètes Français en 2021 pour son recueil de poèmes « Larmes de lune » et le prix des « Nouvelles Voix d’Ici » de la maison de la poésie Jean Joubert à Montpellier avec ce même recueil. Elle remporte également la mention spéciale du jury du concours international de Poésie en Liberté en 2014 dans la catégorie « étudiants de France » et devient membre du jury puis attachée de presse pour eux. Elle vend notamment ses peintures poétiques pour cette association au nom de « Noura paintings ». En 2020, elle est finaliste du prestigieux prix Hemingway de la nouvelle avec sa nouvelle « La Toile ». Elle est la co-créatrice et membre active de l’association de poésie montpelliéraine « L’Appeau’Strophe » qui vise à promouvoir la littérature et notamment la poésie. Elle participe régulièrement aux podcasts poétiques de « Mange des mots ». Elle a découvert la peinture en autodidacte depuis deux ans maintenant et continue perpétuellement d’évoluer. Elle expose régulièrement dans des librairies Montpelliéraines, endroits encerclés de livres qui lui tiennent à cœur. L’été dernier, elle participe avec ses tableaux à l’exposition Afrika d’Art.

 

 

Bibliographie

 

Publications individuelles :

 

– Roman « L’âme du luthier » chez Hello Éditions en janvier 2022

– Recueil de poèmes « Larmes de lune » chez L’Appeau’Strophe en septembre 2022, prix Jacques Raphaël-Leygues de la société des Poètes Français.

 

Publications collectives :

– Anthologie « Les voix de l’extrême », 2022, cinq poèmes sur le thème « Éphémère ».

– Anthologie « Couleurs Ukrainiennes », La Nouvelle Pléiade, mai 2022.

– Anthologie « 1001 plumes », 2022 : poème « À l’aube d’un jour vide » Revue « Débridé », 2021 : poème « Fièvre du pays »

– Revue Au Mbongui, 2022,  nouvelle « L’intermède du tam-tam »

– Revue Poetiquetac, plusieurs poèmes dans le numéro de juin 2022.

– Revue L'Étrave de poètes sans frontières, numéro 269 mai-juin, avec le poème « Prisonnière d’ombre »

 

 

 

Entretien

 

© Crédit photo :   L’artiste Nour Cadour, photographiée avec certains de ses tableaux par Ulysse Agassin. 


 

H.M – Nour Cadour qui êtes-vous et comment êtes-vous venue au monde de l’écriture?

 

Nour Cadour – Je suis une femme franco-syrienne de 32 ans, passionnée depuis toujours de littérature. Enfant, je dévorais les livres et j’ai toujours rêvé d’écrire. C’est ma mère qui m’a poussée au début à écrire, en tenant un petit carnet de tous les livres que je lisais, avec un court résumé du livre accompagné d’une critique, et ce dès l’âge de 10 ans. Puis, j’ai commencé par écrire des nouvelles. En seconde, j’ai eu une professeure de Français fabuleuse, Annick Peyre-Lavigne, qui, à travers mon écriture, m’a appris que j’avais un style poétique. Je ne connaissais rien alors à la poésie. Elle me parle du concours international de poésie en liberté. Je décide d’y participer avec le premier poème que j’avais écrit « Lettre E » et j’avais remporté la mention spéciale du jury dans la catégorie étudiants de France en 2014. Ce prix m’a vraiment encouragée à continuer d’écrire, en me rassurant sur le fait que ce que j’écrivais était apprécié. Mon premier retour en Syrie depuis la guerre, durant l’été 2021, est marquant. Je décide alors de prendre les mots pour dénoncer. Étant là-bas, j’écris et finis mon premier recueil de poèmes « Larmes de lune » qui remporte par la suite le Prix Jacques Raphaël-Leygues de la Société des Poètes Français en 2021 et le Prix des « Nouvelles Voix d’Ici » de la maison de la poésie Jean Joubert à Montpellier.

Concernant mon premier roman, je sentais depuis longtemps que j’avais envie d’écrire un roman qui traitait de la Syrie, pour montrer aux gens une autre image de ce pays dont on entend parler uniquement à cause de la guerre. Durant le confinement, j’étoffe alors une de mes nouvelles très appréciée auprès de mes amis « L’âme du luthier », et décide d’en faire un roman qui se passe entre la Syrie et la France.

 

 

​​​​ © Crédit photo :  Nour Cadour, l'image de son premier roman. 

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H.M – La médecine et l’écriture: quelles divergences et quelles convergences ?

 

Nour Cadour – C’est une question très intéressante car je trouve que l’une nourrit l’autre. En médecine, à travers les patients que l’on soigne et les pathologies que l’on rencontre, on apprend l’empathie. Et pour moi, notamment pour écrire un roman avec des personnages, l’empathie est nécessaire pour pouvoir être complètement dans la tête du personnage.

Par ailleurs, en médecine et dans ma spécialité, j’ai été confrontée depuis mes études durant mes stages en cancérologie à l’espoir et la mort. Je trouve que l’on perçoit les choses différemment et on acquiert une sorte de maturité de la vie. Et qu’est-ce écrire ? si ce n’est célébrer la vie tout en dénonçant ce qui nous entoure ? Les chemins de vie (notamment les patients souffrant de maladie d’Alzheimer ou en cancérologie) m’ont poussé aussi à écrire sur ces sujets, en apportant une démarche et réflexion différentes que scientifique pure. Pour les deux disciplines, une partie de la guérison se fait à travers les mots: quand on va soulager un patient à travers nos paroles, et quand on va écrire un poème qui nous mène nous-mêmes à guérir et permet de guérir le monde dans lequel on vit. La médecine et l’écriture mettent pour moi l’humain au centre de leurs réflexions, et ce sont toutes deux des disciplines humanistes en ce sens qui se complètent.


 

H.M – Nous pleurons pour diverses raisons. L’écriture et la poésie sont-elles la meilleure raison d’approfondir ces raisons ?

 

Nour Cadour – C’est une façon particulière de voir les choses. Pour moi, l'écriture et la poésie sont là pour dire, même ce qui heurte, en les agrémentant d'esthétique, nous aidant ainsi à les supporter et à nous révolter....

 

Je vois les mots comme un combat pacifiste qui vont amener les gens à se questionner. Je me suis rendue compte, en lisant de nombreux romans et en écoutant des auteurs, que l’écrivain a le pouvoir de changer les choses au quotidien. Car ce que l’on transmet a le pouvoir d’être lu puis analysé par les gens. Ou du moins d’apporter une autre vision du monde aux personnes qui l’entourent. C’est ce que je cherche à faire grâce à ma poésie. Montrer du doigt certaines situations- qui peuvent être belles, violentes ou inacceptables- puis pousser les gens à se questionner à ce sujet. Ma poésie est une poésie engagée. Je ne la vois pas autrement.


 

H.M – Marguerite Duras a dit que « s’il n’y avait ni la mer ni l’amour, personne n’écrirait des livres » et que peut-on dire des astres et de la lune et à quel point leur représentation dans vos écrits peut être synonyme d’engagement ?

 

Nour Cadour – C’est une très belle citation de Duras que j’aime beaucoup. La lune est mon astre favori. On n’en voit pas forcément la lumière, mais même quand on ne la voit pas, elle est toujours là. Elle est comme chacun d’entre nous. Nous existons par notre individualité lumineuse, avec parfois peu d’énergie et un trop plein d’énergie qui nous ramènent à notre finalité : tout est cyclique. Paul Klee disait d’ailleurs « La lune est le rêve du soleil ».

Dans mon recueil de poèmes, « Larmes de lune » est un chant de questionnements sur la guerre et 1’exil. Les larmes symbolisent donc la souffrance et le chaos créé par la violence des hommes. Mais, au milieu de ces larmes, la poésie détonne comme un murmure d’espérance, une respiration nouvelle où chaque nuit la lune change, symbole de beauté, de renouveau et d’espoir.


 

H.M – Quels sont vos meilleurs alliés dans le monde de la créativité et dans la foule ?

 

Nour Cadour – Mes meilleurs alliés, c’est drôle à dire, mais ce sont justement les mots. Je m’enrichis moi-même énormément de lecture (poésie et roman de littérature principalement) qui m’aident à stimuler et étoffer ma créativité. Sinon, la nature aussi est source d’inspiration. Quand j’écrivais mon roman, j’allais tous les jours marcher une heure auprès de la rivière Le lez de Montpellier. Les bruits, les odeurs, les sensations, les lumièrent étaient une sorte de méditation tout en alimentant mon inspiration. Au fur et à mesure que je marchais, tout en observant, les idées venaient. L’observation et la contemplation sont indispensables pour moi.

Enfin, je pense que les rencontres que nous faisons, notamment amicales, sont également une belle source de créativité. Les gens, à travers leur propre histoire, nous enrichissent d’empathie et d’expérience.

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, " La dame nue, technique mixte, Acrylique et collage, 16X20 cm, peinture. 

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H.M – L’expérience du confinement et les arts, jours de survie en période grise, un état d’urgence pour conjurer la mort ou la meilleure des solutions pour célébrer la vie ? Quels liens et quels apports ?


 

Nour Cadour – Le confinement pour moi est le moment où j’ai commencé à peindre en autodidacte. La peinture est le prolongement de la poésie à propos des choses sur lesquelles on ne peut mettre de mots justement. Juste poser une émotion, une sensation. J’ai découvert la peinture en autodidacte à travers mes observations répétées. Je définis d’ailleurs mon art, en toute humilité et à mon niveau, d’art SOSI, basé sur la Sensation, l'Observation, le Sentiment et l'Impression. Ma peinture laisse libre cours aux sensations et à l’interprétation de tout un chacun. Pour allier jusqu’au bout mes deux arts qui me tiennent à cœur, j’ai choisi justement d’accompagner chacun de mes tableaux d’un court poème.

Et je vends mes tableaux pour les deux associations de poésie dont je fais partie (L’Appeau’Strophe et Poésie en liberté) dont je suis membre active et qui ont beaucoup d’importance pour moi. Le message que je souhaite transmettre est avant tout un message d’amour : l’amour du monde et de son prochain quel que soit son origine. Ce n’est pas pour moi un état d’urgence pour conjurer la mort mais au contraire, célébrer la vie et ce qui nous entoure.

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, "Le visage : « et mon monde est tien »" Acrylique, 30X40 CM. 

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© Crédit photo :  Nour Cadour, "Les deux petites filles : “Souvenirs soyeux”, Acrylique, 16X20 CM. 

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, "Danseur : “ Danse printanière”, technique mixte (acrylique, collage, fleurs séchées), 16X20CM. 

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour, "Coquelicots : “Licots”, Acrylique, 30X30CM. 

 

 

 

H.M – Des toiles à votre image, chaleureuses, audacieuses et amoureuses ? S’agit-il vraiment d’une “technique” de défendre la joie ou d’éterniser l’instant sans voix ?

 

Nour Cadour – Je cherche avant tout à travers mes toiles à célébrer la vie, l’amour de son prochain et la tolérance. J’utilise mes pinceaux comme un message de paix et utilise mes couleurs pour refléter le monde merveilleux qui nous entoure. Par ailleurs, la double culture et la passion pour les voyages ont énormément nourri ma créativité et mon ouverture d’esprit. Pour écrire et peindre le monde qui nous entoure, il faut déjà en être un fervent passager et acteur en mon sens.



 

H.M – D’après vous comment construire le monde de demain puisque c’est votre projet majeur ?

 

Nour Cadour – Pour moi la poésie est essentielle dans le monde dans lequel on vit, et d’autant plus aujourd’hui avec tout ce qui se passe. Tout le monde est poète. La poésie est l’attention que l’on va apporter aux choses qui nous entourent, et mettre des mots dessus. C’est une ressource accessible à tous. La poésie nous aide à aborder chaque journée avec sérénité, joie et beauté. Elle est une sorte de philosophie à mes yeux qui nous permet de modifier notre regard sur le monde de façon pacifique. Je crois que le pouvoir de la poésie n’est peut-être pas de changer le monde directement mais de changer notre rapport au monde. Et c’est en changeant notre rapport au monde et à soi que l’on peut changer le monde.

Le monde de demain pour moi est un monde bienveillant où l’amour est au centre.

 

 

H.M – Quels sont vos prochains projets et événements ?

 

 

Nour Cadour – Mon premier recueil de poèmes « Larmes de lune », édité par L’Appeau’Strophe, est disponible actuellement en pré-commande et sortira le premier septembre pour la rentrée littéraire.

Mes deux prochains projets sont poétiques :

– « Le silence pour son » est un recueil de poèmes qui regroupe les voix de femmes à travers le monde (un poème par ville et par pays) : leur quotidien, leurs peurs, leurs souffrances. Ces poèmes donnent la parole à ces femmes oubliées, dont le son est quasiment silencieux. Mais, malgré les divergences de cultures ou de traditions, la parole est la même et reste unie. Je voulais montrer que les problématiques des femmes restent les mêmes à travers le monde, et ce qu’elle que soit la culture de chacune. Ce recueil a déjà trouvé un éditeur, je vous en dirai plus très prochainement.

– « Corps-mémoire » est un questionnement identitaire des traumatismes qui hantent un corps. Son propre corps, mais aussi celui que l’on transmet de génération en génération. Dans ce poème fleuve, on découvre l’histoire de cette femme poète, « Femme-gare sans destination », qui nous transporte dans son passé, à travers sa chair. Dans un style poético-narratif, j’essaie de donner voix au corps du personnage. Le corps est alors un chemin d’exil, de deuil, de joie, de résistance, d’appartenance et de transmission.

 

 

© Crédit photo :  Nour Cadour entourée de ses œuvres poétiques dans un salon du livre.

 

 

Et mes prochains événements :

– lecture lors du festival des voix vives à Sète le vendredi 29 juillet de 10h à 12h avec mon association de poésie “L’Appeau’Strophe”.

– soirée de lancement du recueil de poèmes à Montpellier à “L’original” le lundi 29 août à 19h pour une performance texte/danse contemporaine, avec Marina Lick.

– soirée de lancement du recueil de poèmes à Paris au “Salon Nun” le vendredi 9 septembre à 19h pour une performance texte/musique, avec Paul Hellec à l’oud.

– brunch littéraire le 8 octobre de 14h à 18h avec “The Soul Village”, dans le 10ème à Paris.

– Chaque premier lundi du mois, soirée poétique en musique avec “L’Appeau’Strophe” à Montpellier à “L’original”.

 

Extraits poétiques choisis par Nour Cadour

 

© Crédit photo :  Nour Cadour et son recueil de poèmes "Larmes de lune". 

 

 

À lire également les extraits poétiques de ses œuvres :

 

Nour Cadour, « Extraits poétiques de mes trois recueils »

www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/cadour-extraits

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Pour citer ces entretien & œuvres artistiques inédits

 

 

Hanen Marouani, « Entretien avec la jeune poétesse, romancière et peintre franco-syrienne Nour Cadour », avec des œuvres de l'artiste et deux photos de Natalie Rezelmann Ulysse AgassinRevue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 21 août 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/hm-entrevue-nourcadour


 

 

 

Mise en page par Aude

Dernière mise à jour : le 24 août 2022

(ajout du lien Web de la page des extraits poétiques) 

 

 

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ORIENTALES ET LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 11 O-no2 REVUE ORIENTALES Muses et féminins en poésie
16 août 2022 2 16 /08 /août /2022 17:01

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Articles & témoignages | Revue poépolitique
 

 

 

 

 

 

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Des poèmes du poète

 

 

cubain exilé Ernesto Díaz Rodríguez

 

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Maggy de Coster

 

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

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​​​Crédit photo : British School, "A Young Woman in a Blue Dress", domaine public, Wikimedia.

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En las alas del vientos, Ernesto Díaz Rodríguez Editor Angel De Fana,  Miami 2022.

 

Ernesto Díaz Rodríguez est né le 11 novembre 1939 à Cojímar, un village de pêcheurs situé à 4 Km à l'est de la baie de La Havane. Militant anti-castriste, il a passé 22 ans et 3 mois d'emprisonnement politique sévère dans des prisons et des cellules d'isolement à Cuba avant d’obtenir l’asile politique à Miami. Les poèmes qui vont suivre sont extraits de son recueil «  En las alas del vientos » écrit pendant sa captivité et publié aux Éditions Angel De Fana, Miami été 2022. Torturé physiquement mais son âme de poète est restée intacte.

 

Selon son préfacier J. A Albertini : 

 

« Ce qui surprendra le plus n'importe quel lecteur, c'est qu'Ernesto Díaz puisse transmuter la douleur d'un long emprisonnement si rude, si cruelle, en  cette tendresse diaphane […]qui coule dans sa poésie pour enfants ; cette tendresse diaphane […] remplit l'intégralité de l'œuvre poétique d'Ernesto.» 



 

MI DESVELO


No es el estar
perennemente anclado
en este puerto de oxidados espinos,
ni el fuerte olor a moho
que rezuma la piedra
lo que más me golpea a cada instante.
No son las noches
gastadas ya de insomnio repetido,
idénticas a tantos pensamientos
encallados
sino las íes
- todas -
que andan de un lado para otro
buscando quien les ponga los puntos.
Pero
verán que un día,
cuando me canse de esperar,
izo las velas y...
¡voy a ponerle punto hasta las zetas!
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión La Cabaña,

30 de octubre, 1976


 

MON DÉVOILEMENT

 

Ce n'est ni le fait d’être

ancré à jamais 

dans ce port de barbelés rouillés,

ni la forte odeur de moisissure

que suinte la pierre

qui me frappe le plus à chaque instant.

Ce ne sont pas les nuits

d’insomnies  répétées,

identiques à tant de pensées

embourbées

mais les i

- tous -

ceux qui vont de part et d’autre

chercher quelqu'un pour leur mettre les points.

Mais

ils verront qu'un jour

quand je serai las d'attendre

je hisserai les voiles et...

Je ferai le point jusqu’à z !

Ernesto Díaz Rodríguez 

( Sur les ailes du vent)

Prison de La Cabaña,

30 de octobre, 1976

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

 

**

ERROR DE CÁLCULO


Me acaban de decir,
de oído a oído,
que en los nuevos cimientos
florecerán
otras 99 celdas de castigo
(las anteriores ya no estaban
a la altura correcta).
Quizás los matemáticos soviéticos
no calcularon bien
el temple del acero antillano
y ahora están sumamente preocupados
pensando que por las cuatro pulgadas
de aspillera
se les escapa
toda la fuerza de sus vísceras
(Ya sólo nos queda por saber
en que rincón
van a plantar el cementerio).
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
16 de marzo, 1977

 

 

ERREUR DE CALCUL

 

On vient de me dire,

d'une oreille à l'autre,

que dans les nouvelles fondations

fleuriront 

99 autres cellules de punition

(les précédentes n'étaient plus

à la bonne hauteur).

Peut-être que les mathématiciens soviétiques

N’ont pas su bien calculer

La trempe de l'acier antillais

et maintenant ils sont extrêmement inquiets

à l’idée qu’à travers  les quatre pouces

de meurtrière

s’échappe toute la force de leurs viscères

(Il ne nous reste plus qu’à savoir

dans quel coin

ils vont implanter le cimetière).

Ernesto Díaz Rodríguez 

(Sur les ailes du vent)

Prison Combinado del Este

16 mars 1977

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

**

 

AUSENCIA


Así, de pronto,
me confundo ante el péndulo
indetenible
del tiempo;
todo se ha transformado lentamente.
Acaso ya nada quede
de los lejanos pasos,
pero yo sigo recordando
las afelpadas frentes
de mis hijos,
tan diminutas y tenues
como ayer.
(Quizás no alcance a comprender
por qué los árboles
han renovado tantas veces
su follaje).

Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
23 de marzo, 1977

 

 

ABSENCE

 

Alors brusquement, 

Je me perds devant le pendule

Implacable marqueur 

du temps;

Tout s’est lentement transformé.

Peut-être qu’il ne reste plus rien

des passages lointains,

mais je me souviens encore

des visages 

de mes enfants,

si délicats et doux

comme hier.

(Je ne comprends peut-être pas

pourquoi les arbres

ont tant de fois renouvelé

leur feuillage).

 

Ernesto Díaz Rodríguez 

(Sur les ailes du vent)

Prison Combinado del Este

23 mars 1977 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

**

CUBA


Tierra que llevas
mi sangre en tus arterias,
cómo me dueles.
¡Ay de los hijos
que te muerden la mano,
y violan tus espaldas,
insensibles,
y cubren con harapos
tu cintura de perla!
Cuba,
tierra de amor que llevo dentro,
¡cuántas noches de insomnio arrancas
a mi lecho!
¡Qué nuevas tempestades
anudan tu garganta,
tierra mía!
Ernesto Díaz Rodríguez 

(En las alas del viento)

Prisión Combinado del Este
13 de febrero, 1977

 

 

 

CUBA


 

Toi, terre qui portes

mon sang dans tes artères,

comme tu m'as blessé !

Malheur aux enfants

qui te mordent la main,

et violent ton dos,

et, insensibles,

 couvrent de haillons

ta taille perlée !

Cuba,

terre d'amour que je porte en moi,

combien de nuits d’insomnies arraches-tu 

à mon lit !

Quelles nouvelles tempêtes

te nouent la gorge,

ma terre!

Ernest Díaz Rodríguez

(Sur les ailes du vent)

Prison combinado del Este

13 février 1977

 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

 

© Extraits inédits traduits et publiés avec l'amiable autorisation de l'auteur et de sa traductrice.

 

 

***

 

Pour citer ces extraits poétiques présentés & inédits

 

Maggy De Coster, « Des poèmes du poète cubain exilé Ernesto Díaz Rodríguez », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »,  mis en ligne le 16 août 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-ernestodiazrodriguez

 

 

 

 

Mise en page par David

 

 

© Tous droits réservés

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 11 Poésie engagée
12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 16:32

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Essai ou Manifeste | Leçons, méthodes & méthodologies en poésie | Revue culturelle des Amériques

 

 

 

 

 

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La place de l’homme dans les cultures

 

 

& les littératures

 

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Maggy de Coster

Site personnel

Le Manoir Des Poètes

 

 

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​​​Crédit photo : François Lemoine, "Four Muses"/"Quatre Muses", domaine public, Wikimedia.

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D’abord il convient de définir ce qu’on entend par culture. Selon Lévi-Strauss, « La culture est constituée par le principe fondamental de réciprocité et d'échange qui serait l'expression de la logique binaire, structure fondamentale de l'esprit humain ».

La Culture est un moyen de socialisation de l’homme défini en tant qu’espèce humaine et/ou en tant qu’entité politique, dont le véhicule est la langue, la musique, la danse, la peinture, le cinéma. Ainsi pour apprécier la culture de l’autre il importe de comprendre sa langue, d’être en immersion dans son mode de vie.

On découvre les autres au travers de leurs cultures qui sont des prismes réfléchissant les valeurs ancestrales fondamentales. Ainsi le socle de la culture grecque repose sur la mythologie qui traverse les siècles et sert de modèle dans différents domaines à l’humanité même de façon inconsciente. Ainsi nous pouvons dire sans conteste que nous sommes en situation d’interdépendance culturelle. 

L’écrivain est un guide et un modèle pour son lecteur. En matière littéraire c’est Esope qui fut le parangon pour La Fontaine dans ses Fables. « Art guide tout est dans les champs Elysées », dit-il. Personne n’ayant la science infuse, il a donc pris la matière chez les Anciens et l’a transformée en y apportant son cachet personnel qui lui confère un caractère original. À ce compte il opina : « Mon imitation n’est point un esclavage ». Il ne s’agit pas de plagiat ni d’imitation servile.

 

L’écrivain doit cibler son lectorat et connaître préalablement ses attentes. De ce fait, il doit avoir une visibilité dans les médias pour que son objectif soit atteint. La littérature est à la fois engagement et libération en ce sens qu’on se donne une mission à accomplir et une fois le but atteint ou qu’on tend vers ce but on est libéré mentalement.

La littérature permet de s’immerger dans la culture des peuples en nous permettant découvrant leur mode de vie, leur passé et leur présent. Elle peut nous aider à la compréhension des peuples et contribuer à changer notre regard en nous améliorant également. 

« L’homme est un roseau le plus faible de la nature mais c’est un roseau pensant » nous apprend Pascal, en tant qu’entité pensante l’homme est appelé à s’améliorer en modifiant ses praxis. Le contact avec les autres cultures peut l’amener à déconstruire les idées reçues pour se faire ses propres idées afin de progresser. On se découvre à travers les œuvres littéraires. Elles peuvent nous apporter des réponses à nos interrogations, éclairer nos lanternes sur certains domaines de l’existence, réduire nos incertitudes sur certains sujets. N’est-ce pas Victor Hugo qui dans la Préface des Contemplations avance : « Quand je vous parle de vous je vous parle de moi. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! Insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! ».

Dans « Qu’est-ce que La littérature ? » Sartre nous convainc qu’ « écrire est un métier qui exige un apprentissage, un travail soutenu, de la conscience professionnelle et le sens des responsabilités »

 

 

 

Alors pourquoi écrit-on ? 

 

 

On écrit pour se guérir, on écrit parce qu’on veut partager, on écrit pour changer, « changer la vie »,  dit Rimbaud.

La littérature est un moyen de communication car « tout est langage » nous dit Françoise Dolto. Ainsi le langage littéraire nécessite un certain niveau de culture. 

Sur le plan sémantique, les mots utilisés sont fonction de notre état d’esprit, de notre schéma affectif ou nous sont dictés par le contexte social présidait à l’acte d’écrire. Dans chaque écrit il y a une part d’idéologie qui est véhiculée même à l’insu de l’auteur, l’homme étant le produit de son éducation. 

L’écriture en tant que moyen de communication revêt plusieurs fonctions. Aussi Sartre lui prête celle de l’engagement, Roland Barthe affirme que « L'écriture littéraire porte à la fois l'aliénation de l'Histoire et le rêve de l’Histoire... »  Pour ainsi dire, l’écrivain s’inscrit dans la contemporanéité de l’Histoire et par voie de conséquence la littérature évolue avec le temps.

Ma rencontre avec la culture latino-américaine depuis 2010 a été très formatrice pour moi en ce sens qu’elle m’a ouvert les yeux sur la façon de vivre des peuples latino-américains qui est très enrichissante, on peut dire que toutes les cultures se valent en ce sens qu’on a toujours quelque chose à apprendre des autres..

 

 

 

 

Écrire est un choix 

 

 

 

La poète colombienne Matilde Espinosa a pris fait et cause pour les Indiens de Colombie. Elle vécut dans l’immersion de la culture mythique des aborigènes, duende, lloronas et patasolas, dans l’amour de leur musique et fut éprise de leur essence et de leur région. Aussi dit-elle :

 

« La poésie me vient quand je vois souffrir beaucoup de gens. J’ai commencé à écrire avec beaucoup de responsabilité et de conscience poétique en 1955, quand la violence s’insurgeait. Je ne prétends pas pénétrer ses origines ni y déboucher, mais je voyais souffrir tant de gens injustement persécutés et quand je commençais à sentir le machisme, je ne rebellais pas parce que je ne suis pas rebelle mais je me suis solidarisée avec ceux qui luttaient pour un monde meilleur.  Ainsi naquirent les poèmes de mon premier recueil » in « Les crues des fleuves » traduction de votre servante.

En 1955, elle dénonça dans ses vers le déplacement des paysans dans ce poème : Pour tous les silences : « Aujourd’hui je veux penser à autre chose/ aujourd’hui ni le paysage, ni la fleur, ni les nuages/ ne me disent rien/ Je sens le poids des siècles/ Aujourd’hui j’ai l’âme absente »

**

Les Indiens

 

Ils jaillirent de la terre comme une forêt.

Ils se répandirent sur tous les chemins.

Ils demandèrent à la montagne

pour être leurs entrailles

s’ils pouvaient de la pierre pure

faire jaillir la flamme.

Ils consultèrent l’arbre

en lui demandant son bois

pour tatouer en son sein

leurs mains pour des siècles.

Dans l’escale incertaine des oiseaux

ils baptisèrent les fleuves

et dans la lune

ils en découvrirent les reflets.


 

Mais loin de là le souvenir,

que d’autres choses n’ai-je pas vues

et d’autres douleurs

doublées à leurs épaules.

La douleur des Indiens

est un nœud tenace qui s’enracine

comme la ronce,

et elle me submerge

pour extraire de mon être

le pollen d’une fleur.

 

Vive et haute,

la vision primordiale,

imprégnait leurs chairs,

bulbes aplaties,

comme un présage

du secret enterré,

de la couleur solitaire,

du dialogue enchanté avec le prince

de plumes et d’eau.


 

Ce fut un matin limpide.

La colline se vêtit de pourpre et d’azur.

Il restait dans la prairie

un peu de ce soleil de flûte et de fête.

Puis, dans la côte soumise,

en défilant dans le rêve,

la racine en ascension,

la montagne vers les montagnes,

les pyrophores me parlèrent

des micocouliers dans la forêt,

de l’ivresse du crime

dans la chair innocente;

ils me parlèrent du ravin

du moulin sans eau

et de ce cœur plongé

dans la flûte enchantée

par le prince de plumes et d’eau.

 

Pour tous les silences. Editorial Minerva. Bogotá, 1958.

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

*

Maîtresse d’école elle garde de bons souvenirs de sa vie d’enseignante. Aussi consigne-telle ses souvenirs dans le poème suivant : 

La maîtresse du village

 

Marcher dans l’herbe,

se regarder dans les yeux des enfants,

apprendre des alphabets

dans les gouttes de pluie ;

consulter l’heure

dans l’ombre ronde au milieu du jour,

c’est la maîtresse rurale, une fronde

qui berce les villages de ses branches.


 

L’air naturel entoure la maison,

de son odeur de chaux vive,

de petit jardin,

de tiges vertes de laurier et de chêne.

 

Tout a la saveur de l’enfance

paysanne,

qui de bergerie en bergerie

descend les troupeaux le matin

et monte la ruche le soir.

 

Cette femme parcourt la campagne

comme une douce veine de la terre

et arrive jusqu’à ses tréfonds

pour susciter les naissances

et restaurer le blé détruit.

Dans le creuset qui fonde sa douceur,

les métaux obscurs se transforment

en livres étoilés,

où les yeux de la terre et du monde

apprennent à lire.

 

Les herbes de son âme

s’amincissent

dans le perpétuel voyage

de l’écriture au miracle.

 

La crue des fleuves. Antares. Bogotá, 1955. Pages 69-70.

 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

**

Sensibilisée par le développement et la beauté du fleuve Páez, elle lui dédie le poème suivant : 

Le Fleuve Páez

 

Je voyais le jour se lever sur tes eaux.

Je les voyais devenir rouges,

vertes, bleues,

sous la lumière changeante.

Je les voyais arracher les arbres

et fabriquer les tempêtes

avec des loups et des chevaux.

Je les voyais traîner les tendres agnelets

et se mousser davantage

sur la pente.

Je les voyais grandir sur les sommets

les soirs de pluies estivales ;

mais leurs élans célestes

ne marquèrent jamais pour l’homme

la déroute ou la mort.


 

Aujourd’hui nous te voyons grandir

pour la gorgée vermeille

qui s’épure dans tes eaux.

Coupe débordée, dieu terrible,

tu romps tes veines de sang pur.

L’Indien et le géranium ;

le métier à tisser et le cheval,

la brebis et la charrue

roulent par ton courant.


 

On te rend délinquant

et te prend ta beauté

d’escargot terrestre

pour t’enfoncer dans la peur.

Gémir dans le vent,

avec son immense embouchure,

ô ciel, pitié !

 

Tes ponts se courbaient

par le fruit sinistre.

Par ton cantique

d’orchestration agreste

les cris s’assourdissaient

et on voyait s’élever l’âme limpide

d’un grand village innocent.

 

(Traduit de l’espagnol par Maggy De Coster)

**

Le rapport de l’homme à la nature peut être très ambiguë car il n’y recherche pas toujours la quiétude. Tant de fois ne s’en sert-il pas comme théâtre de luttes sanglantes. Et c’est ce dont témoigne Cecília MEREILES figure incontournable du courant du modernisme brésilien dans son poème intitulé  « Guerre » où même les fleuves sont ensanglantés, les fleurs brûlées, les mers incendiées et naufragées :

 

 

 « Il y a tant de sang

que les fleuves se détournent de leur rythme,

l’océan délire et repousse son écume rouge.

Il y a tant de sang que la lune elle-même se lève,

et la terre avec des fleurs qui brûlent,

et les fleuves effarés, zébrés comme des tigres,

[… ]

et cette mer folle pleine d’incendies

et de naufrages »,

 

 

Cecília MEREILES

"Versets I", in Cantiques, traduit de l’espagnol par Maggy DE COSTER (NB : la version originale du poème a été écrite en portugais) : 

**

 

La psycho-généalogie nous apprend qu’une histoire se reproduit toutes les quatre générations. Ainsi Gabriel García Márquez avec Cent ans de solitude : roman burlesque dans lequel il fusionne le fantastique et la réalité, décrit la malédiction de la famille Buendía sur six générations, l’accomplissement de la prédiction d’une gitane, une histoire écrite d’avance et qui se termine par la décadence de ce groupe d’individus. Le roman s’inscrit dans le cadre du développement économique, politique et social du village. Chaque peuple étant marqué par son histoire donc il y a un message à décoder dans chaque écrit. Les mots ne sont jamais innocents et c’est pourquoi l’écrivain doit bien les choisir, et ce, en fonction du message à véhiculer et de l’effet qu’il veut produire sur son lectorat. 

**

C’est à Adrogué ville de la province de Buenos Aires, chef-lieu d’Almirante Brown que Jorge Luis Borges passa ses vacances avec ses parents dans la maison familiale Casa Borges (Maison Borges )qu’il appela « Le Délice »Les souvenirs de ce lieu ont tellement imprégné son œuvre qu’il avance :  «J'ai appris à faire du vélo et à marcher parmi les arbres, les eucalyptus et les portes», a-t-il déclaré lors d'une conférence intitulée «Adrogué en mis Libros», (Adrogué dans mes livres), en 1977. Il évoque dans le poème intitulé « Adrogué » son rapport à la nature ou l’apport de la nature à l’humain. C’est avec nostalgie qu’il parle cette ville dans laquelle la nature est bien présente. Aussi évoque-t-il : le chant de l’oiseau secret, les senteurs médicinales de l’Eucalytus : 

 

Adrogué

 

Dans la nuit indéchiffrable personne ne craint

Que je me perde entre les fleurs noires

Du parc où les amours nostalgiques

Tissent leur système propice

 

Ou, à loisir l’après-midi, l’oiseau secret

Qui toujours affine le même chant,

 

Les Eucalyptus donnent à l’ombre

Leur parfum médicinal : cette ancienne odeur

Qui, au-delà du temps et du langage

Équivoque, en appelle au temps des maisons de campagne.

 

Jorge Luis BORGES

 

(Poème tiré du livre Luis Borges EN ALMIRANTE BROWN,

Traduit de L’espagnol par Maggy DE COSTER)

**

Nous concluons par une citation de Dany Laferrière  de l’Académie française : «  L’écrivain est un homme à qui on donne le droit de traverser les barrière entre les classes sociales aussi bien que les frontières entre les pays » car par l’écriture je suis moi-même amenée à voyager et à découvrir d’autres cultures et d’autres littératures.

 

© Maggy De Coster


 

 

***

 

Pour citer cet article inédit
 

 

Maggy De Coster, « La place de l’homme dans les cultures et les littératures », Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »,  mis en ligne le 12 août 2022. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no11/mdc-culturesetlitteratures

 

 

 

 

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11 août 2022 4 11 /08 /août /2022 17:14

N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Réception d'autrefois /Presse... & REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Dossier 


 

 

 

​​​​​

 

 

 

« Œil pour Œil »

 

 

(Contes Arabes)

 

 

 

 

 

​​

Images

Ou Images

Réception journalistique choisie & transcrite avec une note par Dina Sahyouni

 

 

 

 

 

​​​© Crédit photo : Portrait de la conteuse orientaliste Yvonne Laeufer trouvé dans la chronique transcrite ci-bas & photographié par DS pour LPpdm.

 ​​​​

 ​​​​

 

Le coin des lettres

 

« Œil pour Œil » (Contes Arabes)


 

 

 

 

Mlle Yvonne Laeufer n'est certainement pas une inconnue pour nos lecteurs. Établie déjà depuis quelques années en Égypte, elle a collaboré à maints journaux et revues de langue française de la capitale. Ses contes et nouvelles, d'inspiration locale, plaisent au lecteur par la finesse d'observation, la robustesse du style, la force de la pensée et la profonde connaissance des mœurs et coutumes du pays...

    Elle nous avait déjà donné « Les Stigmatisés » qui eurent leur heure de gloire. Aujourd'hui, son nouveau recueil de contes arabes « Oeil pour Oeil » consacre définitivement sa carrière littéraire.


 

    Mlle Laeufer n'est pas seulement un écrivain. Elle possède le don, bien rare de nos jours, de ne parler que de sujets qu'elle a étudiés à fond. Elle ne voit pas l'Égypte à travers un mirage comme l'ont fait, hélas, pas mal d'écrivains étrangers.

Non. Elle a pénétré l'âme égyptienne, elle l'a comprise, elle l'a disséquée, elle s'est imprégnée de l'atmosphère du pays, elle en a découvert tous les dessous, tous les replis. Enfin elle en a parlé avec une connaissance approfondie des gens et des choses...

 

    Citerons-nous quelques passages des contes arabes de Mlle Laeufer ?

Lisez les quelques lignes qui suivent, détachées d'une page de « Œil pour Œil » et coûtez-en le mystère tout oriental :

 

    Oppressée, Aleya Hanem se pencha et s'absorba dans la féerie ambiante. Le palais, bâti sur la route des Pyramides, surplombait le Nil et faisait face à la perspective la plus captivante de la ville, massée au pied du Mokattam glabre. Dominant l'élancement prodigieux des mosquée du Vieux-Caire, les ruines de l'ancienne Fostat, l'étendue morne des cimetières où reposent, séparées par d'infimes distances, toutes les races* qui composent l'âme de l'Égypte moderne, la citadelle s'élève, altière. Habituellement baignée d'or fluide, ses fins minarets enchâssés dans l'azur d'un ciel éclatant, la citadelle revêtait par ce jour de pluie, un aspect mélancolique, étrange, d'une richesse imprévue de demi-teintes. Les nuages, un instant éparpillés, fuirent vers le nord. Un rais de soleil éclaboussa la ville bleuâtre et le Nil sembla charrier du sang.

__ Regarde, Dada Khéra, on dirait que le soleil s'est noyé dans le fleuve...


 

 

 

*Le terme "race" qui signifie "gens, tribu, ethnie, etc." selon la définition traditionnelle donnée par les dictionnaires diffère bien sûr des visions racialistes du XIXème siècle... Ici, le terme est employé au pluriel par la conteuse orientaliste et il renvoie aux différentes populations qui composent l'Égypte (pays cosmopolite alors...), il s'agit donc d'un usage usuel sans aucune autre valeur. Je vais vous donner prochainement des extraits des contes de l'écrivaine voyageuse méconnue Yvonne Laeufer...

​​​​​

La chronique ci-dessus provient du périodique Images, hebdomadaire égyptien paraissant le Dimanche, NO 40, 22 Juin 1930, p. 5. Cette presse écrite appartient au domaine public.

​​​​​​

 

________

 

 

 

Pour citer ce texte journalistique d'autrefois

 

Images, « "Œil pour Œil" (Contes Arabes) », extrait du périodique égyptien Images (No 40, 1930), choisi & transcrit avec une note par Dina Sahyouni pour Revue Orientales, « Les voyageuses & leurs voyages réels & fictifs », n°2 & Le Pan Poétique des Muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°11 | ÉTÉ 2022 « Parfums, Poésie & Genre »mis en ligne le 11 août 2022. URL :

http://www.pandesmuses.fr/periodiques/orientales/no2/no11/images-chronique


 

 

 

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