1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poèmes

 

La  femme du Harem,

 

 

La  fleur maladive 

 

&

 

Le lierre 

  François Térrog

 

 

jardin 6 72

©Crédit photo : Collection Jardins par Claude Menninger

 

 

 

La femme du Harem


 

Elle disait

Je suis prise au piège

Mon corps est tourmenté

Mais le hamac défait ne semblait condamner

Son joli maquillage et ses cheveux soyeux

Sa gorge délicate et ses pieds minuscules

Et le drap blanc planté entre deux arbres longs

Semblait dire à Monsieur

Voyez la paix m’habite

Je ne suis point esclave d’aucun parti

Ni fille tributaire d’un délire des aïeux

Et les grandes herbes vertes

S’affolaient sous le vent

Et elle riait heureuse

Glosant de ses serments

Autour  du carré vert

Un tapis d’ornement

Avec des fruits secs et puis quelques bougies

Elle disait

Je ne suis   nue que pour vous mon bel ami

Mais  déjà son front hanté mentait obstinément

D’un tatouage doré  au creux d’une douleur

Le poids de son passé  comme un encre du cœur

 

 

La fleur maladive


 

 

Je suis la femme aimée

Fleur bien maladive

Qui demande à éclore

Au soleil de l’amour

 

J’ai pour pétale corole

Corole de velours

Et  mon sang est si frais

Qu’il enchante le jour

La rosée du matin

Abîme ma douleur

Et  celui qui me voit à la lueur de l’aube

Sait que parfois de  fleur malade une belle est éclose

Une belle sans souci

Courant dans son jardin

Disant à Monseigneur

 

La ronce à votre honneur

Et le cœur au garçon

J’ai habillé ma jupe

D’un beau sourire fripon

 

 

 

Le lierre

 

Elle ne vit plus pour lui

Mais elle vit pour un autre

Et son jardin planté est un chemin de lierre

Et s’en va puisatier comme d’un retour d’enfer

Souffrant de la chaleur tout près des herbes chaudes

Et son heure est un jour qui change de lumière

Des ténèbres aux grands jours

Un bellâtre amoureux

Qui lui dresserait des lianes

Dans son corps tenté

Pour mieux dire à la chaire

Vous êtes plus q’humaine

Ainsi redevenir, la plus belle et la même

Pour l’autre qui l’inspire

Femme Satan  sourire

Et le souper est prêt

Voila ses invités

Qui dinent négligemment  près d’un chemin de roses

Aux épines joyeuses

 

      

Pour citer ces poèmes


François Térrog, « La  femme du Harem », « La  fleur maladive »  & « Le lierre », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1erjuin 2013.  

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-la-femme-du-harem-la-fleur-maladive-le-lierre--117752860.html/Url.   

 

Auteur(e)

 

François Térrog, auteur de 2 ouvrages de poésie Les Espaces Murmurants (Éditions Praelego, 2011),  Magnétique  (autoproduction,  The bookedition,  2012). Titulaire de Maitrise de droit à l'Université de Rennes I, adjoint administratif, Térrog François est un jeune homme (34 ans) appréciant la poésie, la musique, la littérature et les arts d’une façon générale. Proposant notamment des créations poétiques, musicales, des nouvelles sur le blog : url. http://terrog.blog.lemonde.fr 

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poèmes

La Maison des Pages,  

 

 

La mêlé, Le Papillon d’Or,  

 

 

 

L’être maison &  Ô Toi, ma Terre !

 

Camille Aubaude

Textes  reproduits avec l'aimable autorisation

de la poétesse et de sa maison d'édition

  

 

 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/c5/Falero_Luis_Ricardo_Lily_Fairy_1888.jpg

Crédit photo : La fée Lily par Luis Ricardo Falero (1851–1896) 


La Maison des Pages

 

 

 

Puis j’ai enseigné le Mystère des fées

Régénérée par un fleuve d’ambre :

Qui peut m’entendre quitter ma chambre

À Minuit dans la Maison des Pages ?

 

Près de ma sœur endormie, je m’éveille.

Et j’appelle le Sommeil à grand cri.

Il vient à sa guise ; muet, il veille

Sur la nuit de la Maison des Pages.

 

Tendre secret d’une habitation

Partagée où la respiration

D’une Âme coule sur les marches

De pierre de la Maison des Pages.

 

Fantasia de papiers et de livres

En des pièces de matière en fusion.

En bas, dans la cuisine, le café

Parfume l’entière Maison des Pages.

 

J’inscris l’étrange maison sur une île,

L’île de mes cahiers aux plages

Où courent les chiens noirs. J’écris le flux

Des orages de la Maison des Pages.

 

De jour et de nuit, les vagues soulèvent

Une femme seule et humble attachée

À des ombres, espoir de rencontres

Près des autels de la Maison des Pages.

 

Têtes de morts aux yeux éclairés

De bougies ; là, des tables sont dressées

Près d’un vaste squelette posé contre

L’acacia de la Maison des Pages.

 

Des crânes jaillissent d’un coffre,

Volètent vers le miroir qui réfléchit

Le désordre de choses étrangères

Au calme de la Maison des Pages.

 

Ah ! comme cette maison est mienne.

Les décorations funèbres, les chandelles

Du jardin et l’autel des sacrifices

Me ramènent à la Maison des Pages.

 

Cèdres, tilleuls et marronniers s’élèvent

Contre le mur érigé par le Poète

Pour le malheur de trois générations

Nées en prison dans la Maison des Pages.

 

Papiers découpés mauves et blancs, squelettes

En carton-pâte jouant de la guitare

Fleurs safran et portraits d’êtres absents

Sont les images de la Maison des Pages.

 

Deux jeunes mariés très amoureux

Lèvent l’un vers l’autre leurs crânes dénudés.

Je peux croire au bonheur parfait.

Charmant augure en la Maison des Pages.

 

Rites, vibrations, terres dévastées,

Puissiez-vous conjurer les supplices

Quand hagards et voûtés, nous porterons

Les Poètes dans la Maison des Pages.

 

Offrandes déposées par les vivants

Au goût des revenants, bijoux complices,

Rires trémoussant de la plénitude

Des trépassés de la Maison des Pages.

 

Fantasmagorie mêlant mort et vie ;

Terre druidique aux temples endormis ;

Regards acérés des carcasses en carton,

Veilleurs sacrés par la Maison des Pages.

 

Viens, réchauffe-toi, anime la passion !

Toutes les portes s’ouvrent sans raison,

Quand des milliers d’ombres violettes

Balaient les sols de la Maison des Pages.

 

Seule face aux diplômes, aux articles

Et photos jaunis suspendus aux murs,

Pour souffler au loin les pensées faciles,

J’expire l’air de la Maison des Pages.

 

Les murs suintent, enserrant la paresse,

M’empêchent de quitter la Forteresse.

Ils assiègent les visions marcescibles

Qui fusionnent dans la Maison des Pages.

 

Vision émaillée de matins d’été

Où l’Amour naît d’un visage enchanté,

Se relève dans le regard embrumé

Du visiteur de la Maison des Pages.

 

Ames tendues, courbées, corps autrefois

Embrasés, vos sourires irradient,

Vos esprits ensemencent les arcures,

Points cardinaux de la Maison des Pages.

 

Ô mon âme vivace ! l’orbe de ton chant

Élargit les voûtes de la chambre,

Vient sculpter la pierre d’absence

Dès Minuit dans la Maison des Pages.


 

 

 

 

 

 

La mêlée

 

 

 

La Poésie éveille la risée

tel le péché d’originalité.

Les bannis de talent sont bouche bée

Si, impavide, rayonnante Beauté

elle rit au-dessus de la mêlée.

 

Quand elle descend dans l’arène,

elle attire sur ses arbres la foudre.

Piétinée, massacrée, elle peine

à aider ceux dont il faut découdre

les marchands au sourire amène

qui se rient du talent.

 

 

 

 

 

Le Papillon d’Or

 

 

 

Souviens-toi des papillons bleus, jaunes et blancs,

Des sphinx aux yeux de pourpre voltigeant

Dans le parfum des joncs du jardin d’enfance.

 

Souviens-toi de l’âge voué à la chrysalide

Où les filets taraudent les chenilles,

Éclats furtifs sur le trèfle d’émeraude.

 

Les astres révulsés bondissent sur ton corps.

Sur l’herbe noire, des iris bleus, jaunes ou blancs

Défient le ciel pour défendre le roc éventré.

 

Toi qui meurs, vois éclore le Papillon d’Or !

Il est seul ; il cisaille de son vol dégingandé

La cime qui voulait danser avec le soleil.

 

Je rêve ses courbes ouvertes pour l’aulnée,

Un jour glissant dans l’ondoiement des nymphes.

Vois son aile ruisseler des buées de l’arc en ciel !

 

Je t’aimais papillon fort, tel que moi, morcelé,

Quasimodo d’une architecture brimbalée :

Tu es le ciboire de la Nature bénie d'amour.

 

Danse, danse, papillon blanc, bleu et or,

Danse au seuil du jardin d’enfance,

  Sphinx à l’œil de sang, voilier de l’âme

 aux antennes fossoyeuses de la Terre.

 

 

 

 

 

 

 

L’être maison


 

 

I

 

 

Écoute-moi ! je tombe, disloquée

par la sécheresse, saturée d’errance,

lourde d’intempéries, femme restée

debout qui relève les morts au champs

d’honneur : j’aspire à quoi ?

 

Maison, regarde-moi ! J’enlève tes pierres.

Tes pans de bois glissent de mes doigts.

Et tes briques ? En miettes au pied du rocher.

Qu’en dis-tu ? Je fantasme la nuit,

J’aurais dû, je ferai… le crime parfait.

 

Les murs de ma demeure implorent ton retour.

Entends leur doux appel, toi qui erres, délaissé !

Que ta voix ne trouble pas celle qui aime,

Et cherche à regarder le futur,

Pétrifiée d’enfance.

 

Présence des pierres qu’aucun vent ne frôle,

Craquements de l’ouverture des abîmes,

Prison de silence dans l’espace de l’été.

Je suis lasse, encore vivante.

Je pleure pour exister.

 

 

 

 

 

 

II

 

 

 

Dans les murs, il y a des voix,

les chants légers d’autrefois.

Des algues s’étirent dans l’ombre,

un flot de présences sans nombre.

 

Je t’embrasse dans la maison

et puis je vais dans mon jardin

survivre enivrée de nuages.

 

La lumière ouvre des brèches

dans les pièces emplies de bruit :

c’est la pluie contre les carreaux.

La rue jaillit d’un réverbère.

 

Je t’enlace dans la maison

et puis je dis à mon jardin

de recueillir l’eau des nuages.

 

Les herbes poussent au creux des murs,

Les fleurs se referment le soir.

J’inspire l’odeur des broussailles,

senteurs des chambres dans la nuit.

 

Je t’épouse dans la maison,

telle le lierre du jardin

je m’élève jusqu’aux nuages.

 

Les oiseaux enchantent les arbres

qui respirent dans ma mémoire.

Le corbeau dit : sois immortel !

Nos corps se noient dans la maison.

 

 

 

 

 

Ô Toi, ma Terre !

 

 

 

 

Colombe qui porte le Nom,

sais-tu que je suis faite pour me brûler les ailes

comme les Papillons amoureux de la Flamme ?

 

Je suis bien hors de mon pays

en des Maisons aux langues étrangères

dont j’entends l’Essentiel !

 

Reine de la Paix, tu es Celle qui est.

Il est encor une Mission extrême,

lavée des désirs impurs du fatras catholique

sous l’écorce pleine de vers de notre basse époque

aux émotions déréglées, aux attentes vaines

qui se veulent éblouies mais ne sont que prisons

depuis que le grand capital entretient

un faux rêve.

 

Ah ! la Terre m’étreint

Elle ne dit rien en vain

Terre de Genèse !

Elle donne sa Volupté d’airain

bruissant d’oiseaux et de graines de vie :

 

Quinoa 

Quiwicha

 

et de fruits :

 

Grenada

Passion

 

Le Bonheur est en ce monde pas dans l’autre.

 

Tu le dis, ô Mon Ange

au Visage radieux, si exaltant, qu’il faut le croire !

Parée de nobles Boucliers d’Or

lorsque volètent d’incandescents Papillons,

Tu l’enfouis en mon Âme

pour nous éveiller en Grâce et en Beauté.

 

Je t’aime, oui, comme je t’aime

d’Amour sacré !

     

 

Pour citer ces poèmes

 

Camille Aubaude, « La Maison des Pages », « La mêlé », « Le Papillon d’Or », « L’être maison » & « Ô Toi, ma Terre ! »  (poèmes reproduits avec l'aimable autorisation de la poétesse et de sa maison d'édition), Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.  

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-la-maison-des-pages-la-mele-le-papillon-d-or-l-etre-maison-o-toi-ma-terre--117752875.html/Url.

 

Auteur(e)

Camille Aubaude, née à Paris, est la poétesse française contemporaine la plus invitée et la plus traduite à l’étranger. Son doctorat sur Gérard de Nerval, Le Mythe d’Isis, a posé les bases de ce mythe littéraire. Il a été écrit en même temps qu’un essai d’histoire littéraire innovant un enjeu majeur de la critique moderne: Lire les femmes de lettres(1993). Dans les années 2000, le recueil Poèmes d'Amboise, relié au récit poétique, La Maison des Pages, et à La Sphynge, ont rencontré une audience internationale. Camille Aubaude est connue pour son utilisation des formes poétiques rares, les ballades, les rondeaux, les épyllions, des miniatures épiques. Un des thèmes récurrents de son œuvre est la femme mythique. « Les beaux textes sont une bénédiction. Ceux de Camille Aubaude nous prennent à chaque fois. Lumière, douceur, vérité, plaisir renouvelé, enchantement d’une langue superbe, puissamment subtile, tissée des pieds à la tête par la beauté. » (cf. 
Marie-Hélène BREILLAT)

   

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Article

 

 

Le Jardin d’herbes aromatiques

 

Martine Jacquot 

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure

 

 

 

  jardin 6

Crédit photo : Collection Jardins par Claude Menninger

 

 

 

 

« Les yeux des cormorans sont émeraude.

Ceux des aigles ambre. Ceux des grèbes rubis. Ceux des ibis saphir. Quatre pierres précieuses qui reflètent l’âme des oiseaux qui voyagent entre la terre et les cieux. »

 

Terry Tempest Williams (Trad. MLJ)

 

 

 

 

   De même que L’Automne à Pékin de Boris Vian n’a rien à voir ni avec l’automne ni avec Pékin ou que Trout Fishing in America de Richard Brautigan ne traite ni de la pêche aux truites ni de l'Amérique, sinon de manière oblique, on ne trouvera dans ce qui suit ni un guide du jardinage ni un catalogue d’herbes aromatiques. Cependant, j’ai toujours su, profondément, que lieux, choses et gens impriment en nous un écho durable. Dans ce parcours qui nous mène de nulle part vers une destination à découvrir, il me fallait être à l’écoute de cet écho. Il me fallait cultiver un jardin de mots, dans lequel les plus intuitifs, comme des fines herbes, donneraient un goût sauvage et épicé à des moments de vie soudain sauvés de l’anonymat, de la banalité.


De même que les aromates ont des propriétés médicinales bienfaisantes, que les couleurs reflètent ou influencent des états d’âmes ou des tendances caractérielles, que les pierres précieuses ou semi-précieuses ont des impacts sur nos humeurs, émotions ou forces internes, je suis convaincue que les mots ont un pouvoir salvateur sur nos âmes et notre qualité de vie. Il s’agit de forces invisibles; nous parlons ici plutôt de vibrations portées par les mots que de sémantique. D’ailleurs, un jour où je chantais à ma fille Mélodie, alors bébé, une comptine que j’inventais au fur et à mesure, je me suis amusée à rompre les rimes et j’ai ajouté un mot à consonance différente : elle était trop petite pour comprendre le sens, mais elle a sursauté à cause de la portée sonore assonante du mot. Paulo Coelho écrit dans Brida : « La parole est la pensée transformée en vibrations; tu disposes dans l’air, autour de toi, ce qui n’était jusqu’alors qu’énergie. » 

 

Par ailleurs, certaines personnes s’attirent ou se repoussent, telles des aimants. Nous trouvons ennuyeuses des personnes pourtant intelligentes, tout simplement parce que nos ondes ne sont pas compatibles – d’où l’expression « être sur la même longueur d’ondes. » Les mots émettent des ondes qui nous toucheront à certains moments précis, quand nous y seront réceptifs. Les lieux agissent de la même manière : ainsi cette notion de déjà vu ou encore ce sentiment d’harmonie avec l’univers lorsqu’on se trouve en certains lieux. Forces telluriques, diront certains. Le photographe canadien Freeman Paterson me raconta un jour une expérience vécue en Afrique, alors qu’il était intimement persuadé d’être déjà venu dans un endroit où pourtant, il mettait les pieds pour la première fois. Il est clair que ces lieux lui parlaient, communion qui a inspiré son œuvre. « Si le désert est un lieu saint, c’est parce qu’il s’agit d’un endroit oublié qui nous permet de nous souvenir du sacré. C’est peut-être pourquoi chaque pèlerinage dans le désert est un pèlerinage en quête de soi. Il n’y a pas de place pour cacher quoi que ce soit, alors nous nous trouvons », écrit Terry Tempest Williams dans Refuge. (Trad. MLJ). Il pourrait en être de même dans une étendue enneigée, qui a retrouvé une certaine paix virginale. Certains lieux planétaires nous touchent tant que nous ressentons le besoin d’en rapporter à la maison des souvenirs, ne serait-ce qu’une roche ramassée au bord d’un ruisseau, une rose des sables, un caillou, un morceau d’écorce ou une fleur séchée, tous porteurs des vibrations de ce lieu et qui nous rappellera, qui nous ramènera mentalement dans l’endroit où nous nous sommes si bien sentis. Lien avec un instant et un lieu propice à notre bien-être. Chronotope, dirait Bakhtine.


D’autres lieux, au contraire, nous donneront envie de fuir, sans que nous sachions vraiment pourquoi. En traversant de tels paysages, il m’arrive de voir des scènes invisibles, et je comprends qu’elles sont rattachées à ces lieux. Ainsi, dans des endroits où la guerre a fait rage, comme dans l’Est de la France, j’ai vu des soldats armés marcher dans la boue. Comme s’ils étaient présents. Pourtant, je ne rêvais pas. Ainsi, sur une place à Bruxelles, où nous avons tourné en rond par erreur, je me suis sentie soudain horriblement oppressée. Je n’avais pas de visions cette fois, mais j’ai compris pourquoi je me sentais si mal quand j’ai lu qu’à cet endroit même, des martyrs avaient été exécutés. Leur douleur habitait les lieux. Je la ressentais. Un dernier exemple : adolescente, j’ai visité le Vercors avec mes parents. Arrivés à Valchevrière, village situé sur le plateau où des résistants de la Seconde Guerre mondiale ont été massacrés, je ressentis un malaise avant même d’arriver au village. L’odeur prenante des massifs de buis se fit étouffante et depuis, je relie cette senteur à un malaise. Encore une fois, l’endroit vibrait toujours des douleurs du passé, et je le ressentais.


Il peut y avoir conjonction de certaines forces qui agiront positivement sur nous. Tout est inter-relié. C’est sans doute pour cela que nous pouvons travailler, aimer, vivre ou créer dans certains lieux et pas dans d’autres. C’est aussi pour cela que certains jours, je ressens le besoin de porter telle couleur, telle pierre, tel parfum. Et pourquoi pas, manger tel ou tel aliment. Cela peut paraître superficiel aux yeux de certains, toujours est-il que ces éléments, à ce moment précis, émettent les forces dont j’ai besoin. Certains appelleront cela holistique. Peu importe. Pourquoi ai-je envie, intuitivement, de porter une pierre de lune en pendentif ou un bracelet orné d’ambre jaune et non une topaze bleue ou un grenat tel jour, pourquoi ai-je envie de boire un thé vert et non un thé à la bergamote à tel moment, pourquoi est-ce qu’un autre jour, je me sens mal dans un chandail rouge jusqu’à en ressentir le besoin de me changer pour un bleu, pourquoi est-ce que je m’arrête au bord de la route pour écrire un poème à tel endroit ? Tout ceci est lié à un ensemble de facteurs, de forces invisibles qui se rejoignent et s’harmonisent à certains moments, qui nous permettent d’atteindre un état supérieur de bien-être ou de créativité. Cristallisation. Nul n’est besoin de comprendre, d’être capable d’expliquer cet état, il est important de l’identifier afin de pouvoir le reproduire, le retrouver en soi. Cet « ici et maintenant » peut s’identifier si l’on y est attentif. Ainsi, ces larmes dans un concert. Elles ne s’expliquent pas, mais sont bénéfiques. Ainsi, la musique de la poésie dont l’effet sur les personnes peut être aussi positif qu’un traitement médical. Thérapie par l’art, diront certains.


« Nous ne choisissons pas les pierres que nous portons, ce sont elles qui nous choisissent », me dit un jour une Amérindienne qui pratiquait la guérison par les cristaux. Pour elle, il était clair que nous devons suivre notre instinct, nous laisser guider par un certain magnétisme, car notre main serait immanquablement attirée par la pierre qui nous serait bénéfique. Y a-t-il des formes d’instinct plus grandes encore ou s’agit-il de coïncidences : alors que j’étais enceinte de ma fille, et que cela ne se voyait pas encore, je me trouvai dans un restaurant à Montmagny au Québec. La serveuse portait à son cou un pendentif splendide, un gros cristal transparent. Je lui fis mes compliments, et elle me dit alors qu’elle l’avait poli elle-même, et l’avait monté en bijou. Elle revint quelques instants plus tard et me donna un plus petit pendentif, une améthyste mauve pâle. Elle insista que c’était un cadeau. Nous ne nous connaissions pas… Et surtout, elle ne savait pas que je portais une petite fille qui allait naître en février, et dont la pierre de naissance serait l’améthyste. Par ailleurs, pendant ses premières années de petite enfance, ma fille était tellement attirée par le mauve qu’elle ne voulait porter que cette couleur…


Nous pouvons être nos propres guérisseurs si nous savons identifier nos baumes. Si nous savons sentir les vibrations invisibles. Il ne s’agit pas de philosopher, mais de comprendre l’impact de certaines choses, à un moment donné, impact qui aidera à créer ou tout au moins à établir un équilibre entre nous, notre environnement et une certaine harmonie intérieure. D’où l’importance de respecter les goûts et les rythmes des autres, qui correspondent à leurs besoins propres. D’où l’importance des mots, des gens, des lieux et des choses qui se trouvent sur notre chemin.


De nombreux ouvrages ont été consacrés à de telles études, montrant que nous sommes tous énergie et vibrations, et que nous sommes aussi influencés par différentes ondes qui nous entourent, que ce soit celles émises par les cristaux, les couleurs, les autres personnes ou autres éléments. Nombreux sont ceux qui ressentent le besoin de se protéger par des porte-bonheur, des amulettes. Il est vrai que l’histoire des humains est liée à la pierre depuis les premières cavernes : la première arme et le premier outil sont des pierres. Le feu est obtenu grâce à la pierre, les métaux en sont extraits. La pierre devient très vite le support des croyances de l'homme : l’histoire de l’humanité est parsemée de stèles, de statues, de temples ou autres lieux de culte… Aujourd’hui, de nombreuses personnes utilisent les pierres non seulement pour se parer ou se protéger, mais aussi pour guérir. C’est la lithothérapie. De même, la pratique du Reiki, associée aux vertus des pierres précieuses permet, en agissant sur les chakras, de restaurer l'harmonie globale de l'être humain.


Il en est de même avec l’utilisation des couleurs. Nombreux sont ceux qui pratiquent la chromothérapie afin de rééquilibrer l’être sur le plan énergétique, mental, émotionnel et spirituel. Sans même parler des huiles essentielles aux propriétés thérapeutiques, on a aussi beaucoup écrit sur les parfums, base de l’aromathérapie. Le parfum tend, par les réactions inconscientes qu'il provoque sur l'organisme, à maintenir l'équilibre humoral natif. On dit d’une personne qu’elle a une aura, qu’elle est charismatique. Ne s’agit-il pas des ondes positives qu’émet son cerveau? Il existe aussi des personnes qui sont capables de télépathie. En général, ceci se passe entre personnes proches, compatibles. Nous sommes tous capables de cela, mais la plupart d’entre nous avons oublié cette habileté de concentration et de communication. Pourtant, nous ne pouvons pas nier la présence d’énergie – qu’elle soit compatible ou non avec la nôtre – qui se dégage des gens que nous croisons ou côtoyons.

 

Que dire d’un regard dont la force peut faire se retourner la personne que nous regardons ? Tout est énergie. Gens et choses. C’est peut-être pour cela que je ne peux pas porter de vêtements ou d’objets ayant appartenu à des inconnus, car ils sont porteurs de l’énergie de l’autre et cette charge pourrait m’être néfaste. Les animaux sont capables de ressentir les vibrations des gens, peut-être mieux que les humains. Ils connaissent leurs intentions, leurs humeurs et leurs craintes, derrière leurs masques, alors que parfois nous sommes aveugles, insensibles ou induits en erreur. Si les plantes et les parfums, les cristaux, les lieux, les couleurs ou les gens – entre autres – influencent profondément nos humeurs, pourquoi n’en serait-t-il pas de même pour les mots, vibratoires s’il en est ?***

 

 

***Ce texte est l’introduction de : Le jardin d’herbes aromatiques, éditions Humanitas, Montréal. (récits et essais). Les éditions ayant fermé leurs portes, le livre est difficile à trouver, mais on peut me contacter pour se le procurer.

 

 

 

 

Pour citer ce texte

 

 

Martine Jacquot, « Le Jardin d’herbes aromatiques » (texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteure)  , Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin  2013.   

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-le-jardin-d-herbes-aromatiques-introduction--117752884.html/Url. 

 

Auteur(e)


Martine Jacquot, globe-trotter et collectionneuse de mots, Martine L. Jacquot écrit à plein temps entre la Nouvelle-Écosse et de multiples destinations nécessaires pour renouveler son inspiration. Romancière, poète, nouvelliste, essayiste et auteure pour la jeunesse, elle a publié près d’une trentaine de livres, dont l’essai « Duras ou le regard absolu » (éditions des Presses du Midi). Comme ses personnages, elle est en constante quête de l’essentiel en dépit de la folie humaine. Son récent ouvrage, « L’année aux trois étés » (AfricAvenir/Exchange&Dialogue—Douala/Berlin/Vienne) relate ses découvertes et expériences en Russie et au Cameroun.

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

 

Article

 

« Permettez que la Jardinière/Vous offre aussi son p'tit présent » :

 

Les bouquets offerts à Amélie le jour de son hyménée le 27 mai 17971

 

 

 

  Laure Hennequin-Lecomte

 

 

 

 

 

 

Le travestissement textuel sous la figure d’un jardin est au cœur des correspondances échangées entre les membres du cercle de Schoppenwihr ainsi que des « fêtes galantes », composées à l'occasion du mariage d’Amélie de Berckheim avec Fritz de Dietrich le 27 mai 1797, à Colmar. Ces jeunes filles appartenant à l’élite rhénane ont choisi pour cadre un jardin pour restituer leurs états d’âme, au moment du mariage de l’une d’entre elles. Leurs « bouquets » sont composées par les quatre sœurs, restées célèbres comme les demoiselles de Berckheim, Amélie Octavie, Henriette, Fanny et par leurs amies, les filles du poète Pfeffel, Marie d'Oberkirch, fille de l'illustre mémorialiste, et Annette de Rathsamhausen, non moins connue diariste, amie de Mme de Staël et de Mme Récamier2. La forme de cette mascarade d’hyménée montre que les masques littéraires servent une écriture au féminin sous le signe d’un vertige du double qui épistolairement use de surnoms usuellement. Les « jardinières » sont sous le sceau de la « surprise de l’amour » puis de sa célébration. Le jeu de masque de l’amour au jardin permet d’accéder à la conscience de soi et des autres. Le jeu de rôle correspond au jeu de l’amour, et non du hasard par une pièce de théâtre, où la parole est versifiée, déclamée et jouée. Ces jeunes filles polies par l’amour n’hésitent pas à se travestir en bergères3afin que l’amour triomphe4. « Leur âme, un paysage choisi « par un déguisement textuel prend la forme d’un épithalame. Les artifices de cette oeuvre épidictique où « vont charmant masques et bergamasques » doivent être dévoilés. La rhétorique du masque du for privé5s’inscrit dans ce rite de passage. Une pièce de théâtre intéresse les membres d’une petite société mixte6, le cercle de Schoppenwihr, dont les auteures sont la cheville ouvrière avec le poète Pfeffel. Au-delà de ce cénacle culturel, les invités et les mariés participent à ce divertissement mis en scène par le déguisement des mots et des situations. Les mouvements scéniques des jeunes filles auteures et actrices prennent la forme d’un ballet fleuri entrecoupé de récitations. La fantaisie amène à découvrir comment le « cercle de famille7» et les « affinités électives8» se percevaient. Lors de leurs retrouvailles, "les membres de (cette) petite société9" dont la devise est « Unis pour devenir meilleurs10» se communiquent leurs travaux littéraires11. Le 8 Prairial an V12, la volonté de perfectionnement et la quête du bonheur passe par l’endossement au féminin d’une autre identité, à l’instar de celle qui a déjà cours dans les réunions et les correspondances croisées. D’une part, les demoiselles de Berckheim se plaisent à se déguiser, à se donner des noms de théâtre pour créer "l'illusion comique". D’autre part, la poétique et dramaturgie des jeunes filles en fleur se réalise sous le signe des Muses antiques. Enfin, ce mariage, manifestation se réalise spectaculairement. Une brève pièce de théâtre détermine rhétoriquement le rite de passage et ses rituels de dissimulation et de dévoilement.

 

I- L’illusion comique de la pastorale, cueillette symbolique de fausses bergères et de vraies lettrées


    Le rapport langagier ludique des demoiselles de Berckheim leur permet de se créer une identité nouvelle. Elles s'amusent de ce pouvoir éphémère, sachant bien distinguer le masque festif et la réalité de l'existence maritale. Cette utilisation à consonance paysanne dans la tradition de comédie bucolique, mène à établir des liens entre ces l’univers rhétorique et la réalité. Les personnages inventés s’inscrivent à l’intérieur du cercle de Schoppenwihr, microcosme structuré par le diptyque « nature et culture ». La constellation usuelle de l’état civil est en relation avec celle littéraire en usage dans les conversations lettrées orales et épistolaires. Dans un jeu spéculaire, les demoiselles revêtent le costume de protagonistes ordinaires dans la comédie.

Le pèlerinage des demoiselles est pour leur Arcadie bandelarochoise, le Cythère13du pasteur Oberlin14. En exposant publiquement leur corps, les demoiselles révèlent un processus d’individualisation au féminin. Ces jeunes filles en fleurs ne rédigent pas dans l’ombre et jouent, tandis que le statut de comédienne est alors déclassé. Elles déplacent doublement les frontières, celle du genre et celle de la société. Elles se mettent en scène dans leurs écrits où elles peuvent transitoirement abandonner leur position dominante, tout en jouant sur la nature et la culture qui caractérise leur éducation :

 

Babet avec joie et vivacité

Oh vous avez raison, c'est bien d'avoir de beaux bouquets; allez mes enfants, cueillez, prenez tout ce que vous trouverez.

Quelques unes vont cueillir des fleurs. »

La distribution est indiquée après le titre de la pièce :

« Babet jardinière Henriette

Nanine Octavie

Fanchette Fanny Soeurs et amies de Lonny

Lise Louise

Rose Amélie

Denise Caroline 

 

Nanine fait référence probablement à Nanine ou le préjugé vaincu, de Voltaire. Terme hypocoristique, Fanchette, a une valeur affective. Il a été vraisemblablement choisi par Fanny car Fanchon, nom très voisin correspond au diminutif villageois de Françoise. Il s'agit du petit fichu que les femmes portent sur la tête et nouent sous le menton. Les autres prénoms font référence à aux comédies du XVIIèmeet du XVIIIèmesiècles. Babet est l'abréviation populaire d’Elisabeth. Lise choisie par Louise de Dietrich commence par la même initiale que son prénom et rappelle le lis, symbole de pureté. Le prénom "Rose", attribué à sa sœur Amélie permet de cerner les correspondances entre les deux mascarades. Une rose, jeune personne fraîche et jolie évoque implicitement la rosière couronnée de fleurs. Les jeunes auteures sont des « mariées » en puissance. Des noms de fleurs désignent par ailleurs les membres féminins du cercle de Schoppenwihr. Denise est un prénom populaire attribué ordinairement à une jeune paysanne.

 

 

Les rôles épistolaires

 

Identité civile

Surnom à Schoppenwihr

et dans la correspondance

Amélie de Berckheim

Lonny

Françoise de Berckheim

Fanny

Henriette de Berckheim

Emma/Eglantine

Octavie de Berckheim

Ida

Louise de Dietrich

Pervenche

 

 

II- Poétique et dramaturgie des jeunes filles en fleur sous le signe des Muses antiques

 


   L’œuvre est collective, mais elle a une copiste révélatrice. La belle écriture de Frédérique Pfeffel, la fille préférée du poète est reconnaissable15. Les origines de l’inspiration des demoiselles se situent dans leurs lectures, marquées par les humanités. Elles convoquent les Muses, cesjeunes filles couronnées de fleurs. Thalie, muse de la Comédie, est la clef de voûte16. À son image, les demoiselles ont l'air enjoué et tiennent au figuré un masque à la main.L'humilité des quatre soeurs montre que cette qualité est jugée essentielle, comportement jugé souhaitable le jour de l’hyménée dans les Bouquets (…). Conservée dans les papiers de famille, cette mascarade a touché les destinataires. Les descendants y ont attaché du prix jusqu’à aujourd’hui. Brièvement, les demoiselles deviennent des bergères de comédie, illustrant leur attrait pour les bergeries et la théâtromanie du siècle17:

 

Lise

Babet, Babet, c'est jour de noces aujourd'hui, faut nous donner des fleurs »

 

Elles précisent les didascalies initiales :


« La scène se passe dans un village du Ban de la Roche. Le théâtre représente un jardin. Babet est assise sous un berceau de verdure, elle arrange des fleurs et se lève de tems en tems (sic) pour en cueillir ça et là. Les jeunes filles accourant vers Babet ».

Pour faire exister cette dimension onirique de leur personne, elles disposent d'un outil, la langue française. Elles poétisent et respectent les règles concernant les vers, les rimes et les strophes, pour cacher leur identité. Leur poétique et leur dramaturgie apparaissent comme le ciment de la fête. Maniant indifféremment le Français et l'Allemand, elles conçoivent des rimes de nature, de qualité et de disposition diverses. Jouant le rôle de simples paysannes, elles s'amusent à parler une langue de leur invention, « à la manière de ». Toutefois, la langue n'est ni réaliste, ni calquée sur celle que l'on trouve chez Molière ou Marivaux qu’elles connaissaient comme l’apprend l’examen de leurs échanges épistolaires. Elles ne créent pas d’idiolectes, même si elles font commettre des fautes à leurs personnages, sur l'accord du verbe avec le sujet, ressort comique. La campagne et les bergères qu’elles mettent en scène sont de pures conventions. Elles suppriment cependant les articles, les pronoms. Elles se mettent dans la bouche des expressions familières que sont censées prononcer les femmes du peuple comme "Bon dieu", "Pas vrai" et abusent de la préposition "en". Elles utilisent essentiellement un comique de mots. Elles semblent très vite assez embarrassées par cette manière de s'exprimer qui ne leur est pas naturelle. Elles ne s’y tiennent qu’au début de la scène. Elles finissent par oublier leur langage parodique et proposent un chant en vers, aux élisions presque absentes et au vocabulaire choisi. Lorsqu'elles offrent les fleurs, elles accompagnent leurs gestes de paroles fleuries, où les élisions frappent par leur incongruité et leur petit nombre :  

 

Vous la saurez heureuse cette certitude j'en

Suis bien sûre vous dédommagera de votre sacrifice

Ah, contemplez sa destinée

Doit elle exhaler vos soupirs

Épouse et mère fortunée

Quels beaux devoirs, quels doux plaisirs

Et dans sa jouissance pure

Vous serez toujours de moitié

Les sentiments de la nature

Sont embellis par l'amitié

Mais plutôt que d'nous amuser ici à parler

À chanter, allons toutes la complimenter et lui

Offrir nos p'tits bouquets. »

 

Bouquets offerts à Lonny : floraisons comiques

destinateurs Amour/ Hymen destinataires invités de noces

sujet Lonny objet fils de fermière Louise

adjuvants opposants

Soeurs et amies de Lonny Sœurs et amies de Lonny

pour nouvel état conjugal contre séparation amicale et familiale



III- Nature et culture au cœur de l’intrigue et de la devinette des Bouquets


     Le rite de passage s’accompagne d’un rituel littéraire. L’opposition entre l’espace actuel, la scène colmarienne de la noce et les espaces virtuels, dramatiques18, exprime la nature du conflit résolu par la transformation de la jeune fille en épouse. La topographie symbolique est proche, "un berceau de verdure" "dans un jardin", la campagne vosgienne où les auteures aimaient à se promener et à herboriser. Elles s’intéressaient à la« Nature » au sens large et philosophique du terme, ensemble des choses, à savoir le règne animal, minéral et végétal considéré comme obéissant à des lois générales. L’espace dramaturgique, non représenté, est constitué par un village du Ban de la Roche, Rothau, existant dans le discours des personnages. Le mariage, rupture principale, laisse advenir le surnaturel, le rêve. Un monde magique enchante l’hymen qui correspond à la réalité de l'union de deux êtres. L’espace théâtral est Schoppenwihr, réunissant acteurs et spectateurs, familles et amis. L’espace scénique, le lieu où se déroule le jeu rhétorique des demoiselles est le jardin de la propriété des Berckheim, où les jeunes filles peuvent cueillir à loisir. Il rappelle le jardin d'amour au coeur du Roman de la Rose.

Les temporalités sont démultipliées. L’âge d’or de l’enfance se conjugue au jour nuptial. Le Ban de la Roche est perçu comme l’Arcadie des jeunes filles : « ces lieux écartés, où l’on goûte encore les délices de l’âge d’or19». La couronne a été composée pour «  fixer l'instant qui s'envole et s'oublie ». La saison de réception de l’œuvre est printanière. Le temps dramatique des Bouquetscorrespond à la durée des évènements représentés. La chronologie est marquée par la naissance du jour, en accord avec le rite de passage. Le travestissement figure la fin d’une époque et l’annonce d’une nouvelle. La date même du mariage en calendrier républicain, faisant référence à la flore, mêle le temps individuel du mariage et le temps collectif des expériences politiques. L’auditoire, familial et amical assiste à la création d’un couple. Son unité toute neuve est réalisée sous le regard du groupe qui insiste sur l’ambivalence de la situation, la douleur de la séparation20. La dialectique de l’union, de l’unité, est conciliée à celle de la diversité, de la désunion, par l’octroi d’un attribut circulaire et d’un bouquet au propre comme au figuré.

Pour signifier la pérennité des relations amicales, des fleurs en particulier sont offertes, entrant en résonance avec la désignation d’une des amies :


Rose, des immortelles21

Cette fleur n'est pas la plus belle

Beauté se fâne par le tems22,

Mais c'est une image fidèle

D'vos vertus et d'nos sentimens

Au jour de votre mariage

Nos cœurs éprouvent encor mieux

Que femme belle


Les surnoms floraux habituels de deux protagonistes


Fleurs

Description

Symbolique

 

Eglantine

 

Fleur d'églantier, rosier sauvage

Amour

 

Pervenche

 

Plante à fleurs d'un bleu mauve qui croît dans les lieux ombragés

Mélancolie

 

L'intrigue consiste à deviner qui est la mariée et quel va être son époux. Les premiers échanges jouent sur l'annonce incomplète :


 Lise

C'est que tout le village va se réjouir aux noces de ....

Rose

Faut pas l'dire, faut qu'elle d'vine laquelle de nous ça r'garde

Babet les considérant l'une après l'autre.

Bien sûrement c'nest aucune de vous; vous me r'gardez trop hardiment et avec des yeux trop malins. Vous n'fixerez avec des yeux trop malins ! Vous n'fixerez pas les gens comme ça l'jour de vos noces. »

Le dénouement heureux comporte le mot "fin" et fait intervenir la mariée à son corps défendant comme le signalent les indications scéniques. Il correspond aux dons successifs de fleurs :

« Mais plutôt que d'nous amuser ici a parler

À chanter, allons toutes la complimenter et lui

Offrir nos p'tits bouquets.


La mise en abyme est baroque. La confusion du réel et de la fiction fonde l’esthétique. Les Bouquets peuvent être assimilés à des énigmes, ce genre poétique prisé des baroques, s’apparentant à un jeu de société. Grâce aux Bouquets offerts à Lonny, par ses sœurs et ses amies, le jour de son mariage le 27 may 179723, le lecteur se trouve projeté dans " le jour de (la) charmante partie24". Amélie est fêtée avec des déclarations orales, des chants mais a droit aussi à des fleurs réelles :

 

« Au jour de votre mariage

Cet air simple vous pare encor mieux

Oui femme belle autant que sage

Est le plus doux présent des Dieux

Enfant il plait dans un ménage

Enfant il plait pour être heureux. »

Amélie, emblème de la pureté et de l'innocence25est associée au blanc26. Les demoiselles offrent des fleurs cultivées :

« Nanine, en lui offrant un lys

C'est l'amitié sincère et pure

Qui vint vous offrir cette fleur

Comm' vous elle orne la nature

Elle est simple comm' votre cœur ».

La rose27  est une fleur d'adulte, donnée par des jeunes filles à marier célébrant une des leurs qui franchit le pas de l'âge raisonnable :

« Lise et Denise, des roses blanches

Avec la même confiance

Moi je viens vous offrir le mien,

C'est d'la couleur de l'innocence

Qui toujours vous para si bien

Au jour de votre mariage

C'te couleur vous pare encor mieux

Oui femme etc. »

Elles se souviennent des jeux floraux de leur enfance en ayant ramassé des fleurs sauvages comme les violettes28. Les fleurs des champs sont des fleurs avec chants. Le champêtre et la musique sont alliés :

« Fanchette, des violettes

Cette fleur pour vous semble faites

Vous ne pouvez la refuser

C'est la modeste violette

Qui charme et paroit l'ignorer

Au jour de votre mariage

Ce bouquet vous pare encor mieux

Oui femme belle etc. »

Deux règles président à cette syntaxe qu'est le langage des fleurs, les couleurs d'abord, puis les objets dont les fleurs sont les emblèmes. Ces « feuilles symboliques » (ont) trouvé leur place dans (leurs) albums de souvenirs29».

 

 

 

La conclusion fleurie de la pièce de théâtre : symbolique de la mise en abyme

Fleurs/

Plantes

Description

Couleur

Signification

Lys (lis)

Fleur blanche du lis commun, plante monocotylédone vivace à feuilles lancéolées et à grandes fleurs

Blanc : innocence et pureté

Majesté, fleur de lys, emblème de royauté) et pureté

Rose

Fleur du rosier d'une odeur suave

Blanc : innocence et pureté

Amour d'une vierge

Violette

Petite plante herbacée, à fleurs violettes, solitaires, à cinq pétales

Violet : né du rouge, couleur de la passion et du bleu, couleur de l'amour, du souvenir et du tendre

Modestie, humilité
mais aussi fleur de l'amitié

Immortelle

Plante composée dont l'involucre persiste quand la fleur se dessèche

Blanc : innocence et pureté

Regrets éternels

Myrte

arbrisseau à feuilles coriaces persistantes

Blanc : innocence et pureté

feuille, emblème de gloire, on en couronnait les statues des héros, consacré à Vénus, Force du cœur

 

 

 

Lever le voile sur les Bouquets offerts à Amélie a permis de démasquer les enjeux de ce jeu de rôle féminins, à la lisière de la chrysalide de la jeune fille, apothéose florale d’une mariée d’élection. Ces jardins d'écritures chez ces auteures qui ont eu un pied dans l’Ancien Régime et un pied dans le monde contemporain apparaissent comme un moyen de s’approprier leur destin. La simulation littéraire fait passer Amélie de l’autre côté du miroir et verbalisent sa « fortuna ». Ce mariage arrangé au sein de l’élite rhénane au tournant de la période contemporaine est un mariage d'amour. Son époux lui adresse des « lettres de feu30» et dans deux de ses poésies, lui décernerait la couronne, la costume en bergère tout en se déclarant son amant31. Composant sur un papier portant l’en-tête de l’Administration des eaux et des forêts, il s’inscrit dans les illusions comiques entre Nature et Culture de ses épousailles. Pour l’historien, Amélie est surtout devenue une icône économique, une « mère courage ». L’harpiste talentueuse, apprenant l’italien au début de son mariage, est veuve en 1806, mère de quatre enfants en bas âge. Elle s’impose alors comme la dame de fer la Maison de Dietrich. En définitive, il apparaît fructueux dans une perspective littéraire d’avoir sorti de l’ombre un aspect méconnu de cette figure riche et complexe, la mise en scène littéraire de ses noces, sous l’angle de la fête, celle de l'esprit.

Pour les demoiselles de Berckheim, la rhétorique du masque festif ne se borne pas à des écrits lus à un auditoire choisi. Leur manière d’endosser d’autres personnalités révèle une grande liberté. Leur façon d’envisager le mariage est instructive. Elles savent qu’elles auront voix au chapitre, se considérant comme des êtres pensants, à l’égal des hommes de leur entourage, parents ou amis, dans les mêmes dispositions d’esprit qu’elles à ce sujet. Elles illustrent des relations entre les sexes originales, concevables dans la continuité des Lumières, en plein cœur de la Révolution française.

 

 

 

Notes  


1 ADD 93/3/10.

2 Gustave de Gérando, Lettres inédites et souvenirs biographiques de Mme de Récamier et de Mme de Staël, Paris Ve Jules Renouard, Éditeur, 6, rue de Tournon, Metz, Alcan et Rousseau-Pallez, Libraires,1868, 89 p. et Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, Michel Lévy frères éditeurs, Paris, 1872, 406 p.

3 Marivaux Le Prince travesti, 1724.

4 Marivaux, Le Triomphe de l’amour, 1732.

5 Madeleine Foisil, « L’écriture du for privé », in Philippe Ariès et Georges Duby, sous la direction de, Histoire de la vie privée, tome III, De la Renaissance aux Lumières, Paris, Le Seuil, 1986, pp. 331-369.

6 Marie-Emmanuelle Plagnol-Diéval, « Poésie de circonstance et fêtes privées », in l’Eveil des muses, poétique des Lumières et au-delà, Mélanges offerts à Edouard Guitton, rassemblés par Catriona Seth et présentés par Madeleine Bertaud et François Moureau, Presses universitaires de Rennes, 2002, p. 220.

7 Victor Hugo, « Lorsque l’enfant paraît », Les feuilles d’automne, XIX, 1831.

8 La référence au roman de Goethe est légitimée par les liens du poète avec une amie des demoiselles de Berckheim. Lili Schöenemann, avant de devenir la Baronne de Turckheim, a été sa « Lili » cf. Poésie et vérité, souvenirs de ma vie, Aubier, Domaine allemand, 1991, 541 p.

9 Correspondance des Demoiselles de Berckheim et de leurs amis, précédée d'un extrait du Journal de Mlle Octavie de Berckheim et d'une préface de M. Philippe Godet, 2 tomes, Paris, Neuchatel, Imprimerie Delachaux et Niestlé 1889, tome 1, p.66, Journal d'Octavie.

10 « Je marche dans le sentier de la vie comme membre d'une confrérie dont la devise est «Unis pour devenir meilleurs» Correspondance des Demoiselles de Berckheim op. cit., Journal d'Octavie, Stotzheim, 4 nivôse an III, (1795), p.141.

11 « Frédérique nous a lu son conte, Augustin le sien et moi le mien Ida la métamorphose qui me valut des vers de Réséda » Correspondance des Demoiselles de Berckheim op. cit., Journal d'Octavie tome 1, p.66.

12 Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Fédération d'histoire et d'archéologie d'Alsace pp.V-XXIIJ.

13 La référence à la « fête galante » d’Antoine Watteau, (1717), par son cadre pastoral s’impose ici.

14 Le pasteur de cette contrée, Oberlin, ami des demoiselles, peut être considéré comme leur père spirituel, réalisant la synthèse « nature et culture ». Il s’impose comme référence pédagogique dans Middlemarch de George Eliot, Gallimard, Folio Classique, Paris, 2005, p.60.

15 Un dessin d’E. Bayer appartenant aux collections particulières de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg la représente écrivant à la plume sous la dictée du père.

16 Elle est nommée du mot grec qui signifie fleurir.

17 M.-E. Plagnol, « Poésie de circonstance et fêtes privées », in L’Eveil des muses, op. cit., p.213

18 L’adjectif est à prendre au sens étymologique où l’action se déroule dans l’imaginaire des auteures.

19 Correspondance des demoiselles de Berckheim, op. cit,, Journal d’Octavie, pp. 111-112.

20 Maurice Daumas, Le mariage amoureux, Histoire du lien conjugal sous l'Ancien Régime, Armand Colin, Paris, 2004, 335 p, cf. notamment le titre du chapitre 8 « Amour mondain amour divin, pp. 205-232.

21 "Immortelle" était le surnom d'Annette de Rathsamhausen dans la confrérie de Pfeffel qui s'encourageait dans la pratique de la vertu. Elle est née le 31 mai 1771, à Grussenheim (Haut-Rhin).

22 C’est une réminiscence de "Mignonne, allons voir si la rose » ou « Quand vous serez bien vieille au coin du feu » de Ronsard, mâtinée de mentalité protestante.

23 ADD 93/3/8.

24 Correspondance des demoiselles de Berckheim, op. cit, p. 147. Lettre de Frédérique Pfeffel, 12 juin 1797.

25 La couleur blanche semble la plus probable. La rose blanche apparaît d'ailleurs dans la Fable "La rose jaune" de Pfeffel comme "l'emblème (de) la pure innocence", livre premier, XI, p. 60.

26 À ce sujet, les études de Michel Pastoureau sur la couleur sont édifiantes. Ce serait anachronique que d'affirmer que la robe d'Amélie devait être blanche. La mode de se marier en blanc date du courant XIXème siècle (cf. le Dictionnaire des couleurs de notre temps, symbolique et société, Bonneton, Paris, 1992, 231 p.

27 La rose est la fleur du premier jour de floréal, deuxième mois de printemps dans le calendrier républicain.

28 La violette est la fleur du 8ème jour de ventôse, troisième mois d'hiver du calendrier révolutionnaire.

29 Correspondance des demoiselles de Berckheim, op. cit., p.115.

30 « Augustin écrit souvent à Henriette, quelquefois à moi : ses lettres sont toujours lui-même. Je les compare à celles que Lonny recevait de son mari ; dans celles-ci régnaient toute la fougue et le délire de la passion ; c’étaient des phrases de Rousseau, des traits de feu. », Lettres de Mme de Gérando, op. cit, p. 37.

31 12 prairial an XIII. ADD 11/5/4 et ADD 11/5/15.

 

 

 

Pour citer ce texte

 

Laure Hennequin-Lecomte , « "Permettez que la Jardinière/Vous offre aussi son p'tit présent" : Les bouquets offerts à Amélie le jour de son hyménée le 27 mai 1797 » , Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-permettez-que-la-jardiniere-vous-offre-aussi-117752893.html/Url.

 

Auteur(e)

 

Laure Hennequin-Lecomte, née en 1971, mariée à Pierre-Luc LECOMTE, est mère de deux enfants, Louis, né en 1999 et Paul, né en 2002. Elle est professeur agrégée au lycée Marc Bloch de Bischheim et chargée de cours et de TD à l'Institut de préparation générale de Strasbourg. Membre associé de l’EA 3400, ARCHE, (UDS), elle a soutenu sa thèse intitulée Les réseaux d'influence du patriciat strasbourgeois 1789-1830, le 24/02/2007, à l’Université de Strasbourg. Une version remaniée a été publiée aux Presses Universitaires de Strasbourg en 2011 avec le titre suivant Le patriciat strasbourgeois (1789-1830), Destins croisés et voix intimes. Ses thèmes de recherche sont les transformations économiques, sociales, politiques de l'élite européenne, la culture et les mentalités de lignées de premier plan à la jointure de la période moderne et contemporaine.

 

 

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013

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    N°9| SOMMAIRE N°9|FIN D'ÉTÉ 2021 FEMMES, POÉSIE & PEINTURE 2 ÈME VOLET Sous la direction de Maggy DE COSTER Nous continuons la mise en ligne interrompue involontairement en 2018 avant la parution du numéro en version imprimée en octobre 2021. Le Pan Poétique...
  • Quand la peinture devient Poésie
    N°9 | Femmes, poésie & peinture | Éditorial Femmes en poésie & en peinture, Dina Sahyouni Poéticienne, éditrice, lyreuse & fondatrice de la SIÉFÉGP Crédit photo : "Psalter with rose", image de Commons, Wikimedia domaine public. L'art de composer des poèmes...