30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 09:35

 

N° 10 | Célébrations | Entretiens poétiques, artistiques & féministes 

​​

 

 

 

 

 

 

Interview à propos de

 

 

 

« Vi♀lence(s) »

 

 

 

de Paule Andrau

 

 

 

 

Propos recueillis par

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

Photographie par

 

Gilles Nadeau

 

 

 

 

​​​​​​© Crédit photo : "Paule Andrau", Juin 2021, cette photographie inédite a été prise par Gilles Nadeau. 

 

 

À lire aussi :

 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES A RENCONTRÉ PAULE ANDRAU :

 

 

 

 

1 Comment l'humanité en est arrivée à ces « Violence(s) » faites aux femmes ? Si l'on en croit Olivia Gazalé dans son ouvrage « Le mythe de la virilité », c'est ce mythe qui est devenu le fondement de l'ordre social et par conséquent l'une des raisons essentielles des violences infligées aux femmes…

 

 

Paule Andrau – La violence semble liée intrinsèquement à l’humain : les récits des origines fondent la vie sur la violence – Caïn tue son frère Abel, Chronos dévore ses enfants, Romulus tue Rémus en fondant Rome. Vie et violence sont liées de façon immémoriale : notre langue, par son enracinement grec et latin, en témoigne : même racine grecque pour ο βιος (masculin) la vie, et η βια (féminin) la force ; le « biologique » est à la fois expression de la vie et témoignage d’une violence  – celle qui intervient dès la naissance avec cette « violence » qui nous est faite pour entrer dans le monde des vivants. En latin, même racine entre vis, la force, vita, la vie et… vir l’homme, le masculin : quand on sait que dans la genèse des langues anciennes, r et s sont interchangeables (phénomène de rhotacisme qui peut s’inverser), cela fait réfléchir.

Jeter un regard sur l’Histoire amène à percevoir que la femme est par nature l’objet et le lieu de la violence, qu’elle soit familiale, conjugale, sociale. Dans Masculin, Féminin. La pensée de la différence, Françoise Héritier, grande anthropologue, cherche à comprendre la hiérarchisation des sexes à partir des « systèmes de parenté » et elle souligne l’inégalité des relations intrafamiliales selon que l’individu est masculin ou féminin. Cette relégation des femmes au second plan constitue une « différence » qui organise le devenir des femmes. Olivia Gazalé choisit d’étudier « le mythe de la virilité »  et de le déconstruire, dans son essai éponyme et, face au pessimisme de Françoise Héritier qui considère que les sociétés s’érigent sur des invariants, elle souligne les avancées que la réflexion sur la place des femmes a connu depuis l’époque du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. 

Mon roman Vi♀lence(s) n’est ni une analyse ni une étude - les travaux précités se suffisent à eux-mêmes. Il restitue les paroles des femmes qui ont trouvé un écho en moi, bien avant le phénomène déclenché par #Metoo. En ce sens, il est un cri jeté à la face des silences qui engloutissent et effacent tant de destins féminins ignorés, il est une protestation contre l’indifférence, le mépris, l’ignorance. Mon roman tresse, en toile de fond, les paroles de trois femmes, 1, 2, 3, qui n’ont pas le même âge, le même statut social, le même vécu et qui pourtant, illustrent, en écho, la réalité des femmes : menstruations, sexualité, maternité, charge mentale, ménopause, incommunicabilité, vieillesse, solitude et abandon.  On comprend au cours de leurs énoncés parcellaires que le roman juxtapose et construit – mais on sent bien qu’ils pourraient être simultanés comme chez Michel Vinaver – qu’elles sont dans un lieu commun, pour des raisons différentes, un de ces couloirs d’hôpital, pas vraiment salle d’attente, où se trouvent répertoriés souffrants et accompagnants dans un ordre seul connu des administratifs ou des urgenciers. Leur plongée dans ce qu’elles ont été est une tentative dérisoire contre la défection de tout l’être que produit toujours la proximité de la mort – de soi ou de l’autre. Dans leur dérive viennent s’inscrire les paroles d’autres femmes, tout aussi niées que les leurs, celles qu’on voit passer sur les brancards, objet d’interrogations ou de commentaires et qui se trouvent là aussi dans une nouvelle forme de l’antichambre de l’enfer.

 


 

2 – Y aurait-il d'après vous un inconscient collectif qui s'est forgé au fil du temps concernant ces violences ?

 

 

Paule Andrau – Les femmes taisent leurs sentiments profonds parce que, même quand elles pourraient parler, elles s’autocensurent : elles ont été façonnées par des millénaires d’oppression tacite qui est le fruit des conventions. Pendant des générations, les femmes ont intégré à leur vie les diktats des pères et d’une éducation qu’on a commencé à remettre en cause, en Occident, dans la deuxième moitié du XXe siècle. Mais pour un grand nombre de femmes dans le monde, la violence qu’elles subissent est un fait de société incontestable : selon un rapport de l’ONU, 47% des femmes dans les pays non occidentaux n’ont pas la libre disposition de leur corps. Le dernier forum de « l’ONU femmes » a qualifié la violence qui leur est faite de « pandémie de l’ombre ». Ce terme rappelle à quel point, jusque dans la postulation de leur liberté, les femmes sont entravées par les modèles intimement inscrits en elles, dès l’enfance, par la société ; même si leur expérience personnelle est différente, les femmes se retrouvent sur des thématiques communes : leur rapport au corps, au sexe, au couple, à l’enfant, à la famille.

Mais quel que soit leur statut social, toutes les femmes, même si elles ne l’ont pas éprouvée dans leur être, connaissent ce qu’on appelle aujourd’hui la « culture du viol ». Aussi, dans la trame des paroles inaudibles que restitue mon roman Vi♀lence(s) s’insèrent les paroles des femmes dont le sort a fait la une des journaux, inscrites dans la mémoire collective des femmes. Si le romancier est comme le disait Marguerite Duras une « chambre d’échos », mon roman amplifie et renvoie à son lecteur la parole confisquée de celles qu’on ne peut effacer : la femme ménopausée au bord du délire, la paria indoue – historique – apôtre des désespérés, la mère meurtrière d’un fils drogué, la fille victime de l’inceste paternel, la brillante élève découvrant son excision, les trois assassinées après leur viol, la déportée devenue juste, la cancéreuse au bord de la mort, la mariée de force,  la mater dolorosa, la femme devenue lesbienne… Toutes inaudibles, anonymes, « héroïnes » malgré elles de faits divers violents, de faits de société passés sous silence. 

Pour Simone de Beauvoir – Le Deuxième sexe –, il n’existait pas de « condition féminine » – par référence à des catégories qui avaient cours à l’époque comme la « condition ouvrière », la « condition paysanne », le monde bourgeois, l’intelligentsia – parce que la femme était le prolongement d’un homme et partageait le statut de celui-ci. Mais les mouvements féministes successifs, l’activisme pragmatique de Gisèle Halimi créant Choisir la cause des femmes, ont fait émerger un « continent » jusque-là occulté. Les paroles des personnages de Vi♀lence(s)  construisent peu à peu la réalité d’une condition féminine qui est celle de l’« expérience du ventre ». Où qu’elles se situent dans la société et quelle que soit leur génération, les femmes ont éprouvé ou connaissent, par proximité – avec d’autres femmes –, par ouï-dire – à travers ce qu’elles lisent –, ce qui découle de leur statut de femme :  la sexualité avec l’indétermination qui commence enfin à être levée sur le consentement, le viol, l’inceste ; la différence entre érotisme et pornographie ; les règles, l’endométriose, la ménopause ; la grossesse,  la contraception et l’avortement ; la maternité choisie, le couple, la charge mentale, le divorce ; la question de « genre »… La réalité des femmes qui est si étroitement liée à leur condition biologique commence seulement à être questionnée, à être reconnue : la même solitude, le même malentendu – affectif, familial, social – malgré les fausses libertés et la plénitude de façade que tous les médias s’accordent à leur conférer. Contre un inconscient collectif victimaire et résigné, les femmes, depuis cinquante ans, ont construit une conscience,  elles deviennent membres du « peuple de la fente » : le vécu féminin est étroitement lié, chez elles, à l’intime.

 

 

 

3 – Quel est votre avis sur les religions, l'éducation, la littérature, les médias quant aux problématiques liées aux violences faites aux femmes ?

 

 

Paule Andrau – Pierre Bourdieu, dans son ouvrage La Domination masculine, établit que celle-ci est produite par « un travail incessant (donc historique) de reproduction auquel contribuent des agents singuliers (dont les hommes avec des armes comme la violence physique et la violence symbolique) et des institutions, familles, Église, État, Écoles ». Il souligne que ce processus pérennise des rapports et des structures de domination que les femmes intériorisent. 

Aussi, dans le roman Vi♀lence(s), cette mémoire collective des femmes s’exprime à travers les douze femmes désignées par des lettres : le roman s’ouvre sur l’expression de X. qui se sent investie d’une mission, celle de collecter et de rapporter  ce qu’elle imagine être le discours intérieur des femmes 1., 2., 3. ; ensuite onze autres femmes prennent la relève : elles consignent les interdits qu’elles ont transgressés et  les atteintes qu’elles ont subies. 

Tout dans la littérature et sur les écrans parle aux femmes : les adaptations cinématographiques ou télévisuelles charrient ces destins sacrifiés, celui de la Gervaise de L’Assommoir, de la Jeanne d'une Vie et tant d’autres – destins conçus par des hommes. Surtout l’actualité avec son lot quotidien de féminicides et d’agressions forge une conscience collective qui s’exprime aujourd’hui chez les femmes par les mouvements du refus et une littérature féministe de combat. 

Rapportées par les médias, racontées par des femmes à d’autres femmes, transportées par l’Histoire et la littérature, ces « récits » parcellaires construisent une conscience féminine polyphonique.

Depuis quarante ans des ouvrages ont brisé les interdits : en 1986, la voix d’Eva Thomas dévoile l’horreur de l’inceste dans Le Viol du silence, elle témoigne à visage découvert dans l'émission, Les Dossiers de l'écran, seule femme face à une dizaine de « spécialistes » de la question, tous masculins. Et en 1992, elle questionne, dans Le Sang des mots, une justice qui condamne pour diffamation les femmes abusées qui ont dénoncé leurs abuseurs. On ne peut pas dire qu’« on ne savait pas ». Dès  1993, Dorothée Dussy, anthropologue et chercheuse au CNRS, publie avec Le Berceau des dominations, Anthropologie de l’inceste, le début de ses travaux qui trouvent leur achèvement en 2013 : son ouvrage est réédité en avril 2021.

Aujourd’hui la parole et la pensée s’émancipent des vieux tabous et les femmes luttent partout pour la reconnaissance : au sein des médias – le témoignage d’une journaliste sportive, « Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste », l’affaire Weinstein –, au sein des entreprises, des administrations, cher les « puissants » – Enquête Epstein et Maxwell. 

 

 

 

© Crédit photo : Première de ouverture du livre, image fournie par les éditions Maurice Nadeau. 

 

 

 

 

4 La société devenant de plus en plus violente, les femmes en sont bien souvent les premières victimes, comment combattre ce fléau ?

 

 

Paule Andrau – Dans les sociétés occidentales comme dans les sociétés patriarcales, les femmes restent des sacrifiées, et ce roman, Vi♀lence(s), tente de saisir ces femmes « en éclats » à travers leurs paroles non dites, bruits intérieurs, silences par lesquels elles deviennent invisibles aux autres. 

La solution se trouve dans l’évolution de la loi. 

La loi de 1980 qui a criminalisé le viol en le rendant passible des Assises et en le définissant a été une avancée considérable, la loi Schiappa de 2018 sur les violences sexistes et sexuelles a permis de réfléchir sur l’âge du consentement et de réprimer les formes de harcèlement. Mais il reste encore à prendre en compte la parole des femmes dans les cas de violences conjugales ou sexuelles par une meilleure formation des services concernés et par des moyens. L’Espagne dans ce domaine, fait figure de précurseur : la loi de protection de 2004 et les moyens qui l’accompagnent – tribunaux spécialisés dans les violences faites aux femmes, moyens financiers investis chaque année pour des plateformes de suivi, des hébergements dédiés, des mesures d’accompagnement – ont été renforcés par un plan  « Pacte d’État » en 2017 – 700 millions d’euros par an. Le mouvement de défense des femmes dans la société civile espagnole a été si puissant que le procès en appel de violeurs en groupe – s’appelant  la « Meute » – a débouché sur une condamnation de ceux-ci à quinze ans de prison (2019). 

Il existe bien des « débuts » de solutions mais elles sont inégales en Europe.

 

 

 

5 – N'est-ce pas par les femmes elles-mêmes que l'on pourra endiguer la violence faite aux femmes ? Votre livre en est une avancée essentielle à l'instar du témoignage bouleversant de Marguerite Binoix « Battue » paru il y a quelques années…

 

 

Paule Andrau – Peut-être qu’il est difficile d’accepter les paroles des femmes qui se taisent sur elles-mêmes, qui inscrivent dans leur conscience blessée les injustices faites aux autres femmes, qui ajoutent à leur propre souffrance celles qu’étalent parfois complaisamment les faits divers, les émissions de toutes sortes. Ces femmes qui restent murées dans leurs silences sont partout, invisibles aux autres. Elles continuent à vivre leur vie quotidienne sans que personne ne perçoive leur “parole de dessous”. Elles n’ont pas de nom. Parfois un article de journal, une enquête médiatique met en évidence un cas monstrueux qu’on croit sporadique et exemplaire. Mais chaque femme vit une forme de violence. 

Les témoignages comme ceux d’Eva Thomas, de Marguerite Binoix, de Valérie Bacot – Tout le monde savait – sont essentiels comme leur diffusion et leur réception par la société civile : la parole des victimes, quand elle est entendue « remet le monde à l’endroit » dit Eva Thomas. Le roman Vi♀lence(s) tente de faire exister les voix des femmes tues, bâillonnées par la nécessité de maintenir la famille malgré les violences, la difficulté à vivre hors du conjoint quand elles ne travaillent pas, leur volonté parfois de s’aveugler sur leur réalité.

Pourtant des femmes s’engagent : outre celles que j’ai citées, une spécialiste comme Muriel Salmona, en créant l’association Mémoire traumatique et victimologie, offre aux femmes victimes et à leurs accompagnants informations et formation. Elle a fait émerger des concepts nouveaux propres aux situations d’emprise et de violence sexuelle : ses travaux  donnent des pistes pour reconnaître et protéger les victimes, lutter contre la culture du déni ; ses campagnes d’opinion Et pourtant c’était un viol (2014), Stop au déni (2015) – Les Sans-Voix – ont permis de mettre en évidence les effets physiques et psychologiques des violences faites dans l’enfance. Elle participe ainsi à faire évoluer les mentalités et à mobiliser les politiques – interventions devant le Sénat et l’Assemblée Nationale.

 

 

 

6 – N'hésitez pas à ajouter des réflexions à propos de votre ouvrage, l'idée même de sa conception, vos objectifs...

 

 

Paule Andrau – Mon roman, Vi♀lence(s), n’est ni une « autofiction » parmi d’autres, ni un « essai » ni un « témoignage ». Il est un hommage aux femmes : comme le ferait une “partition” musicale, il  orchestre des histoires morcelées qui émeuvent, indignent et révoltent, il cherche à ébranler la conscience sociale qui, de façon générale, nie et méconnaît la condition féminine. 

Il a longtemps mûri dans ma pensée, accumulant toutes ces blessures faites aux femmes dont elles ne parlent pas, ces « bris de femmes », comme des sédiments qui ont fini par venir au jour au fil d’un long processus : ces éléments qui semblaient disparates ont pris sens de leur confrontation même, en un kaléidoscope incomplet et mouvant, c’est devenu une création littéraire et artistique qui se revendique pour telle.

Camus fait dire à Caligula, son « héros de l’absurde », « Les hommes meurent et ils ne sont pas heureux ». Il est temps de dire pour les femmes d’aujourd’hui et celles de demain : « Les femmes meurent et elles ne sont pas heureuses ». 




 

 

Biographie de la romancière :

 

Paule ANDRAU est agrégée de lettres classiques et professeure de chaire supérieure, elle a longtemps enseigné la littérature avant d'écrire «  le temps venu » et de prêter sa voix à toutes les femmes qui sont entrées dans sa vie « – femmes du réel, des livres, de l'Histoire, des faits-divers, des films, des rêves – et qui n'en sont jamais ressorties ».

 

 

 

©F. Urban-Menninger

 

 

***

 

 

Pour citer cet entretien féministe 

 

Françoise Urban-Menninger«  Interview à propos de "Vilence(s)" de Paule Andrau » texte inédit, photographie par Gilles Nadeau, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 10 | Automne 2021 « Célébrations », mis en ligne le 30 août 2021. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no10/fum-entretien-pauleandrau

 

 

 

Mise en page par Aude SIMON

 

 

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15 août 2021 7 15 /08 /août /2021 14:31

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​​​N°9 | Femmes, poésie & peinture | Réflexions féministes sur l'actualité 

 

 

 

 

 

 

 

 

Instagram & le téton 

 

 

qu'on ne saurait voir !

 

 

 

 

 

Françoise Urban-Menninger

 

Blog officiel : L'heure du poème

 

 

 

 

 

 

La censure abusive du corps féminin par Instagram a été mise en lumière par la féministe Barbara Butch en 2020 et le réseau social avait alors décidé de changer la donne.

 

C'est ainsi que les responsables de la plate-forme avaient décrété que « les images de poitrines destinées à promouvoir l'acceptation de soi » ne seraient plus systématiquement censurées. Autrement dit, il sera toujours quasiment impossible pour une femme de montrer ses tétons contrairement à un homme qui sera en droit de les exhiber !

 

La récente polémique concernant l'affiche du dernier film de Pedro Almodovar illustrant un mamelon féminin d'où perle une goutte de lait a été purement et simplement censurée…

 

En quoi cette évocation explicite de l'allaitement est-elle pornographique ?

Quels sont les esprits malades ou pervers chez Instagram qui décident de ce qu'il est bien ou mal de montrer du corps féminin ?

 

Ce pouvoir que certains exercent sur l'image et par l'image qui donne à voir ou pas le corps des femmes, n'est-il pas une autre façon de se l'approprier ?

 

 

 

Poir plus d'informations sur cette affaire de censure :

 

***

 

Pour citer ce poème 

 

Françoise Urban-Menninger, « Instagram et le téton qu'on ne saurait voir ! », poème inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N° 9| Fin d'Été 2021 « Femmes, Poésie & Peinture », 2ème Volet sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 15 août 2021Url :

http://www.pandesmuses.fr/no9/fum-instagram-teton

 

 

Mise en page par David Simon

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 9 Maternité en poésie Féminismes
11 août 2021 3 11 /08 /août /2021 18:12

 

 

 

 

Lettre no 16

 

 

 

 

À nos ivresses & aux Bacchantes ! 

 

 

 

 

Crédit photo : "Bacchante", domaine public, Wikimedia. 

 

 

 

 

La Lettre n°16 vous propose de

 

nous parler de vos ivresses & des Bacchantes. 

 

Au plaisir de publier vos contributions :

 

 

articles, poèmes, nouvelles, contes, fables, pensées,

 

fragments, lettres, chroniques, transcriptions des textes

 

tombés dans le domaine public, traductions, extraits de

 

recueils, illustrations, chroniques, dessins, bandes dessinées,

 

entretiens, chansons, courts-métrages, etc.

 

 

 

La publication numérique des documents sélectionnés

 

se fait successivement au fil des jours

 

 

du 5 juin au 30 juillet 11 août compris.

 

 

La rédaction n'accepte aucune contribution

 

pour cette Lettre après le 28 juillet 2021.

 

Nous réservons comme d'habitude le choix de publier

 

une sélection de documents dans certaines

 

de nos nombreuses rubriques

 

 

 

Argumentaire

 

Les bacchantes (ou Ménades) sont les prêtresses du dieu de la vigne Bacchus (ou Dionysos) et célèbrent avec lui les Bacchanales. Ces figures féminines de l'Antiquité gréco-romaine représentent les furies, l'excès, mais aussi le dionysisme, et parfois l’hédonisme et l'eudémonisme.

 

Souvent décriées, elles deviennent parias et liées au mal dans l'imaginaire collectif... Les artistes et les poètes s'emparent très tôt de ces figures tantôt célébrées, tantôt détestées pour leurs prétendues débauches réelles et/ou fantasmées. Hautement érotiques, elles ont été d'emblée associées à la sexualité débordante, à la nymphomanie, à l'hystérie et aux orgies. Ainsi, elles sont régulièrement représentées avec des peaux de fauves et de félins.

Afin de tenter de les réhabiliter, de défaire le tabou sur les excès positifs ou négatifs et de comprendre l'attachement de certaines femmes et personnes LGBTQIA+, surtout parmi les poètes et artistes, aux addictions acceptables ou dangereuses (alcool, drogue, tabac, médicament, sexe, spiritualité, réseaux sociaux, militantisme exagéré, toxicomanie, etc.)*, on vous propose de penser toutes les ivresses poétiques, artistiques, amoureuses, spirituelles… qui vous permettent de découvrir et de dépasser vos côtés sombres et d'exprimer vos émotions les plus profondes…

 

 

 

* Attention, cela ne constitue aucunement une incitation à abuser de substances illicites, ni de persister dans ses additions... mais une invitation à se soigner et en parler lorsque l'on souffre d'une addiction nuisible à sa santé (mentale, physique, psychique, etc.)

 

[Problème technique de non réception de messages

Dans l'après-midi de ce dimanche 20 juin 2021, des  membres de la rédaction ont constaté l'existence d'un problème technique de rejet des messages depuis le 18 juin, on reçoit en effet les courriels adressés à contact@pandesmuses.fr mais pas ceux envoyés aux autres adresses électroniques. Nous avons tout de suite signalé ce problème à la plate-forme qui héberge ce site. Nous vous prions de bien vouloir accepter toutes nos excuses pour ce dérangement et si votre message a été rejeté, merci de nous le renvoyer à l'adresse électronique qui fonctionne encore en attendant le rétablissement du fonctionnement habituel des autres adresses électroniques du site. À bientôt !

 

On remplace l'adresse contact.revue@pandesmuses.fr par une : ADRESSE ÉLECTRONIQUE DE REMPLACEMENT POUR L'ENVOI DE VOS CONTRIBUTIONS

 

Commentaire rédigé et posté par David SIMON le 20 juin 2021, 19h00.

Ajout d'adresse de remplacement le 21 juin 2021.

 

Crédit photo : Marche des Fiertés LGBT+, image libre de droits, photo ajoutée le 26 juin 2021.

 

 

Festival organisé par 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES

Réalisation technique 

David & Aude SIMON

Direction

Rédaction de la revue LPpdm

Contacter la rédaction :

contact@pandesmuses.fr ou

contactlppdm@pandesmuses.fr 

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Comité de rédaction : Camille Aubaude, Maggy de Coster, Éric Guillot, Mario Portillo Pérez, Dina Sahyouni, Aude Simon, David Simon, Françoise Urban-Menninger,...

 

 

Rappel utile : comme vous le savez bien cher lectorat la revue LPpdm (dans ses versions électronique et imprimée) décline toute responsabilité juridique concernant le contenu publié par elle parce qu'elle considère que chaque auteure/auteur est libre dans le respect de sa charte déontologique, par conséquent, est l'unique responsable du contenu de son texte, de son image, etc.

 

En poésie avec vous ! 

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Sommaire

 

 

Éditorial 

 

Dina Sahyouni, « À vos poésies ! » 

 

 Bémols artistiques

 

Mustapha Saha, « Chronique d’occupation de l’Odéon. Un violent désir de bonheur » 

 

 

 

Poétextes thématiques 

 

Charlène Lyonnet, « Les cases » & « Les folles aux chats »

 

Ciela Asad, « Extraits de "Un toro en la garganta del jilguero »/ Un taureau dans la gorge du chardonneret" », traduits en français par Maggy De Coster

 

Françoise Urban-Menninger, « Une musique si légère », illustré par un tableau inédit de l'artiste Joseph Edreï

 

Sarah Mostrel, « Prophétesse enchanteresse »

 

Martine L. Jacquot, « Les temps fauves (extraits) » 

Maggy De Coster, « Un vieillard cuvant son vin » 

 

Yvan Robberechts, « Mémoires », « Mélancolie »

Madeleine Amidieu (aïeule), « Soir de juin » 

Louise Fournier (aïeule), « La fièvre » & « Adieux à la poésie »

Michel Orban, « Ivresse des profondeurs » 

Irina Moga, « Comment sécher des herbes »

Leo Zelada (poète), Maggy de Coster (traductrice), « Balada oscura para Jim Morrison / Ballade sombre pour Jim Morrison »

 

Renée Vivien (aïeule), « L'automne », « Velléité », « Locusta » & « Vers d'amour »

Barbara Polla, « Ma vulve » (poème dionysiaque, érotique) 

Michel Orban,  « Pluie de caresses » 

Nada Skaff, « Ivresse » & « Identité »

Aurore Nivelle, « L’ivresse »​​​​

Evelyne Charasse, « Mon addiction »​​

Thibault Jacquot-Paratte, « Poèmes de faim de vie (extraits) » & « Douze chants hérétiques, chant second »

Dina Sahyouni, « À lui, je suis addicte » 

 

Varia de poétextes

 

Djurdja Raskovic, « Pesanteur » 

Nessrine Naccach, « Acte de (dé)naissance géo-senti-mentale » 

Mariem Garaali Hadoussa, « Charme andalou »

Mona Gamal El Dine, « Chante l’amour » 

 

Astres & animaux 

 

Françoise Urban-Menninger, « Une musique si légère », illustré par un tableau inédit de l'artiste Joseph Edreï. 

Maggy De Coster, « J’ai vu »

Yvan Robberechts, « Nature », écopoème 

Renée Vivien (aïeule), « Les arbres »

 

Biopoépolitique*

 

© Concept protégé de DS. 

 

Barbara Polla, « Ma vulve »

 

Réflexions féministes sur l'actualité

 

Françoise Urban-Menninger, « Bikini réglementaire pour les championnats d'Europe de Beach-Handball !!!» ​​​

 

Sourires & rires féministes

 

Mme Veuve Landrieu (aïeule), «  Le vin et la fillette (Air : Vrai sans chagrin) »

​​​​​​

 

Poésie audiovisuelle

............. 

 

Poésie & musique 

 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES, « Mika donne un concert virtuel ce soir. "#SoundtrackOfEmpathy" »

 

 

Revue poépolitique

 

Mustapha Saha, « Chronique d’occupation de l’Odéon. Le communisme selon Bernard Friot », reportage photographique inédit par Élisabeth et Mustapha Saha. 

M. L. C. D. V., « Adresse au beau sexe ; relativement à la Révolution présente »

 

 

Handicaps & diversité inclusive

Yvan Robberechts, « Le S. D. F. »

Dina Sahyouni, « À lui, je suis addicte » 

 

Revue des métiers du livre (a remplacé la Revue des éditrices & éditeurs)

..............

 

Muses au masculin

 

Michel Orban, « Fausse ivresse » 

Didier Colpin, « Similitude... » 

Yvan Robberechts, « Coquelicot »« Le S. D. F. » 

 

 

Poésie des ancêtres

 

La Bacchante..., « Petit blanc (chanson créole) » 

Madeleine Amidieu, « Soir de juin » 

Louise Fournier, « La fièvre » & « Adieux à la poésie »

Renée Vivien, « L'automne », « Velléité », « Locusta », « Vers d'amour » &  « Les arbres »

 

Travestissements poétiques

 

LANDRIEU, Mme Veuve (aïeule), «  Le vin et la fillette (Air : Vrai sans chagrin) »

 

Poésie érotique

 

Yvan Robberechts, « Coquelicot »

Barbara Polla« Ma vulve »

​​​​

Poésie de circonstance

 

Faits divers & catastrophes 

 

Dêva Koumarane, « Après la pandémie » 

Fanny Forestier (aïeule), « inondation de 1856 »

 

Revue culturelle d'Europe

 

Mustapha Saha, « De l’art de construire un navire du XVIIème siècle à Gravelines »« Chronique d’occupation de l’Odéon. Un violent désir de bonheur » 

 

Revue culturelle d'Orient & d'Afrique 

 

 

Revue culturelle des Amériques

 

 

Philosophies & sagesses en poésie 

Michel Orban, « Fausse ivresse »

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Dernière mise à jour le 11 août 2021 

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1 août 2021 7 01 /08 /août /2021 15:54

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​​​​​​Lettre n°16 | À nos ivresses & aux Bacchantes | Revue poépolitique

 

 

 

 

 

Adresse au beau sexe ;

 

relativement à la Révolution

 

 

 

 

 

M. L. C. D. V.

 

Texte féministe choisi, transcrit,

mis en français moderne (corrigé) & commenté brièvement par

Dina Sahyouni

 

 

 

Crédit photo :  William Adolphe Bouguereau (1825-1905), "Bacchante", image Commons.

 

 

La brochure poétique présente ci-dessous a été écrite par une plume anonyme sous les initiales M. L. C. D. V. Elle s'intitule Adresse au beau sexe relativement à la Révolution présente ([Reprod.])/ [par M. L. C. D. V.] et date de 1790.

Le texte au vocabulaire typique du XVIIIème siècle se révèle, universaliste, radical et révolutionnaire en ce qui concerne les droits des femmes et leur place dans la société. Malgré quelques critiques sur certains peuples qui peuvent heurter des personnes par le ton et les termes utilisés, le fond reste foncièrement féministe et à portée universelle comme le poème qu'il contient. Ce fervent plaidoyer pour l'égalité des sexes dans la société est aussi un précieux témoignage sur les origines du féminisme universel.

Cet ouvrage appartient au domaine public.

 

Adresse au beau sexe ;

relativement à la révolution présente.

 

 

 

Sexe charmant, fait pour ajouter aux plaisirs de la vie des hommes et pour en adoucir les amertumes, qui plus que vous doit sentir le prix d'une heureuse révolution qui va vous rendre votre dignité, vous rétablir dans vos droits, et vous faire sortir de l'état d'opprobre et d'avilissement où l'affreux despotisme vous faisait gémir depuis des siècles ? Esclaves plus que personne des préjugés dont on berçait notre enfance et dont on amusait votre vieillesse, les despotes de tous les états semblaient s'être réunis pour vous avilir. Tantôt la force, usant de ses droits, arrachait à la beauté innocente des plaisirs que le cœur seul peut promettre, et l'amour faire espérer à un amant tendrement aimé ; tantôt, usant de l'empire que donne l'opulence et l'autorité, les despotes arrachaient des bras de leurs parents d'innocentes victimes qui ne leur étaient rendues que lorsqu'ils étaient las de les posséder ! Sans force, sans moyens, la beauté jeune et sans expérience était en proie à tous les caprices, et à toutes les fureurs des despotes de tous les corps et de tous les ordres qui se faisaient un jeu d'en trafiquer et de les livrer à l'opprobre et à l'ignominie ! Ouvrez les yeux, sexe adorable, sexe charmant, sexe trop longtemps avili ; ouvrez les yeux, vos fers sont brisés, vos impudents oppresseurs ont disparu, le regagne de l'auguste liberté brille de tout son éclat... vous étiez sous tous les rapports des esclaves, vous voilà des citoyennes ; sachez apprécier la dignité de votre nouvel état dans le nouvel ordre des choses ; sachez en sentir tout le prix et en tirer pour votre bonheur, pour l'honneur et la gloire de votre sexe tout l'avantage que vous avez droit d'en attendre. Vous êtes citoyennes, que ce titre, le seul honorable aux yeux d'une nation libre, vous rappelle et vos devoirs et les vertus qui ajoutent tant à l'empire de la beauté. Tous les vains préjugés de l'orgueil et de la vanité humaine détruits et foulés aux pieds : le mérite personnel, les grands talents, les vertus éminentes sont les seuls et véritables titres auxquels on doive un juste et légitime hommage. C'est à vous, sexe charmant, par un sage et raisonnable discernement, à n'accorder votre suffrage, votre estime qu'aux citoyens honnêtes et utiles qui servent la patrie. Votre empire s'étend partout et influe sur tout :livrez au ridicule et au mépris ces hommes vains et superbes, dont la suffisance insupportable annonce et l'inutilité et l'orgueil : accueillez le simple citoyen aimable, utile et honnête ; accablez de votre indignation ces nais orgueilleux qui s'élèvent sur le bout de leurs pieds pour annoncer à la masse générale qu'ils se croient pétris d'un autre limon que leurs semblables. C'est à vous, sexe charmant, à rappeler tous les hommes à cette noble et heureuse simplicité, qui forme le bien le plus doux de la vie et fait le véritable charme de la société.

C'est ainsi que vous formez de bonne heure les jeunes gens à devenir des époux sensibles, honnêtes et affables à tout le monde, et que vous corrigez les sots, les fats et les imprudents. Dans l'état de liberté, le premier besoin d'une âme honnête, sensible et vertueuse, est de pouvoir disposer de son cœur en faveur d'un objet qui puisse se concilier avec ses goûts, ses penchants et son humeur ; ce n'est que dans l'usage de la société que nous pouvons connaître cet objet de nos rapports et de nos goûts ; quel est l'homme sage, quelle est la fille raisonnable qui engagera sa liberté avec un inconnu dont l'humeur et le caractère peuvent toujours être, en contradiction avec le sien ? mais quel est l'homme sensible et vertueux, sous l'empire de la liberté, qui, ayant de la fortune, dédaignera de la partager avec une jeune amante pauvre, mais vertueuse, et dont il est tendrement aimé ?

Quelle est la jeune fille opulente qui dédaignera de donner sa main à un tendre amant plein de talents et de capacité, dont elle est adorée... Cruelle barbarie des parents, [vous] qui ne calculez que l'or, disparaissez avec les vains préjugés de la naissance... ! c'est parce que le mérite et la vertu n'ont été comptés jusqu'à ce moment-ci pour rien... et que l'or et la vanité ont assorti tous les mirages..., que la dissolution et la dépravation des mœurs sont à leur comble... Quel mal pourrait-il donc résulter pour la société, pour la patrie, qu'un citoyen riche fasse la fortune d'une fille charmante et vertueuse qui possède peu. Quel mal pourrait-il donc résulter, qu'une fille opulente partage sa fortune avec un époux d'un grand mérite, qui n'est pas riche. – Nos préjugés, comme notre avarice, doivent céder à l'empire de la raison, du bon sens, des convenances, du cœur, et de l'ordre ; avec ces principes, qui sont dans la nature et la religion, la beauté pauvre et vertueuse jouira du juste empire qu'elle doit exercer sur les cœurs, et elle recouvrera ses droits et sa dignité.

 

    Les femmes ayant appris à apprécier le titre honorable de citoyennes, les devoirs qu'il leur impose, dégagées de tous les vains préjugés qui les faisaient humilier et s'avilir devant des personnages sans vertus, sans mérite et sans talents, n'appréciant indistinctement chez tous les citoyens que les qualités éminentes qui les distinguent, elles doivent joindre aux grâces naturelles de leur sexe, aux agréments qui rendent leur société si intéressante, un peu de solidité, de raisonnement, (solidité sans prétentions au bel esprit ; (hors le Télémaque) ce n'est pas dans l'inutile et fade lecture des romans qui ne font que bouleverser l'esprit des jeunes personnes sans expérience qu'elles trouveront cette solidité ; ce n'est pas non plus en se laissant conduire par des moines ou des prêtres qui d'une façon ou d'autre leur tournent la tête et le cœur ; c'est dans la lecture de livres sages et raisonnés, comme il en existe beaucoup ; c'est dans la société de citoyens honnêtes, dégagés de tous les vieux préjugés avec lesquels on abrutissait l'espèce humaine (et les femmes plus particulièrement), qu'elles trouveront les moyens d'acquérir de la solidarité de raisonnement nécessaire pour se bien conduire. La morale sainte de l'évangile est la première morale du monde entier prise dans son simple sens... : mais il en a été de ce livre divin comme il en est des procès ; à force de les embrouiller, après des écritures éternelles on ne sait plus où l'on en est, il faut remonter à la source pour connaître l'objet du procès. À force d'embrouiller le sens de l'évangile ; après des écrits sans nombre sur ce livre divin, il faut en revenir au modèle. – C'est que les passions de toute espèce, ont agité les orateurs sacrés, et il a fallu intervenir le ciel pour justifier toutes les passions. Les moines et les prêtres voulaient accumuler de grands biens et avoir une domination absolue sur tous les hommes ; au lieu de leur rappeler les préceptes simples de l'évangile, pour les ramener aux principes de sagesse et de vertu qu'il prescrit, il fallait des tours de force pour les étourdir et les abrutir pour les dépouiller à son aise et leur donner des fers. C'est par cette raison, ô mon Dieu ! Qu'à la honte de l'humanité, en Espagne et en Portugal, les femmes sont encore honteusement courbées sous le joug impérieux des moines et des prêtres, et la plus belle portion de l'espèce humaine est presque partout réduite à cet état d'opprobre et d'avilissement. Une femme ne peut-elle donc rendre un hommage pur et agréable à son créateur sans se mettre sous la dépendance d'un moine ? Les vertus les plus agréables à Dieu dans une femme et qui lui attirent le plus les hommages et les respects des hommes ne sont-elles pas la pudeur, les soins qu'elle se donne pour allaiter,

nourrir et élever ses enfants, veiller à son ménage et contribuer au bonheur de son époux ! quand elle a rempli ces saints devoirs, qu'a-t-elle besoin d'aller s'avilir et ramper sous le despotisme d'un homme, tel qu'il soit !

    Ah ! connaissez, sexe charmant, le sage empire que vous devez exercer dans cette heureuse révolution ; cessez de vous laisser conduire par tous les préjugés dont on vous berçait ; cessez d'être les esclaves et de la vanité des grands et de la fine ambition des prêtres. N'accordez votre suffrage qu'aux vertus et aux talents ; que de leur côté tous les citoyens, sans tenir aux vains titres que donne la naissance, unissent leur sort à la beauté pauvre et indigente, mais vertueuse. Pour lors l'empire de la nature, de la raison et du bon sens reprendra ses droits ; les mœurs leur lustre et leur pureté, et la nation ne sera plus qu'une famille d'honnêtes et vertueux citoyens, dont Louis XVI sera le roi et le père. Peuples de tous pays, ouvrez les yeux à la lumière, cessez d'être les esclaves des moines, des prêtres et des grands ; relevez-vous de l'avilissement où vous êtes tombés ; – le ciel vous a fait des hommes libres ; des imposteurs et des despotes vous ont donné des fers, vos droits sont éternels et imprescriptibles ; relevez-vous et brisez vos chaînes. – Respectez la morale de l'évangile, mais foudroyez les fourbes, les sacrilèges qui, au nom d'un Dieu de paix qui veut également le bonheur de tous ses enfants, ont osé vous réduire à l'esclavage. Que tous les vains préjugés se taisent devant les lois éternelles de la raison, de la justice et du bon sens qui émanent de Dieu. – Juifs, mettez-vous à manger du jambon avec les autres hommes vos frères. Espagnols, chassez vos moines et jetez-les par la fenêtre, lorsqu'ils ont l'impudence et l'effronterie de venir déposer leurs sandales à votre porte. Démolissez la sainte inquisition et renvoyez vos saints inquisiteurs, s'ils veulent s'y opposer. – Et vous, Turcs, esclaves des rêveries de votre prophète, mettez-vous à boire du vin, rendez la liberté à vos femmes au lieu de les enfermer, elles sont faites pour concourir aux charmes de la société. – Puissent toutes les nations prendre pour modèle les sages décrets de l'assemblée nationale de France, qui tendent à détruire tous les préjugés que l'ignorance, l'orgueil et le fanatisme avaient accrédités, pour, donner à quelques despotes un empire aveugle et absolu sur le reste de l'espèce humaine, qu'ils ont abruti et dépouillé presque dans tous les pays pour la réduire au plus honteux esclavage.

 

 

 

Chanson

Sur l'air : Du Confiteor.

 

Repentir d'un gros bénéficier, et leçons que lui a données Lison, chez laquelle il a soupé.


 

Hélas ! quelle est l'énormité

De mes fautes, de mes offenses ?

Du saint nom de l'humanité

Dans mes folles extravagances,                           bis.

J'ai toujours méconnu les droits,

Et d'un Dieu bon les justes lois.

 

De bénéfices et de grands biens

Je fus pourvu en abondance ;

Pour ma table et pour mes catins

J'avais à peine suffisance, bis

Tandis que tant de citoyens

Jeûnaient comme de pauvres chiens.


 

Ah ! je croyais de bonne foi

Que tout pour moi dans cette vie

Devait concourir à la fois

À mes goûts, à ma fantaisie,                             bis.

Pour la luxure et les plaisirs

Renaissaient tous mes fous désirs.


 

J'étais fier, j'étais orgueilleux

De mes titres, de mes ancêtres ;

J'étais dur, j'étais vaniteux,

Comme le sont beaucoup de prêtres,                                   bis.

Qui méconnaissent, ainsi que moi,

D'un Dieu pauvre la sainte loi.


 

Un soir soupant avec Lison,

Dont l'âme était sensible et tendre,

Elle me fit cette leçon :

Je vais de bonne foi la rendre,                           bis.

Tant j'aime sa sincérité

Et son ton de naïveté.


 

Gros joufflu, dit-elle en riant,

Tu crèves et regorges d'aisance,

Tu es gai, ton cœur est content ;

Mais pourquoi, dis-moi donc en France,                            bis.

Enrichir tant de fainéants

Du sang de tous les pauvres gens.


 

Qu'as-tu donc fait pour ton pays,

Pour posséder tant de richesses ?

Crois-tu gagner le paradis

Avec ton faste et tes maîtresses.  bis.

Avoue que tu n'es qu'un vaurien,

Qui ne fus jamais bon à rien.


 

Quand le bon sens et la raison

Chasseront le grossier mensonge,

De bonne foi le croira-t-on,

Qu'il ait existé dans le monde                          bis.

Des fourbes qui, avec des mots

Aient dépouillé tant de sots ?


 

Le croira-t-on dans l'avenir,

Que l'espèce humaine abrutie

Ne pût parler, ne pût sentir,

Et que le flambeau du génie                              bis.

Fût éteint par tant de fripons

Qui enchaînaient les nations.


 

Les moines mangeaient nos moutons,

Ils nous enlevaient nos bergères,

Ils croquaient nos poules et chapons

Et marmottaient quelques prières.                                   bis.

Gardons nos bergères et moutons,

Et tous ensemble Dieu prions.


 

Fin.




 

 

***

 

Pour citer ce texte féministe

 

M. L. C. D. V., « Adresse au beau sexe ; relativement à la Révolution présente », texte féministe de 1790, choisi, transcrit, corrigé & commenté brièvement par Dina Sahyouni, Le Pan poétique des muses | Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°16, mis en ligne le 1er août 2021. Url  :

http://www.pandesmuses.fr/lettreno16/mlcdv-adresseaubeausexe 

 

 

 

Mise en page par Aude Simon

 

 

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