31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Introduction à l’œuvre de maría castrejón :

 

 

du con au féminisme genderqueer


 

 

Claire Laguian

Université de Paris-Est

Marne-la-Vallée, LISAA (EA 4120)

 

  image claire2

©Crédit photo : maría castrejón

 

La première de couverturei du recueil volveré mucho más tarde de las doceii (je rentrerai beaucoup plus tard que minuitiii), provocatrice tout comme le premier vers « No me sale del coño » (« Ça ne me vient pas du con »), donne immédiatement le ton de la poésie de maría castrejóniv : une poésie écrite par une femme fière de l’être, une poésie dont les mots – souvent noirs – restent gravés dans nos corps en jouant subtilement avec le genre. Cela n’est donc pas anodin que l’auteur madrilène d’un essai sur le roman lesbien en Espagnev et d’une thèse (en cours) sur le transgenre littéraire, ait choisi pour la couverture de son premier recueil poétique de recouvrir son corps nu de mots utilisés par les romancières espagnoles pour symboliser l’organe sexuel féminin de manière métaphorique.

Il n’y a rien de métaphysique dans cette poésie du quotidien, mais des enchaînements de négations nous font oublier si nous sommes homme ou femme (et si nous aimons femme ou homme ?). Une rébellion permanente synthétisée dans le seul titre du recueil, une ode à la « nocturnité » et à une « bizzarattitude » souvent à la limite du destroy et du trash. Une déferlante de vers dans un rythme saccadé nous présente donc une contre-poétique provocatrice et sans ornementsvi, qui réussit à être en même temps un symbole de littérature féministevii et  queer en déconstruisant les catégories, les étiquettes et en criant la colère de la poète : une écorchée vive au milieu de cette société (de consommation) qu’elle dénonce notamment pour sa haute dose de superficialitéviii.

 

Cette poésie souvent polysémique et saphique, fantasmant sur les femmes d’âge mûrix ou les infirmièresx, s’affirme volontairement contre les poèmes d’amour sentimentaux. Cependant, la sensualité n’est pas exclue, notamment par l’obsession de la sueur et des aisselles fémininesxi ou par une tentative érotique de déjouer la servitude animale des femmes dans les mariages forcésxii. Le mélange des genres est particulièrement efficace dans « hadès » et « Fille n°6 », où la voix poétique s’assimile au dieu grec maître des Enfers ou à un individu de sexe masculinxiii : « comme si je soulevais ta jupe », « Je suis la fille qui veut juste te baiser », « et je te dis que c’est beau que tu me la suces lentement / que tu entrouvres tes jambes pour moi dans mon château ». La poète va même jusqu’au refus d’avoir un corps tout court (« anti corps »), ou un corps marqué par un genrexiv malgré les tentatives de réconciliation avec son corps grâce à des jeux de mots ou de sonorités qui fonctionnent particulièrement bienxv.

 

Nous ne pouvons conclure sans évoquer la musicalité de cette écriture, qui reste ancrée dans le rythme naturel de l’alexandrin espagnol (14 pieds) et du dodécasyllabexvi, et qui apparaît également dans l’unique rime assonante en –a- que l’on retrouve tout au long des poèmes : ce n’est bien sûr pas un hasard puisque la voyelle A est la marque du genre féminin en espagnol… Le seul poème où le son -o-, celui de la masculinité, est prépondérant est le premier texte où il est justement question de « coño », c’est-à-dire du « con », pourtant marque biologique du féminin ou quand les genres ne sont plus ce qu’ils croient être…

 

 

Notes


 

i. Cf. la photo présente au-dessous du titre et dans le texte « Yo, yo misma y mi musa » (« Moi, moi-même et ma muse », notre traduction) appartenant au même dossier consacré à la poète. 

ii. Recueil vainqueur du prix de littérature LGBT de poésie « Desayuno en Urano » en 2011 (après Juan Antonio González Iglesias en 2010) et publié chez Egales.

iii. Notre traduction (ici, toutes les occurrences poétiques et les titres en français sont de notre fait).

 

iv. Sans majuscules, volonté de la poète dans le but de « déhiérarchiser ».

v. Castrejón, María, …que me estoy muriendo de agua. Guía de narrativa lésbica española, Egales, Barcelone-Madrid, 2008.

vi. Sur ses divers blogs, la poète lutte fermement pour la « dépathologisation » de la poésie (http://porladespatologizaciondelapoesia.blogspot.fr/) afin que cet art soit mieux diffusé et à la portée de tous. Elle revendique la poésie comme une arme politique en temps de crise (http://periododereflexion.blogspot.fr/) et s’évertue à organiser des lectures poétiques ou performances, sans oublier de diversifier son activité par des collages ou des romans graphiques.

vii. La poète essaye même d’approcher les hommes au féminisme avec son annexe découpable « offres non-cumulables ». Il s’agit d’une nouvelle forme provocatrice de marketing pour que les hommes soient sensibilisés à ces revendications : « Les femmes peuvent lire gratuitement ce poème, / et pour les hommes ça leur coûtera moitié-prix / s’ils le lisent avec l’une d’entre elles ».

viii. Cf. la forme particulière du « poème à deux voix » qui illustre à merveille les problèmes de communication et le non-sens de nombreux échanges humains.

ix. « s’assied la femme / que réellement / tu désires et elle donne à manger / à son fils des croquettes de / jambon ibérique » (« poème à deux voix »).

x. « je déchire les pantalons des infirmières / (elles ont des culottes de gaze verte / et une épilation brésilienne). » (« le centre hospitalier »).

xi. « Lèche la sueur des aisselles […] / Une femme nettoie les boîtes aux lettres / en traçant des cercles avec ses doigts. / Je ne suis pas capable de m’approcher / pour vérifier ce que ça sent. » (« voix ou tape ») ; « je me plonge dans le fond de tes aisselles pour les fuir. » (« je n’écris pas de poèmes d’amour »).

xii. « Effleurez vos seins avec leur peau », « effleurez avec elles votre entrejambe », « Votre fils a besoin de bottes / et vous d’une jeune fille / qui vous accompagne, / Mary Jones / quand les hommes abandonneront / le tapis. (« Mary Jones »).

xiii. Alors que parfois elle rejette violemment les hommes : « Je suis dégoûtée par les chauffeurs de taxi qui / sans le vouloir embrassent / leurs femmes / sur les commissures des lèvres » (« Je suis le pôle opposé »).

xiv. « Je ne veux pas de corps / de stigmates de talons / ni de bite ni de con » (« anti corps »).

xv. « Me con-bocas » : ici le verbe « convocar » signifie « convoquer », mais en espagnol, les lettres –B– et –V- se prononcent souvent de la même manière, ce qui permet à la poète d’introduire le mot « boca » signifiant bouche (d’où notre traduction « tu m’inter-pelles », jouant avec le terme de « pelles » lié aux baisers).

xvi. Que nous avons systématiquement traduits par des alexandrins français, parfois avec l’aide du –e- muet prôné par Jacques Réda pour sa capacité de « tension-détente » qui fait que l’on peut ou non le compter.

 

 

 

 

Pour citer ce texte


Claire Laguian , « Introduction à l’œuvre de maría castrejón : du con au féminisme genderqueer », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-introduction-a-l-oeuvre-de-maria-castrejon-du-con-au-feminisme-genderqueer-111767394.html/Url. http://0z.fr/kurqj

 

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Auteur(e)


Claire Laguian est agrégée d’espagnol, doctorante et enseignante à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée (LISAA EA 4120) travaille sur la poésie contemporaine espagnole, la linguistique, la traduction, notamment avec sa thèse en cours intitulée « Déconstruction et reconstruction langagières d’une voix poématique insulaire dans la poésie d’Andrés Sánchez Robayna ». Elle s’intéresse également de très près aux questions de genre et au silence dans la littérature de langues espagnole et catalane.

 


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Poèmes érotiques

 

 Here she comes.1.11.11

 

(Lulu, in memory of Alban Berg), 


&

(Tu) Ma bite

 

 

Marie Gossart

 

 



Here she comes.1.11.11

(Lulu, in memory of Alban Berg)

 



Lulu
Toi qui donnes
L'amour
Comme on donne
Le jour
Ton âme miroite
Ton corps aimante
Tout fait de fer
D'astre
Et de velours
Lulu
Le miel de ta bouche
Premier,
de tes nectars
Lulu
Le sel de ta peau
Or pur,
Comme aux premiers soirs
Lulu
Femme. Totale et une.
Lulu
Tu les emmènes tous
Bien plus loin
Plus haut que la lune
De tous leurs caprices
Leurs vilenies, leurs avarices
Tu sors glorieuse
Les laissant se traîner
Dans leur monde factice
Se nourrir de toi
Purger, leurs immondices
Lulu
Ouvre la bouche
Et par ta voix,
Tu les tiens au coeur
Au corps,
Faibles humains
Vulgaires proies
Alors Lulu
Tu ris, tu vis
Tu butines
Lulu
Allant de l'un à l'autre
De l'un à l'une
Vers qui tu irradies
Qui tu fascines
Lulu
Tu le sais
Tu fais quitter
La terre
Goûter le ciel
(Et tes secrets)
À tous ces erres
Frêles affamés
Âmes faibles et damnées
Qui jamais ne seront rassasiées
Lulu
Ton corps comme un appât
Fera ta gloire et ton trépas
Une nuit
Pensant donner l'amour
La lune s'éteindra
Cette fois,
Cet homme
T'ordonnera
Tuera la flamme
Te suicidera
Ah Lulu
De tout ce jour jusqu'à la nuit
Incandescente et si vibrante
Mes yeux n'ont fait que de te mordre
Que de te prendre
Le nez plongé dans tes cheveux
Nuage d'or,
Un songe comme une brume
Lulu
De tout ce jour jusqu'à la nuit
Laisse mes mains te dire et te remplir
Laisse ma langue te plaire, te recouvrir
Laisse mon âme te pénétrer
Lentement, te faire jouir
Lulu
Femme. Totale et une.
Lulu
Mon âme lentement,
Qui te consume
Te fait jouir
Lulu
Lulu
Bien plus loin
Plus haut que la lune.

 

 

 

 

(Tu) Ma bite

 

 


À corps
À cran
À cris
Pas de ton de toi, de ta de moi
Jusqu'au bout
Tissement
Jusqu'au sang
Sens mes seins
Sans tabou
Entièrement
Sans mentir
Tu m'habites
Plus de pluie
Sans que
Les vagues
Nous emportent
Plus de pluie
Sans que
Sens ta bite
C'est tout
C'est tout ton toi
Qui m'excite
Ce n'est pas
La peine
La peine
D'aller vite
Non
—Mon amour—
Ta ceinture
Me frappe
M’attrape
Me ceint
Oui
Elle me ceint
Jusqu'au sang
Puis elle glisse
Elle me fend
Tout doucement
Quand d'un coup
Tu m'as
Oui
Tu m'agites
Encore
Et encore
Mon corps
Se tord
Enfin il vit
Il mord
Mais si
Mais si,
C'est la mer
Le ciel
Le vent
La terre
Qui nous retournent
Nous traversent
Mon amour
Oh oui
Merci
Merci
Et si
Comme tu dis
Je suis
L'about
L'abouti, l'abouti se ment
De ta vie
Ce n'est pas
Que
Ta bite
C'est
Que
Tout
Tout entier
Tu m'habites
Oui oui tout toi
De tout à moi
Tout en toi
Ton tu ton toi ton tout
Ta, tu ma bite.

 

 

 Poème écrit le 11 août 2012.

 

Pour citer ces poèmes

 

Marie Gossart, « Here she comes.1.11.11 (Lulu, in memory of Alban Berg) » & « (Tu) Ma bite », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-here-she-comes-lulu-in-memory-111813309.html/Url. http://0z.fr/O9TpY

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Auteur(e)

Marie Gossart, née en France en Avril 1969. Tombe en poésie quand elle a 5 ans moment où elle découvre aussi la musique, les arts plastiques et la danse. Plus tard, étudie à Sciences-Po Paris et devient publicitaire, Chargée des stratégies de communication pour de grands annonceurs. Après un long moment, et la naissance de deux enfants, elle part vivre deux ans à Tokyo, y retombe en écriture. En français, et en anglais, son “autre”  langue. De retour à Paris en 2008, Marie Gossart s'intéresse particulièrement à l'écriture plastique et sonore de la poésie, y compose depuis des poèmes et des paroles de chansons.

 

Nota bene

Très investie dans les arts plastiques pour lesquels elle a fondé MrsB Œuvres Choisies, une structure destinée à la promotion d'artistes contemporains. (www.mrsboeuvreschoisies.com). Elle est membre de l'ADIAF, association de collectionneurs décernant chaque année le Prix Marcel Duchamp, dans le cadre de la FIAC. Membre du comité de sélection des artistes nommés pour le prix en 2012.

 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Primerose

 

   

Amandine Colson


Côté cour

 

Un rêve

Ce matin sera beau sur la tour Montparnasse, 

Et la Seine s’étire, attendant les bateaux 

Rêvassant sur ses quais quand l’aurore l’embrasse. 

Le Louvre retentit des rires des moineaux. 

 

Et la Seine s’étire, attendant les bateaux, 

Par mes incantations, Notre Dame s’allume,  

Le Louvre retentit des rires des moineaux, 

Montmartre refleurit, la ville se parfume. 

 

Par mes incantations, Notre Dame s’allume,  

Je chasse l’amertume à grands coups de bonheur : 

Montmartre refleurit, la ville se parfume 

Il n’y a plus dans l’air qu’un songe de douceur. 

 

Je chasse l’amertume à grands coups de bonheur, 

La foule m’applaudit, l’amour me complimente : 

Il n’y a plus dans l’air qu’un songe de douceur… 

Tout ce que je ferais si j’étais présidente ! 

 

 

Basilique de marbre

Le cœur du Sacré-Cœur n’est pas sous la rosace 

Mais dans les cauchemars et dans les cabarets. 

Ce soir je n’écris plus et ma plume se glace. 

 

Sur les flancs de la butte où l’amour se délace,

Les peintres, les chômeurs s’amusent au ballet.

Le cœur du Sacré-Cœur n’est pas sous la rosace.

 

Il est dans ma tristesse et dans la populace

Il est dans le plaisir, il est dans mon tercet.

Ce soir je n’écris plus et ma plume se glace.

 

Le Chat Noir, les putains, le rêve et sa grimace

Dansent dans mon cœur fou battant sous le corset.

Le cœur du Sacré-Cœur n’est pas sous la rosace,

Ce soir je n’écris plus et ma plume se glace.

 

En coulisses

 

Quais de Seine

Paris est éternel pour les cœurs en Bohème :

Ses flots sont lourds et gris dans le soir chagriné,

La ville dans la nuit fredonne un même thème,

Ma vie est suspendue à ton cœur embruiné.

 

Sur les quais de la Seine, un rire raffiné,

Je flâne en respirant des fleurs de chrysanthème

Et je relis ta lettre au désir dominé.

Paris est éternel pour les cœurs en Bohème.

 

Comme à un soir de noce, un matin de baptême,

J’ai de longs rubans bleus, un jupon satiné,

Et puis, pour tout bijou, un visage un peu blême.

Les flots sont lourds et gris dans le soir chagriné.

 

Sur ta table un recueil tout juste terminé.

Je connais bien tes mains et ton dernier poème

Écrit avec le sang d’un cœur assassiné.

La ville dans la nuit fredonne un même thème.

 

Quand j’entre dans ton lit avec le diadème

De la muse adorée au grand rêve ruiné,

Une flamme à la main, c’est mon art que je sème,

Ma vie est suspendue à ton cœur embruiné.

 

Princesse, enchanteresse, esclave ou vahiné,

Femme d’adoration et femme de blasphème,

Je suis dans chaque lune au songe deviné,

Reine de la magie et de l’amour suprême.

Paris est éternel.

 

Millésime

Seule dans mon boudoir, en blanc déshabillé,

Je vis de mon miroir, je m’enivre de moi,

J’aime mes yeux profonds comme un soleil mouillé.

Que la nuit m’a fait peur quand j’ai perdu la foi

Seule dans mon boudoir, en blanc déshabillé !

 

Je vis de chers parfums qui exaltent ma peau,

Et sous de grands chapeaux, je cache mes grands airs.

Libertine, je suis la fille de Rousseau

Personne ne détient de pouvoir sur mes chairs :

Je vis de chers parfums qui exaltent ma peau.

 

À minuit au balcon, je parle à mes fantômes,

Ils dansent devant moi en douces transparences

Et quand la nuit est belle, ils errent sous les dômes.

Pour eux seuls j’ai les mots des longues éloquences :

À minuit au balcon, je parle à mes fantômes.

 

Nue en bleus escarpins, je foule les nuages,

Je cherche un peu de pluie, un peu de ma furie,

J’agite les grêlons, je trouve les orages

Qui sifflent dans mon cœur en toute féerie,

Nue en bleus escarpins, je foule les nuages.

 

Une flûte à la main, déesse de Bacchus,

Mes cheveux de figuiers sont ma seule auréole.

Plus douce que le vin, dans mon bain de lotus

Je suis la Tarpeia tombée au Capitole

Une flûte à la main, déesse de Bacchus.

 

Ma pointure

Buvons dans ma chaussure et savourons cette heure.

Dans ma superbe alcôve, amant avide et doux,

Je te dirai des vers quand la douleur m’effleure.

 

Délace mes rubans et plains-moi quand je pleure,

Entends mes mots divins et tombe à mes genoux,

Buvons dans ma chaussure et savourons cette heure.

 

Je fouillerai ton cœur, en ferai la demeure

De mes rires hautains, de mes désirs jaloux

Je te dirai des vers quand la douleur m’effleure.

 

Nous consulterons Sade et, l’âme supérieure,

Nous nous dévorerons, mon marquis, mon époux…

Buvons dans ma chaussure et savourons cette heure,

Je te dirai des vers quand la douleur m’effleure.

 

 

Côté jardin


 

Jardin de roses

Quand le jour est tombé, je viens dans ton grenier.

Les roses du jardin se posent sur ma joue,

Sur ma robe d’été, dans l’air que je secoue,

Pleuvent sur le parquet, tombent sur le sommier.

 

Je te donne un baiser puisé dans l’encrier

Où tu plonges ta plume et notre amour renoue

Nos liens d’alexandrins, les mots dont je me joue

Quand tu viens me goûter à l’ombre d’un rosier.

 

Tu aimes me voir nue et je te fais la moue

Mais tu me rends déesse avec l’or de ta boue

Pare-moi de douleurs, de feuilles de laurier.

 

Pendant que tu m’étreins et que ta voix me loue,

Je suis, belle Daphnée, une ombre de papier.

Le songe réussit où le réel échoue.

 

Jardin blanc

Dans le grand labyrinthe où tu saisis ma main

Cachons-nous des regards et redis-moi encore

Tout ce que mon cœur sait en attendant l’aurore.

Ton baiser sur mon sein est mon seul lendemain.

 

Redis-moi cette nuit, redis-moi ce quatrain,

Mon amant, sur mon corps fais tomber et éclore

Les parfums de ton rêve et de la métaphore,

La proche délivrance et le plaisir lointain.

 

Dans mon satin rosé, quand ta langue m’honore,

Je t’offre mes lilas que le printemps colore,

Mon audace de rose et mon charmant dédain.

 

Impertinente et chic, je suis ton anaphore.

Je t’aimais élégant et je t’aime écrivain

Quand ton irrévérence au matin me dévore.

 

 

 

Pour citer ces poèmes


Amandine Colson , « Primerose », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-primerose-111850436.html/Url. http://0z.fr/55xsa

 

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Auteur(e)


Amandine Colson, licenciée et agrégée en Lettres à l’Université Libre de Bruxelles, elle s'est tôt consacrée à l’écriture. Au lycée, elle a participé à des concours et a été par deux fois nominée : deuxième prix de nouvelles fantastiques « jeunesse » organisé à l’occasion de la remise du Prix Bob Morane en 2002 et troisième prix pour le concours de nouvelles de la Fureur de Lire. Pendant ses études, elle a collaboré au journal des étudiants de la faculté, L’Escume des Nuits. Amandine Colson finalise actuellement un recueil de poèmes. À côté de cette vocation poétique, elle travaille à un roman qui cristallise la question belge : recherche d’identité, désaccords inconciliables entre les deux communautés linguistiques aussi bien politiques, sociaux que culturels. Ce livre met en scène la scission fictive de la Belgique.
  

 

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Six poèmes extraits


de Fiançailles*

 

 

 

Laure Delaunay


  
  Crédit photo : Grand nu rose, Picasso

 

 

 

 

 

Indécence, candeur 

 


Que ceux qui veulent bien entendre m’écoutent.
Je ne suis pas poète. Je suis poétesse.
Je parle de choses dont peut-être il ne faut pas parler mais je ne cherche ni le sulfureux, ni même le percutant scandale.
Je cherche à ouvrir mon cœur complexe. Je cherche à faire frémir ma peau de soie.


 
Pruderie 


 

Les fins analystes y liront avec plaisir et, espérons-le, bienveillance un pudique et charmant jeu de mot.
Mais au-delà de la simple anecdote, les vrais esthètes verront à quel point c’est là une façon extraordinairement subtile d’être au monde.

 

 

 

 

Faux accords 


 

Le piano est un instrument qui demande beaucoup de travail, à la mesure de la largeur bien calculée de son clavier et de la multiplicité presque vertigineuse de ses touches bicolores.
Si le doigt ripe, si la main glisse, se produit un petit drame de l’art qui n’a rien de plaisant mais aussi rien de tragiquement irréparable. Le public un peu gêné pardonne à l’artiste la subite compassion attristante qu’il a maladroitement fait naître.
On gardera du concert un souvenir un peu terni mais amusé car on aura compris qu’aucun dieu ou qu’aucune déesse n’est infaillible ce qui est en fin de compte une nouvelle plutôt rassurante.


 
Naissance du rire 



Il n’est pas de chose plus mystérieuse que la commissure des lèvres et le filet musculaire savamment architecturé autour qui la fait se mouvoir.
Les médecins disent avec une confiance en eux sans doute un peu excessive que tout vient et tout retourne à une réalité bien scientifique qu’ils nomment d’un mot comiquement barbare : le zygomatique.
Et l’on pourrait s’en tenir là. Finalement, effectivement, c’est ce petit brin là tout rose qui se tendant fait naître la divine ouverture et il n’y a là, alors, n’en déplaise aux amoureux des vérités mouvantes, rien de magique.
Le poète pourtant ne saurait se satisfaire d’une si laconique explication. Un peu idiot peut-être ou mieux délicieusement naïf, le poète veut croire que cette illumination bouleversante du visage naît d’un mouvement global du corps où il a bien longtemps mûri.
 


La langue étrangère 



On y saisit, si l’on n’y prend pas garde, une petite vulgarité un peu dérangeante et qui surgit en réalité du sentiment nécessairement inquiétant de l’inconnu.
Mais si l’on s’en donne un peu la peine, on trouvera dans cette aventure-là certaines émotions puissamment gastronomiques et à vrai dire, abandonnant courageusement un peu de notre fierté nationale, à vrai dire, il faut le reconnaître, certaines émotions parmi les plus raffinées qu’il nous soit donné de connaître.
Le travail ardu qu’il nous faut accomplir pour la comprendre en profondeur et en extraire les multiples trésors d’ambiguïtés est un travail qui appelle une petite récompense que l’on voudra bien saupoudrer avec une science d’expert.
En effet, les joies intellectuelles de l’étude du langage ont ceci de particulier qu’elles ne résonnent jamais aussi bien que lorsqu’elles s’accompagnent d’une charmante et discrète sensualité.
 


Le désir

 

 

Pour moi, avant toute chose, le désir est une valse de Beethoven qui me vient des confusions de mon enfance.
Mais voilà, le désir parfois, fut-il confus, le désir parfois miraculeusement s’incarne.
Dans le secret d’une chambre qui vibrera de ces mots que je ne rends pas encore publics car ils n’appartiennent en fait qu’à toi, tu m’aideras je le crois à faire à nouveau vibrer les touches romantiques de mon piano d’enfant.
Je t’offre ce petit bouquet de mots. Garde le, jette-le mais surtout ne le montre pas à n’importe qui et rends-le moi un jour si tu le souhaites, et si tu le désires en le faisant résonner d’une toute autre musique qui sera bien proprement tienne.
Je te sais puissant, je te sais serein mais aussi, du loin de ton pays je le devine, je te sais ému et c’est comme ça que tu me plais.

 

 

 

* Fiançailles est un manuscrit achevé...

   

 

Pour citer ces poèmes


Laure Delaunay , «  Six poèmes extraits de Fiançailles »  (Fiançailles est un manuscrit achevé), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-six-poemes-extraits-de-fian-ailles-111851320.html/Url. http://0z.fr/FoCTN

 

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Auteur(e)


Laure Delaunay a poursuivi au long de ses études divers intérêts tout d’abord en Philosophie puis en Arts du Spectacle et enfin en Littérature et civilisation italienne. Elle a quelques communications à son actif ainsi que quelques publications universitaires. Elle a aussi été comédienne auprès d’Anne-Laure Liegeois, de Christian Rist, de Carlo Boso, de Jean-Laurent Cochet. Elle a longtemps été, pour financer ces diverses aventures artistiques et intellectuelles, ouvreuse à la Comédie-Française, une expérience qui l’a beaucoup marquée.

En 2007, elle effectue un voyage d’étude à Venise qui bouleverse sa vie. Le 31 décembre 2011, elle commence à écrire aussi bien en italien qu’en français, comme s’il avait fallu quelques années pour que tous les échos vénitiens puissent un peu s’exprimer. Laure Delaunay a déjà écrit deux recueils de prose poétique, travaille au troisième et envisage de les publier.

 

 

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  • No 11 | ÉTÉ 2022
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N°11 | ÉTÉ 2022 PARFUMERIE POÉTIQUE OU PARFUMS, POÉSIE & GENRE © Crédit photo : Mariem Garaali Hadoussa,"Strange roses", tableau. SOMMAIRE...
  • La jeune aveugle pianiste du concert de la loterie des artistes lyonnais en faveur des inondés du Midi
    N°12 | Musique, Poésie & Genre | Dossier majeur | Florilège / Poésie des aïeules | Handicaps & diversité inclusive La jeune aveugle pianiste du concert de la loterie des artistes lyonnais en faveur des inondés du Midi Adèle Souchier (1832-19??) Poème...
  • Strasbourg, capitale mondiale du Livre en 2024
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Revue des Métiers du livre | Revue culturelle d'Europe Strasbourg, capitale mondiale du Livre en 2024 Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Photographie par Claude Menninger © Crédit photo : Cette...
  • Muse
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Florilège / Poésie des aïeules Muse Adèle Souchier (1832-19??) Poème choisi & transcrit avec une note par Dina Sahyouni Crédit photo : Johann Heinrich Tischbein, "Une Muse", peinture, domaine public, Wikimedia. Le...
  • La chanteuse
    N°12 | Musique, Poésie & Genre | Dossier majeur | Florilège / Poésie des aïeules La chanteuse Adèle Souchier (1832-19??) Poème choisi, transcrit & annoté par Dina Sahyouni Crédit photo : Pierre-Auguste Renoir, une musicienne (et chanteuse ?) jouant de...
  • Un parfum d'âme et image éphémère
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Florilège Un parfum d'âme & image éphémère Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Tableau par Hélène Martinez-Urban © Crédit photo : Hélène Martinez-Urban, nature morte, peinture. Un...
  • L'amie
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier mineur | Florilège / Poésie des aïeules | Voies-Voix de la sonorité L'amie Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) Poème choisi & transcrit par Dina Sahyouni © Crédit photo : Dessin de Marceline Desbordes-Valmore...
  • En mal d'amour, la nouvelle chanson de MIKA vous console
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Poésie, musique & art audiovisuel En mal d'amour, la nouvelle chanson de MIKA vous console © Crédit photo : MIKA dessinant un cœur lors d'un de ses concerts, une des imges fournies en 2021 par Catherine Melin, @Vebemika...
  • Les Cèdres
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Dossier majeur | Florilège & REVUE ORIENTALES (O) | N° 2 | Florilège de créations Les Cèdres Édouard Gemayel Ou Édouard Gemayel Poème choisi & transcrit avec une note par Dina Sahyouni Crédit photo : "Cèdre du Liban du...
  • Hélène Martinez-Urban
    N°11 | Parfums, Poésie & Genre | Bémols artistiques| Revue Matrimoine Hélène Martinez-Urban Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Peintures par Hélène Martinez-Urban © Crédit photo : Hélène Martinez-Urban, tableau de nature morte,...