1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Poèmes 

In the spring Japan,

 

 

Japanese mountaineer,

 

Japanese Spirit and Trees of Japan


Tatjana Debeljački

 

   http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d8/Path_of_philosophy.jpg

Crédit photo : photo de Kyoto (Japan en avril 2004), trouvée sur Commons.


 

 

In the spring Japan 


 

A heavy mist rises

out of the valley

like gun smoke, rifling

the air, setting off a time piece

of timelessness.

This unmetered rural wetness

that meets me most mornings

ever since I’ve transported

to this mystic realm.

I can only hand this truth over to you

That the stars are still indifferent to us

As they wait for no one behind the lights

But their indifference is perfect

Like the last pieces of a dying artist

Who you swore you were going to meet.

But like these stars

Some night when a rare black out falls over the city

And the glare recedes from view

I will look for you

to find my way of timelessness.

 

 

 

Japanese mountaineer


 

Filled up with lust

to quench my thirst,

shocked through the rays

of the tired sun.

Revived by the breath.

Ignited, you wake me up,

you kindle during my sleep

the last signs

of recognition.

Every ground letter

You bring back written

In all languages

In the dark lair.

Smudge again

The colors across the dead

whiteness of the night, smash the dawn

before the sun.

From the night, the flowers bloom

And the morning is glittering in the horizon,

Under the veil of the morning.

The eyes of the mountaineer,

The light of the sun

Japanese mountaineer

naked in the moonlight.

 

 

Japanese Spirit

 

 

Forest Spirit is the master of woods and beasts, the shepherd whose stock consists of deer, roes and rabbits, which are looked after by wolves or lynxes. His cheeks are blue, his eyes are green, and his beard is long and green. Sometimes he covers himself with furs, and some of the legends depict him as wearing a mask and having horns. His left shoe is always on his right foot, he buckles his sheepskin on the wrong side. He does not have a shadow, his blood is blue. He is looking at something else. I don’t know what. Maybe soul? His look is blunt and his pupils are small. I kissed him in the neck, exactly the place where the Adam’s Apple is.


* * *

 

If you were living just across and if I were a tree

In that yard,

I’d delight you with fruit,

I’ll be watered with your glimpse,

just look at me in ardor,

I’d bear the sweetest fruit for you.

 

 

 

Trees of Japan


 

In some mysterious and wonderful way we are part of everything. And in that same mysterious and wonderful way, everything is a part. In order to experience this, we must be aware of how limited our senses are eyes, ears touch, smell, taste. These senses help us to function in the Seen World. What we see is interpreted by our minds and put inside our belief system, and this can become our reality. But there also exists an Unseen World. In this world we experience connectedness; we experience the mystery; and we experience another whole point of view. If we pay attention to both the Unseen World and the Seen World, our belief systems will print in our mind a new and wonderful reality. We will see and know we are a part of everything trees of japan

 


Pour citer ces poèmes


Tatjana Debeljački, « In the spring Japan », « Japanese mountaineer », « Japanese Spirit » & « Trees of Japan », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.  
Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-in-the-spring-japan-japanese-mountaineer-japanese-spirit-and-trees-of-japan-117752653.html/Url. 

 

Auteur(e)


Tatjana Debeljački, was born on 1967 in Užice. Writes poetry, short stories, stories and haiku. Member of Association of Writers of Serbia -UKS since 2004 and Haiku Society of Serbia - HDS Serbia, HUSCG – Montenegro and HDPR, Croatia. A member of Writers’ Association Poeta, Belgrade since 2008, HKD Croatia since 2009 and a member of Poetry Society  "Antun Ivanošić" Osijek since 2011. Deputy of the main editor (cooperation with magazines & interviews).

http://diogen.weebly.com/redakcijaeditorial-board.html

Editor of the magazine "Poeta", published by Writers’ Association "Poeta" http://www.poetabg.com/ 

Union of Yugoslav Writers in Homeland and Immigration – Belgrade, Literary Club Yesenin – Belgrade.

Up to now, she has published four collections of poetry: “A HOUSE MADE OF GLASS “, published by ART – Užice in 1996; collection of poems “YOURS“, published by Narodna knjiga Belgrade in 2003; collection of haiku poetry “VOLCANO”, published by Lotos from Valjevo in 2004. A CD book “A HOUSE MADE OF GLASS” published by ART in 2005, bilingual SR-EN with music, AH-EH-IH-OH-UH, published by Poeta, Belgrade in 2008.

Her poetry and haiku have been translated into several languages.

Poetic Interests poetry

Other interests Editor 

Web search www.poetabg.com/

Other   http://twitter.com/debeljacki

 

Traduction partielle

 

Tatjana Debeljački, est né en avril 1967 à Uzice. Elle est auteure et écrit des poèmes, des histoires courtes, des histoires et des haïkus. Elle est membre de :

  • l'Association des écrivains de Serbie-UKS depuis 2004

  • Haïku Society de Serbie — Serbie HDS, HUSCG — le Monténégro, la HDPR, la Croatie,

  • l'Association des poètes de Belgrade depuis 2008,

  • la Croatie depuis 2009 HKD

  • la société de poésie "Antun Ivanošić" Osijek depuis 2011. 


Elle est aussi rédactrice en chef du magazine Poeta. Elle a déjà publié quatre recueils de poésie : Un maison de verre, publié par l'ART-Užice en 1996 ; YOURS, publié par Narodna knjiga Belgrade en 2003 ; collection de poésie haïku « VOLCANO », publié par Lotos de Valjevo en 2004. Un CD Une maison de verre, publié par l'ART en 2005. Ses poésie et haïku ont été traduits en plusieurs langues. 

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Nouvelle fantastique


Le chemin


 

Lucie Chausson

 

 

 

visuellivre

  ©Crédit photo : Visuel du livre fabriqué par Lucie Chausson 



Le soir, dans cette région aride, quelques fauves peuvent toujours sortir des bois pour chercher du gibier dans les champs laissés à l’abandon.

 

Le petit chemin herbeux se prolongeait sur une dizaine de mètres, puis débouchait sur un grand espace vide où le ciel éclatait, blême. C’était une grande plaine jaunie par la sécheresse, où paissaient quelques bêtes amaigries. Sous l’ombre mince des grands peupliers aux feuilles racornies, qui entouraient intermittents la plaine, elles fuyaient la chaleur sourde du soleil. Abrutis, ployant sous le poids des nuages filamenteux, nous devions nous hâter ; le crépuscule viendrait bientôt. Mon sac pesait lourd et mes cuisses me lançaient, mais je tâchais d’ignorer la douleur et marchais d’un pas plus énergique. Je regardais mon compagnon : il ne disait rien, mais soufflait un peu fort, serrant les dents, plissant les yeux. Son tee-shirt était trempé. Peu à peu, la route s’éloignait des arbres. Après quelques mètres, elle traversa la plaine par le milieu ; l’espace s’élargit, comme à la sortie d’un tunnel. Autour de nous s’étendait la terre sèche, sur des dizaines de kilomètres. Le vent était tout à fait tombé, nos pas se faisaient plus lourds dans l’air rigidifié ; j’attrapai maladroitement les bretelles de mon sac à dos. Mes doigts gonflés par la chaleur me faisaient l’effet de dix petites saucisses, jaunes et molles. L’ humidité suintait par mes pores distendus. Les oiseaux avaient fui, sauf les plus coriaces, qui ne chantaient pas. Il ne restait rien de ce qu’on avait l’habitude d’entendre à la même période, quelques dizaines d’années plus tôt. Les roucoulements, bruissements, pépiements, gazouillis, froissements et autres lestes chansons n’étaient plus ; de temps à autre, un hurlement lugubre retentissait au-dessus de nos têtes et se perdait dans les lointains. Quelque charognard en quête de nourriture...un oiseau de nuit égaré. Des branches craquaient ; leur chute produisait un son mat sur le sol enflé. Mon camarade continuait, imperturbable ; à chacun de ses pas, ses chaussures faisaient crisser le gravier mêlé de sable qui couvrait le chemin ; c’était comme une plainte sinistre. L’après-midi pesante semblait se dilater à l’infini, la toile épaisse du ciel pesait sur nos têtes, le but de notre marche était repoussé au-delà du plan horizontal, ou peut-être même en-deçà ; nous n’avions pas d’autre choix que de continuer. Finalement, le chemin bifurqua vers l’ouest et se rapprocha d’un bosquet qui épaissit, pour se transformer quelques dizaines de mètres plus loin en forêt. Mon ami s’arrêta et se débarrassa de son sac, puis il tira le plan de sa poche et me le montra : nous devions emprunter un sentier qui s’enfonçait dans la forêt, mais il était difficile à localiser. Je posai aussi mon sac et bus une gorgée d’eau ; j’en profitai pour détendre mes muscles, remuer un peu mes bras et mes mains. Il était exclu de s’arrêter trop longtemps au bord de la forêt, il fallait continuer, le soleil déclinait déjà, et bientôt, il passerait de l’autre côté des arbres ; le sentier serait d’autant plus pénible à repérer. Me remettant à marcher, je m’aperçus peu à peu que les feuilles jaunies des arbres en bordure de la forêt contrastaient avec les pousses vertes et dodues de l’intérieur ; c’était surprenant : il y avait sans doute une rivière quelque part, qui abreuvait les plantes ; le sol était couvert d’une végétation luxuriante, débordante de vie et d’humidité. Pour autant, je me demandais si l’air y était plus respirable. Sur le chemin, nous ressentions toujours la brûlure de la chaleur suffocante qui nous pénétrait les narines, la bouche, les oreilles. J’avais l’impression de respirer la poussière de la plaine et de me tortiller, comme un ver de terre, dans l’atmosphère solidifiée. Une heure passa ; à force de fouiller du regard la lisière de la forêt, je finis par trouver le sentier. Bordé par des troncs tortueux, il se perdait plus loin dans une obscurité teintée de vert. On entra. Je respirais profondément, l’air était étonnamment pur, lavé de ses débris. Le silence de la plaine fit place à un grouillement de sons disparates. Nous étions à l’abri du soleil, le danger était omniprésent. Nous avions étudié les menaces sans relâche, chaque soir, depuis que nous étions partis ; une prudence extrême devait guider nos pas. Je me sentais toujours hésitante et cette hésitation se transformait en inquiétude : c’est-à-dire, un sentiment désordonné où la raison ne parvenait plus à prendre le dessus, où les battements de cœur et l’imagination triomphaient de la volonté. Ni lui, ni moi, n’étions cependant disposés à rebrousser chemin.

 

 

* * *

 

Le tamarin lion fait sa toilette la nuit, et utilise pour se sécher de larges feuilles de bananier.

 

La première chose à faire était d’observer les alentours. Faire le guet. On n’entendait ni ne remarquait rien qui pouvait nous dissuader de nous mettre en route. Mon compagnon sortit un long poignard protégé par un fourreau en cuir ornementé, qu’il passa sous sa ceinture. Quant à moi, j’avais glissé dans les poches de mon pantalon deux petits couteaux bien aiguisés ; je les gardais près de moi nuit et jour. Chacun de nous transportait aussi, en pendentif, une petite fiole de poison violent destiné à venir à bout de nos ennemis les plus féroces, ou à abréger nos propres souffrances. L’irruption soudaine de l’humidité avait entraîné la prolifération de nombreux et minuscules insectes autour de nous. Les habitants de zones tropicales savent qu’il faut se méfier de ces insignifiants visiteurs. J’attrapai dans mon sac une lingette enduite d’un répulsif très puissant, et m’en badigeonnai le visage, les avant-bras et les chevilles, puis je la passai à mon ami qui m’imita. Peu après, la nuée qui nous encerclait s’éloigna de quelques mètres. Cette fois, nous pouvions partir. Le changement brutal de climat nous avait frappé ; notre corps commençait lentement à s’y adapter. J’étais toujours trempée, mais rafraîchie par la pénombre touffue où nous étions plongés. Les arbustes qui bordaient le sentier étaient aussi gras, imposants et puissants que ceux de la plaine étaient maigres, secs et fragiles. La jungle, aussi étrange que cela puisse paraître, avait remplacé le désert. Il avait suffit d’un pas. Toutes sortes de plantes poussaient autour de nous, comme elles pouvaient. Les ficus ménageaient intuitivement un espace entre eux, pour laisser se développer leurs troncs gigantesques. Leurs houppiers s’épanouissaient généreusement, à plusieurs centaines de mètres au-dessus de nous. Des lianes tombaient du ciel. Partout, de larges feuilles de bananiers présentaient leurs silhouettes découpées, des passiflores, de la salsepareille et des palmiers s’emmêlaient dans les broussailles, des hibiscus et des cattleyas se grimpaient dessus, des cosses remplies de graines faisaient plier les branches, des asplénium ondulaient légèrement, lumineux, des fougères arborescentes, des fromagers, des acajous et des virolas se côtoyaient comme dans une serre abandonnée. Il y avait de grosses fleurs aux pistils gonflés, dont les pétales chatoyants se déployaient avec orgueil, des herbes géantes entouraient les troncs, s’élevaient dans les airs, retombaient en grappes sur le sol stratifié de mousse, de feuilles mortes, de brindilles, d’insectes, et autres merveilles enfouies. Le sentier avait été entretenu ; les branches qui menaçaient le passage, abattues, les plantes qui poussaient sans relâche, arrachées. Ainsi nous marchions d’un pas régulier, car la tâche de l’explorateur, qui consiste à se tailler son propre chemin au milieu du chaos, nous avait été épargnée. À un moment, mon camarade s’arrêta brusquement et leva le bras pour m’empêcher de continuer. Il avait repéré un de ces spécimens appelé Dionaea, ou de son nom plus commun, plante carnivore. Sa tige avait l’épaisseur d’un tronc, et sa hauteur dépassait les trois mètres. Elle était exceptionnellement grande (d’une taille tout à fait hors du commun). La tige, à un mètre de hauteur, donnait naissance à deux tiges supplémentaires qui se déployaient de chaque côté ; à leur extrémité avaient poussé deux grosses fleurs, rosâtres, boursouflées, garnies de petites dents venimeuses. Pour éviter que la plante ne se réveille, il fallait passer à côté d’elle silencieusement, afin que nos pas produisent le moins de vibrations possibles. En effet, aveugle, sourde, et privée d’odorat, la plante repérait ses proies aux ondes de choc qui se répercutaient dans sa tige, transformée en sonde. Elle déterminait d’où venait le bruit, et attaquait, rapide, précise, impitoyable. Une de ses fleurs dépassait sur le chemin et nous barrait la route, il fallait donc la contourner lentement, et se tenir prêt à lui trancher la tête si elle attaquait. Mon ami ôta ses chaussures et passa le premier. Il tenait son poignard à la main, et avançait courbé, sur la défensive. Je n’osais plus respirer. Finalement, il réussit à atteindre son but : la plante n’avait pas bronché. Je saisis alors mes deux petits couteaux, et m’engageai à mon tour, haletante. Je faisais de grands pas, marchant sur la pointe des pieds. Au moment où je la dépassai, un singe bondit entre mes jambes en hurlant et s’enfuit sur le bas-côté. La tige tressaillit. Vive comme l’éclair, la grosse tête à la mâchoire béante fondit sur moi, bouillonnante de suc gastrique. Heureusement, nous avions de bons réflexes. Je décapitai la plante à deux mains, tandis qu’il tranchait la tige principale de son poignard aiguisé. La tête roula à mes pieds. Un jus acide s’en échappa, rongeant le chemin et creusant un petit cratère. Je rangeai mon couteau. Il me jeta un regard soulagé. Cette espèce est sans pitié : si elle avait attrapé ma main, le reste de mon corps y serait passé, elle n’aurait pas lâché prise, et j’aurais été lentement digérée, vivante, à moins que mon camarade n’ait eu le courage de m’amputer. Il fallait s’attendre à croiser d’autres étrangetés de la sorte, par la suite ; notre environnement avait bel et bien l’envergure d’un monde fantastique.

 

* * *


Construire une cabane dans un arbre ne demande pas beaucoup de dextérité. Bâtir une cathédrale, c’est autre chose.

 

Cela faisait un peu plus de deux heures que nous marchions. Il était difficile pour nous de déterminer l’heure exacte : étions-nous proches du crépuscule, ou bien la nuit était-elle déjà tombée ? La lumière dans la forêt ne venait pas du ciel, mais des plantes elles-mêmes, par un ingénieux système de reflets, ou de diffusion interne. Nous étions baignés, depuis que nous étions entrés, dans une pénombre verte, et nos visages, quand ils passaient près d’un arbuste aux feuilles légèrement luisantes, s’éclairaient. Quelques lampyres produisaient en

volant de petits signaux lumineux qui brillaient ça et là. Je n’y avais tout d’abord pas prêté attention, mais depuis quelques mètres, on pouvait voir sur les bords du sentier de petits empilements de pierres. Plus nous avancions, mieux ils étaient ordonnés, et prenaient diverses formes de plus en plus identifiables. C’étaient des pyramides, des arches, des colonnades, des pagodes...  Il y en avait un de chaque côté, tous les quatre mètres environ. Très intrigués, nous nous arrêtions souvent pour observer leurs particularités de près, mais nous n’avions aucun indice qui nous permettait de comprendre à quoi ils servaient. Nous étions toutefois à peu près sûrs qu’ils avaient été imaginés par des êtres humains. C’étaient désormais des formes très classiques, tirées de l’Antiquité, qui avaient été largement utilisées pendant les siècles qui avaient suivis. Bien entendu, elles avaient disparu depuis longtemps maintenant ; les hommes avaient progressivement abandonné les constructions habituelles, de type monuments, édifices religieux ou bâtiments publics. Nous n’avions connu toute notre vie que les cellules en acier, emboîtables, qui avaient pullulé dans la majeure partie du monde encore habitable. Le chemin semblait ne jamais devoir s’arrêter, et les petites architectures étaient de plus en plus élaborées. Les petits cailloux du début, de formes et de couleurs diverses, s’étaient transformés en ruines, où l’on devinait des ébauches de façades, et s’enrichissaient peu à peu d’un chapiteau, d’une architrave, d’un fronton... C’était un étrange retour dans le temps, progressif, où l’on voyait les fragments se reconstituer peu à peu. Je tombai finalement sur un monument particulièrement époustouflant, et je m’accroupis pour mieux le contempler. Mon compagnon ne désirait pas trop s’attarder, estimant que notre voyage ne souffrait pas les écarts. Mais j’étais fascinée par ce que je voyais. Il s’agissait d’une petite pagode de type chinois (la Chine était un pays qui avait disparu depuis fort longtemps, sur laquelle j’avais fait de nombreuses recherches), de trente centimètres de haut, maçonnée de minuscules briques peintes, et qui comportait neuf étages. On pouvait distinguer l’escalier qui tournait au centre de la tour, en colimaçon, par les fenêtres à châssis de bois noir. Le toit était recouvert de tuiles en porcelaine jaune et verte, finement ondulées. Cette petite merveille était surprenante, dans ce grouillement végétal désordonné, mais elle faisait écho à la finesse de certaines des plantes présentes, qui, isolées, offraient aux regards leurs lignes épurées. Les grognements de mon ami eurent raison de ma
curiosité, et je me relevais. J’avais à peine fait quelques pas, que sans le vouloir, je tournai la tête vers l’arrière, comme si quelque chose (ou quelqu’un) m’avait appelée, et aperçus une tâche blanche à travers les feuilles. Les alentours étaient si uniformément verts que n’importe quelle autre couleur sautait aux yeux, comme étincelle le phare dans la nuit noire. Un instant, je crus que j’avais rêvé : ayant rebroussé chemin, je ne distinguais plus rien. Mon compagnon me lançait des regards courroucés, tandis que je cherchais à retrouver ce que j’avais vu, le temps d’un éclair. Et soudain, il était là. On en apercevait les angles, qui s’élevaient à plusieurs mètres de hauteur. Une colonne. Une statue. Une marche. Et le bâtiment tout entier nous apparut, gigantesque, éblouissant, terrible. C’était un édifice de marbre blanc, un temple amphiprostyle ; les colonnes étaient de l’ordre composite, le plus subtil des cinq ordres. Cette particularité lui donnait un air aussi élégant que débraillé. Nous ne pouvions déterminer l’époque de sa construction, tandis que nous-mêmes ne savions plus très bien à quel siècle nous nous trouvions au juste, dans cette forêt sortie tout droit d’un rêve. Le temple semblait inhabité, mais il était en très bon état, comme si ses occupants l’avaient quitté la veille. Certes, il nous paraissait dangereux de quitter le chemin ; mais nous étions dévorés par l’envie d’aller observer le bâtiment de plus près. Qu’y avait-t-il à l’intérieur ? Qui l’avait construit, et quand ? Que faisait-il au milieu de cette forêt, elle-même retranchée au milieu d’une plaine aride, infréquentée, abandonné depuis des centaines d’années ? Depuis notre entrée dans la forêt, nous n’avions cessé de nous exclamer. Et pourtant, nous ne pouvions oublier les dangers qui nous menaçaient. Il nous paraissait évident que ces charmes mystérieusement dispersés le long de notre route n’étaient que des pièges, qui nous détournaient de notre but principal.
À aucun prix, nous ne devions quitter le chemin.

 

 

* * *

 

Il existe des lacs artificiels, où la vie apparaît comme dans les vrais lacs; l’artifice disparaît, la nature reprend possession de ce qui lui appartient, l’eau.

 

La nuit, d’après ma montre, était tombée depuis une heure environ. La plaine, dehors, devait être plongée dans une grisaille morne et un silence oppressant. Dans la forêt au contraire, le bruit autour de nous s’était accru, et confinait parfois au vacarme. Entre les cris des singes ou autres quadrupèdes bondissants, jacassaient des toucans, sifflaient des iguanes, baillaient des pumas, balbutiaient des paresseux ; quant aux piranhas, ils claquaient des dents. Je frémis en imaginant ce qui nous serait arrivé si nous avions quitté le chemin. Nous avions dû affronter une plante carnivore, mais nous étions confiants : aucun animal dangereux n’avait montré la pointe de sa moustache. Nous avancions calmement, un peu fatigués, mais sûrs de nous ; après tout, nous étions vivants. C’était déjà un exploit, compte tenu du périple qui nous avait mené jusqu’à cette forêt. Trois ans plus tôt, celui qui nous avait donné cette carte n’espérait pas que nous l’atteignions, et dans un soupir qui semblait être son dernier, il nous confia avec hâte qu’ils étaient partis fort nombreux, lors de la première et unique expédition, mais qu’il était le seul à être revenu. Dans cette forêt, ils vécurent un véritable enfer. Quand ils arrivèrent au bout du chemin, plusieurs d’entre eux étaient déjà morts, qui dans la plaine, dévorés par des fauves ou brûlés par le soleil, qui sur le sentier. Ceux qui restaient avaient faim, soif, ils étaient épuisés, prêts à faire demi-tour, lorsque brusquement le chemin s’était arrêté. Selon la légende, la fin du chemin signifiait la fin du voyage. En d’autres termes, ils avaient atteint leur but...Le Jardin devait se trouver là, juste derrière cette rangée de ficus géants aux troncs massifs. Fébriles, ils se précipitèrent vers les arbres, oubliant leur prudence, qui avait pourtant redoublé à chaque fois qu’un de leurs camarades était mort. Un horrible craquement les stoppa net ; le sol se déroba, puis s’effondra sous les hommes qui étaient les plus avancés, les emportant dans l’abîme. Ceux qui restaient s’immobilisèrent, pétrifiés par la peur. Mais la curiosité l’emporta encore une fois sur l’horreur de la situation. Ils contournèrent le gouffre, et franchirent la barrière des arbres. Alors, ils virent la palissade. Elle était faite de branches fines et dorées, et s’étendait sur les côtés jusqu’à se perdre dans la végétation dense et vorace. Émerveillés, ils la fixaient fiévreusement, méditant l’extraordinaire portée de leur découverte...et tous, ils avançaient mécaniquement vers elles, et tendirent le bras, pour la toucher de la main, la caresser...ce fut là leur dernier geste. Les branches se mirent à onduler en sifflant, et leur saisirent les mains, s’enroulèrent autour de leurs bras, de leur torse ou de leur cou pour les étouffer ; ils hurlèrent, puis leurs cris s’étranglèrent, et ils tombèrent raides morts, le visage violacé, la bouche tordue. Un seul s’était reculé à temps, et fuyait déjà, épouvanté, courant à perdre haleine...il survécut. Il ne parla à personne de son aventure, changea de nom et de pays. On pensa que les aventuriers ne reviendraient jamais, que tous avaient péri. Trois mois plus tard, quelqu’un le reconnut. Il fut harcelé. Il prétendit être devenu fou (il le pensait un peu). On l’oublia. Plusieurs années après, mon compagnon m’invita à lui rendre visite ; après son douloureux récit, il se sentit très fatigué. Il eut le temps de nous donner, avant que nous partions, une pochette de cuir fatigué. Elle renfermait la carte qu’il avait dessiné à son retour, indiquant très précisément le chemin pour atteindre le Jardin. Ainsi, nous étions près du but, avides de savoir, comme nos prédécesseurs, morts d’avoir été trop curieux. La seule différence pour nous était que rien ne nous attendait
dehors. Dehors, c’était le chaos ; notre voyage était celui de la dernière chance. Si nous tenions à la vie, c’était uniquement pour trouver le Jardin. Réfléchissant à tout cela, je reçus une goutte, puis deux, et un torrent se déversa, nous aveuglant. Le bruit était tonitruant, et les arbres, loin de nous protéger, déversaient au contraire sur nous leur trop-plein d’eau, qui nous aspergeait abondamment. La forêt se déchaînait. Nous fûmes trempés, en un instant ; c’était un envahissement liquide, une noyade. Sous cette pluie diluvienne, la végétation semblait grandir encore. Les feuilles et les troncs se gorgeaient d’eau, suintaient, tout explosait liquide, en myriades de petites gouttelettes, dégouttait sur le reste, détrempait de vert notre visage. Une demi-heure passa, et nous avancions toujours avec peine, pataugeant, quand d’un coup, la pluie s’arrêta, aussi brutalement qu’elle avait commencé. Alors, le silence éclata. On n’entendait plus que le bruit métallique des gouttes qui tombaient sur les feuilles, résonnant contre les parois de cette voûte immense. Les animaux semblaient s’être tous enfuis. Je respirais profondément, puis essorais mes cheveux, et l’extrémité de mes vêtements. Mon compagnon regardait la forêt, sans rien dire.

Finalement, je me remis en marche, redressant mon sac sur mes épaules. Peu après, le chemin s’arrêta.

   

 

Pour citer ce texte 


 

Lucie Chausson, « Le chemin », texte illustré par L. Chausson,Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1erjuin 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-le-chemin-117752658.html/Url.

 

Auteur(e)


 

Lucie Chausson est née en 1985 à Paris. Actuellement étudiante en dernière année à l'École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, elle explore, à travers la pratique de la photographie et de l'écriture, un terrain à ramifications multiples : de l'étude du paysage fragmenté dans la peinture romantique allemande, au jardin de l'artiste et poète Ian Hamilton Finlay en Ecosse, en passant par le Jardin d'Agronomie Tropicale du bois de Vincennes. Les sentiers empruntés déclenchent l'envie d'écrire une nouvelle histoire. 

 

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Article


Les Sonnets du jardin de Silvina Ocampo,

 


 

ou le parfum doux amer du souvenir de la mère

 

 

 

Aurélie-Ondine Menninger

 

 

 

ADOLFO~1

Crédit photo : Silvina Ocampo image fournie

par Aurélie-Ondine Menninger


Introduction


 

    « Solo en aquel jardín nació mi devoción/primero por la música, después por la pintura/para llegar por fin a la literatura/donde inflame con letras un tierno corazón”(“tarjeta postal”, Amarillo celeste).

Silvina Ocampo, poète, conteuse et romancière argentine, elle fut aussi la petite sœur de Victoria Ocampo. Fondatrice de la revue Sur, Victoria Ocampo, figure importante de la vie littéraire du XXème siècle, traduisit et fit connaître écrivains et philosophes européens, avec une affinité plus particulière pour les intellectuels français. Plus encore, la très belle maison familiale, entourée de son jardin, au bord du rio de Plata située dans le quartier de San Isidro à Buenos Aires, devint le lieu de prédilection des intellectuels du monde entier, un carrefour d’échanges de pensées et de cultures, un point de rencontres amicales et littéraires.

 

 

Caractéristiques de son style

 


    Silvina Ocampo, la plus jeune sœur de Victoria, à son tour découvrit sa vocation littéraire et poétique. Plus discrète que sa sœur, c’est à la mort de sa mère, après 1935, que celle-ci publia ses premiers contes, ses romans et ses poèmes. En 1933, elle rencontra l’écrivain A. B. Casares qu’elle épousa en 1940, avec lequel elle vécut, traduisit et écrivit, menant une vie d’écriture, sans cesser de développer son imagination et son style original.

L’imagination liée au mécanisme de la mémoire est l’une des clefs de son style, « La seguiré hasta el fin de los veranos. La séguiré por largas galerias con la belleza y el horror por guias » (« je la suivrai jusqu’à la fin des étés. Je la suivrai dans les longs couloirs, la beauté et l’horreur pour guides », écrit-elle, dans ses Sonnets à l’Imagination.

 

     Mais l’imagination prend toutes les formes, du récit en prose au poème, et si la première était plus naturelle à S. Ocampo, la seconde lui apparaissait tel « un cadeau survenant dans l’instant ». S. Ocampo ne croyait pas aux frontières des genres, et un grand nombre de ses récits en prose tournent au poème, ou inversement. Noemi Ulla écrit à ce propos : « S.Ocampo se rebelle contre les modèles traditionnels de l’Art, coexistant en elle, gracieusement, tradition et irrévérence, tradition et rupture, tradition et insurrection dans le développement sémantique du poème »(Sabía Locura, Reina Roffé, Cuadernos hispano-americanos, p. 622).

Ainsi,  « lorsque l’auteure se met aux formes classiques, aux multiples possibilités de la métrique espagnole notamment pour Enumération de la patrie ou Espaces métriques, elle donne au sonnet, spécialement dans « Les Sonnets au jardin », de nouvelles solutions, tels l’humour ou la métonymie, qui rompent les schémas traditionnels » (Invenciones a dos voces)


   Écrits et dédiés à la mémoire de sa mère, les Sonnets du Jardin offrent une succession de tableaux impressionnistes, une suite de sonates, constituant un ensemble de dix-huit poèmes publiés séparément en trois séries de sonnets (1942, sept sonnets inclus dans Enumération de la Patrie, 1945, six dans Espaces Métriques, 1949, cinq dans Poèmes d’Amour désespéré), où se glisse la voix ténue du souvenir d’une petite fille devenue femme. Écrits depuis le premier Éden, avec le souvenir du premier jardin, celui de l’enfance de la maison familiale à San Isidro, les Sonnets du Jardin se donnent à lire tels les poèmes du jardin, à la fois écrits par lui, écriture jardinière de celui qui fut le témoin silencieux de l’enfance, laissant entendre la musique d’une prosopopée rythmée par la déclinaison du souvenir. Poèmes en prose comptée plus que sonnets au sens traditionnel, les Sonnets du Jardin sont animés par les sens réveillés de l’auteur qui se souvient des temps passés. Chaque sonnet se déploie et s’ouvre, libérant des images et une voix telle une succession de boîtes de Pandore. « Las plantas y los jardines pueblan los textos de la escritora y están en la mirada de sus personajes con todas sus variaciones… (“Les plantes et les jardins peuplent les textes de l’écrivain et sont dans le regard de ses personnages avec toutes leurs variations… » Invenciones a dos voces, Noemi Ulla). En effet, Les Sonnets du Jardin ne sont pas les seuls à faire parler les jardins, Arboles de Buenos Aires sont une autre série de poèmes dédiés aux arbres de Buenos Aires, « La poeta que comienza lamentandose de que hayan derribudo tantos arboles en la ciudad de Bs As enumera luego las plantas y los arboles que empezó a conocer en su infancia. En su mencion se da el vinculo estrecho que une su propia vida a la de las plantas…

¡ Cedro, recuerdo de mi infancia intacto,/Como si hubiera entre él y yo algún pacto!/ ¡Ombu, que fuiste casa de muñeca/elefante, andador, armario, Meca !

(“La poète qui commence en se lamentant du grand nombre d’arbres abattus dans la ville de Bs As, énumère ensuite les plantes et les arbres qu’elle commença à connaître dans son enfance. Dans sa mention est sensible le lien étroit qui unit sa propre vie à celle des plantes… 

Cèdre, souvenir intact de mon enfance/ Comme s’il y avait eu une sorte de pacte entre lui et moi ! Ombu, qui fut maison de poupée/ Eléphant, marcheur, armoire, Meques ! » Invenciones a dos Voces, N. Ulla. L’on peut aussi évoquer à ce propos Sabanas de tierra, un conte fantastique de S. Ocampo qui voit se transformer un jardinier en végétal…

Plus encore,

« Lorsqu’on lit la poésie de Silvina, on se promène dans un jardin circulaire qui fut celui de son enfance; c’est le soir, avec ses flammes qui survolent et ses parfums mêlés qui montent de la terre, c’est l’amour et la mélancolie ; c’est la rivière et ses timbres, ce sont les couleurs qui s’y reflètent, s’y répètent à peine altérées ; c’est le silence de la sieste et de ses murmures ; c’est une transparence palpable, tiède, sensuelle, matière des rumeurs, de l’air, des ombres. » écrit Silvia Baron Supervielle, traductrice de Silvina Ocampo en français.


     S. Ocampo trouve dans la nature une source et une palette de couleurs et de sons où se révèle, se réinvente et se renouvelle sans cesse son imagination. Sa poésie est picturale, musicale, peut-être imprégnée de ses propres expériences d’artiste peintre, lorsqu’elle fut élève de G. de Chirico, ou encore de ses réminiscences de cours de musique à Paris ? La série des cinq nouveaux Sonnets du jardinde 1949, commençant par l’épigraphe à G. de Chirico est quant à elle imprégnée d’images, de références aux arts-plastiques ; « Los artes plásticos impregnan la condensación de la metáfora o el desplazamiento propio de la metonímia en estos cinco sonetos », (« Les arts-plastiques imprègnent la condensation de la métaphore ou du déplacement propre à la métonymie dans ces cinq sonnets » I. a dos voces). Les arts communiquent entre eux dans la poésie de S. Ocampo, et aussi dans des projets de livres avec d’autres artistes, lorsque parfois, elle se fait accompagner d’œuvres d’artistes plasticiens ou photographes à l’exemple des Arbres de Bs Asillustré par les photographies de Aldo Sessa. Ce goût pour les arts va de paire avec l’éducation sensorielle et sensuelle de Silvina Ocampo qui révèle dans « Tarjeta postal », poème contenu dans l’Amarillo celeste, : « Solo en aquel jardin nació mi devoción/ primero por la música, despues por la pintura/para llegar por fin a la literatura/ donde inflamécon letras un tierno corazón »(« Ce n’est qu’en ce jardin que naquit ma dévotion/ premièrement pour la musique, puis pour la peinture/ pour aller enfin à la littérature/ où j’enflammai avec des lettres un cœur tendre »I. a Dos Voces). C’est ainsi dans un jardin et plus encore dans ce premier jardin de l’enfance, que s’éveillent les sens de S.O, éveil coïncidant avec la naissance de son goût, de sa passion pour les arts et la littérature, origine de sa vocation.

 

      Le jardin est le lieu du poème, et plus que son décor, il en est le corps, vivant, respirant.

« La naturaleza es, por lo tanto, no la presencia distante que aparece como marco de la vida ; es, por el contrario, un referente vivo, corpóreo, dialectico, que no se deja eludir en la escritura de S.O” (“La nature n’est pas, pour autant, la présence distante qui apparaît comme la marque de la vie; elle est, au contraire, un référent vivant, corporel, dialectique, qui ne se laisse pas éluder dans l’écriture de S.O »I. a dos Voces).


     Le souvenir se fait présence sensible, il est une âme qui passe sur les choses et hante les lieux de la mémoire, laissant dans son sillage les traces d’une vie terrestre ; visions, odeurs, sensations tactiles, auditives…

Cette « présence-absence » tout en demi-teintes donne un caractère mystérieux, fantastique et quasi-mystique aux poèmes, influencés par la poétique de ses nouvelles en prose, des contes de Boy Casares, de Borgès, ou encore des sonnets d’E. Dickinson que la poétesse avait traduits en espagnol (traductions de Poemasde E. Dickinson 1985)?... Ou des réminiscences de L. Carroll ?

« Les jardins et les maisons acquéraient des aspects de déménagement, il y avait d’invisibles malles flottant dans l’air et des présences de tissus blancs commençaient déjà à naître sur les meubles sombres des chambres » La rue Sarandi, L. Carroll). Cette « présence-absence » se pose sur le monde comme un nouveau langage couvrant ou se superposant au silence.

« Las flores y todos los elementos que componen la naturaleza tienen voces sutiles. El espacio está tejido por estas voces. El silencio jamás es absoluto” (“Les fleurs et tous les éléments qui composent la nature ont des voix subtiles. L’espace est tissé de ces voix. Le silence n’est jamais absolu. », « Fragmentos de un libro invisible”, Autobiografía de Irene)


    Peut-être se remémorant ses lectures de Proust, S. Ocampo fait remonter à la surface du papier les images de ses souvenirs, survenant par vagues, chocs, fragments ; chaque série de sonnets y est comme l’une des chambres de la maison familiale, ou un espace du jardin de la maison. « Le portrait », « le miroir », « les mains », « les pensées », « l’orage », c’est-à-dire, les lieux, les objets, le temps, tels les reliques des temps passés, recréent, du charnel, du matériel ou de l’immatériel confondus au prisme du langage poétique, le corps de la mère absente_ devenu corps fragmenté, poétique. Cette composition fragmentaire donne l’effet d’un « désordre volontaire » («desordén voluntario »), avec le défaut de « fête populaire d’outre-tombe » (« fiesta popular de ultratumba » selon Helena Percas, dans I. a dos voces) ; désordre où le souvenir fait corps avec le monde, ( ici le jardin, la maison familiale), dans lequel se reflètent les fragments du corps de la mère donnant à l’absence une présence magique.


      La présence de la mère, indirecte et mystérieuse, se manifeste par le biais d’objets lui ayant appartenu (« photographie qui persiste » dans « le portrait », « magique miroir qui attendait la splendeur de tes images » dans « le miroir », « une couleur inconnue brillait dans l’améthyste de ta broche » dans « le visage inaccessible »…), ou d’une façon plus sensible, se laisse deviner dans la nature, elle-même devenue fleur (« l’Alali violette a parfois le reflet de tes blouses aux rubans délirants » dans « le miroir »), feuille, soleil, reflet dans l’eau… (« tes mains qui étaient le soleil en hiverElles étaient feuilles, elles étaient ailes, évoquaient les champs dans les salles » dans « les mains », « dans le reflet usurpateur de la rivièreest restée gravée ta dédicace » dans « la rose élue »…), …âme du jardin.

 

Silvina Ocampo Joven en sillon de mimbre mb

Crédit photo : Silvina Ocampo Joven en sillon de mimbre mb image

fournie par Aurélie-Ondine Menninger

 

Jardin.. Mère...



    Au sanctuaire du jardin où s’illuminent pour l’éternité, dans le cristal des mots les reliques de l’amour filial, le passé trouve un sens sacré ; la mère est auréolée par la lumière du souvenir telle la vierge, ou Eurydice dont le poète chante la disparition en attendant le retour. Chaque poème recrée le portrait de la mère ou plus précisément écrit cette quête, chantant ce qui reste, comme soufflant sur la poussière colorée des ailes du papillon avant son envol. Chaque sonnet révèle l’évocation de la mère dans le constant et secret dialogue entre une mère qui fait découvrir à sa fille le monde, lui faisant partager son amour immense, qui est exclusif et excluant (« Los sonetos incluyen, revelan tambien la evocación de la madre en el constante y secreto díalogo entre una madre que hace descubrir a su hija el mundo, apartándole de su amor inmenso, que es exclusivo, excluyente » (I. a dos voces). Chaque poème conte l’histoire, ce retour aux premières expériences affectives dont la mère représente le modèle de sécurité, de beauté, la source d’amour.

 


      Lointaine, inaccessible, l’image de la mère est à la fois trouble et vive, flamme et lumière aveuglante, apparition et illusion. « La imagen da a la madre la posibilidad de ser venerada como una virgen en la dolorida conciencia de la niña, expende luminosidad. Rostro siempre huyendo volviéndose inaccesible e inatacable como el “reflejo usurpador del rioI. a dos voces(“l’image donne à la mère la possibilité d’être vénérée comme une vierge dans la douloureuse conscience de lafille, répand de la luminosité. Portrait toujours fuyant devenant inaccessible et inattaquable comme “le reflet usurpateur de la rivière”).

La mère est représentée par le biais de l’image qui joue le rôle de filtre comme pour protéger une distance, le cadre ou le cristal maintenant le souvenir vivant (« le portrait », « le miroir »). Auréolée, souvent lumineuse, la mère fait figure d’icône vénérée, contemplée (« ah combien proche du départ/ brillait ton arrivée mystérieuse » dans « le couchant », « Dans mon remords solitaire/ la lumière avec ses grappes allumait/ comme à travers les transparences d’un sanctuaire/ ton visage inaccessible !» dans « le visage inaccessible », « tu vins à la rencontre de la lumière de cette heure/ pour que traverse de son feu le cristal de la vie dans ta prière » dans « l’aurore », « ah, combien de fois admirant le ciel/ je te vis entre les feuillages t’approcher de/ l’eau de la fontaine et t’éloigner,/ lumineuse et avec des ombres dans tes cheveux » dans « la rose élue »).

Prêtresse (« Je me souviens des jours d’orage !/Tu ouvrais la fenêtre et tu proclamais/la pluie comme l’arbre. Tu vénérais/ l’apparition bénigne de la menthe/ et du trèfle. …avec des rubans magiques de lingerie/ tu tressais et emprisonnais la lavande… » dans « tempête»), divinatrice, vierge, magicienne, la mère est omniprésente, déesse de la nature attendue et redoutée.


   Son attitude, souvent d’attente, représentant peut-être en miroir l’attente de la fille, comme l’évocation répétée de ses mains décrites ou invoquées tel l’espoir d’une rencontre par l'intermédiaire du sésame poétique de l’image (tantôt comparées à des feuilles, au soleil, des ailes d’oiseau, les mains sont aussi celles qui ouvrent les portes du jardin, peut-être elles-mêmes déjà « portes »…) « Les jours de chaleur quand avaient un peu trop chanté/ les grillons et que le jasmin/ s’affligeait, tes mains fermaient/ avec des portes respectueuses le jardin » dans « la sieste » (Los días de calor cuando cantaban/demasiado los grillos y el jasmín/se afligía, tus manos encerraban/con puertas respetuosas el jardín).

 

   Il y a, perceptible, la pensée magique d’un passage, d’un lien secret entre les mots. L’usage des métaphores et de la métonymie créent les métamorphoses successives de l’image poétique, résonnant comme une suite d’appels sans réponse, où l’invocation, et l’imagination se révèlent être les seuls recours devant la réalité de la perte, seuls capables de pallier l’absence de la mère. 



    « Dans ta chambre accoudée à la fenêtre/ avant que je ne naisse je te devine/[...]  Lentes étaient les heures. Tu m’attendais/ et je t’ai attendue. Suavement,/ dans tes souvenirs, seule, tu me cherchais… », dans « la fenêtre ». L’attente silencieuse de la fille, de la mère ou des deux, est décrite de façon quasi-mystique, tissant un lien secret voire sacré entre les deux femmes, créant une brèche dans le temps, un glissement entre un temps prénatal (thème cher à Silvina Ocampo) et un temps métaphysique (autre constante de l’œuvre littéraire de S. Ocampo : « se disemina en su escritura la concepción de un tiempo metafísico que atraviesa de dolor el proceso de su reconocimiento, como en los cuentos : « La continuación », « La casa de azucar », « El castigo » … » dans I. a dos voces).

 

    Un autre exemple en est le poème intitulé « le balcon » où la nostalgie de Bs As en France est bientôt remplacée par celle de la France après un retour à Buenos Aires…  « En « el balcón » se interna en los arcanos del movimiento del deseo, que solo pueden celebrar la ausencia, describiéndola desde un balcón de Francia en el verano: las palmeras, los ceibos, los jilgueros y el agua barrosa del Rio de la Plata son desde ese lugar los que ocupan su nostalgia. Luego, la ausencia se ha convertido en lo distante de Francia...Como a otras veces, el enunciado literario desaparece detrás del enunciado metafísico; cuando trata de relacionarse con los sentimientos de lo real a través del lenguaje poético, surge en ella una interrogación sobre el ser, la existencia, el deseo(“…comme parfois l’énoncé littéraire disparaît derrière l’énoncé métaphysique; quand il s’agit de se mettre en relation avec les sentiments du réel à travers le langage poétique, surgit en elle une interrogation sur l’être, l’existence, le désir.”).

 

 

    Le temps semble ralenti, étiré, suspendu entre deux mouvements : la nostalgie (et son idéal de beauté), et la perte, l’absence tragique. Chaque poème paraît tissé dans les limbes, décrivant un temps, un espace prénatal, dans un intervalle hors du temps. La fille attend le retour de la mère (mais attente sans espoir de retour possible) comme sa mère attendait sa naissance.

« Dans le stéréoscope tu me laissais/ et dans la terre inclémente tu t’éloignais/[...] Je pénétrais ce monde paisible/ prénatal de silence et d’imprécision vague… » dans « l’éternité », (première version).

Le temps passe au prisme de la mémoire, les souvenirs glissent dans le temps, se perdent (« Et se perdait /à l’intérieur de ma conscience ta joie ! » dans « Le visage inaccessible »). Cette menace du néant, du départ tragique crée un dysfonctionnement dans le passage du temps, accompagnant un dérèglement des sens et des sentiments.


     Le monde sensoriel du souvenir se manifeste en demi-teintes, nuancé par l’amertume lié au deuil du passé, (l’ancien présent, hic et nunc) et à l’absence, moment de l’écriture. Dans ce monde, les sens se confondent, le doux se joint à l’amer, le beau au répulsif, à la laideur.

Le poème est le témoin de ce dérèglement, de cette inversion ou fusion des sens (« L’Aurore », la vue et l’ouïe,…) qui cristallise l’absence en créant une nouvelle présence, un nouveau sens dans un au-delà poétique (« Il me parut entendre la mélodie/ de la lumière dans le vol transparent/ des oiseaux… » dans « L’aurore »).

La joie des souvenirs laisse place à un vide abyssal, au silence, au départ tragique et à la pensée de la mort. La lumière qui entourait d’un halo le portait de la mère disparaît, laissant place à une profonde obscurité. S’agit-il de l’ambivalence du sentiment d’amour évoqué par M. Proust dans sa Recherche ? Du réveil de la conscience devant le caractère éphémère de toute chose ? Helena Percas écrit (La Revista Ibérico-americana,  n°38 de 1954) : “se observa que su poesía, como la de P. Neruda, reúne elementos de la naturaleza en oposición, tales como lo tradicional mas bello junto a lo mas repulsivo.

 

 

Conclusion

 

 

 

 

     Cette ambivalence du beau et de la laideur parcourt toute son oeuvre, puisque déjà dans ses Sonnets à l’Imagination elle confiait avoir « la beauté et l’horreur pour guides », et hante plus particulièrement les jardins. S. Ocampo dans sa vie comme dans son écriture, cherchait l’intensité, et ressentait tout avec beaucoup de violence, ainsi du désir, comme du dégoût, de l’amour comme de la haine…

Les « points culminants de la joie »(« l’Aurore »), laissent progressivement découvrir « des ombres dans tes cheveux »(« la rose élue », et « l’enfer » remplace progressivement le « Paradis » (« l’Après-midi dédaignée »). Les deux derniers sonnets de la troisième série des Sonnets du Jardin sont les plus sombres décrivant le réveil brutal face à la réalité de l’absence. « J’entrevis de l’enfer le feu, le froid/les degrés de la douleur éternelle/ et comme des statues tristes de l’hiver/ les gestes de mon amour sombre. Le lugubre jardin dans la rumeur/des feuillages, m’inspirait horreur./Dans les fruits dorés d’une plante/ se cachaient d’hypocrites larves » (« l’Enfer ») ;

Plus encore, la lumière s’éteint définitivement dans l’ultime poème qui clôt la série des sonnets dans un sanglot, et l’image profondément pessimiste du « couchant », c’est-à-dire de la mort du soleil et métaphoriquement de la mort.


    « …le ciel s’élevait comme un mur [...] et le dernier espoir bleu du jour/ me menaçait dans son reflet impur. » (« le couchant »)

« Le jardin zoologique », ou encore le conte intitulé « Jardin d’Enfer », réécriture du jardin d’hiver de « Barbe bleue » de C. Perrault, décrivent des lieux de cauchemars où sont explorées les recoins sombres de l’esprit humain, explorant leurs défauts, leurs vices. S. Ocampo au fil de son œuvre explore des enfers ou contre-Éden, y développe un art poétique de l’accumulation des antipodes et du chaotique, de la conjonction et disjonction des antagonistes, joue avec les contrastes qui font et défont le moi…

« Acte de contrition », poème de Lo amargo por dulce (« L’Amer pour le doux ») :

Hay luz, hay rosas y hay basura/y repugnancia en la ambición mas pura/ como hay felicidad en mi dolor/y en mi dicha siempre algo aterrador.


La vie du jardin dans la série des Sonnets du jardin, « le tranquille mouvement de la sève », « le sang de pétales », « les arbres pieux », nous assistent dans nos douleurs, nous accompagnent dans le doux comme l’amer, lieu d’abandon, de mémoire et de mélancolie, miroir vivant, il réunit le paradis et l’enfer, mais avant tout, il est ce lieu de compromis. Face à l’inéluctable il est source d’imagination, d’inspiration, qu’elle soit animée par la joie ou la peine, le poète y trouve son ultime consolation.

S. Ocampo y trouvait refuge enfant comme elle trouva refuge dans ses cahiers plus tard, peut-être comme ses sœurs spirituelles, Emily Dickinson, l’américaine (que S. Ocampo traduisit), ou Sabine Sicaud, la petite française morte trop jeune…

 

« No se lo dije al jardín/ todavía no sea que me conquiste,/no tengo suficiente fuerza ahora/ para decírselo a la abeja,/no lo mencionaré en las calles/ porque las tiendas me mirarían,/ que alguien tan tímido,/ tan ignorante tenga el descaro de morir…» (No se lo dije al jardín, E. Dickinson, traduction de S. Ocampo).

 

« Jusqu’ici le cœur se cachait dans l’arbre/ et l’arbre touffu savait le défendre./Mais les émondeurs tourmentèrent l’arbre./Le cœur s’en est allé./…Quand l’arbre n’eut plus que deux bras en croix/ où le cœur s’en fut, on ne le sait pas. »  (Le chemin des jardins, Sabine Sicaud).

 

 

 

Pour citer ce texte


Aurélie-Ondine Menninger, « Les Sonnets du jardin de Silvina Ocampo, ou le parfum doux amer du souvenir de la mère », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-les-sonnets-du-jardin-de-silvina-ocampo-ou-le-parfum-doux-amer-du-souvenir-de-la-mere-117752668.html/Url. 

 

Auteur(e)

 

Aurélie-Ondine Menninger est doctorante en Lettres et prépare actuellement une thèse sur la place du tango dans la littérature mondiale sous la direction de l'universitaire Michèle Finck. Parallèlement, elle rédige des articles sur les expositions et les autres manifestations culturelles pour le journal bi-hebdomadaire Les Affiches-Moniteur. Aurélie-Ondine Menninger a déjà publié deux recueils aux éditions Éditiner : Une virgule dans un sac de pierres ( illustré par elle-même) et Lettres à Bleue

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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013
1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Parution en poésie

 

   Cahiers Lucie Delarue-Mardrus :

 

 

« Les Débuts… »,

 

aux éditions de l'association

 

 

Lucie Delarue-Mardrus, n°1, 2013

 

 

  Avis Parution Premier cahier

©Crédit photo : Couverture illustrée du cahier  
 

 

 

Descriptif


105 pages

 Format A4 (reliure spirale)
Prix de vente public : 18 euros
Code ISBN : 978-2-954324-0-8

 


Résumé

 

 

Ce premier cahier est intitulé « Les Débuts… ». Il dévoile de nombreux inédits et s’attache à décrire et analyser les périodes fondatrices de la vie de Lucie Delarue-Mardrus, qu’elles soient littéraires ou biographiques. La première partie qui regroupe les articles s’attarde sur les premiers essais poétiques et théâtraux de la jeune Lucie Delarue (Patricia Izquierdo), met en lumière le rôle essentiel de Joseph-Charles Mardrus (Marion Chesnais), puis s’intéresse aux premières publications : les contributions critiques à la Revue Blanche (Nelly Sanchez) puis Marie-fille mère, le premier roman paru en 1908 (Anne-Marie van Bockstaele). La partie « Documents » révèle une lettre de Lucie Delarue-Mardrus à Judith Gautier (Vincent Gogibu) et la première partie d’une longue correspondance avec une jeune poétesse Bretonne, Marie-Paule Salonne (Olivier Justafré).

 


Site : url. http://www.amisldm.org
 
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Avis Parution Premier cahier Avis Parution Premier cahier

 

 

Avertissement : ce document est la propriété de l'association

 

 

 

Le Pan poétique des muses publie votre chronique portant sur cette parution.

 

 

Pour citer ce texte 

LPpdm,  « Parution en poésie, Cahiers Lucie Delarue-Mardrus : « Les Débuts… », aux éditions de l'association Lucie Delarue-Mardrus, n°1, 2013 »,   Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013.
Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-patricia-izquierdo-parution-117752680.html/Url.
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Le Pan poétique des muses - dans n°3|Été 2013

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