10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00
   
Poème d'une aïeule

 

Le jasmin 

 

 

Marie-Louise Arnassant 

 Transcription et remaniement par Nelly Taza 

 

 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/7/70/Carle_Vanloo%2C_La_Marquise_de_Pompadour_en_jardinière_(vers_1754–1755).jpg?uselang=fr

Crédit photo : La Marquise de Pompadour en jardiniaire (1754-1755)
par Charles André Van Loo

 


Arbuste des bergers, retraite des zéphyrs,
Toi, dont l'ombre riante appelle les plaisirs ;
Jasmin, dont le printemps compose sa guirlande,
Que souvent l'amour donne et reçoit pour offrande.
Les Grâces, autrefois se parant de tes fleurs,
D'un souffle ont parfumé tes bosquets enchanteurs !
Sous tes légers rameaux, l'oiseau par intervalle
Soupirs mollement sa chanson matinale,
tandis que le pasteur s'empresse à te cueillir
Pour plaire à ton amante et non pour l'embellir.
Que j'aime à respirer sous ton charmant feuillage,
Et du sein d'un beau jour me retracer l'image !
Lorsqu'assiste à ton pied, sur le gazon naissant,
Ton ombre sur ma tête et s'incline et s'étend.

     

                                               

Pour citer ce poème 


Marie-Louise Arnassant, « Le jasmin » (poème extrait du recueil Atala : poème en six chants (imité de Chateaubriand) ; suivi de pensées poétiques, publié à Lyon en 1810, pp. 140-141), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013. Url./http://www.pandesmuses.fr/article-le-jasmin-117519713.html/Url.http://0z.fr/Rdjvp

 

Auteur/Autrice

 

Marie-Louise Arnassant 

Poète inconnue qui a vécu entre les XVIIIe-XIXe siècles. Une édition moderne de son recueil est en cours dans l'association SIEFEGP.

 

 

 

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Poème reproduit                                              

     Parfum blanc 

 

 

  Dina Sahyouni 


 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/ac/Gardenology-IMG_8036_hunt10aug.jpg?uselang=fr 

Crédit photo : photographie trouvée sur  wikimedia.org (commons)


 

Le parfum d'enfance s'exhale
ce jasmin de la mère patrie
sa terre est bien meurtrie...

elle pleure, parfume ses peines
des larmes blanches qui peinent
à rendre son cri d'amour

  

Pour citer ce poème


Dina Sahyouni, « Parfum blanc », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-parfum-blanc-117559952.html/Url. http://0z.fr/GQF7R

 

Auteur/Autrice

 

Dina Sahyouni

    

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Invitée                                                 
Poèmes

    Lettre de l'hiver

 

&

 

Sur le front pur de la toile

 

 

  Sylvie Fabre G

 

 

 

 

 

Lettre de l’hiver

 

 

 

Pour Hélène Dorion

 

 

 

 

 

    Je pense à vous, ce soir, ici aussi l’hiver a son inexorable, verglas, tempête, on ne sait plus dans quel égarement se tient le temps et ce qu’il recèle de nous en ses glaces. Je pense à vous, j’éprouve toute l’épreuve de vivre que vous décrivez.

 

    La mort s’enracine dans les contrées du corps et l’agression est son terreau. Elle matérialise le mal, raréfie le remède. Et nous vieillissons un peu plus vite chaque jour dans la déficience d’être à laquelle nous sommes soumis. Vous écrire en cette fin janvier est travail d’hiver. Le froid pénètre la langue, paralyse les doigts qui tiennent les mots. Elevant en nous ses congères, il enjambe semaine après semaine les silences jusqu’à produire d’étranges beautés. D’aubes en frimas, nous voilà dans la nécessité de veiller au feu de la parole. Arriverons-nous ainsi à repousser la menace de l’épuisement ?

 

    Dépouillée de tout artifice, la saison est sauvage. Sur les écrans et dans nos murs, le drame s’acharne. Février déjà pèse en terres meurtries : aux quatre coins du monde, la même liste des terrorismes et des misères, les mêmes bras tendus des chômeurs, et les échos sans fin des catastrophes ou des maladies, au bout de quelles ténèbres traçons-nous ce trait d’union si léger de nous à tous ? Nous ne faisons qu’ordonner les gémissements, repassant, pli à pli, la page fripée des âges. Depuis Job, l’esprit s’acharne à trouver le pourquoi à tant de douleurs. Et je regarde encore et encore la femme aux yeux éteints, délavés par le mépris et la barbarie, j’entends sa voix racontant le viol. Je sais que vous ressentez avec moi cet exil de chair et d’âme auquel elle est soumise. Gouffre d’un temps où le soleil, l’herbe, les yeux de l’autre s’oublient, où la ruine accomplit son œuvre.

 

   Je pense à vous, ce soir. Votre lettre d’aujourd’hui décrit la flaque écrasante du gris, les arbres démunis. Nulle écorce, nulle peau tendre ne résiste aux coups durs de l’homme. Un jour pourtant vous m’avez dit que vous misiez sur les clartés du déchirement. Votre lettre au plein de cet hiver en porte la folle tentative. Vos mots réaffirment la flamme possible, ils ont cette énergie qui fait reculer l’obscurité par la lumière. Leur chant, au plus vif de la froidure, est un appel qui ne revient pas à l’appel mais réaffirme, au sein des douleurs, l’amour. Là brûlent nos imperfections, nos défaillances, nos pauvres certitudes, là grandit notre dignité.

 

Ce soir, je me souviens de ce qui se recueille et à la fin se livre en nos hivers.

 

 

 

 

 

 

Sur le front pur de la toile

 




Pour Anne Slacik



Le vert court après le blanc

presse la couleur jusqu’à l’eau

achève sa course dans le regard

 

Sur le front pur de la toile

les yeux s’apaisent

 

Il pleut un vent de printemps

pinceau dressé dans le ciel

tu tires le rideau tremblant

des feuilles, des rivières, des collines

qui se sauvent dans l’invisible

 

Tu t’avances pour comprendre jusqu’où aller

l’espace prend

le temps déprend

fluidité et densité sont de grandes vagues

qui s’argentent dans l’ouverture

 

Sur le front lavé de la toile

les yeux s’arrêtent

 

La couleur marque l’infranchissable

Echos de vert

des mots surgissent d’on ne sait où

rizière, mousson, orient errant

des éclats ou des biffures ouvrent une voie vers l’occident

 

On suit ton geste de peintre qui fait ruisseler la vie

on voudrait entrer dans la toile

pouvoir connaître l’autre côté

peut-être la terre, le corps et l’âme trouveraient-ils la source

directement jaillie sous ta main

 

Sur le front de la toile vive

les yeux s’assoiffent

 

Le destin que nous partageons est aquatique, végétal et aérien

tu déchiffres ses signes fragiles

pour qu’il devienne plus inconnu

tel est le sens

 

Une sentinelle dans ton tableau capte et retire

- la séparation est sans forme

coulée rapide du vert, clémentes chutes

l’immobile minéral semble un drapé de lumière

 

Sur le front tendu de la toile

les yeux se voilent

 

L’apparence crée la profondeur

même si la chose n’a pas de nom

la couleur qui contient le monde

fait danser sa transparence

 

Au-dessus des montagnes d’eau, du vert lointain

le regard joue avec le blanc

la vie se perd

et les mots, tiges de noir sur fond moussu

la couleur qui ne s’appartient pas

se tait tellement

que la beauté trouve sa langue

 

Sur le front bruissant de la toile

nos yeux l’écoutent.

 

 
 

Pour citer ce texte 


Sylvie Fabre G, « Lettre de l'hiver & Sur le front pur de la toile », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013 . Url.http://www.pandesmuses.fr/article-lettre-a-l-hiver-sur-le-front-pur-de-la-toile-117569150.html/Url.http://0z.fr/8xb9j

 

Auteur/Autrice


Sylvie Fabre G, née à Grenoble en 1951, deux enfants, professeur de lettres à Voiron en Isère, publie depuis 1976. Elle  a été traduite en anglais, espagnol, portugais, grec, allemand et italien. Sylvie Fabre G anime ponctuellement des ateliers d’écriture, participe à de nombreuses lectures, rencontres, expositions. Rédige des notes de lecture pour sites et revues. Elle aime travailler avec des artistes et pratique la photographie.

 

Bibliographie 

 

Livres publiés 

 Aux Éditions UNES :  L’Autre Lumière  (1995); La  Vie secrète  (1996); Le Bleu  (1997); Dans La Lenteur (1998) 

Aux Éditions PAROLES d’AUBE :  Première Éternité  (1996)  

 Aux Éditions Le VERBE et L’EMPREINTE : L’Heureuse Défaite  (Gravures M. Pessin, 1997); Lettre de la mémoire  (photos S. Bertrand, 2000); D’un mot, d’un trait  (avec F. Cheng, 2005); Neiges (Gravures M. Pessin, 2012)

Aux Éditions du FELIN (Collection P. Lebaud- Kiron) :  L’Isère  (1999) 

Aux Éditions VOIX D’ENCRE :  Le Livre du visage (Lavis Colette Deblé, 2001)

Aux Éditions LE DE BLEU : L’Approche infinie (2002)              

Aux Éditions L’AMOURIER : Le Génie des rencontres (2003); Quelque chose, quelqu’un (2006); Frère humain, suivi de L’autre lumière en réédition (2012)

Aux Éditions L’ATELIER DES GRAMES :  Le passage (aquarelles Thémis, 2008)

Aux Éditions L’ESCAMPETTE : Les Yeux levés (2005); Corps subtil (2009)

Aux Éditions LE PRE CARRE : Deux Terres, un jardin (2002); L’inflexion du vivant (2011); De petite fille, d’oiseau et de voix (2013)

                        

Livres d’artiste : L’Autre Lumière (exemplaires de tête : peintures de Solange Triger, 1995); La Vie secrète (exemplaires de tête : photographies de Léopold Trouillas, 1996); Dans La Lenteur (exemplaires de tête : peintures de Solange Triger, 1998); Le Bleu, aquarelles de Maurice Rey, éd. Unes 1997; L’île, livre manuscrit peint par Anne Slacik 1997; Monographie Jean-Claude  Bligny, Poèmes, 1995; La Fugitive, gravures de Mariette, éd. La maison de Mariette,  1996; Le Visage, collages de Sylvie Planche, 1997; Icône de la femme, dessins de Colette Deblé, 1998; Lettre horizontale pour Bernard Noël, aquarelle de Frédéric Benrath, 2000; Le Scribe, éd. Le Verbe et l’empreinte, gravures et estampages de M. Pessin, 2001; Lettre du bleu, livre manuscrit peint par Anne Slacik, 2002; Nous avons ce destin d’être appelés, éd. Le Verbe et l’empreinte, gravures de M. Pessin, 2003; Les excès du présent, photographies accompagnées de poèmes de M. Benhamou, 2003; La mesure, l’infini, livre-objet avec dessins, encre, collage de Juan Frutos, 2003; Gran Corpas, éd. Mains-soleil, peintures de F. Rebeyrolle, collages peints de L. Ronda-Diaz, 2004; Quelque chose, quelqu’un, éd. Urdla, 4 gravures de F. Benrath, 2004; Lettre du geste, accompagnée de poèmes de F. Cheng et de gravures de M. Pessin, œuvre collective, 2005; Sur le front pur de la toile, livre manuscrit peint par Anne Slacik, 2005; Les yeux levés, livre manuscrit peint par Fabrice Rebeyrolle, 2006; Carnets, dessins d’I. Raviolo 2006; Les hirondelles, encres de Guerryam, 2006; Ce qui se passe en nous, peintures de F. Rebeyrolle, éd. Mains soleil, 2007; Enfant mon inconnu, livre-objet de Mariette, 2009; Voix d’extinction, photographies d’Éole, 2011; Neiges, gravure de M. Pessin, éd. Le verbe et l’empreinte, 2011; L’envol, c’est un pays, encres de C. Margat, éd. Les Cahiers du museur, 2011; Feuille à feuille, Encres de Guerryam, 2012; En langue d’oiseau, peintures de Guerryam,  éd. Les Cahiers du museur, 2012; La solitude est une apothéose, Photographie de Berthe, éd. Le Verbe et l’empreinte, 2012

 

Catalogues :   Ta peau d’homme, pour Fabrice Rebeyrolle 2003; Lettre du regard, pour Anne Slacik 2001; Un seul voyage, pour Anne slacik 2002; La Maison de Mariette, pour Mariette 2002; L’habité, pour Francis Helgorsky 2OO3; Gran Corpas, pour Fabrice Rebeyrolle et Leon Ronda-Diaz; Le chant fragile, pour Isabelle Raviolo 2007; Lettre de la traversée, pour Frédéric Benrath 2007; Tout ce que je peins c’est moi, pour Berthe 2009; Pays perdu d’avance, pour Fabrice Rebeyrolle, 2011; Encore un jour à regarder le ciel, pour Fabrice Rebeyrolle, 2013

 

Publications en revues depuis 1976 : Sorcières (Lieux, Désir, La Mort, La Saleté, Enfant, Nouvelles et autres, notes de lecture dans différents numéros de 1976 à 1981); Aube-Magazine (Italianités, La Parole lumineuse, Chant de bataille, Tout ce qui brille, Sida de 1980 à 1990) ; Voix d’encre (La rencontre, D’amour et de nuit); acchanales (numéro 6 et La Mer entre par la porte); Arpa (numéros 60, 69,75) L’Arbre à paroles (Belgique : De la mort à mourir, Pour rencontrer le paysage, D’elle, Des mots, Des ailes, Mimy Kimet, L’œil au balcon 1995-2002); Le Journal des poètes (Belgique :  97); Aires (Déchiffrement); Poésie-Rencontre (98, 02); Lieux d’être (Un peu d’elles, Nuits, Correspondances, Le bonheur existe 1999-2005); Poésie 98 (Fleuves); Le Croquant (juin 98); Poésie en voyage (La Porte : Le livre, L’entre-deux, Lettre horizontale); Sémaphore (CIDELE 2002,2003, 2004); Midi (2000-2OO3,2004, 2005); Verso (2003); Cahiers de la Mapra (Lyon, 2003); Liberté (Québec); Versodove (Italie); Hablar (Falar de poesia, Espagne, Portugal); Les Cahiers de la danse; Lyon capitale; Coup de soleil (58, 60); Le Nouveau Recueil (Modernes élégies, 2005); Nunc (2005, 2009); Estuaire (2006, Le chant des villes : Québec); Lieux d’être (2006); Thauma (Éros, 2007, Le corps 2008, La joie 2009); Serta (Espagne : Une tâche terrestre, Pour Fabio Scotto, 2007); Il Segnale (Italie, Milan : Les yeux levés traduction F Scotto 2008); Lieux d’être (la solitude 2008); Diérèse (inédits, 2009, 2010); Ca presse (URDLA, 2009), Thauma (Oiseaux, 2010), Lieux d’être (Pour le plaisir 2010); Nunc (20 et 22, 2011); Thauma («  L’air » 2012); Europe (993 et 995, 2011 et 2012); Thauma « Patience » 2013, Diérèse N. (Diéterlé, 2013); Coup de soleil (2013)

 

Publications en anthologies depuis 1980 : Anthologie 80, éd. Le Castor astral 1980; Paroles de poètes, éd. Le Dé bleu 1985; Anthologie amoureuse, éd. Paroles d’aube 1989; Chartreuse, corps mystique, Guide Gallimard, 2002; Samizdat, éd. Le Pré carré 1999; Une saison en poésie, A Dhôtel, éd. BMCharleville-Mézières, 2001) Poétri, éd. Autrement, 2000; Anthologie S. Stétié, éd. Blanc Silex 2001, Sept écrits de femmes, éd. CIDELE, revue de Sémaphore 2003; Écriture de femmes, éd. Poésie rencontre 2003; La coupure du parc, éd. Tarabuste, 2004; Ce que disent les mots, P. Maubé, éd. Eclats d’encre 2004; 111 Poètes en Rhône-Alpes, éd. Maison de la poésie, Le Temps des cerises, 2005; Rumeurs de ville, éd. Le Certu Lyon 2005; Le jardin de l’éditeur, éd. L’Amourier 2005; Mémoires d’eau, Bacchanales, 2006; Dans le privilège du soleil et du vent, pour saluer R. Char, éd. La passe du vent, 2007; Voix du Basilic, entretiens avec Alain Freixe, éd. L’Amourier, 2008; Rêver Québec, éd. L’Arbre à paroles, 2008; L’année poétique (Seghers 2009); Anthologie émotiviste de la poésie francophone, éd. Le Nouvel Athanor, 2009; Couleurs femmes, éd. Le Castor astral 2010; Au nom de la fragilité, éd. Erès 2010; Pays perdu d’avance, éd. Voix d’encre, 2010; Nuovi poeti francesi, éd Einaudi, 2011 (Italie); Das Fest des Lebens, éd. Verlag Im Wald, 2011 (Allemagne); Rousseau au fil des mots, éd. La Passe du vent, 2012; Éros émerveillé, anthologie Poésie, Gallimard, 2012-04-25; Pas d’ici, pas d’ailleurs, anthologie de la poésie féminine francophone, éd. Voix d’encre, 2012; Voix de la Méditerranée, éd. La Passe du vent, 2012; Calendriers de la poésie francophone (2007, 2008, 2009, 2010, 2011, Alhambra Publications)

Périodiques numériques et sites : Poezibao (Anthologie, notes de lecture, entretiens…), Terres de femmes (Anthologie, notes de lecture, chroniques, critique artistique…), Printemps des poètes (Anthologie, inédits…), Présente dans Libr’critique, Recours au poème, Poésie maintenant, Bleu de terre, Le Matricule des anges, France–Culture, La Cause des causeuses, Revue Europe, Revue Le Nouveau Recueil, le Basilic…  

Traduction : Quell’andarsene nel buio dei cortili, Milo De Angelis (éd. Mondadori), S’en aller dans le noir des cours  (Publication de poèmes choisis in Thauma et Europe, et sites), 2011

Distinctions : Bourse d’encouragement du Centre national du livre (1997), bourse de création du Centre national du livre (2003)

    

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm
10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

Compte-rendu de lecture

 

Devenir poétesse à la Belle Epoque de Patricia Izquierdo


(éd. l’Harmattan, collection « Espaces littéraires », Paris, 2010)

 

  Camille Aubaude

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'autrice

 

http://www.prologue.ca/DATA/LIVRE/grande/H10845~v~Devenir_poetesse_A_la_belle_epoque_-_etude_litteraire_histo.jpg
Crédit photo : Couverture illustrée de l'éditeur


Devenir poétesse à la Belle Epoque de Patricia Izquierdo interroge un phénomène littéraire exceptionnel, bien qu’occulté par le mouvement surréaliste qui lui a succédé : l’éclosion de talents poétiques féminins à l’aube du XXe siècle, « l’invasion » ont écrit les critiques, car on n’avait jamais vu autant de femmes écrire de la poésie, à une époque où ce genre connaissait un essor considérable. Etayé par l’excellente thèse de Patricia Izquierdo sur Les conditions et les modalités de l’essor de la poésie féminine d’expression française (1900-1914)1, cet essai littéraire, historique et sociologique retient quatorze poétesses des années 1900, et offre une lecture significative de soixante-cinq recueils publiés entre 1900 et la Première Guerre Mondiale, il y a juste un siècle. Un des prolongements de la redécouverte de ces poétesses est la création par Patricia Izquierdo de l’association des Amis de Lucie Delarue-Mardrus2, qui a mis en place le premier colloque international, « Art, genre, société », à Paris, afin d’appliquer la notion de genre dans la critique littéraire3.


La démarche novatrice adoptée par Patricia Izquierdo met à jour les liens complexes que les autrices entretiennent avec les genres littéraires, et leur façon de se situer face aux clichés du discours critique masculin : « d’abord « la littérature féminine est Mimesis, non Poiesis »4, avec la valeur de « sincérité » qui lui est attachée, ensuite, le mouvement d’émancipation des femmes justifierait l’appropriation du genre poétique par les femmes, et, ultime cliché, « la femme de lettres est « murée en elle » », et qui plus est, « condamnée à la prolixité ». Ces thématiques totalement piégées par des présupposés idéologiques reliant la Femme à la Nature sont brillamment réfutées par Patricia Izquierdo au profit de l’étude des mécanismes de création et de diffusion de ces œuvres de femmes.

Le titre mystérieux rend à la fois hommage à Beauvoir et sous-entend un apprentissage pour la femme qui se consacre à l’art poétique5. C’est une quête de l’individualité de chaque poétesse que cette étude richement illustrée et argumentée donne à voir. Anna de Noailles, « la comtesse socialiste » qui connut la célébrité dès la parution de son premier recueil, Le Cœur innombrable, en 1901, et fut saluée par Apollinaire comme un « authentique poète », est mise en relation avec ses contemporaines, telles que Lucie Delarue-Mardrus, dont les multiples talents la rendirent aussi très célèbre de son vivant et Judith Gautier, dont on découvre la philosophie, « un art de penser et de vivre »6 judicieusement associés aux pensées de Nathalie Barney. Gérard d’Houville, la fille de José Maria de Hérédia, symboliste très exigeante, Marguerite Burnat-Provins, Suissesse d’adoption, à la fois poète en prose et peintre, trouvent leur place aux côtés de Renée Vivien, dont la poésie fait justement autorité en matière de génie féminin. L’expression de Charles Maurras, « le romantisme féminin », ne suffit plus à rendre compte de ces destins et courages exceptionnels. Elle apparaît aussi simplificatrice qu’elle rendait démodées ces œuvres poétiques réussies de diverses manières.


Nous ne devons pas oublier les autres poétesses, moins connues, Marie Dauguet, Amélie Murat, Cécile Périn, Hélène Picard, Cécile Sauvage, Marie Krysinska, Polonaise et juive qui contribua à la reconnaissance de la poésie en vers libre, mais n’est pas encore appréciée à sa vraie valeur. Jean Dominique, la Belge symboliste, ciselait ses poèmes comme des mélodies douces. En étudiant le phénomène « insidieux et efficace » qui décourage les femmes à investir les domaines intellectuels et critiques, Patricia Izquierdo réhabilite « la poétesse » et retrace ses avatars ou ses anamorphoses dans des œuvres qui n’appelleront jamais une interprétation univoque.


La recherche stylistique parfois acharnée de ces femmes ambitieuses et pugnaces explique leur épanouissement exceptionnel dans un Art où elles incarnaient l’Autre7. La redécouverte des œuvres passe par leur lecture. La thèse de Patricia Izquierdo présentait une anthologie dans le deuxième tome, dont une lecture vient d’être donnée dans une grande librairie parisienne8 dans l’attente de sa publication. Le talent, l’audace et les destins exceptionnels de ces véritables « femmes de lettres », nous invitent à lire Actes et Entr’actes de Natalie Barney, Par l’amour de Marie Dauguet, Les Fresques d’Hélène Picard, et encore Le Livre pour toi de Marguerite Burnat-Provins, Par vent et maréesde Lucie Delarue-Mardrus, les dix recueils de Renée Vivien récemment réédités9, ainsi que Les Innocentes ou la sagesse des femmes d’Anna de Noailles10, grâce aux efforts du Cercle Anna de Noailles, fondé par Alexandre d’Oriano, à Paris, en 2008. L’étude de Patricia Izquierdo sur le contexte socioculturel d’œuvres poétiques féminines, qui retrace aussi des parcours individuels d’une richesse et d’une diversité extrêmes, est appelée à trouver sa juste place auprès de ces écrits en voie d’être réédités.

 


 

Notes

 

1 Soutenue à Bordeaux en 2004, sous la direction de Mireille Dottin-Orsini, spécialiste de « la femme fatale » au tournant du vingtième siècle.

2 Créée à Nancy, en sept 2007. Voir le site http://www.amisldm.org

3 En janvier 2010, au Reid hall, Columbia university of Paris et Barnard collège.

4 Devenir poétesse à la Belle Epoque de Patricia Izquierdo, op. cit., page 68.

5 Voir Camille Aubaude, « Nommer un métier : la poétesse », dans Voi(es)x de l’Autre : poètes femmes XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires Blaise Pascal, publications du CELIS, coll. Littératures, Clermont-Ferrand, 2010, actes du colloque international qui s’est tenu à la MSH de Clermont-Ferrand en novembre 2007 et qui soulevait la question du rapport entre la poésie écrite par des femmes et la notion d’altérité.

6 Patricia Izquierdo, op. cit., page 103.

7 Dans le prolongement du colloque international « Voi(es)x de l’Autre », le séminaire « Poésie au féminin », qui débutera en novembre 2010 sous la responsabilité de Patricia Godi, se déroulera en alternance avec le séminaire « Voix poétique et mythes féminins » (responsable : Pascale Auraix-Jonchière).

8 Librairie Wallonie-Bruxelles (librairiewb.com), le 7 avril 2010, par Delphine André, dans le cadre de « La maison des pages », enregistrement disponible sur les sitescamilleaubaude.com et amisldm.org.

9 Dont trois posthumes, par ErosOnyx éd., Paris, 2009.

10 Nouvelles, éd. Buchet Chastel, Paris, 2009, Préface de Marie-Joséphine Strich. Avant-propos de Josyane Savigneau.



Pour citer ce texte

Camille Aubaude, «  Devenir poétesse à la Belle Epoque de Patricia Izquierdo (éd. l’Harmattan, collection "Espaces littéraires", Paris, 2010) » (compte-rendu de lecture), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-devenir-poetesse-a-la-belle-epoque-de-patricia-izquierdo-116293495.html/Url.http://0z.fr/WpU_l

 

Auteur/Autrice

 

Camille Aubaude, née à Paris, est la poétesse française contemporaine la plus invitée et la plus traduite à l’étranger. Son doctorat sur Gérard de Nerval, Le Mythe d’Isis, a posé les bases de ce mythe littéraire. Il a été écrit en même temps qu’un essai d’histoire littéraire innovant un enjeu majeur de la critique moderne: Lire les femmes de lettres (1993). Dans les années 2000, le recueil Poèmes d'Amboise, relié au récit poétique, La Maison des Pages, et à La Sphynge, ont rencontré une audience internationale. Camille Aubaude est connue pour son utilisation des formes poétiques rares, les ballades, les rondeaux, les épyllions, des miniatures épiques. Un des thèmes récurrents de son œuvre est la femme mythique. « Les beaux textes sont une bénédiction. Ceux de Camille Aubaude nous prennent à chaque fois. Lumière, douceur, vérité, plaisir renouvelé, enchantement d’une langue superbe, puissamment subtile, tissée des pieds à la tête par la beauté. »
 Marie-Hélène BREILLAT.Elle soutient un nouveau concept de "photopoèmes" (cf. http://vimeo.com/57707083 Voyage pittoresque par Thibaut Vergoz).

Ce concept est protégé par l'INPI + © "La Maison des Pages éd.", tous droits réservés. 

 

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Hors-Séries du Ppdm

Publications

 

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

 

Rechercher

À La Une

  • Événements poétiques | Le Printemps des Poètes | Les femmes et le désir en poésie
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES VOUS PROPOSE DE PRENDRE PART À SON RECUEIL DU FESTIVAL LE PRINTEMPS DES POÈTES Les femmes & le désir en poésie © Crédit photo : Claude Menninger, photographie prise au musée Würth à Erstein lors d'une exposition rétrospective...
  • Lettre n°15 | Eaux oniriques : mers/mères
    Lettre no 15 sur les Eaux oniriques : mers/mères © Horizon par Véronique Caye . Vous avez carte blanche pour en parler. La parution des documents choisis par notre équipe est successive du 14 décembre 2020 au 28 février compris. La mise en ligne se fait...
  • La petite musique
    Événements poétiques | Le Printemps des Poètes « Désir » | Les femmes & le désir en poésie La petite musique Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Photographie par Claude Menninger © Crédit photo : une magnifique image de Claude Menninger,...
  • Ah, revoir la Niagara ! (haïkus)
    Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques Ah, revoir la Niagara ! (haïkus) Chantal Robillard Crédit photo : "Niagara Falls", winter 1911 ", Commons,Wikimedia. Au bord de la rivière, Je prends les embruns Dans cheveux et figure. Penchée...
  • Inutile [enfer]tile
    Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Biopoépolitique | Réflexions féministes sur l'actualité Inutile [enfer]tile CAM[...]ILLE Je me présente, au moins vous serez témoins : J’ai été privée de ce qui devait être un besoin Je suis celle qu’on plaint, celle...
  • C'est la fin des haricots pour les consciences tranquilles
    Lettre n°15 | Réflexions féministes sur l'actualité C'est la fin des haricots pour les consciences tranquilles Dina Sahyouni Crédit photo : " Gousses de Haricot Tarbais", Patrick Boilla, Commons. Les témoignages associés à #MeTooInceste sur les crimes...
  • Entretien bref avec l'imprimerie grenobloise et écologique Centre d'impression numérique Everest
    Lettre n°15 | Eaux oniriques...| Revue des éditrices & éditeurs ou Revue des Métiers du livre Entretien bref avec l'imprimerie grenobloise & écologique Centre d'impression numérique Everest Propos recueillis par David Simon pour LE PAN POÉTIQUE DES MUSES...
  • Barbara Polla (dir.), Équinoxe, recueil collectif, Le Pan Poétique des Muses, Grenoble, éd. Pan des Muses de la SIÉFÉGP, 2020
    Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Annonces diverses | Annonce de parution Barbara Polla (dir.), Équinoxe recueil collectif, Le Pan Poétique des Muses, Grenoble, éd. Pan des Muses de la SIÉFÉGP, 2020 LE PAN POÉTIQUE DES MUSES a le plaisir de vous annoncer...
  • Mer infamilière
    Lettre n°15 | Eaux oniriques... | Textes poétiques thématiques Mer infamilière Texte de Carole Clotis Œuvres artistiques de Poline Harbali Site officiel © Crédit photo: P oline Harbali, Série Le Damas des autres, no 1. « Et ce jour-là les grands vaisseaux,...
  • Nous ferons l’amour et Mon souffle dessine
    Événements poétiques | Le Printemps des Poètes « Désir » | Les femmes & le désir en poésie Nous ferons l’amour & Mon souffle dessine Textes de Sylvia Undata Site officiel Poèmes reproduits de son recueil érotique Murmures avec son aimable autorisation...