31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 10:04

 

Encyclopédie évolutive de la poésie mineure 

(ou des femmes et du genre en poésie)

                                                   

 

Section de la poésie engagée : "Féminismes, vies et œuvres engagées"

 

 

 

Portrait croisé

 

 

George Sand et Louise Michel :

 

 

deux avant-gardistes féministes

 

 

du monde littéraire français

 

 

Rédactrice : Maggy de Coster

 

Site personnel : www.maggydecoster.fr/

Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/

 

 

 

© Crédit photo : Photographies des auteures/autrices, domaine public

 

Propos liminaires

 

Georges Sand et Louise Michel sont deux grandes figures littéraires féministes nourries des idées socialistes progressistes. L’une a combattu par la plume, l’autre, passionnée, modèle de dignité et de ténacité a mené sans concession une lutte acharnée contre l’injustice. Dans cette optique, nous nous proposons de faire ressortir les convergences et divergences dans leur cheminement. Cependant notre propos n’est pas de verser dans une analyse de contenu des œuvres des deux protagonistes, d’ailleurs très riches et abondantes, mais d’établir un parallèle entre les voies et moyens utilisés par ces deux femmes de lettres engagées dans la lutte contre l’injustice.

 

George Sand

 

Née à Paris le 1er juillet 1804, Amantine Aurore Lucile Dupin, fille de Maurice Dupin de Francueil et Sophie-Victoire Delaborde. Elle est l’arrière-petite fille du Maréchal Maurice de Saxe du côté paternel, donc elle est à cheval sur l’aristocratie et la classe populaire, ce qui la porte à dire :

 

On n’est pas seulement l’enfant de son père, on est aussi un peu, je crois, celui de sa mère. Il me semble même qu’on l’est davantage, et que nous tenons aux entrailles qui nous ont portés, de la façon la plus immédiate, la plus puissante, la plus sacrée. Or, si mon père était l’arrière-petit-fils d’Auguste II, roi de Pologne, et si, de ce côté, je me trouve d’une manière illégitime, mais fort réelle, proche parente de Charles X et de Louis XVIII, il n’en est pas moins vrai que je tiens au peuple par le sang, d’une manière tout aussi intime et directe ; de plus, il n’y a point de bâtardise de ce côté-là.

 

Dans sa généalogie, George Sand revendique la primauté de l’héritage de sa généalogie maternelle. Cela révèle aussi son attachement au matriarcat. Avec sa grand-mère bien-aimée Marie-Aurore de Saxe, Aurore Dupin, elle découvre Jean-Jacques Rousseau et se nourrit des lectures de Chateaubriand à travers le Génie du christianisme, de Montaigne, de Montesquieu, de Dante, d’Aristote, de Shakespeare, de Virgile et des philosophes comme Leibniz, Locke etc. Caroline la grande sœur maternelle d’Aurore Dupin se présente chez Marie-Aurore de Saxe sa grand-mère pour la chercher, elle se fait chasser sans ménagement par cette dernière. La petite Aurore, traumatisée par cette injustice, tombe malade.

Ayant eu recours à un subterfuge pour cacher son identité sexuelle afin de se prémunir du rejet du monde littéraire, elle devient George, synonyme de force dans la tradition berrichonne et Sand n’est que le raccourci du nom de son amant Jules Sandeau avec lequel elle a écrit Rose et Blanche, ou la Comédienne et la religieuse, paru en 1831 sous le nom de Jules Sand. Notons que c’est par l’entremise de ce dernier qu’elle fera la connaissance de Balzac. À l’instar de plusieurs femmes de lettres, elle se travestit donc en homme afin de déjouer le poids de la condition féminine au XIXème siècle qui pèse sur les femmes.

 

 

Louise Michel

 

Louise Clémence Demahis dite Louise Michel est née au Château de Vroncourt, canton de Bourmont en Haute-Marne, le 29 mai 1830 de Marianne Michel, femme de chambre des châtelains Demahis. La belle Marianne aurait été surprise, en pleurs, par la châtelaine qui insista pour savoir la raison de son chagrin. Et Marianne d’avouer qu’elle était enceinte de Laurent, le fils de cette dernière. La rumeur voulait que Laurent eût subi cette paternité pour protéger son père, Étienne Charles Demahis qui finit par l’expulser du château.

Louise Michel reçoit une éducation solide mais libérale dans une ambiance voltairienne, sous la houlette de son grand-père, avocat républicain à la retraite, humaniste et fin lettré, et de sa grand-mère adorée qui l’initie à la musique et à la poésie, sans abstraire sa proximité avec sa mère Marianne. Notons qu’à l’époque l’école n’était pas encore accessible aux filles et qu’il eut fallu attendre 1850. À la mort de son grand-père, elle avait 15 ans et voulait se faire religieuse. C’est à la mort de sa grand-mère Charlotte Maxence Porquet Demahis que sa vie va basculer. Désespérée, elle lance ce cri de détresse :

 

Hélas ! Pourquoi ces jours ont-ils passé si vite ?

Déjà tu restes seule et sur ton front serein

J’ai peur de voir une ombre et que tu ne me quittes.

Comme au jour où l’aïeul mourut, tenant ma main,

Je me sens frissonner ; mon âme se délite

Sous le vent glacé du destin.

 

À la mort de sa grand-mère est chassée du Château de Vroncourt par sa belle-mère. Elle dilapida son héritage financier en jouant la bonne samaritaine, elle se retrouva sans ressource, aussi s’écria-t-elle : « Me voilà arrachée à mon repos et jetée dans un océan orageux, sans avoir, sans ressources mais avec du courage, de la jeunesse et une grande croyance en Dieu… »

À Cherbourg, elle va se rendre à l’évidence de la triste réalité de la condition ouvrière et c’est de là que va naître chez elle le déclic révolutionnaire. Elle exerce avec passion son métier d’institutrice dès janvier 1853 dans la maison Causelle, rue de Ham à Audeloncourt en Haute-Marne. À la rentrée de 1857, grâce à l’aménité de son ami Fayet, Louise trouvera une place d’institutrice dans la pension de Mme Vollier, rue du Château d’Eau à Paris. Elle dilapide son maigre salaire dans l’achat des livres et au profit des défavorisés. Mue par l’esprit républicain, en 1865, elle se révolte contre la misère environnante et commence à porter un regard réprobateur sur Napoléon III.

Contrairement à Louise Michel, George Sand convola avec François-Casimir Dudevant. Le 17 septembre 1822 dont elle eut deux enfants Maurice et Solange (qui dit-on, serait la fille de Stéphane Ajasson). Notons qu’à l’époque le mariage enfermait les femmes dans une position de mineure, le divorce n’existant pas encore (après sa suppression par Napoléon I), une séparation de corps sera prononcée le 16 février 1836 par le Tribunal de la Châtre pour motifs « injures graves, sévices et mauvais traitements » reconnus.

 

Si l’une et l’autre se révoltent contre les injustices sociales, il existe toutefois des divergences dans leur engagement politique.

 

À la proclamation de la IIIème République, George Sand se mobilise en faveur des condamnés et prisonniers politiques en intervenant auprès de Napoléon III. Ainsi, elle entreprend de multiples démarches en leur faveur, au cours des mois de janvier et février 1852. Cependant en 1871, elle n’a pas hésité à rejoindre les écrivains qui condamnent la Commune de Paris comme Gustave Flaubert, Théophile Gautier, Alphonse Daudet, Émile Zola, Leconte de Lisle et ose même critiquer Victor Hugo. Elle plaide pour une amnistie générale, mais sa tentative n’aboutira pas.

George Sand va jusqu’à s’exprimer en ces termes : « Les exécutions vont leur train. C’est Justice et nécessité », propos qu’elle justifiera dans le Journal Le Temps. À la faveur de la chute de Louis-Philippe et aux termes de la Monarchie de juillet le 24 février 1848, George Sand s’illustra par un engagement politique actif en créant La cause du peuple, Le bulletin de la République et l’Éclaireur de l’Indre.

L’échec de la Révolution et l’arrestation massive des députés dont Adolphe Thiers sonnent le glas de sa militance politique et la plongent dans la désillusion. Confrontée à la censure de la presse, elle se retranche dans ses écrits littéraires pour faire passer ses messages à travers ses romans, le théâtre et ses correspondances.

George Sand, anticléricale à l’égal de Louise Michel a reçu tout comme elle une éducation basée sur la foi chrétienne qui s’est modifiée à la faveur de l’esprit des Lumières. Aussi s’insurge-t-elle contre le clergé qui porterait « un voile mensonger sur la parole du Christ, une fausse interprétation des sublimes Évangiles, et un obstacle insurmontable à la sainte égalité que Dieu promet, que Dieu accordera aux hommes sur la terre comme au ciel ». L’ancienne pensionnaire du couvent des Augustines anglaises collaborait au Journal Le Monde fondé par Lamennais, le démocrate chrétien dont elle disait : « Nous vous comptons parmi nos saints... vous êtes le père de notre Église nouvelle ». Elle partageait aussi les idées de Leibniz et de Saint-Simon sans se réclamer ouvertement de la doctrine de ce dernier. La libération de la femme devenait la toile de fond de son roman Indiana (1832). À l’époque elle venait de se séparer de son mari. Elle récidivait avec Valentine paru la même année et Lélia (1833). Ce sont des romans dits féministes. La question sociale sera également son cheval de bataille. Cela dit dans Lettre à Guéroult en date du 20 octobre 1835, tome III p.73, on peut lire ce qui suit :

 

Je vous dis, moi je ne connais et n’ai qu’un principe : celui de l’abolition de la propriété. Voilà en quoi j’ai toujours vénéré le saint-simonisme.

 

Souscrivant à un mysticisme énergique, elle avançait :

[…] je révère ceux qui, dans ce siècle maudit n’ont subi aucun entraînement vicieux, et qui se retirent dans une vie de méditation et de recherche pour rêver le salut de l’humanité. Mais je crois qu’avec la moindre vertu mise en action et soutenue par une certaine énergie, on en ferait plus qu’avec toute la sagesse des nations délayées dans les livres.

 

Républicaine et socialiste en 1848, elle n’avait pas hésité à rejoindre en 1871 les écrivains qui condamnaient la Commune de Paris, comme Gustave Flaubert, Edmond de Goncourt, Théophile Gautier, Maxime Du Camp, Charles Marie René Leconte de Lisle, Alexandre Dumas fils, Ernest Renan, Alphonse Daudet, Ernest Feydeau et Émile Zola.

Entre temps Louise Michel, personnage emblématique de la Commune, surnommée la « Vierge rouge », s’active, pose des barricades. Elle sera arrêtée et condamnée à mort. Radicalement opposé à la peine capitale, Victor Hugo, sans approuver ses agissements, va intervenir en sa faveur pour obtenir sa libération.

 

Louise Michel, rebelle et généreuse

 

En 1851, âgée de 21 ans, elle fit ses premiers pas dans le journalisme dans L’Écho du peuple de Chaumont sous un prénom masculin comme Gorge Sand en signant Michel Demahis. Figure emblématique de la commune de Paris, Louise Michel prenait parti pour les petites gens, défendait les minorités, les noirs de la Nouvelle Calédonie, les déportés algériens. C’est une âme rebelle et généreuse qui n’hésiterait pas à donner sa vie pour la cause qu’elle défendait. À ce compte la mort ne lui serait pas moins une apothéose. Il n’est pas toujours facile de s’accuser d’une faute qu’on n’a pas commise mais elle l’avait fait sans hésitation. « Si vous n’êtes pas des lâches, tuez-moi », déclara-t-elle le 16 décembre 1871 devant le tribunal militaire. Quelle bravoure ! Victor Hugo la magnifia en lui consacrant un poème intitulé son poème Viro Major (Plus grand qu’un homme), dont voici des extraits :

 

Ayant vu le massacre immense, le combat

le peuple sur sa croix, Paris sur son grabat,

La pitié formidable était dans tes paroles.

Tu faisais ce que font, les grandes âmes folles

Et, lasse de lutter, de rêver, de souffrir,

Tu disais : « Jai tué ! » car tu voulais mourir.

 

Ou encore :

 

Tu mentais contre toi, terrible et surhumaine.

Judith la sombre Juive, Aria la Romaine

Eussent battu des mains pendant que tu parlais.

Tu disais aux greniers : « J’ai brûlé les palais ! »

Tu glorifiais ceux qu’on écrase et qu’on foule.

Tu criais : « J’ai tué ! Qu’on me tue ! – Et la foule

Écoutait cette femme altière s’accuser.

Tu semblais envoyer au sépulcre un baiser ;

Ton œil fixe pesait sur les juges livides :

Et tu songeais, pareille aux graves Euménides.

 

 

George Sand : une vie littéraire intense et une vie sentimentale agitée

 

Elle mena une vie littéraire très intense et reçut tant dans son domaine de Nohant qu’à Palaiseau des personnalités très variées comme Franz Liszt, Frédéric Chopin, Marie d’Agoult (connue sous le pseudonyme de Daniel Stern), Honoré de Balzac, Gustave Flaubert Eugène Delacroix cependant ce n’était pas sans affronter la misogynie de nombre de ses congénères comme Charles Baudelaire, Jules Barbey d’Aurevilly. Elle avait une vie sentimentale agitée découlant probablement de l’échec de son mariage contracté à l’âge de seize ans. Aussi fustigea-t-elle le mariage.

 

Condamnant vivement La Commune, elle justifiait sa position dans le journal Le Temps en posant des arguments conservateurs car elle y voyait un moyen de saper les bases de la République naissante. Elle préféra proposer « L’éducation pour tous » comme alternative à la Commune. Loin de la remettre en question, les critiques ont préféré privilégier son autorité littéraire, son ascendant sur les écrivains de sa génération en tant que femme, à savoir la place qu’elle avait su occuper à leurs côtés et pour avoir su s’imposer à ses détracteurs.

 

Cela dit, à Balzac elle inspira les Galériens ou les Amours Forcés signifiant l’idylle entre Franz Liszt et Marie d’Agoult. Cette dernière est campée sous les traits de Béatrix, (le titre éponyme du roman) et le compositeur sous celui de Conti, paru dans la Collection de La Comédie humaine, roman où George Sand est représentée par Camille Maupin. En 1862, elle fut la seule femme à être admise au traditionnel dîner Magny réunissant le gratin du monde intellectuel comme Ernest Renan, Augustin Sainte-Beuve sans oublier Gustave Flaubert, son fidèle ami ainsi que des scientifiques et des journalistes.

 

George Sand laisse une œuvre foisonnante qui compte plus de soixante-dix romans, cinquante volumes d’œuvres diverses dont des nouvelles, des contes, des pièces de théâtre et des textes politiques. Elle a publié environ quatre-vingt-dix titres évoquant pour la plupart le Berry sans compter ses correspondances d’écrivain, comprenant plus de quarante mille lettres connues et recueillies entre 1812 et 1876.

 

 

Qu’en est-il de Louise Michel ?

 

 

Tout aussi polyvalente que George Sand, sociétaire de l’Union des poètes, Louise Michel a écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, des contes pour enfants, des essais, des opéras, des opérettes, des mémoires, des chansons, une encyclopédie et des pièces de théâtre, dignes d’intérêt mais pour la plupart inédits. Vingt-sept titres ont été publiés de 1861 à 1898. treize œuvres posthumes entrent dans sa bibliographie. Ses œuvres se trouvent dispersées à Amsterdam, à Moscou et aussi au Musée de l’histoire vivante à Montreuil, lequel abrite cent cinquante-cinq pièces de l’écrivaine.

Institutrice très avant-gardiste et boulimique des savoirs, elle se forme sur tous les fronts et participe à des réunions à caractère social. Ainsi se développe sa conscience politique. C’est dans la lecture des Misérables que l’ancienne royaliste trouvera sa voie. Mue par l’esprit républicain, en 1865, elle se révolte contre la misère environnante et commence à porter un regard réprobateur sur Napoléon III. En 1871, elle collabore au Cri du peuple fondé par Jules Vallès et Pierre Denis.

Déportée en Nouvelle Calédonie en 1873, elle fait la connaissance de Henri de Rochefort et prend parti pour les autochtones et crée Petites Affiches de la Nouvelle-Calédonie et édite Légendes et chansons de gestes canaques. Ses correspondances entreprises depuis l’âge de quinze ans avec Hugo sous le nom de Enjolras, se poursuivirent jusqu’au moment de sa retraite à Guernesey. C’était l’époque où elle écrivait La Marseillaise noire, véritable chant de guerre :

 

La nuit est courte et fugitive

En avant tenons-nous la main

Garde à toi citoyen qui vive

Républicain républicain

Entendez-vous les cris d’alarme

Écoutez gémir le tocsin

Lève-toi peuple aux armes aux armes

 

 

 

Elles ont toutes les deux défendu les valeurs féministes

 

Pour Louise Michel, féministe avant la lettre : « La question des femmes est […] inséparable de la question de l’humanité » ou encore : « Notre place dans l’humanité ne doit pas être mendiée, mais prise. » (Cf. L’histoire de ma vie). Son militantisme ne lui laissait guère de place pour une vie privée sinon équilibrée du moins connue et non plus le temps de vivre de sa plume. Cela ne lui valait-elle pas le surnom de la Vierge rouge si bien qu’elle aurait eu un enfant caché de Victor Hugo. Cet enfant de sexe féminin, prénommé Victorine aurait grandi sous le sceau du secret pour ne pas nuire à l’éminence de la personnalité du poète et homme politique qu’elle admirait tant et qui l’aurait trahie, si l’on en croit les révélations du journaliste et écrivain Yves Murie, descendant même de Victorine. (Cf. L’enfant de la Vierge rouge, L’Harmattan, 2002, 288 p.)

Les deux femmes étaient reconnues et vénérées de leur vivant pour leurs engagements politiques respectifs. Quant à Louise Michel, elle avait préféré enseigner dans des écoles publiques libres au lieu de prêter serment à Napoléon III qui fut un ami de George Sand et qui l’accompagna jusqu’à sa dernière demeure. Pour saluer la mémoire de George Sand, le poète et critique anglais Matthew Arnold avance dans un article commémoratif : « L’immense vibration de la croix de George Sand dans l’oreille de l’Europe ne s’éteindra pas de si tôt. On a abondamment parlé de ses passions et de ses erreurs. Elle les a laissés derrière elle et le monde l’oubliera. Ce que l’humanité retiendra d’elle, ce sera le sentiment d’avoir bénéficié du passage sur cette terre de cette grande et franche nature, d’avoir été stimulé par cette vaste et pure expression, l’expression des dieux primitifs ». Cf. (« George Sand », Mixed Essays New York, 1901, p.240-260). Après la lecture de ses romans : Indiana, Jacques et Lelia, le critique littéraire italien Giuseppe Mazzini ne tarit pas d’éloges en faveur de la romancière en affirmant : « Tout le monde reconnaît que du point de vue de la langue, du style, de la forme et de l’imagination, elle est la deuxième des écrivains français contemporains. Elle serait la première si Lamennais n’était pas encore vivant » (Cf. G. Mazzini, Scritti editti. Epistolario vol. XVIII, Imola Galeati, 1921, 16 juin 1837). Histoire de donner écho à la cause italienne en France, l’Italie étant à l’époque un pays morcelé et où la place de la femme était encore dans la sphère domestique.

 

 

En résumé, on peut dire que George Sand et Louise Michel sont deux femmes de lettres d’exception qui avaient en commun la vénération de leurs grands-mères maternelles respectives par qui elles furent élevées. Elles admiraient toutes les deux l’œuvre de Victor Hugo. George Sand entretenait une grande amitié épistolaire sans jamais le rencontrer contrairement à Louise Michel qui l’aurait rencontré une seule fois au temps de sa jeunesse. Elles militaient toutes les deux pour une société égalitaire et sans clivage. Elles ont légué toutes les deux une œuvre très abondante à la postérité. Si George Sand avait fait des concessions en matière politique quant à Louise Michel, elle avait défendu ses idées jusqu’au bout et sans concession donc elle était restée égale à elle-même politiquement jusqu’à sa mort. Son engagement politique a en quelque sorte occulté sa carrière de femme de lettres si bien que seul le titre de communarde lui est connu aujourd’hui par plus d’un. Elles avaient toutes les deux soutenu et accompagné les plus faibles : George Sand n’avait pas hésité à voler au secours des comédiens en détresse et Louise Michel à ôter son jupon pour l’offrir à une pauvresse. Elles restent toutes les deux attendrissantes de bonté. C’était deux belles âmes, chacune à sa façon. Leurs œuvres respirent leurs actes et leurs idées.

 

On conviendra donc que le mode opératoire des deux écrivaines diffère. Louise Michel est allée plus loin que George Sand dans ses actes révolutionnaires, ce qui lui a valu l’étiquette de « Pétroleuse » alors que le nom de George Sand est resté lié à sa propriété dans le Berry d’où son surnom : « la Dame de Nohant ».

Atteinte d’une occlusion intestinale George Sand expire le 8 juin 1876 à Nohant et l’accompagnent à ses funérailles le 10 juin suivant son ami Flaubert, Alexandre Dumas Fils et le Prince Napoléon. Louise Michel meurt d’une pneumonie à Marseille au cours d’une Tournée de conférences dans le sud de la France. Son corbillard est suivi par une foule de cent-vingt-mille au cimetière de Levallois.

Nous parachevons cet article en rééditant La Reine Mab, un des rares poèmes de George Sand, paru pour la première fois le 15 décembre 1832 dans les Soirées littéraires de Paris, un album de fines gravures de Madame Amable Tastu.

 

La Reine Mab

(Ballade)

 

 

Chasseur, sur cette plaine

Que vois-je donc venir ?

Dans la nuit incertaine

Qui peut ainsi courir ?

Quelle rumeur profonde

S’élève dans les airs !

Est-ce du sein de l’onde

Que partent ces concerts ?

 

Ces vivantes nuées,

Ami, c’est le sabbat ;

Des follets et des fées

C’est l’essaim qui s’ébat.

Ils escortent leur reine,

Mab, aux cheveux dorés,

Dont le pied couche à peine

L’herbe fine des prés.

Vois-tu, c’est la plus belle

Parmi les fils de l’air.

Plus d’un barde pour elle

Souffre un tourment amer.

Oh ! crains qu’elle te montre

Seulement son pied blanc ;

Ou songe, à sa rencontre,

À te signer, tremblant.

 

À son regard perfide

Ne va pas t’exposer.

Ici-bas la sylphide

Ne saurait se poser.

Pétulante et menue,

L’air est son élément ;

Elle enfourche la nue

Et chevauche le vent.

 

Quand la lune se lève,

Sur le pâle rayon

Elle vient comme un rêve,

Dansante vision.

Le duvet que promène

Le souffle d’un lutin

Est le char qui l’emmène

Au retour du matin.

 

Au bord des lacs humides,

Dans la brume des soirs,

De ses ailes rapides

Effleurant les flots noirs,

Sur un flocon d’écume

Que le vent fait voguer,

Molle comme une plume,

Elle aime à naviguer.

Lorsqu’à grand bruit l’orage

Court sur le bois flétri,

La fleur d’un lis sauvage

Souvent lui sert d’abri :

La tempête calmée,

Elle prend son essor,

Et s’envole embaumée

D’une poussière d’or.

 

Au nid de l’hirondelle

Qui pend sous le rocher,

Parfois, pliant son aile,

On la voit se cacher ;

Puis, s’élançant comme elle

Sur les flots en fureur,

Rire à la mer cruelle,

Où sombre le pêcheur.

 

En vain de son passage

Sur l’Océan vermeil

J’ai cherché le sillage

Au lever du soleil,

La grève de sa trace

Ne peut rien retenir ;

D’elle, hélas ! tout s’efface,

Tout, hors le souvenir !

 

Le pieux solitaire

À cru souvent, la nuit,

Voir sa forme légère

Glisser dans son réduit ;

Mais, loin qu’il l’exorcise,

À son regard si doux,

Pour un ange il l’a prise,

Et s’est mis à genoux.

 

Du chasseur téméraire

Elle égare les pas,

Et rase la bruyère

En lui tendant les bras ;

Sur la mare trompeuse,

Qu’elle effleure sans bruit,

Elle l’attend, moqueuse,

L’y fait choir, et s’enfuit.

Mais, dit-on la diablesse,

Soit caprice ou remord

Parfois d’une caresse

Tient en suspend la mort.

Eh bien ! Mab est si belle,

Qu’on me verrait courir

Après un baiser d’elle,

Quand j’en devrais mourir !

 

(George Sand, La Reine Mab, ballade, ce poème a été transcrit par Maggy de Coster)

 

 

Bibliographie partielle de George Sand : Indiana (1832) ; (Le Compagnon du Tour de France) ; Mauprat (1837) ; Consuelo (1843) ; Le Meunier d’Angibault (1845) ; La Mare au diable (1846) ; François le Champi (1848) ; La Petite Fadette (1849) ; Les Maîtres sonneurs (1853) ; Histoire de ma vie (1855) ; Les Beaux Messieurs de Bois-Doré (1858)

 

Bibliographie partielle de Louise Michel : Misère, roman (1886, avec J. GUETRE) ; Les Microbes, roman (1886 et suiv.) ; Nadine (drame, 1882) ; Le Coq rouge (drame, 1888) ; Je vous écris de ma nuit : correspondance générale de Louise Michel 1830-1905, éd. de Paris (1999) ; Plus de mille 1000 correspondances et réponses. ; Histoire de ma vie (autobiographie), texte établi et présenté par Xavière Gauthier, Presses universitaires de Lyon, 180 p, tome I, juin 2000 ; Le livre de bagne, précédé de Lueurs dans l’ombre, plus d’idiots, plus de fous (écrits sur l’enfermement asilaire et carcéral) et Le Livre d’Hermann, présenté par Véronique FAU-VICENTI, Presses universitaires de Lyon, 150 p, oct. 2000.

 

 

Cet article est également classé dans le Calepin des personnes d'exception

 

***

Pour citer ce texte

 

Maggy de Coster, « Portrait croisé. George Sand et Louise Michel : deux avant-gardistes féministes du monde littéraire français », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Encyclopédie évolutive de la poésie mineure (ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP, section de la poésie engagée : « Féminismes, vies et oeuvres engagées », [En ligne], mis en ligne le 31 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/portrait-sand-michel

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 14:11

 

Encyclopédie évolutive de la poésie mineure 

 

(ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP

 

 

 

Section de la poésie engagée :

 

 

« Féminismes, vies et œuvres engagées »

 

 

 

Dans la section de la poésie engagée intitulée « Féminismes, vies et œuvres engagées », on souhaite explorer les différentes formes d'engagement en poésie et par extension en littérature (mineure) où la poétique joue un rôle important dans la vie et/ou l’œuvre des femmes et hommes de lettres. Il s'agit donc d'esquisser des portraits voire des profils de types de parcours/voies poétiques. Cette section permet à notre Encyclopédie (entreprise éditoriale érudite mais surtout pragmatique et pratique) de se différencier des autres encyclopédies et dictionnaires en mettant fin au formatage traditionnel et systématique de ces ouvrages en élargissant les horizons du traitement de l'information et de la réception des vies et des ouvrages des auteur-e-s.

Dina Sahyouni

 

 

Maggy de Coster, « Portrait croisé. George Sand et Louise Michel : deux avant-gardistes féministes du monde littéraire français » |

 

 

Pour citer ce billet

 

SIÉFÉGP, « Section de la poésie engagée : "Féminismes, vies et œuvres engagées" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Encyclopédie évolutive de la poésie mineure (ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP, [En ligne], mis en ligne le 30 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/encyclopedie-section2

 

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 10:04

 

Encyclopédie évolutive de la poésie mineure 

 

(ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP

 

 

 

Section

 

 

« Les poètes par eux-mêmes »

 

 

 

La section intitulée « Les poètes par eux-mêmes » est réservée aux auteur-e-s/autrices confirmé-e-s. Elle permet à cette Encyclopédie (entreprise éditoriale érudite mais surtout pragmatique et pratique) de se différencier des autres encyclopédies et dictionnaires en mettant fin au formatage traditionnel et systématique de ces ouvrages qui prive l'auteur de ses facultés de s'auto-juger, d'avoir un savoir et un savoir-faire objectifs sur son parcours et sur ses œuvres malgré le long et lourd héritage éditorial et littéraire en France et ailleurs dans le monde depuis au-moins Abélard en passant par Montaigne et Rousseau…

Dina Sahyouni

 

« Paul Tojean par lui-même » |

 

 

 

Pour citer ce billet

 

SIÉFÉGP, « Section "Les poètes par eux-mêmes" », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Encyclopédie évolutive de la poésie mineure (ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP, [En ligne], mis en ligne le 30 août 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/encyclopedie-section2

 

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11 octobre 2016 2 11 /10 /octobre /2016 10:03

 

Encyclopédie évolutive de la poésie mineure 

(ou des femmes et du genre en poésie)

 

Paul Tojean par lui-même

 

Rédacteur : Paul TOJEAN

Section « Les poètes par eux-mêmes »

 

 

 

À la découverte de la poésie

 

 

À l’âge de 17 ans, au cours de mes études pour devenir compositeur-typographe, je découvre véritablement Les fleurs du mal de Baudelaire. Et c’est un choc, avec L’albatros, Le vin de l’assassin, Les passantes… À la fin du mois de juillet 1980, après avoir perçu mon premier salaire1 je me précipite dans une librairie pour acquérir ce chef-d’œuvre, seulement en livre de poche, car je n’ai pas les moyens encore de m’offrir une édition de luxe. Mais je relis Baudelaire avec délice ! Ensuite, ce fut au tour de Rimbaud, Villon, Verlaine, Victor Hugo, dont Les orientales me séduisent particulièrement. Enfin, je continue ma découverte avec Apollinaire, Aragon, Eluard et dans la foulée, Soupault, Desnos, Breton, Péret, Joyce Mansour… La poésie est entrée en moi pour ne plus jamais en ressortir. Je vis et pense poésie. J’achète des livres de poésies, surtout les poètes du XXe siècle. Évidemment lire du Verlaine et enchaîner ensuite avec Breton ou Apollinaire, n’est pas toujours chose aisée ! Mais d’autres découvertes viennent conforter mes goûts poétiques avec les chanteurs, comme Ferrat, Brassens, Ferré et plus tard Reggiani. Lorsque j’entends pour la première fois Une île de Jacques Brel je suis encore étudiant et j’ai la tête dans les étoiles. Je rêve et éprouve l’irrésistible besoin de m’évader. Un jour tandis que je voyage dans un bus qui longe la côte dans la région de Palavas, je regarde inlassablement les baraques de pêcheurs et puis la mer, cette infinie bleue, qui m’aspire comme une invitation au voyage, synonyme d’évasion et de liberté. C’est alors que je chante pour moi-même ce poème de Brel que j’ai appris par cœur. Je sais déjà que la poésie transite par la chanson. Il n’y a qu’un pas à faire et je deviens bohème… Quelques années plus tard je découvre avec un pur ravissement les poèmes de Rimbaud mis en musique et interprétés par Léo Ferré.

Ce sera aussi le 33 tours avec « Les chansons d’Aragon », puis Baudelaire et Apollinaire avec La chanson du mal aimée, sans oublier le célèbre Frères humains de Villon ou encore Le bateau ivre de Rimbaud… Mais je suis surtout fasciné par les auteurs du XXe siècle. Les plus grands poètes de la modernité contemporaine sont sans conteste : Apollinaire, Larbaud, Cendrars, Morand et tous les surréalistes. Parmi les poètes de langues étrangères, je citerai : Lorca, Machado, Luis Fernandez, Nazim Hikmet, Yannis Ritsos, Octavio Paz, Adonis, Tranströmer…

 


Les auteurs féminins

 

Je suis extraordinairement séduit par les écrits d’Annie Leclerc. Le premier ouvrage que j’ai lu, en 1979, s’intitule Épousailles. J’aime beaucoup ce livre. Je découvre une écrivain qui exprime ses sentiments, ses désirs, ses craintes, ses envies. C’est un livre à la fois philosophique et poétique. Car Annie Leclerc était une professeure de philosophie. Un jour, je suis installé confortablement dans un bar, je termine la lecture de cet ouvrage, puis, je me précipite pour acheter à la maison de la presse, située juste derrière le café, Parole de femme qui vient de paraître. L’auteur qui évoque son intimité en dévoilant le corps féminin, signe un livre revendicatif et œuvre « pour le triomphe de la vie ». Cette éternelle jouissance. C’est aussi une révélation avec ce troisième livre Hommes et femmes, paru en 1986 où se mêlent réflexions philosophiques et poésies : « Femme : premier rivage où s’éveille le désir, puis mer opaque  hantée de désir, île lointaine  enfin, Ithaque à la douceur ultime où s’en va jusqu’à mourir le désir… ». Les récits d’Annie-Leclerc m’inspirent pour la rédaction des poèmes d’amour, concis, quelque peu surréalisants, tel mon recueil inachevé : Au grand jour.

La poésie d’Ariane Dreyfus me comble ! Notamment Une histoire passera ici parue en 1999 aux éditions Flammarion. Ce livre est la chorégraphie du monde. Et je suis cette voyageuse infatigable dans des contrées lointaines, portant un regard sur le « silence des visages » ou presque… Une très belle évasion poétique. Tout comme la fantastique nouvelliste et surréaliste, Gisèle Prassinos avec Le cavalier. Pour mes coups de cœur de la poésie contemporaine, je citerai Vénus Khoury-Ghata et bien entendu Taslima Nasreen. Et puis, il y a Benoite Groult. Son premier livre Ainsi, soit-elle m’a fasciné. La féministe et humaniste appelle les syndicats à se saisir d’une revendication urgente : l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Cependant, ces derniers, même après avoir été sollicités, demeurent sourds à cette récurrente injustice… D’autres noms féminins de la littérature contemporaine sont à citer : Annie Ernaux, Albertine Sarrazin, Elsa Triolet, Anaïs Nin (Journal), sans oublier la très belle impertinence de Sophie Chauveau dans « Débandade » (1982), en s’adressant aux hommes. Christine Orban avec L’attente, Camille Laurens avec Dans ces bras-là (dont j’ai consacré un poème ironique dans l’Art de déplaire). Ou encore les romans d’Emmanuèle Bernheim (Vendredi soir, Sa femme) et d’Elisabeth Quin avec La peau dure. Je soulignerai également l’excellent ouvrage de Michèle Sarde : Regard sur les Françaises, paru chez Stock en 1983. Ce livre de 650 pages évoque le chemin parcouru des femmes du Xe au XXe siècle. Une source d’enrichissement considérable.

De même que pour l'ouvrage Voix de femmes, une anthologie de poèmes et photographies du monde entier, au éditions Turquoise. Sous la direction de E. Turgut. Poèmes choisis par Lionel Ray. Un volume de 380 pages. Époustouflant ! Je citerai également : Les femmes qui écrivent vivent dangereusement de Laure Adler et Stefan Bollmann (Flammarion, 2007).

    Parmi les auteurs de la littérature érotique, mes préférences se portent également vers les écrivains féminins. Ils ont pour noms : Pauline Réage (bien sûr !), Marie Grey, Françoise Rey, Anaïs Nin (Vénus Erotica), Régine Deforges, Alexandra Lapierre, G. Amoureux, Catherine M… Ces auteures, bien mieux que leurs homologues masculins, décrivent des situations érotico-romanesques sans ambages, particulièrement saisissantes.

    Il y a aussi les peintres, les artistes surréalistes : Jacqueline Lamba, Dorothea Tanning, Leonor Fini, Elisa Breton, Remedios Varo, Leonora Carrington, Toyen… Des œuvres fantastiques au cœur même de la poésie…

    Les voix féminines sont autant précieuses. Je pense à Franscesca Soleville, Juliette Gréco, Isabelle Mayereau (pour son Crocodile) ou encore Mannick (avec Paroles de femmes ou La chance d’être femme), Christine Sèvres, Nathalie Cardone, Anna Belen (chanteuse espagnole)…

     

     


    Les origines de la rubrique dédiée à la poésie dans le journal Centre Presse

     

    Depuis quinze ans paraît dans Centre Presse une page poésie. En effet, c’est en mars 2001 que naît l’idée de consacrer un espace poétique dans nos colonnes. Ce projet fait suite à la mise en place par la direction du journal d’une édition supplémentaire de fin de semaine (inexistante jusqu’alors) dotée d’un cahier magazine du dimanche.

    Un détail est également de mise qui coïncide avec ce lancement et décide la création de cette rubrique : la publication avec mon épouse d’une plaquette d’un jeu surréaliste intitulée Questions de principe, dont un compte rendu est publié dans le quotidien. Dès le lendemain, Alain Rollat, (directeur de 2001 à 2003) me sollicite : « Je voudrais que vous assuriez chaque semaine une rubrique poésie ». Je contacte alors le groupe poésie au sein de la MJC de Rodez, afin de convenir d’une entrevue avec la direction du journal et dans la foulée je propose à cette dernière une parution littéraire hebdomadaire assurée par un historien local. C’est donc à partir de cette date que la rubrique poésie est née, alternant tous les quinze jours avec une page littérature consacrée à un écrivain. Afin de palier aux interruptions de ces rubriques au cours de la saison estivale, un communiqué est inséré dans le journal.

    Dès lors, de nombreux Aveyronnais sont heureux de découvrir leurs poésies publiées pour la première fois. Au fil du temps, nos colonnes s’ouvrent à de nouveaux poètes. C’est ainsi que j’ai l’immense privilège de consacrer plusieurs parutions à Jeanine Baude, Claude Confortès ou Joël Bastard, notamment, que j’ai sollicité lors des rencontres aux Journées poésies à Rodez ; ou encore à l’occasion des deux Concours Centre Presse, organisés en 2008 et 2009, où Françoise Urban-Menninger et Sandrine Davin sont lauréates. En 2006, 2007 et 2008 Centre Presse réalise un hors-série de toutes les rubriques du Groupe Poésie Encres, parues dans l’année. Mais à partir de 2008, les membres de l’association ruthénoise cessent leurs activités suite à la dissolution du club. Désormais, je consacre chaque parution à un auteur, y compris les poètes ayant appartenu au groupe

    (Extrait de l’entretien réalisé avec Françoise Urban-Menninger. Revu et corrigé.)


     

    Ainsi, de 2003 à ce jour (octobre 2016), 135 personnes ont fait paraître leurs poésies dans le journal. Les publications se définissent comme suit : 64 poètes féminins et 71 poètes masculins. Ces chiffres ne tiennent pas compte des publications des élèves des écoles publiques de l’Aveyron, ni des membres du Groupe Poésie Encres de la MJC (majoritairement féminin), ni les pages annonçant festivals, salons… ni enfin les poésies des détenus de la maison d’arrêt de Rodez.

    Par ailleurs, je prépare une anthologie poétique de tous les auteurs parus dans Centre Presse au cours des douze dernières années (de 2004 à 2016), date à partir de laquelle la rubrique hebdomadaire est consacrée à un et non à plusieurs auteurs.

     

     


    Quelques réflexions personnelles sur la poésie...


     

    Le mot que je préfère le plus de la langue française est le mot Femme.

    La poésie est femme.

    La poésie est chaque battement de mon cœur.

    La beauté féminine est à l'apogée de la beauté poétique.

    La poésie est le rêve. Le rêve l’amour. L'amour et la poésie ne font qu'un.

    La poésie est érotique.

    L’écriture est une insurrection contre la bêtise et la folie des hommes.

    Elle est l’un des moyens de s’élever contre toute forme de violence, de haine ou d’obscurantisme.

    L’écriture est le genre même où nulle phrase ou paraphrase ne saurait remplacer la spontanéité à toute interprétation poétique ou littéraire.

    Je nomme Art ou Poésie, toute expression plastique, écrite ou verbale qui de manière manifeste contribue ou modifie radicalement le regard sur toute chose portée et admise jusqu'alors.

    Une pièce poétique se construit par l’intervention de différents genres : le poème, le vers libre ou la prose, voire les trois réunis. Cette conception d’écriture dans un même récit éloigne définitivement le poème fabriqué et laisse toute sa place à la spontanéité et à la création…

    La poésie doit être mouvement, implication, opéra, partage, dialogue et interférence.

    C’est par le langage du cœur que transcende la beauté poétique.

    La poésie est un manifeste, un combat, une revendication.

    L’amour et la poésie sont pour moi indissociables et sont comme deux grandes sœurs devenues inséparables…

    Je suis Pérénien par la pensée et Bretonnien dans l’âme.

    (Extraits de « Poèmes philosophiques », 2016)


    Les expositions

     

     

    Je m’intéresse aux arts depuis toujours. Autodidacte, je m'adonne entièrement à ma passion, ayant organisé six expositions au cours des années 2011-2013 dans mon département. Voici un extrait de mon allocution, lors du vernissage qui s’est déroulé à l’Espace Claire Méravilles, à Rodez, le 20 juin 2013.
     

    « Cette exposition divisée en trois parties comprenant des assemblages d’objets, des collages et des photos, semble pour le moins hétérogène et elle l’est assurément. Un assemblage d’objets est un procédé qui consiste à assembler différents objets trouvés au hasard, aussi disparates soient-ils, dans le cadre d’une composition en trois dimensions. Cette démarche rejoint la pratique du collage puisqu’elle cherche à atteindre deux réalités distantes, voire contradictoires, pour les rapprocher ostensiblement. Avec l’introduction de divers éléments images, photos, textes, les collages tendent vers une harmonisation et la recherche constante d’un univers poétique. En tout cas, telle est ma démarche, avec ce bonheur indicible, ce besoin impérieux, presque inavouable : essayer de « pouvoir imager ». Tout comme cette série de photographies où chaque vers d’un poème illustre et accompagne le visage de ma bien-aimée se fixant à l’intérieur d’un objectif d’un appareil photographique. Ces photos-montages peuvent s’interpréter alors comme des poèmes-objets.

    La poésie au cœur de la plastique ? Pourquoi pas. Certaines de mes compositions sont empreintes d’humour et de dérision, telles Vestige méditerranéen, La grande paresse ou encore Renommée méditerranéenne en ce qui concerne les objets, dévoilant ainsi une certaine désinvolture de ma part. Pour l’ensemble de mes collages, comme L’étreinte, L’énigme du désir, Entre hier et aujourd’hui... l’érotisme et l’onirisme demeurent les points essentiels de ces réalisations. Je vous avoue que le goût de la provocation ne m’est pas hostile avec les deux versions de La forêt invisible dont l’une des photographies sert de couverture à mon recueil, L’Art de déplaire paru aux éditions Brumerge en 2013. Dans La forêt invisible II apparaît un sexe féminin en lieu et place de l’objectif, contrairement à la version I, possédant, elle, une boussole. »

    ______________________________

    Note

    1. Après des études classiques, j’ai suivi un parcours de compositeur typographe, où ma vie professionnelle me conduira quelques années plus tard à Rodez.

     

    ***

    Biographie de l'auteur

     

    Paul TOJEAN est journaliste et poète. Secrétaire de rédaction au quotidien CENTRE PRESSE à Rodez, l’auteur de L’Art de déplaire anime depuis 2001 la rubrique poésie dans l'édition du dimanche. A partir de mars 2016, cette rubrique est remplacée par une page « Littérature » où tous les quinze jours, un poète et un nouvelliste sont à l’honneur dans les colonnes du journal.

    Bibliographie

    • Poèmes philosophiques suivi de Questions de principe (Éditions Brumerge, 2016)
    • Quatorze poèmes sur l’amour (Éditions Pan des muses, 2016)
    • Vers toi, Espagne/España adentro (bilingue. Avec sept dessins de Dinha Salama. Editions Brumerge, 2015)
    • Les énigmes de Monsieur Paul (« Avant-dire » de Françoise Urban-Menninger. Illustré par Gaston-Louis Marchal, Éditions Brumerge, 2014)
    • L'Art de déplaire (avec des photos de l’auteur. Éditions Brumerge, 2013, http://les-editions-brumerge.wifeo.com/paul-tojean.php)
    • Neuf Poèmes d'Amour (Préface de Françoise Urban-Menninger. Illustré par Gaston-Louis Marchal. Éditions l'Harmattan, 2011, http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=33704)

    Pour contacter l’auteur :

    paul.tojean@live.fr/ http://poesieadaujourdhui.midiblogs.com/

     

    ***

     

    Pour citer ce texte

     

    Paul TOJEAN, « Paul Tojean par lui-même », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Encyclopédie évolutive de la poésie mineure (ou des femmes et du genre en poésie) de la SIÉFÉGP, section « Les poètes par eux-mêmes », [En ligne], mis en ligne le 11 octobre 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/Paul-tojean-par-lui-même

     

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    Page créée le 11 octobre 2016

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