31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Ma forêt


 

Vojka Milovanovic

 

 

 

 

Quand tu as coupé les ponts,

Je me suis trouvée

Dans cette forêt ensorcelée,

Abandonnée...

J’ai pleuré,

J’ai tremblé,

J’ai eu peur,

Je voudrais échapper

À ce malheur,

Les corbeaux criaient

La forêt bruissait

Les animaux riaient,

Tout le monde se moquait

De moi

Et j’ai couru,

Je cherchais cet arbre

Qui peut me consoler

Qui peut me renouveler

Qui peut m’aider...

Et soudain dans la forêt noire

Une lumière frémit,

Un grand arbre des possibles

Ouvre, devant moi,

Mille ponts et mille chemins

Et je m’en suis sortie.

Pour citer ce poème


Vojka Milovanovic, « Ma forêt », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni,  mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-ma-foret-111674348.html/Url. http://0z.fr/zAwd9

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

http://twitter.com/vojkadaba

http://dabaenpoesie.over-blog.fr/

 

Auteur(e)


Vojka Milovanovic est née à Belgrade en Serbie. Elle finit ses études de français langue étrangère à Belgrade et elle commence à travailler dans une école primaire à Pozarevac (Serbie). Elle est doctorante à la Faculté filologique de l'Université de Belgrade. En voulant trouver les meilleures façons d’approcher le français aux jeunes dans son pays, elle fait une expérience : elle essaie d’écrire les poèmes en français... En 2007, Vojka Milovanovic participe au concours du CEPAL de Thionville et elle gagne « Le prix européen » de CEPAL et le prix de la ville de Terville. Au concours du Centre d’information sur les droits de femmes et des familles de la Marne, en 2008, elle gagne également le prix d’honneur.

En 2009, son poème  « Tes yeux » est selectionné et publié dans l’Anthologie de l’Académie internationale de « Il Convivio »  en Italie. Ce poème est aussi traduit en italien. Elle publie dans les revues comme les Mille feuilles et Il Convivio. En 2010, au concours de l’association « Zygo »  de la Ciotat, elle gagne le prix francophone.

 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 


 

 De l’originalité de l’(auto)création

 

à la banalité de la réception :   


l’Amazone
Natalie Clifford Barney

 

dans son Temple 

 

Evgenia Grammatikopoulou

Université Aristote de Salonique

    

 

 

 

 

En été 1904, deux jeunes poétesses, l’Américaine Natalie Clifford Barney (1876-1972), 28 ans, et la Britannique Renée Vivien (née Pauline Tarn), 27 ans, entreprennent toutes seules un pèlerinage insolite – du moins pour l’époque. Elles partent de Paris en Orient Express pour arriver à Constantinople, et par la suite elles embarquent sur un cargo à vapeur égyptien à destination d’Alexandrie qui devra faire escale à la Terre Promise.

Au bout d’un trajet de plus de 2.500 kilomètres, elles atteignent l’île mythifiée dont elles rêvent de fouler depuis leur adolescence « la poussière consacrée par les sandales de Saphoi», en inaugurant sans doute à leur insu le tourisme « rose » (ou LGBT) plusieurs décennies avant la lettre.

Le couple s’investit à ce voyage au pays natal de Sapho afin de s’offrir une lune de miel (après plusieurs mois de fiel) ainsi que de ressusciter la tradition pédagogique de la Dixième Muse. Or, au tournant du XXesiècle, Lesbos n’est guère une « île enchantée d’immortellesii » ni le royaume « des jeux latins et des voluptés grecquesiii», comme elles s’illusionnent, mais une province arriérée, encore sous occupation turqueiv. Rien à voir avec l’ère édénique de Sapho telle que l’avaient modelée les phantasmes des amoureuses, les rêveries poétiques ou encore les pinceaux des peintres romantiques, symbolistes et préraphaélitesvau tournant du siècle. À la grande déception des visiteuses, la virginité resplendissante anticipée se limite à la beauté de la nature : « la population [aux] traits abâtardis » (SI, p.79) n’évoque en rien la finesse des figures classiques sur les trésors antiques, la société locale plonge dans une primitivité pénible et donc le projet chimérique d’une communauté féminine vouée à la culture poétique est renvoyée aux calendes grecques.

Pourtant, l’intérêt des adeptes étrangères pour la poétesse et pour sa patrie intime n’est point un caprice frivole ou passager. Complètement bouleversée par cette découverte inattendue à l’âge de 15 ans, déjà consciente de son « inversion sexuelle », Barney s’en sert de bouclier ainsi que de boussole afin de justifier, légitimer et surtout idéaliser son attirance insatiable pour les femmes et graduellement la transformer en raison et façon d’être. Au fil des ans, le paradigme saphique s’avère chez Barney une véritable fixation, une identification surchargée de projections personnelles. Extrêmement fragmentéesvi, pleines de lacunes dues au temps écoulé depuis le 7esiècle av. J.-C., l’œuvre et la personnalité de la poétesse restent obscures et donc propices à toute sorte de ré-création, de réappropriationviilibre sinon arbitraire.

 

L’originalité de Barney ne repose pas au fait qu’elle utilise l’autorité de l’antiquité classique comme prétexte ou alibi pour disculper son homosexualité (il ne va pas de même pour la couverture de sa polygamieviii) ; ceci était d’ailleurs monnaie courante parmi les uranistesix. Intrépide, elle prétend y dénicher ladite « Morale de la Beautéx» et en fait la quintessence non seulement de son esthétique mais surtout de son éthique. Sapho avec tout un cortège de chastes amies sublimes et de divinités féminines lunaires sont retirées de l’ombre afin d’illustrer sa vision d’un monde élitiste, sophistiqué, gynocentrée, « feminéistexi » et frôlant sinon la misandrie du moins le sexisme à l’envers. Encore jeune débutante, Barney jure de tracer son propre chemin : « Autant que je vivrai, l’amour du Beau sera mon guide [...] soyons snobs, mais snobs à rebours de notre monde qui n’admet que les valeurs toute faites : découvrons de vraies valeurs qui seules nous inspirent ou nous interprètentxii». Hormis la souplesse de la poésie lyrique, elle emprunte également des bribes à l’androgynat du Banquet platonicien, à l’oisiveté sybarite (plutôt qu’épicurienne, comme on l’a souvent prétendu, en falsifiant l’essence de la philosophie du Jardin), à la noblesse de l’amour courtois, au libertinage aristocratique, aux standards plastiques préraphaélites qui font tabac à l’époquexiii, à la sensualité chatouillante de la verve littéraire et poétique de Pierre Louÿsxiv.

 

Ce palimpseste biscornu épargne Barney de l’obligation de plaider pour sa cause. Habile, elle contourne la rigidité du féminisme naissant ainsi que les revendications réactionnaires des suffragettes qui suscitent spontanément la polémique et se fie à l’apanage, par excellence, féminin qui a fait ses preuves depuis des millénaires : celui de la séduction qui « n’est jamais de l’ordre de la nature, mais de celui de l’artifice [...]du signe et du rituel [et] veille à détruire l’ordre de Dieuxv». Quatre-vingts ans avant le traité homonyme de Jean Baudrillard, Barney coupe court à l’éternelle tendance compulsionnelle des femmes à se prouver irrépréhensibles et les incite à se montrer irrésistibles : « Allons à l’amour comme ils vont à la guerrexvi ». Jeu des apparences, légèreté, artifice, parure, fard, trait d’esprit, cérémoniel, leurre : dans un début de siècle qui prépare le désenchantement définitif de notre culture, la surnommée Amazone exploite l’arsenal du charme que systématisa ultérieurement Baudrillard dans son étude subversive. Si elle stylise dans un excès de narcissisme l’homoérotisme féminin et en magnifie adroitement ses « délices et joies d’âmexvii », c’est pour outrager les normes sacro-saintes du patriarcat, prêtes à écraser lesdites « vicieuses » (ou « lapidées »)xviii, et en dénoncer l’hypocrisie : « Ever since God made Eve from Adam’s rib everything has been abnormalxix ». Plus elle gagne en visibilité, plus elle rend l’acception de l’homosexualité –encore néologisme à l’époque– une affaire de (bon) goût. Ses pratiques concrétisent les théories libératrices du sexologue progressiste Havelock Ellisxx: « En général chez les individus doués d’un puissant instinct moral, il existe une tendance vers les formes supérieures du sentiment homosexuel […]. Je ne vois pas qu’on puisse critiquer cette attitude esthétique [en tant que] vice honteux et dégoûtant […] un acte n’est pas criminel parce qu’il est dégoûtant ». Avec son inégalable sens de la repartie, Barney clôt le débat : « Moi seule puis me faire rougir » (E, ch. 131).

Tour à tour, Barney conçoit des mises en scène pour réarticuler le présumé obscène : encore enfant, elle pose habillée en page pour un portrait réalisé par Carolus-Duran (au fil des ans, elle reprendra à plusieurs reprises ce déguisement) ; jeune adolescente, elle s’initie aux plaisirs de la vie arcadique et s’adonne aux « ébats de nymphes (modernes) », toujours escortée par d’épatantes suivantes,xxiet fait sensation en galopant comme une furie aux alentours de Bar Harbor où elle estive ;  jeune débutante à Paris elle se travestit en homme afin de glisser au Moulin Rouge, court le jupon (de courtisanes et d’autres sommités du demi-monde) au Bois de Boulogne, se fait professionnellement photographier en divers costumes d’antan, seule ou accompagnée de paires audacieuses. La conquête heureuse des femmes désirées et conséquemment la béatitude de la jouissance charnelle cherchent d’urgence un moyen d’expression et de partage : « Seulement l’art pouvait perpétuer la beauté qu’elles éprouvaient ensemble : “it was thus necessary for me to become a poet of love”xxii ».

C’est ainsi qu’en 1900 elle publie Quelques portraits-sonnets de femmes, un éloge poétique dédié à ses premières amours et n’hésite pas à les illustrer avec cinq portraits respectifs réalisés par sa mère (qui ignore évidemment la vraie nature des relations que sa fille entretenait avec ses amies ainsi que le contenu du recueil). La presse mondaine ne lui pardonne pas l’audace d’avoir levé le voile : sous le choc de sa réputation endommagée, la jeune héritière emprunte à l’Aphrodite de Louÿs un pseudonyme, Tryphé, pour sa prochaine publication Cinq petits dialogues grecs (1901) et envisage un éventuel mariage de convenance avec Lord Alfred Douglas (mais finalement elle cède sa place à une de ses maîtresses, Olive Eleanor Custance, qui en avait également besoin). Les concessions s’arrêtent là. Depuis, elle considère les « opprobres […] comme le meilleur moyen d’éliminer les importuns » (SI, p. 91) et opte pour l’intransigeance : « Those who dare to rebel in every age are those who make life possiblexxiii ». L’émigration volontaire à Paris lui délie, à proprement parler, les mains.

 

Le décès de son père en 1902 et le bien bel héritage qui s’ensuit, lui permettent de mener sans restrictions « la vie la plus belle […] celle que l’on passe à se créer soi-même, non à procréer » (E). Tout d’abord, elle invente un curieux mélange dramatico-mondainxxiv, probablement motivée par le constat que « les pièces grecques ne passent plus, les pièces lesbiennes pas encore » (PA, p. 160). Commencent donc les « folies de Neuilly sur les pelousesxxv » de son pavillon récemment loué : des festins organisés ou improvisés, accompagnés de récitations de poèmes, de représentations de pièces surtout saphiques (souvent écrites de sa propre plume), de danses, de tableaux vivants ainsi que de happenings où l’on peut admirer, par exemple, Mata Hari en Lady Godiva bondissant d’une cachette parmi les arbustes « sur un cheval blanc harnaché de turquoises persanes » ou performant « ses danses guerrières » (NPA, p. 35). Cependant, les voisins barbares n’apprécient point les chorégraphies de Raymond Duncan (frère d’Isadora), sa femme grecque Pénélope jouant des mélodies traditionnelles à la harpe ou à la lyre, les costumes archaïsants et les sandales d’Eva Palmer ni même Colette et Sacha Guitry dansant enveloppés dans une fine brume d’encens qui embaume dans un brasier. Également grossier, le propriétaire de la résidence ne s’émeut guère par l’article paru sur Comœdia (le 23 mai 1909) décrivant « des fêtes de nus très chastes sous les ombrages de son jardin » ; il ne compatit non plus avec le journaliste de La Vie Parisienne (juin 1905) qui regrette qu’Oscar Wilde ne soit plus en vie pour assister aux fêtes (il n’aurait absolument pas manqué).

 

Sous ces circonstances, « l’amie des belles lettres et des belles lettrées » (PA, p. IV) trouve sa place; en 1909, elle emménage à la rive Gauche au pavillon du 20, rue Jacob (6earrondissement), au quartier favori de ses compatriotes et consœurs : Gertrude Stein, Alice B. Toklas, Djuna Barnes, Jannet Flanner, Sylvia Beach, Adrienne Monnierxxvi. Les galas, les bals masqués et les spectacles païens –bien que désormais mieux protégés des mauvaises langues par le haut enclos et le dense feuillage du préau– mûrissent à l’instar de leur hôtesse. Les agapes des initiés perdent en exhibitionnisme mais gagnent en vivacité d’esprit. Pour plus d’un demi-siècle, le pavillon du XVIIIesiècle meublé de style Renaissance avec son unique Temple à l’Amitié dorique abrite les « vendredis hasardeux », pluriculturels et multicollectionnels de Miss Barneyxxvii. Selon les témoignages, l’égérie américaine fidélisait ses convives par la somptuosité de ses dons naturels et non pas de ses biens matériels (dont elle était plutôt regardante)xxviii. Interlocutrice volubile et virtuose, extrovertie et extravagante, Barney s’offre désormais elle-même en spectacle régnant parmi ses hôtes enviables, et finit par déclarer avec sa modestie inimitable : « Je n’ai pas créé un salon ; un salon a été crée autour de moi ».


Avec le temps, naît un cercle encore plus intime, un « groupe éclatant, lettré, fortuné, qui couvrait d’insolence sa gracieuse débilité de coteriexxix » pour reprendre les paroles de Colette. En 1927, Barney riposte à la misogynie intransigeante de l’Académie Française et fonde, toujours sous son toit, l’Académie des Femmes sagement non discriminatoire envers les hommes. Cette institution atypique aspire à faciliter le contact et l’échange entre les femmes-écrivains, à les retirer de l’anonymat et à défaire la méconnaissance masculine. Certes, ce pas coïncide avec le surgissement indécis de remarquables femmes-auteurs sur la sphère médiatique dont le mérite se mesure nettement en fonction de et/ou par rapport à leur sexexxx. Mais les hommages et la renommée rendus par l’intermédiaire de Barney excèdent à peine le milieu de ses amitiés homosociales et/ou homosexuelles. En outre, sa sociabilité et sa sensualité extrêmes prennent souvent majestueusement le dessus sur l’esthétisme gratuit : c’est ainsi que, sous le poids d’un affectif fluctuant, l’adage « art for art’s sake » se métamorphose souvent en « art for love’s sake » ou même en un « love for love’s sake » pur et dur. « Préférer mes amis à leurs livres ? » se demande-t-elle (NPA, p. 53) pour conclure : « Je ne suis pas bibliophile mais humanophile : c’est en fait d’êtres que je cherche les exemplaires rares » (PA, p. 158).

 

Ses publications de la maturité seraient ainsi l’équivalent d’un catalogue détaillé des principales curiosités de la fabuleuse galerie animéexxxique dirigea pendant des décennies cette « femme qui collectionnait les êtres [et] désirait jouir à sa manière plutôt que réussir à celles des autresxxxii ». Ayant vite substitué à la verve lyrique juvénile le « lyrisme des sens » (bref, l’amour, PA, p. 122), Barney a préféré « écrire avec sa vie » (en d’autres termes « être poète dans sa vie », SI, p. 18) selon la devise de son illustre Pygmalion, Remy de Gourmont qui consacra son véritable penchant. Mémoires et maximes dans leur quasi-totalité, ouvragés suivant un style remarquable, ses écrits sont, rien que par leur anachronisme intentionnel, le comble de la subtilité : quelle ironie du sort de voir la « débauchée » jadis montrée du doigt applaudie désormais comme moraliste estimable ! Certes, Barney ne s’est jamais studieusement appliquée à créer une œuvre littéraire ; sa joie de vivre abyssale, voire « l’art de l’amantxxxiii» (PA, p. 99) l’emporta ; d’où son identification mi-sérieuse mi-narquoise avec le vers du poète irlandais : « My only books / Were women’s looksxxxiv ». Si pourtant elle a pris soin de mettre ses pensées et ses souvenirs sur papier, ce n’était ni par mimétisme stérile ni par complexe d’infériorité envers son entourage glorieux, comme l’insinua un de ses biographesxxxv. Son dilettantisme littéraire semble être le complément naturel de son inventivité quotidienne, une trace concrète de son génie wildien : « Parler à quelqu’un c’est écrire à haute voix, c’est s’écouter écrire » (NPA, p. 57). S’il est vrai que « l’Amazone en son Temple jouait la divinexxxvi » il fallait bien un geste pour sauvegarder, alambiquer ou retoucher son rayonnement autrement éphémère. Ses apophtegmes et récits anecdotiques prennent le relais des fidèles qui de son vivant en répercutaient les exploits et en assuraient la renommée : « Sans faux semblant, ma vie est bien la mienne, et par conséquent mon œuvre : mes écrits n’en sont que le résultat, l’accompagnement. Je les offre comme tels » (SI, p. 23).


Or, cette offrande n’a pas su esquiver non plus la marque de l’éclectisme : elle demeure de nos jours réservée à une clique de happy few. Épuisée (souvent jamais rééditée depuis sa première publication), la plupart de ses écrits est pratiquement introuvable en dehors des bibliothèques spécialisées. Quant à son autobiographie, elle repose inédite, bien sécurisée dans les fonds de la bibliothèque Jacques Doucet et réservée aux chercheurs (hommes et femmes). Mais les intéressés n’ont pas à se plaindre : près de 2.000 pages, reparties en sept monographies (dont deux partagées avec ses maîtresses Vivien et Romaine), vous attendent en rayon contenant « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Natalie (sans jamais oser le demander) ». On finit par tout apprendre sur « le pape de Lesbos » (Mauriac) : sous quelles circonstances « la Tribade Triomphante » (de Montesquiou) découvrit les plaisirs de l’onanisme, où ce « Don Juan féminin » qui faisait « frémir Paris-Lesbos » aborda les futures « sultanes » et « favorites » de son harem, combien de « nouvelles amoureuses » expulsèrent les « nouvelles malheureuses » dans la vie de « Mme Frisson » (Aurel), à quel âge cette « épicurienne aux sens hypertrophiés » (Chalon) fit sa dernière conquête, comment la « Béatrice infernale » (Rouveyre) devint « La Rochefoucault en jupons » ou encore quelles friandises on devrait incriminer pour avoir gâché la ligne de cette « Barbare charmante » (Wickes) à propos, attention à l’abus de poulet à la crème et de vacherin glacé ! 

 

À part l’approche universitaire, plus théorique de Karla Jay (1988) puis celle de Suzanne Rodriguez (2002), qui entreprend une mise en relief exhaustive du cadre historique, la bibliographie disponible réitère un intérêt surtout anecdotique, des scènes pimentées, des détails scabreux, des clichés indignes du raffinement barnéen. Rien qu’en feuilletant ces ouvrages, on en perçoit le voyeurisme sous-jacent : les titres abusent du surnom d’Amazone et en font un euphémisme banal du lesbianisme, les sous-titres prédisposent le lecteur à un bilan de donjuanisme saphique débridé, les tables des matières révèlent des chapitres organisés selon la succession des amoureuses, le riche matériel photographique des maîtresses irrésistibles scandalise les braves gens, l’emploi fréquent du prénom Natalie sous-entend une familiarité qui laisse à désirer, pour ne pas mentionner cette exclusivité mondiale : les mémoires de « cette perfection tombée du cielxxxvii », Berthe, sa femme de chambre. Inévitablement, ces biographies-collages d’archives et de témoignages finissent souvent par s’imbriquer fastidieusement. Elles ruminent des épisodes certes captivants mais forcément mieux récités par la virtuosité de leur protagoniste à leur version originale ou bien elles modifient les mêmes incidents plus ou moins connus afin des les harmoniser avec l’intentionnalité du rédacteur et le style désiré du portrait esquissé (hagiographique, caricatural, vaudevillesque, décoincé ou neutre).

 

« Il ne faut surtout pas confondre le Temple de l’Amitié avec la loge de la conciergexxxviii » : Marguerite Yourcenar a justement voulu avertir les générations futures d’un piège qu’ils non pas su éviter. Or, Natalie Barney, ayant non seulement brillamment préparé de bonne heure sa « sortie du placard » (à une époque où régnait le camouflage ou la réticence – ledit « placard de verre » – autour de la divergence sexuelle) mais aussi fièrement exposé le contenu de sa garde-robe luxueuse, n’avait pas de linge sale à laver en famille ou ailleurs. Sa foi quasi-mystique aux jouissances célestes vénusiennes l’épargnait de toute culpabilitéxxxixet « l’orgueil de donner le plaisir [l’]allége[ait] de toute autre dignitéxl ». Si l’histoire de l’homosexualité féminine – et par extension de l’émancipation du désir féminin – est d’après ses théoriciennes une lutte permanente contre l’invisibilité et l’ostracisme, une révolte continue contre la représentation spectrale de ses partisanesxli, alors Natalie Clifford Barney y fait indiscutablement figure de proue grâce à son refus précoce et soutenu de se laisser intimider ou assimiler par les normes du phallogocentrisme dominant – naguère comme toujours. 

 

 

Notes


i. Natalie Barney, Souvenirs indiscrets, Paris, éd. Flammarion, 1960, p. 78 (désormais SI). La quasi-totalité de l’œuvre de Natalie Clifford Barney étant épuisée et donc difficilement consultable en dehors des bibliothèques et des archives françaises spécialisées, la présente recherche aurait été impossible sans le soutien essentiel de la Fondation Nationale des Bourses de l’État Hellénique (Ι.Κ.Υ.) dans le cadre du Programme de Recherche post-doctorale pendant l’année académique 2010-2011.

ii. « Nous nous retrouverons à Lesbos, et quand le jour s’éteindra, nous irons sous bois pour prendre les chemins conduisant à ce siècle. Je veux nous imaginer dans cette île enchantée d’immortelles. Je la vois si belle. Viens, je te décrirai ces frêles couples d’amoureuses, et nous oublierons, loin des villes et des vacarmes, tout ce qui n’est pas la Morale de la Beauté », Natalie Barney, Autobiographie inédite, in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, Paris, Flammarion, 1992 [1976], p. 71. Voir aussi son apologie « Procès de Sapho » appuyée sur un vaste échantillon d’axiomes et de vers laudatifs (Pensées d’une Amazone, Paris, Émile-Paul, 1920, p. IV-VI ; désormais PA).

iii. Charles Baudelaire, « Lesbos », Les Fleurs du Mal, Paris, éd. Larousse 1993 [1857], p. 200.

iv. La guerre d’indépendance grecque (1821-1830) contre le joug ottoman (depuis 1453) ne libéra pas d’un seul coup toutes les régions occupées. Les îles de la mer Egée du Nord furent rattachées à la Grèce en 1912, au cours de la première guerre balkanique, tandis que le pays acquit ses frontières définitives actuelles après la seconde guerre mondiale, en 1947, avec le rattachement du Dodécanèse.

v. Voir respectivement : Sappho et Alcée (1881) du Néerlandais Sir Lawrence Alma Tadema (1836-1912); Sappho (1890) de l’Autrichien Gustav Klimt (1862-1918); In the days of Sappho (1904) et Sappho (1910) du Britannique John William Godward (1861-1922).

vi. « Precisely because so many of her original Greek texts were destroyed, the modern woman poet could write “for” or “as” Sappho’s and thereby invent a classical inheritance of her own », in Susan Gubar, « Sapphistries », Signs, 10, 1984, p. 46-47.

vii. « Cette ré-création et cette ré-appropriation de l’histoire antique est à la fois provocatrice et instructive : elle contredit les détracteurs du lesbianisme et renforce un des rares fondements légendaires de l’amour entre femmes » in Patricia Izquierdo, Devenir poétesse à la Belle Époque, Paris, éd. L’Harmattan, 2009, p. 213.

viii. « Barney seemed never to find women who shared what she considered to be her Sapphic ideal of multiple relationships without jealousy », in Karla Jay, The Amazon and the Page, Bloomington, ed. Indiana University Press, 1988, p.  32.

ix. « Beyond the simple question of identification lies the rather more complex one on whom they were identifying with […] the historical character of Sappho barely exists, except as an idea […] Like any number of male homosexuals of their own and later days, they sought Classical authority as a defense of their sexual preferences. But beyond this “political” interest in Sappho, Barney and Vivien were motivated to find in her life and work some sort of guide to newer and finer forms of relationships among women, forms untainted by what they saw as masculinist notions of what was appropriate to women», in Karla Jay, The Amazon and the Page, op. cit., p. 66-67.

x. Natalie Barney, Autobiographie inédite, Bibliothèque Jean Doucet, in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p. 71.

xi. Patricia Izquierdo utilise ce terme pour designer un féminisme plus personnel, plus artistique et qui ne s’est jamais réalisé en militantisme, in Devenir poétesse à la Belle Époque, op. cit., p. 215-217.

xii. Autobiographie inédite, in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p. 75-76.

xiii. Voilà comment la décrit Edmond Jaloux « […] a girl thin as a sword, the pre-Raphaelite type so common among the Anglo-Saxons at the time » ; grâce à sa chevelure préraphaélite que ses amoureuses l’appelèrent “Moonbeam”, Suzanne Rodriguez, Wild Heart, New York, Harper Collins, 2002, p.155 et p. 49.

xiv. Notamment du plagiat saphique Chansons de Bilitis, 1984 et d’Aphrodite, 1896, qui ont immédiatement marqué un succès colossal.

xv. Jean Baudrillard, De la séduction, Paris, éd. Galilée, 1979, p. 10.

xvi. In Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p. 166.

xvii. Lettre inédite à Liane de Pougy, in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p.68. Nous soulignons. Cf. aussi : « Ce que nous apprenons de plus surprenant ou de plus mystérieux dans l’amour physique, c’est que l’amour n’est pas physique », NPA, p. 160.

xviii. Suzanne Rodriguez, Wild Heart, op.cit., p. 54 & Diana Souhami, Wild Girls, London, Phoenix, 2004, p. 130.

xix. Diana Souhami, Wild Girls, op.cit., p. 42.

xx. Havelock Ellis (1859-1939) : médecin et psychologue Britannique, un des fondateurs de la sexologie et auteur du premier traité médical objectif sur l’homosexualité (Sexual inversion, 1897). Pour le choix des citations suivantes, voir url. http://www.encyclopedie-anarchiste.org/articles/i/inversionsexuelle.

xxi « […] nous pouvions nous promener des journées entières en mer, en montagne ou sous bois […] nos longues chevelures, rousse et blonde, déployées, étales au soleil ou entremêlées par le vent au large », SI, p.64-5.

xxii Suzanne Rodriguez, Wild Heart, op.cit., p. 75. Nous traduisons.

xxiii Autobiographie inédite, in Suzanne Rodriguez, Wild Heart, op.cit., p. 69.

xxiv « L’Antiquité est dans l’air de ce début de siècle, et des esthètes organisent volontiers des fêtes greco-romaines qui déguisent, mal, d’autres aspirations » in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p. 95.

xxv. Natalie Barney, Nouvelles Pensées de l’Amazone, Paris, éd. Ivrea, 1996 [1939], p. 34 (désormais NPA).

xxvi. Janet Flanner : journaliste et écrivaine américaine, correspondante à Paris –sous le pseudonyme Genêt– du magazine The New Yorker de 1925 à 1975. Sylvia Beach & Adrienne Monnier : amantes et partenaires, ces deux libraires pionnières marquèrent la vie intellectuelle parisienne de l’entre-deux-guerres ; elles accueillent dans leurs librairies voisines (« Shakespeare and Co » & « La Maison des Amis des Livres ») l’avant-garde littéraire américaine, anglo-saxonne et française, organisent des séances de lectures publiques et publient Ulysse de Joyce ainsi que sa première traduction française.

xxvii. Cf. Diana Souhami, Wild Girls, op.cit., p. 71. Appellation de Paul Valéry –d’un parmi tant d’illustres habitués du salon : Gabriel d’Annunzio, Apollinaire, Aragon, Blaise Cendrars, Paul Claudel, Jean Cocteau, Colette, Nancy Cunard, Isadora Duncan, T.S.Eliot, Anatole France, F.Scott Fitzgerald, André Gide, Peggy Guggenheim, Max Jacob, James Joyce, Valery Larbaud, Drieu La Rochelle, Pierre Louÿs, Paul Morand, Ezra Pound, Rachilde, Rainer Maria Rilke, Auguste Rodin, Marguerite Yourcenar, etc.

xxviii. « Je n’aime pas les maisons qui ressemblent à des musées. Je peux vivre sans craindre les voleurs. On ne cambriole pas une atmosphère », in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p. 128.

xxix. Colette, Le Pur et l’Impur, Œuvres complètes III, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 1991, p. 598.

xxx. Voir la réception enthousiaste des premiers romans de Djuna Barnes: « The most amazing book ever written by a woman »; « the most amazing thing to have come from a woman’s hand », in Suzanne Rodriguez, Wild Heart, op.cit., p. 253.

xxxi. Indignée par les projets de restauration des nouveaux propriétaires du pavillon, elle écrivit : « Mon salon est un monument de la littérature contemporaine. Personne n’a le droit de le modifier. J’ai fait le serment de rendre l’âme là où l’esprit a régné », in France-Soir, 12 octobre 1968.

xxxii. Préface de Marguerite Yourcenar in Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p.13.

xxxiii. Ses jeux d’esprit ne manquent pas d’illustrer sa prédilection: « Étant née ivre, je ne bois que de l’eau », PA, p.84 ; « L’amour heureux se vit / le malheureux s’écrit », PA, p.105 » ; « Faire de la littérature, quel mauvais reproche à la vie », SI, p. 8, etc.

xxxiv. Thomas Moore (1779-1852): « The time I’ve lost in wooing, / In watching and pursuing / The light, that lies / In woman’s eyes, / Has been my heart’s undoing. / Though Wisdom oft has sought me, / I scorn’d the lore she brought me, / My only books / Were woman's looks, / And folly’s all they’ve taught me ».

xxxv. « The company of so many literary people in her salon may have given Natalie the idea of becoming a literary person herself » in George Wickes, The Amazon of Letters, The life and loves of Natalie Barney, London, W.H.Allen, A Howard and Wyndham Company, 1977, p. 112.

xxxvi. Cécile Voisset-Veysseyre, Des Amazones et des femmes, Paris, éd. L’Harmattan, 2010, p. 175.

xxxvii. Jean Chalon, Chère Natalie Barney, op.cit., p. 197.

xxxviii. Ibid., p. 333 ; Cf. aussi : « There is little in these titles or between the covers of any of these books to suggest that Barney and Vivien present anything but a purely anecdotal interest. Both […] deserve to be seen as more than the rather spicy literary footnotes they seem to have become » in Karla Jay, The Amazon and the Page, op.cit., p. XI.

xxxix. « My queerness is not a vice, is not deliberate and harms no one », in Diana Souhami, Wild Girls, op.cit., p. 65.

xl. Colette, Le Pur et l’Impur, op.cit., p. 592.

xli. « An easy historical trajectory would trace a course from invisibility and ostracism to visibility and ostracism », in Martha Vicinus, Intimate Friends: Women who loved women, 1778-1928, University of Chicago Press, 2004, p. XVII; « [...] the lesbian has been “ghosted” or made to seem invisible by culture itself » in Terry Castle, The Apparitional Lesbian, ed. Columbia University Press, 1995.

 

 

 

Pour citer ce texte


 Evgenia Grammatikopoulou, « De l’originalité de l’(auto)création à la banalité de la réception : l’Amazone Natalie Clifford Barney dans son Temple », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes», « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-de-l-originalite-de-l-auto-creation-a-la-banalite-de-la-reception-l-amazone-natalie-clifford-111673262.html/Url. http://0z.fr/0EseY


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

...

 

Auteur(e)


Evgenia Grammatikopoulou Docteur ès lettres, maître de conférences à l’Université Aristote de Salonique (spéc. Littérature française du XXes. & Poésie contemporaine) et traductrice.

Dernières publications : « Une

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

Poème érotique écrit par deux poètes


Abysses du plaisir

 

(écrit en duo Lotus/Damy – Lotus en italique et violet)

 

 

Lotus & Damy Tangage


3470793036_698d94da1b.jpg

Larmes d'ébène sur la joue blanche d'opale

Balayent les chagrins de nos amours éteints

Et le sourire aux lèvres en brume matinale

S'évapore au reflet d'un grand miroir sans tain

 

 

C"est sur la mer houleuse que je m'en fus, chérie

D'autres ports, d'autres rives, plus qu’un chant d'illusion,

M'ont fait le matelot de désirs de folie

J'ai tant bu, tant hurlé dans de sombres visions

 

La mer est si profonde et parfois si cruelle

Que le marin s'éprend d'un vide inexorable

Et l'angoisse d'aimer plonge en son écuelle

Celui qui, sur la vague, ne touche qu'une fable


Plaisirs artificiels et sirènes de lune

Îles sous le levant et brumes de bon vin

Pour oublier, ma belle, à la fin, cette dune

Où mon sommeil gisait au confort de ton sein

 

 

Sanglots des aubes grises sur ton âme ternie 

Retiennent les marées de nos doux souvenirs

Quand ton corps me désire et qu’enfin tu supplies

Que s’offrent mes embruns au vent de nos plaisirs

 

 

Tes drapés de soierie feront ils oublier

Mes crépuscules blêmes aux bras de tristes filles ?

Et ta hanche envoûtante est-elle l'alliée

D'une envie des plus folles où ma volupté brille ? 

 

 

La soie et le satin qui recouvrent ma peau

Soigneront les blessures des jours de tristesse

Et laveront ton cœur de ces gris oripeaux

Qu'on touché tant de fois de funestes déesses

 

Tes reins callipyges m'amie ont la douceur

Des oasis d'onyx quand mon ventre les frôle

Des orages d'hier mon esprit n'a plus peur

Ma bouche se promène au dos de ton épaule

 

Te voilà au chemin qui mène à l'oracle

Où toutes les frayeurs se noient dans l'abandon

Et j'aime tes sourires qui se donnent en spectacle

Lorsque tes yeux se posent plus bas que mon menton

 

 

Lotus, je vois de toi, aux rondeurs de tes hanches,

Une éclipse de lune aux hémisphères d'or

Ma langue gourgandine sur ta belle peau blanche

Fouille des horizons non explorés encor

 

 

Il est des sanctuaires où le péché se goûte

Au calice sacré et velouté des Dieux 

Quand le corps enivré se tend et s'arc-boute

Sous les gestes d'orfèvres d'un amant amoureux

 

 

Cette humide tiédeur a la saveur des mers

De celles que je bois quand ton ventre s’affole

Que tes seins aux abois s’émeuvent aux enfers

De tes soupirs de dunes, oh, mes doigts en raffolent

 

 

C'est là que tu oublies tous tes chagrins passés

Au fond de ces coulisses où se perdent les âmes

Mouillées de ce breuvage onctueux et lacté

Qui attise les feux et fait trembler la flamme

 

 

Que la boisson est douce à l'eau de ta fontaine

Elle enivre mes sens d'un baume d'élixir

Cette toison baignée dans un voile de reine

Caresse mes ennuis. Je deviens Grand Vizir

 

 

Messaline farouche sur l'autel des anges

Je m'offre à tes caresses sans l'ombre d'un refus

En laissant sur ta langue, l'objet de tes louanges

Et voilà que, soudain, tu en deviens confus

 

 

J'ai pour ma soif fermé les palais de Subure

Je jouis sur ton corps d'un mouvant abandon

De toi je veux un cri, princesse de luxure

Et oser nous noyer dans tes yeux si profonds 

 

Un dernier soubresaut et tout mon corps se cambre

L'extase m'envahit à m'en mordre les lèvres

Le temps se fige, alors, au sein de cette chambre

Témoin inaltérable de notre immense fièvre

 

 

Que j'aime ma chérie te voir dans cet orgasme

Tu ne t'appartiens plus et tout t'échappe enfin

Une nuée d'eau verte mouille tes derniers spasmes

Elle inonde extasiée mon ultime coffin 

 

 

Ton tison brûle en moi tel un sabre aiguisé

Laissant mes chairs vives rouges et ardentes

Un ultime regard vers tes yeux embrasés

Et ta semence coule en ma fleur pubescente

Pour citer ce poème


Lotus & Damy Tangage, « Abysses du plaisir » (écrit en duo Lotus/Damy. Lotus en italique et violet), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-abysses-du-plaisir-111628408.html/Url. http://0z.fr/oc4Dm


Pour visiter les pages/sites des auteur(e)s ou qui en parlent

 

.....

 

Auteur(e)s


Lotus & Damy Tangage 

 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

Poème érotique

 

Un rêve doux 

 

(sonnet) 


 

 

 

Damy Tangage

 

 

Vous avez des parfums aux ombres de lumière

Et sous votre loup noir un sourire éclatant

Vous vous promenez nue en hiver au printemps

Torturant les passants de souillure première

 

Sur la place aux tilleuls dans ma gentilhommière

Vous masturbez vos sucs je n’en voulais pas tant

Vous portez à ma bouche un doigt gorgé de sang

Votre rein callipyge à ma lèvre sorcière

 

Vous recouvrez vos yeux d’un voile d’organdi

Le bijou de la cuisse en guise de non-dit

Provoque une caresse étouffante et timide

 

Votre sexe au bon goût de Bourgogne au soleil

M’enivre et votre chair savoureuse et humide

Allaite un rêve doux dans mon profond sommeil

 

 

 

 

Pour citer ce poème


Damy Tangage, « Un rêve doux » (sonnet),  in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne],  textes mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-un-reve-doux-111627578.html/Url. http://0z.fr/dd2ap


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://www.damy-fugue-mi-raison.com/

http://www.atramenta.net/authors/damy-tangage/17323


Auteur(e)


Damy Tangage 

 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

   

Invité de la revue

Version traduite 

 

حوار مع الكاتب والشاعر نبيل حلمي شاكر

      

 

نيللي تازا

 

 

 

 

 

  نبيل حلمي شاكر

 


 بدايته كانت مبكرة جداً وكانت عبارة عن خواطر على شكل مذكرات ومن ثم بعض الأشعار المعتمدة على الموسيقى السماعية... ورغم أن دراسته الجامعية لا علاقة لها إطلاقـاً بعالم الأدب والشعر إلاّ أن الأدب والشعر ظّلا يجريان في دمه وعروقه حتى كان عمله الأول " أوراق من شجرة العمر " وهو ديوان شعر باللغة العامية المحكية ومن ثم الديوان الثاني " همسات القلب " وهو عبارة عن نثر أدبي وبعده " نساء قوس قزح " وهو عبارة عن قصص قصيرة ، وبعده كتاب " أمثالنا الشعبية " وهو دراسة في الأدب الشعبي ثم كانت رواية " سونيا " وبعدها مجموعته القصصية " رجال قوس قزح " وغيرها قيد الطبع. علماً بأنه كاتب واقعي ولا يعتمد على الخيال فكل القصص والأحداث والشعر هي تجارب استقاها من أرض الواقع وعاش أحداثها مع أصحابها الأصليين.

صور للمرأة لا تعد ولا تحصى في كتاباته القصصية والشعرية حيث طرح الكثير من مشاكل المرأة : الزواج المبكر وغير المتكافئ ، الزواج بالغصب، المطلقة ونظرة المجتمع لها، المرأة الأم الحنون، التضحية من أجل الحب، الحب العذري والوفاء له حتى الموت، المرأة اللعوب ، الشرسة ، الجاحدة ، الضعيفة ، العاجزة، العشيقة، الجريئة ، المتحررة ، المثقفة.... صور وأشكال للمرأة وما تعانيه في حياتها ونظرة الرجل الشرقي للمرأة في مجتمعنا، كل ما يجول في خاطرها من مشاعر وأحاسيس . أتساءل في نفسي كيف استطاع دخول هذا العالم الغريب، الغامض، المحيّر، الجذاب والماكر؟ كيف استطاع التسلل إلى أعماقه لاكتشاف خباياه وعواطفه المدفونة ؟ هل يا ترى يكفي ما يسمعه ويراه في الواقع من قصص وحكايات لتعطيه هذه الأفكار عن المرأة أم هو خياله وفلسفته وتحليله لأي امرأة يراهـا أو يعمل معها أو يكون صديقـاً أو قريباً، أو حبيباً لها ؟ ماذا أقول عنه ؟ لقد قرأت لكثير من الكتّاب والشعراء اللذين كتبوا عن المرأة ولكنني لم أجد هذه البساطة والواقعية في كتاباتهم، هذه السلاسة في القراءة ، هذا الإحساس بالصدق والصراحة ، هذا الشعور الداخلي الذي يلامس قلبي وفكري وكأني في بعض اللحظات أقول لنفسي هذا ما حدث معي في بعض فترات حياتي. ولكن هذه القدسية في حب المرأة ، هذا التعاطف معها يدل على حب مقدس ، حب روحي يفوق الخيـال : استيعاب ، رقة ، حنان ، فهم ، تقدير ، حب ، عشق ، دفء ، قوة ، تسامح ، صبر ، عطف ، وفاء للعهد...

 

هذه الصفات كلها مجتمعة في شخص الكاتب ويا له من شخص ! أهناك إنسان حقيقي بهذه الصفات في أيامنا هذه ؟ أهو بشر أم إله ؟ هذه الموهبة الفذة وهذه العبقرية التي استطاعت الدخول إلى هذا العالم الغامض ، عالم المرأة الذي عجز الكثير من أهل العلم والفن من علماء ومفكرين وفلاسفة وكتّاب أن يتوصلوا لإعطاء هذه الصورة الحية ، الحقيقية ، الدقيقة والمتنوعة للمرأة الشرقية المليئة بالحب...

لقد استطاع من خلال كتاباته وقصصه المتنوعة التي استقاها من الواقع ومن المجتمع أن يمس قلب كل امرأة في حكاية من حكاياه لأن وراء كل باب من أبوابنا المغلقة حكايـة. لا شك في أنه لا أحد يستطيع التعبير عن مشاكل وهموم وأحاسيس المرأة في مجتمعنا الشرقي إلاّ امرأةً مثلها تعيش في هذا المجتمع وتتأثر به. ولكن الملفت للنظر أنه من استطاع قراءة المرأة وتصوير عالمها المليء بالحب والتناقضات والمعارك المبنية على القهر والكبت والحرمان. هذا الرجل هذا الشخص الذكوري الذي ينتمي إلى عالم الرجال الظالم المرتبط بتقاليد المجتمع وعاداته. كيف له أن يفهم المرأة بهذا الوضوح ، يقف لجانبها ويناصرها ويتحدى نظرة المجتمع الشرقي لها منذ زمن بعيد . وهو العازب حتى الآن ؟ أهو حبه للمرأة وتقديسه لهذا المخلوق البشري ؟ أهناك امرأة في حياته جعلته يقدس هذا المخلوق ويقف لجانبه ويبرر له أخطاءه ؟ أهناك حب أعمى جارف، حارق، ملتهب، مظلوم، مقدس ، حب روحي قبل أن يكون جسدي ، حب عذري تملّك روحه وفكره وقلبه حتى فجّرَ هذه الموهبة الرائعة لديه في الكتابة والشـعر ؟ من يعرف ؟ إذا كان الأمر كذلك، إنها امرأة في حياته فهنيئاً لكِ أيتها المرأة المؤثرة ، الملهمة التي لولاها لما عرفنا هذا الكاتب ولا هذه الموهبة العظيمة ولا فهمنا من هي المرأة وما تحتاج إليه وما هي حقوقها وما قاسته من معاناة في مجتمعنا الشرقي الجاحد الذي نسي وتناسى مراراً أن المرأة هي نصف المجتمع وإذا كُبِتَتْ أو قُهِرَتْ ولم تأخذ حقوقها على أفضل وجه فقد يُشَل المجتمع . فهي الأم والأخت والزوجة والحبيبة والصديقة والكاتبة والمحامية والطبيبة والمهندسة..... الخ .

فكيف لك أيها النصف الآخر أيها الذكر أن تحرمها من ابسط حقوقها وهو الحب الذي يقوم عليه وجود البشرية كلها.

وخلاصة القول هل التميز والمزاجية والشمول من سمات رجل البحر؟ أم أنها من سمات النفس البشرية عامة ؟ أغلب الظن أن كاتبنا هذا قد عاش مرارة التجربة وهذا جزء من معاناته. إنه الكاتب والشاعر الساحلي نبيل حلمي شاكر. بعد حواري معه ستجدون بعضاً مما اخترته من قصصه القصيرة التي قمت بترجمتها إلى اللغة الفرنسية ليتعرف القراء الأعزاء على بعض من كتاباته ولكنني حاولت بكل جهدي أن أنقل هذا الإحساس وهذا التعبير الصادق والصريح ، هذا الأسلوب البسيط والسلس إلى اللغة الفرنسية ولكن كما تعلمون أن لكل لغة مفرداتها الخاصة بها وعبقريتها وسحرها التي بترجمتها للغة أخرى تفقد الكثير من جمالها وسحرها. لهذا السبب لم أستطع أن أترجم البعض من شعره حرصاً مني على جمال الكلمة في لغتها الأم. فإلى هذا الحوار المفتوح مع الكاتب والشاعر نبيل حلمي شاكر :

 

 

س1 : أرجو أن تحدثنا عن الخطوط العامة لحياتك ليتعرف السادة القراء عليك

 

ج1 : منذ سنوات طويلة تعبت من عدها... ولدت في 15/6/1949 في مدينة اللاذقية ابنة سورية المدللة الجاثمة على البحر تغتسل بزرقة مياهه وتمشط شعرها تحت الشمس الدافئة تحيط خصرها وجيدها بهذا الفيروز. هناك ولدت في أحد أحيائها القديمة ويدعى سوق العنابة في بيت جدي القديم ذي القناطر العالية التي يكسوها الزجاج المعشق... بيت فيه الكثير من الحب والحنان الممزوج بالبساطة... طفولتي كانت في مدرسة للراهبات (مدرسة سانت فاميل)... كنت طفلاً مشاكساً مدللاً سليط اللسان أعتدي كثيراً على الفتيات وأثير الشغب حولهن وأجد متعة في ذلك ورغم ذلك أحبوني كثيراً ورغم أنني تلقيت عقوبات صارمة ما كنت لأنتهي من ذلك.

حصلت على الإعدادية من مدرسة الكلية الأورثوذوكسية. في أول مرحلة الإعدادية بدأت أحس أن بداخلي شيئاً بل أشياء أريد قولها والتعبير عنها وبدأت وأنا في الحادية عشرة من عمري... وكانت أمي قد أهدتني صندوقـاً صغيراً مصنوعاً من خشب الجوز الفاخر ومبطناً داخله بالساتان الأزرق لون البحر عشقي الأبدي... عند نجاحي في الابتدائية... وكنت أكتب سراً ما يجول بصدري وأخبئ أحلامي داخل الصندوق وما زلت أحتفظ به حتى هذا اليوم. حصلت على شهادة الثانوية التجارية من مدرسة جول جمّال وبعدها ذهبت إلى الجامعة العربية في بيروت لأدرس في كلية التجارة والاقتصاد... وبعد مضي عامين دراسيين شعرت أن ميولي ليست في كلية التجارة والاقتصاد وأنه لم يكن هذا طموحي ولا الحلم الذي راودني وعاش في مخيلتي منذ الطفولة . فتركت الجامعة ولم أكمل دراستي، وبقي هذا الطفل بداخلي يكبر معي لكني ما أحببته يوماً وأريد منه انعتاقـاً... شقيت ببراءته... بطيبته... ومثالياته... في مجتمع يتقن الزيف ويجيد لبس الأقنعة. عملت في عدة وظائف حكومية في البداية في شركة الأخشاب ثم بعدها في المنطقة الحرة ثم بعدها في شركة مرفـأ اللاذقية وكانت آخرها حيث خرجت منها على التقاعد. ما زلت عازباً لم أتزوج وسعيد بعزوبيتي وميولي الأدبية وخصوصاً الشعر.

 

 

س2 : كيف بدأت الكتابة وكيف دخلت عوالمها أو من شجعك على ذلك ؟

 

ج2 : البداية كانت مبكرة جداً في نهاية المرحلة الابتدائية وبداية الإعدادية وكانت كلها محاولات خجولة وغير موزونة... كانت عبارة عن خواطر على شكل مذكرات ومن ثم بعض الأشعار المعتمدة على الموسيقى السماعية ولكي تنضج موهبتي أكثر بدأت المطالعة بنهم كبير، ولا سيما في العطلة الصيفية. أحببت المطالعة كثيراً وكنت أقرأ القصص الرومانسية العاطفية وسلوت الكتابة لفترة ، ولكنها على ما يبدو كانت تعيش فترة حضانة في دمي وتفجرت في سن الشباب والنضوج. ومن خلال تجربة عاطفية فاشلة كتبت أول ديوان شعر باللغة العامية المحلية وكنت قد تعرفت على الأديبة ليلى مقدسي خلال إحدى زياراتي إلى حلب وقرأت ما كتبته وقالت أنه يستحق النشر لأنه صادق وواقعي ويحمل صور جميلة ورقيقة وشجعتني كثيراً وكان الأمر وظهر الكتاب تحت اسم " أوراق من شجرة العمر " والحق يقال أن للسيدة ليلى مقدسي الفضل الكبير في أنها شجعتني ودعمتني ووضعتني على أول الطريق... بعد أن كنت متردداً خائف من الفشل. وكان الكتاب الثاني " همسات قلب " وهو عبارة عن نثر أدبي. وكنت أكتب القصص القصيرة وأنشرها في بعض الجرائد المحلية مثل جريدة الوحدة التي تصدر في محافظة اللاذقية والجماهير التي تصدر في حلب. ثم جمعت بعضها وأصدرت كتاب " نساء قوس قزح " وبعدها كتبت دراسة في الأدب الشعبي عن " أمثالنا الشعبية " وقد جاء خفيف الظل وحقـق نجاح لا بـأس به. ثم كانت روايـة " سونيا " وبعدها المجموعة القصصية " رجال قوس قزح " وهناك العديد تحت الطبع.

 

 

س3 : هل للبيئة أثر كبير على الكاتب ؟ فما هي آثارها عليك ؟

 

ج3 : نعم بكل تأكيد. أنا من عائلة متعلمة أفرادها جامعيون... لكن الثقافة غير العلم بالتأكيد... وأنا ثقفت نفسي بنفسي... من خلال قراءاتي المتعددة... كما تعلمت من البسطاء والناس الشعبيين الكثير، وكانوا هم أهل الحي الذي ولدت به، وعشت فيه طفولتي ومراهقتي وسن الوعي... أحببتهم كثيراً ، وعشت مشاكلهم وآلامهم وأفراحهم، تأثرت بهم وأثروا بي، فالعلاقات بين الناس البسطاء مريحة وبعيدة عن التعقيدات والإشكالات ، بل هي جميلة حقاً... من هؤلاء استقيت أفكاري وإلهامي.

 

 

س4 : لمن قرأت... وبمن تأثرت ؟

 

ج4 : قرأت الكثير وما زلت أقرأ كـل ما تقع يدي عليه...  قرأت هايني بآلامه وعذابه. دستوفسكي، عمر الخيام ومجونه، أبو نواس، جبران وروحانيته، العقاد، يوسف السـباعي... أحببت كثيراً نزار قباني وتأثرت به وبنثرياته أكثر من شعره ... برقة كوليت خوري... ونزق وتمرد غادة السمَّان وتعلمت من حكمة طاغور في كتب ليلى مقدسي... ودقة الوصف عند وداد سكاكيني... أمَّا الشعر الغنائي أو المحلي فتأثري واضح بالمدرسة الرحبانية... وكذلك بشعر أحمد رامي وأنا بصدد إصدار كتابي الثاني باللهجة المحلية وهو بعنوان : " وعد القمر " وهو قيد الطبع.

 

 

س5 : لمن تكتب ؟ وهل أنت في كل ما تكتب ؟

 

ج5 : قال الشاعر اللاتيني هوراس" إذا أردت أن تبكي الناس فابك أنت أولاً " فمن خلال معاناتي التي أجسـدها يرى أي قارئ نفسه فيها ... لأن معاناتنا في الشرق واحدة... ومشاكلنا متشابهة. أكتب معاناتنا وما يجيش في صدورنا ، وأحاول إيجاد الحلول والمبررات من خلال تجربتي... فمهمة الكاتب أن يجعل مساحة القبح في العالم أصغر وأن يُجمّل الحيـاة بصوره الأدبية وإبداعاته الفكرية... فعواطفنا لا يمكن أن تكون إلاّ جميلة ونبيلة... ولا ريب أن الشاعر والأديب لا يحسن الكتابة بغير حب.

 

 

س6 : المعاناة واضحة في كتاباتك ... وألم الفقدان هل هو لنصفك الآخر ؟

 

ج6 : أنا فعلاً أعاني من فقدان الحب والصدق والإخلاص ، من الزيف الذي يُغلّف وجوه وتصرفات البشر... أعاني من الازدواجية ولبس الأقنعة... أعاني لأن قلبي نقي كقلوب الأطفال... وبريء كعذرية السوسن لا يعرف الحقد ولا الكراهية... أعاني لأني بقيت في صومعة مثاليتي... وليس من السهل أن تكون مثالياً في غابة من الشياطين .

أمّا النصف الآخر فأنا لا أستعجله قد أجده يوماً ما... وأتعجب لغلو الناس وإسرافهم في البحث والتعبير عنه... وأنا أحس أنني كامل بنفسي وانني واحد صحيح لا نصف فقط... فمن ذا يقنعني أنني أقل من رقم وأنني نصف فقط... وأن هناك نصفاً آخر في مكان ما ينقصه ليكون الناتج واحداً صحيحاً ؟! ربما أنا عاشق فاشل... وتعرضت لأكثر من تجربة حب فاشلة ولأزمات... لكن الكاتب هو الذي يستطيع الصعود والنزول على سلم الحياة بسهولة .

 

 

س7 : هل أنت تكتب الشعر أم أن الشعر يكتبك ؟ ما رأيك في ذلك ؟

 

 

ج7 : أقولها بصدق الشعر هو الذي يكتبني... ويروي عني... ويحتل حتى أصغر خلية في جسمي... أنا لا أستطيع أن أكتب لو قلت أريد الكتابة... الكتابة كالعشق لا بد أن تحس بها جيداً لتستطيع أن تفعلها جيداً... مجرد كلمة شاعر تربطني بنهر لا ضفاف له اسمه الشعور... عندما أحس أكتب، عندما أنفعل أكتب رغم أني ما ابتسمت لحرف واحد من قصائدي إلا وكتمت ألف دمعة محرقة وعندما أكون ملطخاً بالمعاناة تندلق أفكاري فأركض فوق أوراقي أسابق نبضي وأعدو كحصان مجنون.

 

 

س8 : إنك تكتب الشعر بالعامية وبالفصحى . أيهما برأيك الأكثر انتشاراً وتأثيراً في نفوس القراء ؟ العامية أم الفصحى ؟

 

ج8 : مما لا شك فيه ولا يقبل الجدل أن لغتنا الفصحى من أعرق اللغات . فهي بحر مترامي الأطراف وبلا حدود . وقد عرفت منها ما يكفي لإصدار ديواني القادم ويحمل عنوان " قدري" وهو قيد الإنجاز واعتزازي به لا يقل عن ديواني السابق باللهجة المحلية " أوراق من شجرة العم " . هذا الشعر الغنائي بلهجتنا المحلية التي هي قريبة من القلب وتصل بسهولة إلى أكبر شريحة من مجتمعنا فهي الأكثر إنتشاراً وتأثيراً في نفوس القراء. ألم يقل " أليوت " بضرورة إقتراب الشعر من كلام الناس ؟ فالكلمة البسيطة تخرج من القلب لتصب في القلب بواقعية جميلة... والناس عامة يرددون الشعر المحلي ويحفظون شعر الأغنية أكثر مما يحفظون القصيدة وشعر التفعيلة... والدليل على ذلك شعر الرحبانية الرقيق المعجون برائحة الأرض والطيوب والزعتر البري والذي جسَّده صوت فيروز . من منا لا يحفظ أغنية " نحنا والقمر جيران بيتو خلف تلالنا " ؟ كذلك شعراء العامية أمثال : أحمد رامي وبيرم التونسي الذي كتب أعذب الكلام لأم كلثوم وحفظها الناس عن ظهر قلب حتى أن أحمد شوقي قال في إحدى جلساته الخاصة : " أخشى على اللغة الفصحى من بيرم التونسي من كثرة ما أحب الناس شعره على امتداد الوطن العربي". على العموم إنتاجي الأدبي القادم معظمه بالفصحى ولا بأس أن يكون للشاعر أو الكاتب جوانب متعددة تكشف عن قدراته الأدبية.

 

 

س9 : ما هو مستقبل الأدب والشعر في عصر الكمبيوتر وعصر الاستهلاك ؟

 

ج9 : بت أخشى على مستقبل الشعر مما أراه حالياً وما آل إليه من الكساد... أكاد أصاب بالإحباط... كل شيء الآن مرهون بحساب... بالأرقام... بهذه الآلة الجليدية الفاقدة للحس واسـمها الكمبيوتر... حتى الحب والزواج محسوب بالأرقام... مواصفات... مقاييس... بلا إحساس ولا إنفعال... ومما يمكن أن يعود بالنفع المادي... حتى أصبح الزواج مجرد شركة مدروسة بكافة احتمالاتها... فمن خلال جولتي في محافظات القطر على المكتبات الأدبية شعرت بالحزن فعلاً مما رأيته وسمعته من أصحابها من كساد كتب الشعر وكيف تعلوها الغبار على الرفوف... أحدهم قال لي : " أصبح الذين يكتبون أكثر من الذين يقرؤون " فقلت له : " وهل كل ما يكتب يُقرأ ؟ " ولكن بالنهاية لا بد لنا من الاستمرار في الكتابة لأن رسالتنا في عصر الاستهلاك أن نجعل مساحة القبح في العالم أضيق وأنا أعتبر الشعر غذاء الروح فإن تلاشت وتبددت فما نفع الجسد بلا روح تحركه. والشاعر أو الكاتب عندما يتوقف عن الكتابة معناه وقف النبض... أي النهاية. عندي بعض الأمل... ولكن هيهات... امرؤٌ يتمنى وقدرٌ يسخر...

 

س10 : مما كتبه أحد الأدباء العرب في إحدى الصحف العربية عن كتابك " همسات قلب " أنك في هذا الكتاب توائم بين النثر والشعر أو بمعنى آخر تحقق تزاوجاً بينهما من خلال توليد شرياني موسيقي لما تكتب، وأنه يعتبرك رومانسياً معاصراً متأثراً برومانسيي القرن التاسع عشر في أوروبا وبأدب المهجريين كجبران وإيليا أبي ماضي وآل المعلوف. فماذا تقول في هذا الوصف ؟

 

ج10 : طبعاً كان لهذا الوصف أثر كبير على شحذ همتي لعطاء أفضل وأشمل فهكذا دخلت عالم الكتابة الذي أحببته وانغمست به حتى غَلَّفَ كل كياني.

 

 

س11 : ما هو دور الشعر والأدب في عصر الكمبيوتر وعصر الاستهلاك ؟

 

ج11 : أحياناً أسأل نفسي هل المسافة بين الناس اتسعت فجأة ؟ أم أن المسافة بين العقول تباعدت ؟ ربما اتجهت عواطفهم إلى أشياء أخرى وبصراحة نلمس الفشل في العلاقات الإنسانية في كل مكان واتجاه والكل يشكي من ذلك ؟ وبرأيي أن الأدب بمختلف أشكاله والشعر منه خاصة والفن والعلوم ليست إلا محاولات لتقرب الناس من بعضهم البعض والأدباء والشعراء والفنانون والمفكرون مهمتهم جميعاً أن ينبّهوا الناس إلى طوفان اللامبالاة الذي يجتاح نفوس الناس ويؤدي إلى تردي العلاقات الإنسانية.

 

 

س12:  ما هي مشاريعك القادمة ؟

 

ج12 : هناك العديد من الكتب تحت الطبع منها كتاب " عندما تكلم الصمت " وهو عبارة عن نثر أدبي وغيرها من المخطوطات الجاهزة التي ستصدر لاحقاً وعلى فترات وهي " قدري " شعر باللغة العربية الفصحى، " وعد القمر " شعر غنائي باللغة المحلية العامية ، " ابنة ابليس " رواية رومانسية درامية، " حارة القواهر " مجموعة قصصية من واقعنا الشعبي القديم ، " طائر بلا أجنحة " سيرة ذاتية.

 

 

س13: هل لديك كلمة أخيرة تود الإفصاح عنها ؟ وهل ما زال للكاتب قيمة في عصرنا هذا ؟

 

 

ج13 : أريد أولاً أن أشكرك على هذا الحوار وأريد أن أشكر أيضاً جميع من ساهم في إنجاز هذه المجلة العظيمة التي من خلالها نتعرف على الكثير من الشعراء والأدباء والفنانين ويتعرفون هم بدورهم علينا. ويكون لدينا أصدقاء فيها من جميع الجنسيات بالعالم. فالشاعر هو صديق نستأنس به ونستطيب الكلام معه، وما يحبب هذا الصديق إلينا هو أنه يشاركنا في الشعور والإحساس ويعيش معنا في عالم نفسي واحد وتلك هي ميزة الشاعر الصديق. فلسوء حظ الأدباء أن الأخوة والزوجات الأقارب لا يقرؤونهم لأنهم لا يرونهم شيئاً مهماً أو كبيراً أو مميزاً ويعتبرون ما يكتبونه تسلية لا قيمة لها. يكفي أنه (أي الشاعر أو الكاتب) ملتصق بهم فلا يرونه بوضوح ولكن الشاعر الصديق له مزايا أخرى غير الناس العاديين الذين يقرؤون له فعالم الشاعر أو الكاتب هو عالم مليء بالحب والعواطف و الشجون , هو عالم خاص ومميز هو عالم كل شاعر وكل كاتب في أي بلد وفي أي لغة. فهو عالم أساسه الإحساس والشعور, هو غذاء للروح, فهو إذاً لغة العالم كما يقال عن الموسيقا أنها لغة العالم أيضاً. ولا خوف على مستقبل الأدب والشعر في وجود مثل هذه المجلة وهذا الإعلام.

وثانياً: أريد أن أقول أنه ما زال للأدب و الشعر و الكتاب قيمتهم السامية التي لا غنى عنها وأنه ما زال هناك أناس يتذوقون الشعر والأدب ويجدون فيه الغذاء الروحي لأجسادهم فما زال برأي للكاتب   قيمته المعنوية لا المادية فهو الصديق الوفي اللا بديل عنه لبعض الناس رغم كل هذه التقنيات الحديثة ورغم أننا نعيش في عصر السرعة والانترنيت وبما أن معين الفكر لا ينضب وطالما نعيش الحياة ، نرى ونسمع ونعاني وطالما ما زلت قادراً على العطاء وما زال في العمر بقية.. سأبقى أكتب حتى آخر العمر رغم المرض والألم والحزن ولي ولكم التوفيق.

 

 

 

 

 

    

Pour citer ce texte 

نيللي تازا (Nelly Taza), « حوار مع الكاتب والشاعر نبيل حلمي شاكر », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-111626712.html/Url. http://0z.fr/e6GPH

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

...

Auteur(e)

نيللي تازا

 

Nelly Taza 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 


 

À deux, A G. A, Âge mûr    

 

 

Dormir, Je Vous

 

&

Quand le temps viendra  


 

 

 

 

LASA 

 

 

 

À deux

 

 

 

Et la routine cynique

Chacun fait de son mieux

Amour sans l’amour

Pour les enfants

En toute sincérité



 

A G. A


 

L’angoisse de l’amour te serre le gosier

Et te pourrit l’estomac

Sans aveu

Vomi

Le regret d’être aux prises d’un vouloir

Qui déchire sans étreindre

Qui assoiffe sans extase

Encore le temps

Dans l’œil du geai

Rare

En jambes en l’air

Jet peur

De la fadeur qui s’enlise

Dans la tristesse d’un printemps

Qui recommence comme avant 

Cache cache

 

J’y suis

Je n’y suis pas

Enfermée dans une coquille de pluie

Je ne dirai rien

Qy’as-tu lu dans ma voix cru

Elle fouille dans mes yeux

Elle fouille dans ma bouche

La langue en vain

Ils mentent

Traîtres paresseux

Quand il faut décider

   

Âge mûr

 

 

 

Assis sur une chaise

Les bras ballants les mains croisées

Ils fixent le mur

Le mur qui n’est pas crépi

Il va falloir le faire pour que la maison ait l’air fini

Ils sont devant le mur

Fixent les plantes

Les bras ne sont pas mous, pendants

Parce que c’est ailleurs que cela se passe

Dans les fleurs

Sur la pelouse

En ce début de printemps

Il n’y a pas encore de fleurs

Alors que fixent ils

Leurs souvenirs d’herbe et de fleurs

Le mur qu’ils ont crépi il y a longtemps

Quand eux aussi ils ont acheté

Une autre petite maison

Pas comme ils auraient voulu

Dans leurs bras tendus

Passent les souvenirs et les espoirs déçus

Les regrets et les remords aussi

Le mur qui n’est plus dans leurs yeux

Contents d’être là assis

Eux aussi un peu décrépis

 

 

Dormir

 


Dormir c’est mourir un peu

Oui mais quand le ciel bas et lourd

M’oppresse et m’obscurcit

Quand il fait froid et que le couvercle

N’écrase plus suffisamment l’angoisse

Qui se réveille part de l’estomac

Remonte jusqu’à la gorge

Crée des décharges électriques

Dans les jambes

Qui refusent et distendent le corps

Jusqu’à ce que les yeux pleurent

En silence

Pour ne pas qu’on voit

« dis maman, qu’est ce qu’on fait quand on est mort ?

On fait rien, mon cœur

Dis maman, pourquoi ils ne se lèvent pas les morts

Ils peuvent pas, mon chéri

Mais maman, on dirait qu’ils dorment

 

 

Je Vous

 

 

Exténué

Inabouti

Un pari de circonstance

Circonspect

Tu moi

D'ambiguïté, de jalousie de trahison

Sans nous

 

 

 

Quand le temps viendra


 

J’aurais souhaité que vous fussiez là pour moi

Râlé de vous croiser sans en avoir le temps

Rêvé que vous me sentiez dans vos bras au temps

Des vendanges tardives : pensez-vous à moi ?

 

Songez-vous à un nouvel espace sans loi

Sondez une Amérique à son corps protestant

Des choix, des projets, des colères molestant

Une vie rangée, une famille aux abois

 

Ramer jusqu’à l’autre rivage, je n’ai su

Géraniums et glaïeuls ont de quoi rassurer

Lire, attendre, de mots être enfin repue

 

Sans qu’un je-vous n’ait de nécessité

Buvez le philtre d’un amour dépassionné

64 nuits à culpabiliser


 

 

Pour citer ces poèmes


LASA, « À deux »,« A G. A », « Âge mûr »,     « Dormir », « Je Vous » & « Quand le temps viendra » (extraits du recueil en cours de rédaction intitulé Poèmes bandés), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-age-mur-a-deux-a-g-a-dormir-je-vous-quand-le-temps-viendra-111624204.html/Url. http://0z.fr/bhcJW


 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


http://crphl.univ-pau.fr/live/membres-CRPHL/Bedouret


http://www.amazon.fr/Saussure-peut-il-aider-penser-littérature/dp/2353110304/ref=sr_1_4?s=books&ie=UTF8&qid=1351068789&sr=1-4


Auteur(e)


LASA (nom de plume de Sandrine Bédouret), est maître de conférences à l'Université de Pau en stylistique et linguistique. Elle est spécialisée en poétique et poésie contemporaine. Elle a récemment publié un ouvrage Gaspard de la nuit aux éditions Atlande. Sandrine Bédouret a également dirigé la publication des actes du colloque Jacques Ancet (Jacques Ancet ou la voix traversée, aux éditions du Grand Tétras), elle a écrit de nombreux articles de poétique sur Aloysius Bertrand, Paul Claudel, Raymond Queneau, Aragon, Antoine Emaz, Henri Meschonnic, entre autres...

 

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

Annonce de parution

 

 

Parution

 

Je veux juste

 

 

être tranquille

 

          

Anne-Marie Reine Le Pape

 

 

 

Je veux être tranquille

 

© Crédit photo : couverture du recueil


 

Titre : Je veux juste être tranquille

Auteure : Anne-Marie Reine Le Pape

Éditions : Anne-Marie Reine Le Pape  

Parution : 2012
Taille du fichier : 296 KB
Genre : Poésie 
Langue : Français
 Format : Format Kindle
Pages de l'édition imprimée : 137 p.
ASIN : B0091VIDKS
Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.

Prix : 5, 15

Url.http://www.amazon.fr/veux-juste-être-tranquille-ebook/dp/B0091VIDKS


   

 

Réception/critique dans les médias

 

 

 

 

 

Résumé

 

Quand la violence conjugale rencontre la poésie, que se racontent-elles ? Vingt cinq histoires courtes et émouvantes, dites par des femmes battues, des hommes violents, leurs enfants témoins et donc victimes, leur entourage.

L’auteure de ces textes est avocate, elle défend des femmes battues depuis le début de sa carrière. Plus de vingt cinq ans plus tard et autant d’histoires réelles entremêlées, des personnages fictifs ont surgi dans des situations remaniées, représentatives de la violence conjugale ordinaire. Puissent ces histoires apporter aide et réconfort à toute personne touchée par la violence conjugale, et sensibiliser le public à cette catégorie de violence si répandue et pourtant si méconnue.

 

 

Auteure

 

Anne-Marie Reine Le Pape est avocate. Sous le nom de plume d'Anne-Marie Reine Le Pape, elle a publié Je veux juste être tranquille, recueil de 25 textes sur la violence conjugale, en ebook (gratuitement téléchargeable pour un usage personnel les, 21, 22 et 23 novembre 2012 sur le site Amazon en l'honneur de 1) la journée internationale des droits de l'enfant (20 novembre), 2) la journée mondiale pour l'élimination des violences faites aux femmes (25 novembre à venir) et 3) du mois extraordinaire des talents des personnes handicapées (qui se déroule tout le mois de novembre à Paris). 

 

Pour citer ce texte

 

« Je veux juste être tranquille  : annonce de parution en poésie », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, texte mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-je-veux-juste-etre-tranquille-111594006.html/Url. http://0z.fr/Lp3xI

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 


  La voix 


&


Beyond death  

d’après une œuvre d'Anna Halprin

 

 

Marie Gossart

 

  

 

 

La voix


 

 

 

 

Toucher les parois

Les creux les pleins

Sentir vibrer l'espace

Sa vie et son destin

 

Un jour mettre le doigt

Sur ces endroits

Friches ignorées

Petites bombes de velours

Trésors cachés

Puits infinis et sans retour

 

Âme en perte

Chercher — comme aveugle —

La découverte

Explorer les silences

Toucher l'espace l'absence

Sortir du corps

Sculpter le mou, le dur le moi

Oser laisser la place

À l'artisan de soi

 

Un jour, sortir le cri

Toucher le pli

Cet endroit précis

En être saisi

À la fois anéanti et ébahi

Comme ayant aperçu

Envisagé  et même été traversé

Par une forme pure — comme absolue —

De vie, ou d'infini

 

Oh la source est là

Profonde

Vivante

Fragile sauvage furieuse et palpitante

La source est là

Dans ses galeries obscures

Sourde mais vierge

Elle respire sans bruit

Petit animal blotti en moi

Force évidente et lumineuse

Elle vient du fond des âges

Et se transforme en pluie

 

 

Poème écrit le 22 février 2011

 

 

 

Beyond death

d’après une œuvre d'Anna Halprin


 


 

Et tu implores tu cries
Tu cries la peur la douleur
Tu cries
Comme si on était en train
De t'arracher
Tu cries
Le coeur
À pleine mains
Ton cri
Plein du sang
De tes frayeurs
Tu cries
Comme si on t'arrachait
On t'arrachait
L'âme
En même temps que la vie
Tu cries
Mais
De ton cri
Tu sais bien
Belle et forte
Tu sais bien
De ton cri
Que c'est la mort
La mort
Furie furieuse
Furie furieuse
Que c'est la mort
Que tu extraies
Que tu extirpes
Que c'est la mort
Furie furieuse
Qui sort
Qui sort de tes tripes
De tes entrailles
Que c'est la mort
Que tu tires, que tu sors
Hors
Hors de ton corps.
 

Poème écrit le 1er juillet 2012.

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Marie Gossart, « La voix » & « Beyond death d’après une œuvre d'Anna Halprin » , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, textes mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-la-voix-beyond-death-apres-une-oeuvre-anna-halprin-111589248.html/Url. http://0z.fr/k7mxc


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

....

Auteur(e)

 

Marie Gossart, née en France en Avril 1969. Tombe en poésie quand elle a 5 ans moment où elle découvre aussi la musique, les arts plastiques et la danse. Plus tard, étudie à Sciences-Po Paris et devient publicitaire, Chargée des stratégies de communication pour de grands annonceurs. Après un long moment, et la naissance de deux enfants, elle part vivre deux ans à Tokyo, y retombe en écriture. En français, et en anglais, son “autre”  langue. De retour à Paris en 2008, Marie Gossart s'intéresse particulièrement à l'écriture plastique et sonore de la poésie, y compose depuis des poèmes et des paroles de chansons.

 

Nota bene

Très investie dans les arts plastiques pour lesquels elle a fondé MrsB Oeuvres Choisies, une structure destinée à la promotion d'artistes contemporains. (www.mrsboeuvreschoisies.com). Elle est membre de l'ADIAF, association de collectionneurs décernant chaque année le Prix Marcel Duchamp, dans le cadre de la FIAC. Membre du comité de sélection des artistes nommés pour le prix en 2012.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Poésie féminine et modernité

 

la crise du vers chez Louise Labé 

 

 

Ouattara Gouhe

Université de Bouaké

République de Côte d'Ivoire

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/68/Louise_Labé.png

 

Crédit photo : Louise Labé (1524-1566), Gravure  (1555) de Pierre Woeiriot (1532-1596), Wikipédia

 

Résumé

 

L’expression « crise de vers » est de Mallarmé et garde tout son sens dénotatif d’attaque en règle contre toute sorte d’institution en opposition à la nouvelle conception de l’écriture poétique. La vision poétique, sous ce signe, reflète l’anarchie, le désordre langagier dans le seul but de réinstaurer l’ordre supposé absent. Mais lorsque la modernité est hantée par le cri de la poésie féminine, la crise se singularise et prend la forme polémique ayant tendance à éclipser l’art qui se manifeste. Or, par-delà la controverse, la recherche de la vérité doit rester en permanence l’idéal de tout poète épris de modernité. En la matière, Louise Labé aura été une pionnière dont la franchise de la parole viendrait bousculer des normes préétablies.

 

Mots clés : crise de vers, métaphore, modernité poétique, poésie féminine, versification

 

Summary

 

The term « crisis of verse » is from Mallarmé and retains its denotative meaning of attack against any kind of institution in opposition to the new conception of poetic writing. The poetic vision, under this sign, reflects anarchy and disorder in language just to reinstate the order assumed absent. But if modernity is haunted by the cry of women's poetry, the crisis stands out and takes the form controversy tends to overshadow the art that manifests itself. However, beyond controversy, the search for truth must always remain the ideal of every poet in love with modernity. In the matter, Louise Labe has been a pioneer whose frankness of speech would disrupt pre-established standards.

 

Keywords : crisisofverse, metaphor, poetic modernity, women's poetry, versification

 

 

Introduction

 

 

Parler de poésie féminine sans le moindre souci d’une discrimination apparente du genre, ni d’une distinction fondamentale entre les productions textuelles, est une gageure encore inactuelle chez nombreux critiques de l’art littéraire. Le constat est, en effet, réel et permet d’affirmer qu’après Christine de Pisan, Louise Labé se trouve être l’une des rares femmes poètes à entrer dans le cercle très fermé, pourrait-on dire, de l’élite française en matière de poésie.

 

À en croire les études passées, comme celles beaucoup plus récentes, les raisons de la faible production féminine sont variées, selon que la femme, depuis lors, a été condamnée au statut social de l’être d’intérieur ou que, devenue poète, elle a été confrontée pendant longtemps à diverses hostilités de ses ″coauteurs″ masculins et des maisons d’édition. À cela, il convient d’ajouter les limites des hommes poètes qui se sont attardés, la plupart des cas, sur la représentation mythique de la femme, l’enfermant ainsi dans une sorte de passivité impropre à la créativité. La prise de conscience, une fois amorcée depuis l’ère christinienne renforcée par le labeur de Louise Labé1, les femmes littéraires et poètes modernes ont à prouver leur appartenance à l’évolution du langage poétique dénué de tout a priori. Il faut diriger donc le regard vers l’absolu de l’art considéré comme vérité immanente à toute production textuelle.

 

Tel se voudrait le contenu de cette autre « crise de vers » orientée fondamentalement vers la modernité ″gynécographique″ labéenne. En fait, quelle est la caractéristique fondamentale de l’écriture poétique de Louise Labé : une modernité simplement féministe ou profondément universelle ? Le ton est donné et permet à la présente approche d’infléchir la réflexion dans la perspective d’une investigation du langage particulièrement féministe et empruntant sa voie au mystère poétique, au sens de sacré essentiel.

 

 

1- Une crise personnelle : le lyrisme féminin masculinisé ?

 

 

L’allusion à la masculinisation pourrait s’expliquer aisément, en référence à la biographie de la Lyonnaise Louise Labé, par l’engagement viril et exceptionnel de la femme dans le combat réservé d’aventure aux hommes. Magalie Wagner soulignera à ce propos :

 

La légende veut d’ailleurs […] que le frère de Louise Labé, François, lui aurait enseigné l’escrime, et qu’elle se serait illustrée, en tenue militaire, lors de tournois, ainsi qu’au siège de Perpignan, sous le nom de « Capitaine Loys »2.

 

Cependant, il s’agit de porter l’intérêt, particulièrement, sur le simulacre du langage poétique qui a tendance à métamorphoser le réel en ″sur-réel″, c’est-à-dire en ce quelque chose qui, de façon analogique, se superpose symboliquement à l’objet et lui assigne un sens. Voilà donc le présupposé permettant d’affirmer, par exemple, que la poète3 médiévale, Christine de Pisan, comme sa consœur de la Renaissance, Louise Labé, est d’abord lyrique au travers de la souffrance et la douleur de la solitude exprimées; par la suite, elle s’évertuera à singulariser son poème dans une forme d’écriture tout aussi bien revendicative, combative que philosophique.

Avec Christine de Pisan, les tourments de la solitude sont à leur plus forte explosion langagière dans ses Cents Ballades4 :

 

Seulete suy et seulete vueil estre,
Seulete m'a mon doulz ami laissiée,
Seulete suy, sanz compaignon ne maistre,
Seulete suy, dolente et courrouciée,
Seulete suy en languour mesaisiée,
Seulete suy plus que nulle esgarée,
Seulete suy sanz ami démourée.

 

L’intensité de la douleur et la sincérité du ton de la complainte révèlent, à l’évidence, la personnalité féminine encline le plus souvent à la résignation face à la force destructrice de la souffrance. De plus, l’anaphore « seulete suy », l’allitération en [s] et les occurrences de [e] à la rime témoignent de l’intention de l’écrivaine à exposer, de manière patente, l’objet de son érosion intérieur. L’impression qui se dégage de la « dure » solitude est pourtant la solide formation d’une force de caractère identique à celle de l’engagement masculin. Ainsi se voit radicalisée la personne christinienne infortunée qui « de femelle devins masle »5 consécutivement, avec, sous la plume, une écriture dont la saveur renferme la satire tant sociale que littéraire, la morale et la philosophie.

La toute première invective de Pisan va à l’encontre du second Roman de la Rose6 où l’accent est mis sur la discrimination des sexes et le rabaissement honteux de la femme. Elle rétablit une sorte de vérité morale quant aux mauvaises conduites :

 

Et, quant je di homs, j'entens famme

Aussi, s'elle jangle et diffame;

Car chose plus envenimée

Ne qui doye estre moins amée

N'est que langue de femme male

Soit acertes ou par gale

Mesdit d'autrui, moque ou ramposne;

 

Au travers du Dit de la Rose7, Christine de Pisan prend ainsi le contre-pied des préjugés masculins au détriment de la femme, avec en appui, la mise en exergue de son identité de mâle et l’égalité dans les mœurs chez tous les êtres. À l’évidence, le lyrisme douloureux se transforme en un combat où la poète tente de moderniser son écriture par sa volonté de symbolisation du langage (« langue de femme male »). La convocation de quelques textes christiniens constituent un bref aperçu des mutations qu’opère la poésie, dès ses origines, sous la plume de la femme.

 

À la double tâche, consistant à la fois à méditer sa condition de femme et à innover dans l’art d’écrire, Louise Labé se consacrera volontiers, avec pour armes uniques  « Amour ([qui] inconstamment [la] mène) »8 et la plume. Il s’agit de convenir à l’idée plutôt généralisante de la pratique de l’engagement poétique qui n’a ni couleur ni sexe, mais provenant du souffle simplement inspirateur et créatif. De ce fait, l’on admettra que Louise, comme Maurice Scève ou certains contemporains de la Renaissance, a du recourir aux mêmes sources mythiques de l’écriture poétique et humaniste. Pierre Servet semble confirmer cette option dans une de ses analyses en affirmant :

 

C’est par le recours aux mythes les plus ordinaires de l’écriture poétique et humaniste de la Renaissance que L.L. [Louise Labé] parvient à faire entendre sa voix, mythes aussi bien antiques […] que contemporains […]9.

 

 

Si les références de Labé ont donc partie liée avec le mythe commun à tous les fonds lyriques de son temps, il ne faut tout de même pas renier sa touche originale en tant que poète aspirant à la modernité. D’un tel postulat, il est bien aisé d’examiner les lignes particulières de l’écriture qui n’engendre point seulement une passion naïve, mais dérive de la passion supérieure et éternelle. C’est à juste titre, pourrait-on dire, qu’« au réalisme serein du Débat Enzo Giudici oppose le caractère passionné des poésies »10. La référence allégorique de l’auteur à « Amour », en dépit de la pestilentielle saveur érotique (ce que voudraient faire croire certains critiques), garde l’élan d’un féminisme où la femme n’est plus l’objet mais le sujet de la création. À ce titre, l’écrivaine s’emploierait plutôt à la tâche consistant en la transfiguration d’un genre d’expression limitant la femme aux seules présences esthétique et mythique.

Elle construit un autre idéal d’absolu que manifeste l’être subtil figuré par l’amour dans ses élégies et sonnets. Louise Labé propose, en effet, un modèle poétique dans lequel l’esprit de l’amante, loin de se figer ou se résigner au sort, expérimenterait de lui-même l’élévation vers l’idéal qui est le « bien » :

 

Mon triste esprit, hors de moi retiré,

S'en va vers toi incontinent se rendre11.

 

De plus, le suprême bien dont il est question peut même s’obtenir dans le « mensonge », c’est-à-dire la faute :

 

ET si jamais ma pauvre âme amoureuse

Ne doit avoir de bien en vérité,

Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.

 

Cette logique de l’art qui s’instaure savamment aboutit à la pratique d’une poétique dévoilant la sincérité et la franchise dans les vers rythmés à la mesure du microcosme humain en action, comme exprimé dans le morceau suivant :

 

Baise m'encor, rebaise moy et baise :
Donne m'en un de tes plus savoureus,
Donne m'en un de tes plus amoureus :
Je t'en rendray quatre plus chaus que braise12.

 

Il faut y noter, de prime abord, l’audace et la violence du lexique tombant comme une massue sur l’édifice langagier courtois et pudique du Moyen Age. Louise Labé devancerait ainsi Mallarmé et tous les symbolistes anarchistes dont l’intention première sera de porter un coup « aux mots de la tribu »13. Au lieu peut-être d’un « sens plus pur » à réserver au langage commun, la part est plutôt faite à l’élan de révolte et de cruauté profonde propice à la libération du verbe. Consécutivement, la crise personnelle amorcée chez Pisan s’opère désormais, avec Labé, selon une poétique prenant en compte la même force passionnelle et énonciative rencontrée chez ses confrères Scève ou Marot, dans la perspective d’un dépassement.

En seconde lecture, d’approche un peu plus stylistique, l’on imagine une femme non comblée par l’Eros (attribut du dieu Amour) et célébrant, à travers l’écriture poétique, la nouvelle victoire d’être aimée. La modernité pointe ainsi du nez chez Louise Labé avec un travail particulier sur le rythme qu’Henri Morier désignera, beaucoup plus tard, « rythme pur »14, en référence à la poésie symboliste à vers libre.

La rapidité du souffle émanant du désir se note, en effet, dans la ligne mélodique proposée par l’artiste et dont la mesure décasyllabique pourrait être dénombrée selon l’emplacement de l’hémistiche. Une brève analyse détaillée de chaque vers synchroniserait dans ce cas les points de vue sur le rythme moderne labéen :

 

bƐzә mǎ kɔR//RәbƐzә mwa /e bƐz

4//4 + 2

dɔnә mǎ ǣ//dә tƐ plY /savuRӨ

4//3 + 3

dɔnә mǎǣ//dә tƐ /plYzamuRӨ

4//2 + 4

Ʒә tǎ RǎdRƐ katRә//plY /ʃo kә/bRƐz
6//1 + 2 + 1

 

De l’agencement rythmique l’on aperçoit une forte concentration de syllabes de part et d’autre de l’hémistiche, comme si la poète désirait montrer au lecteur cette rafale, aussi rapide que violente, engendrée par la passion naturelle de la chair. L’art évocateur de dynamisme se trouve ainsi manifesté dans l’écriture poétique, afin de faire reculer ou même voler en éclat les limites contraignantes du mètre poétique à forme fixe. Rimbaud et ses contemporains auront eu le mérite d’assoir les théories d’une telle liberté de composition et de l’expérimenter, en rapport avec la profondeur du sentiment. Cependant, il convient d’accepter théoriquement Louise Labé comme figure, non seulement majeure, mais initiatrice, sans distinction de genre, d’une versification digne d’un mouvement de révolte, plutôt que d’apparence simplement féministe ou érotique. En plus, il s’agit d’admettre que le cri poétique de la femme n’est pas plus viril qu’humain et qu’à ce titre il conserve toute sa place sur le chemin de la modernité, en termes d’évolution continuelle des pratiques artistiques.

 

2- La réunion des corps, écho à la crise du vers

 

 

L’objectif central assigné à ce volet de l’analyse se situe dans l’investigation des figures et des éléments de modernité à travers la composition poétique de l’œuvre labéenne. Le concept de la « réunion des corps » doit s’appréhender ici comme la capacité de l’auteure à créer métaphoriquement des lexèmes dont le rapprochement produirait subtilement l’idée d’une harmonie textuelle. Sous cette perspective analytique, il est tout à fait opportun de recourir à « l’être-ensemble » et au « milieu de la ressemblance », expressions de Michel Deguy désignant le rapport entre l’éthique de la conciliation et les figures du langage qui la véhiculent au sujet engagé dans l’expérience de la parole poétique15. Louise Labé serait, en effet, la poète dont l’androgynie16factuelle constitue le moyen efficace pour révéler les finesses de l’art du ″mettre-ensemble″ figuré. D’ailleurs, une approche de Magalie Wagner semble apporter quelque précision quant à la spécificité mâle/femelle de l’écrivaine :

 

On touche là, probablement, aux intentions profondes de notre poétesse : à la périphérie des discussions visant à désigner lequel des deux sexes est supérieur à l’autre, qui alimentent pendant tout le siècle la fameuse « Querelle des Amyes », son propos ne serait-il pas de faire entendre que l’être « parfait » combinerait qualités féminines et masculines ? Cela, bien entendu, en réaction à ces conceptions communément admises, depuis Aristote et Galien, de la femme comme « mâle mutilé » ou « mâle imparfait »17  

 

L’union mâle/femelle, serait ainsi la perfection imagée suscitant chez Labé la nécessité de recourir à la poésie des figures et des symboles naturels de l’association tels le feu, l’eau, la terre et l’air. Pour établir la clarté à ce niveau, il faut se convaincre d’une forte présence dans les textes labéens d’éléments stylistiques comme l’amphibologie, l’antithèse ou l’oxymore. Or, ces figures qui sont sensées évoquer des rapports d’opposition, en apparences, véhiculent essentiellement l’idée de conjonction et d’harmonie.

À l’évidence, l’antinomie concentrée dans le sonnet VIII dont l’incipit est « Je vis, je meurs », révèle, de façon lyrique, les tourments d’une personne amoureuse en situation de manque à combler, mais se trouvant dans l’impossibilité de réaction. Pourtant, une seconde lecture est possible, nécessitant, pourle fait, la convocation du texte intégral :

 

Je vis, je meurs: je me brûle et me noie,
J'ai chaud extrême en endurant froidure;
La vie m'est et trop molle et trop dure,
J'ai grands ennuis entremélés de joie.

Tout en un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure,
Mon bien s'en va, et à jamais il dure,
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur18.

 

Les contradictions évoquées dans ce sonnet ne sont pas sans rappeler curieusement la dualité spleenétique de Baudelaire apparue trois siècles plus tard. Son « Hymne à la beauté »19 porte les stigmates d’une sorte d’idéalité dichotomique :

 

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ? ton regard infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.

Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore;
Tu répands des parfums comme un soir orageux;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

[…]

L’on s’apercevra, par la suite, que l’antagonisme baudelairien n’a de sens que s’il s’inscrit dans un contexte d’union, voire de fusion à un absolu nommé « Infini » :

 

Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô Beauté, monstre énorme, effrayant, ingénu!
Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un Infini que j'aime et n'ai jamais connu ?

Il poursuit, dans une sorte d’appel à l’universalisme :

De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou Sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds.

 

Parler d’influence entre Louise Labé et Baudelaire importe peu, car il convient de saisir chez les deux poètes, par le biais de l’écriture poétique, l’intention de la réunion des contraires en une figure suprême, comparable à celle d’éternité. Le vers subirait ainsi une crise qui passe nécessairement par la tentative de recherche de liens syntaxiques et lexicaux à valeur de totalisation, entendue comme l’assemblage d’éléments supposés opposés dans le creuset de l’harmonie première.

Il serait possible, par ailleurs, d’affirmer que l’interpellation initiale de Labé (« Je vis, je meurs ») est une façon de désigner le rythme cyclique de l’univers dont la réalité s’inscrit dans la dyade vie/mort ou mort/vie.

C’est donc avec l’idée de complémentarité dans l’opposition que la poète aurait écrit son texte saturé par l’occurrence de la conjonction « et », rythmant un vaste champ lexical d’antonymie. En référence au premier point de cette étude, il faut considérer l’importance du rythme chez la Lyonnaise comme expression ontologique de l’univers macrocosmique. D’où l’opportunité d’analyser le symbolisme des éléments primordiaux tels qu’ils apparaissent dans sa poétique sous les formes ignée (feu), fluide (eau), éthérée (air) et terrestre (terre).

L'œuvre poétique de Labé, pour ce qui est donné de voir dans les sonnets, est, en effet, un réceptacle d’images et de figures tant cosmiques que naturelles. L’eau se caractérise ici par son abondance liée aux larmoiements des yeux se baignant continuellement dans le liquide qui noie la poète. Le sonnet VIII en fait état : « …Je me brûle et me noie » (v. 1) et « Tout en un coup je ris et je larmoie » (v. 5). Ainsi, « les larmes épandues » depuis le sonnet II inonderont les deux tiers des vingt-quatre poèmes de Louise Labé. Mais, le plus remarquable reste l’omniprésence du feu précédant l’eau depuis « la chaleur » du premier sonnet jusqu’aux « mille flammes ardentes » du dernier.

Le feu de la poétique labéenne est d’abord l’ardente douleur d’un amour vain, mais aussi la flamme incandescente du désir de vivre, comme exprimé lyriquement dans le huitième poème où l’amante a « chaud extrême », même « en endurant froidure »(v.2). Autant dire que l’effectivité de la vie doit se concrétiser chez l’auteure par l’association de l’eau calmante et purificatrice à l’énergie destructrice mais surtout transformatrice du feu. Le résultat de la transmutation alchimique est la création d’un vers particulier dont la franchise déroute au plus haut point. De plus, la noyade dont il est question au sonnet VIII aurait tendance à garder la valeur mythique d’une poésie de la Renaissance, consistant à déifier l’univers de l’amour. L’on n’est alors nullement surpris de voir les sonnets XV et XIX imbibés d’eau par les naïades : « Les nymphes ja en milles jeux s’ébattent » (XV, 3).

Mais en fait, la nymphe, dans la poésie labéenne n’est qu’une transformation de Diane, fée des hauts-bois du sonnet XIX, pour répondre au besoin de renouvellement du vers. Ainsi, la nymphe empoignant la « flêche » (symbole de plume à écrire) de son double rêvassant percerait de part en part le blanc de la page :

 

Et lui jetai en vain toute mes flêches

Et l'arc aprés ; mais lui les ramassant

Et les tirant, me fit cent en cent brêches.

 

Certes, le risque d’érotisation est perceptible à travers ce tercet et l’on sait que toute la poésie de Labé se prête fort bien à cette prémonition. Pourtant, il faut bien convenir à l’idée que tout se passe dans l’imaginaire d’une artiste dont le subterfuge est de jongler avec les images et d’étaler les liens subtiles qu’elles comportent. Dans un tel contexte, le sonnet XV procède admirablement à l’association des quatre éléments dans un même huitain :

 

Pour le retour du Soleil honorer,

Le Zéphir l'air serein lui appareille,

Et du sommeil l'eau et la terre éveille,

Qui les gardait, l'une de murmurer

 

En doux coulant, l'autre de se parer

De mainte fleur de couleur nonpareille

Jà les oiseaux ès arbres font merveille,

Et aux passants font l'ennui modérer

 

L’on pourrait ainsi percevoir la tentative de recherche de l’harmonie poétique non présente dans l’amour concret et vain ; de prime abord, il s’agirait de préserver l’équilibre de la poète s’inscrivant dans celui de l’univers symbolisé par l’union des quatre principes primordiaux, le « Soleil » jouant ici le rôle du feu divin mythologique. Secondement, la mesure opérée doit avoir un impact majeur sur l’organisation formelle du poème et sur la beauté du vers. Il est donc question, par le biais de la jonction des images métaphoriques, de voir dans la poésie de Louise Labé une sorte d’intrications versifiées et calquées sur l’unité cosmique.

 

 

3 - De la crise du vers à la versification de crise

 

L’ultime partie de cette analyse est une tentative d’approche de la métrique labéenne, en vue de déceler les caractéristiques de modernité propres à l’écriture de l’auteure. La finalité d’une telle entreprise réside dans la possibilité de concéder à l’art poétique de Labé le crédit de l’innovation accordé si souvent aux « prouesses » des modernes issus des deux derniers siècles.

Afin de conserver le fil conducteur de notre approche, l’ensemble des vingt-quatre sonnets est encore convoqué pour une investigation des rimes et du lexique labéens. L’objectif fondamental serait, comme l’indique François Rigolot, de mettre en relief le « procédé si moderne du monologue intérieur »20qui s’adresse « intensément à notre sensibilité moderne »21. Or, l’éveil de cette possible émotivité passe nécessairement par l’effet que produisent les éléments rythmés du langage poétique. Ainsi, à l’exception du premier sonnet qui présente une structure dodécasyllabique, tous les autres sonnets sont décasyllabiques et majoritairement rythmés 4/6. L’on pourrait noter d’aventure, que dans le désordre émotionnel, le souci de l’harmonie du vers est toujours ardemment présent chez Louise Labé.

En dépit de la forte dose de tourment diffuse au sonnet I par le « poison » fatal du « Scorpion », la poète semble maîtriser à la perfection l’alexandrin que le classicisme formalisera un siècle plus tard. Quant aux rimes, l’allure embrassée est prégnante dans les deux quatrains initiaux de tous les poèmes(ABBA) et à la fin de la majorité des vingt-quatre sizains (DEED). En revanche, huit sonnets comportent des rimes croisées aux sizains(EDED) : il s’agit des sonnets VII, XIV, XV, XVI, XIX, XX, XXI et XXIII. De plus, cinq poèmes présentent une structure particulière par le panachage et la ″platitude″ des rimes à la fin des six derniers vers, comme suggéré à travers les schémas suivants :

 

sonnet I : EFGHCC

sonnet III : CDEDCE

sonnet VIII : CDCCDD

sonnet IX : CDECDE

sonnet X : CCCDDC.

 

Cette dernière remarque est de nature à interpeller la conscience sur la manière dont Louise Labé organise le langage poétique ou sur la façon dont les mots de la langue moderne de l’époque s’unissent pour créer l’effet. Le tout ne consiste pas à affirmer, le cas échéant, le caractère béotien22 d’une telle versification pour infirmer ou nier sa valeur d’originalité absolue. Par ailleurs, c’est au-delà du style considéré par certains détracteurs comme ″mal fait″ ou « mal dit » qu’il faut aller chercher l’essentiel du verbe, en s’accordant avec l’axiome de Beckett :

Dire, c’est mal dire. Il faut bien comprendre que ″dire c’est, mal dire″ est une identité essentielle. Il explique son opinion en ces termes :l’essence du dire est le mal dire. Mal dire n’est pas un échec du dire, c’est exactement le contraire : tout dire est, dans son existence même en tant que dire, un mal dire23.

L’intérêt des rimes susmentionnées réside dans l’aptitude de l’artiste Labé à observer la rigueur d’une composition poétique à la recherche d’harmonie, aussi singulière soit-elle. Plutôt que d’infléchir la réflexion dans le sens d’une possible perturbation de langage d’une poète en proie à la douleur et aux tourments, il faut opter pour l’autre versant de la pensée qui conçoit que l’on peut trouver l’ordre dans le désordre, la vérité dans le non-être du langage. L’on pourrait alors convenir à l’idée que la confusion des rimes est voulue et appliquée en toute lucidité à une poésie de la désunion composée par la lyonnaise. Le fait poétique se trouve ramené, dès lors, à cette sorte de crise présentant des figures de rupture dans le spectre de l’écriture. Berriot cautionnerait un tel propos, lorsqu’elle avance ceci :

La poésie ne fait donc que rejouer, semble-t-il, dans le simulacre de l’écriture qui est une forme d’exorcisme thérapeutique, une déchirure affective toujours décrite en termes de chute, d’exil, de séparation […]24

De toutes les façons, la crise de vers labéenne participe de la même clairvoyance dont « les poètes maudits »25 du XIXe siècle se sont prévalu pour imposer leur doctrine symboliste et artistique. Le postulat d’une poétique inscrite dans un « françois nouveau »26 constitue déjà les arrhes d’une modernité que Labé allie au tout du langage, c’est-à-dire au mot et à son autonomie structurelle. Il s’agirait de voir, par exemple, la manière dont l’inversion syntaxique est opérée chez elle, pour se convaincre de cette liberté accordée aux mots de s’organiser à l’image du ″désordre″ passionnel. Le sonnet IV porte les signes de ce qui pourrait être qualifié, à l’époque contemporaine, d’audace stylistique :

 

 

Depuis qu'Amour cruel empoisonna

Premièrement de son feu ma poitrine,

Toujours brûlai de sa fureur divine,

Qui un seul jour mon cœur n'abandonna.

 

Quelque travail, dont assez me donna,

Quelque menace et prochaine ruine,

Quelque penser de mort qui tout termine,

De rien mon cœur ardent ne s'étonna.

 

Tant plus qu'Amour nous vient fort assaillir,

Plus il nous fait nos forces recueillir,

Et toujours frais en ses combats fait être ;

 

Mais ce n'est pas qu'en rien nous favorise,

Cil qui des Dieux et des hommes méprise,

Mais pour plus fort contre les forts paraîtres.

 

Face à un tel étalage d’« anomalies grammaticales », il serait convenable d’observer la prudence de Rigolot qui y perçoit des signes par lesquels l’écrivaine aurait mis en jeu sa différence sexuelle27. Certes, mais l’analyse présente voudrait bien s’écarter d’une possible ″sexualisation″ de l’écriture poétique pour aborder l’aspect insolite de la parole qui commence son ″essentialisation″ avec « la Belle Cordière aux tresses blondes »28. Le langage surchargé (baroque à la limite) de Labé ne serait-il pas géniteur des pratiques poétiques fondées sur l’obscurité du vers ?

Le clair-obscur de Verlaine, appliqué à ses Romances sans paroles, est aussi tributaire des tourments de la passion amoureuse rencontrée chez la poète. Pourtant, le plus essentiel reste la volonté de rendre par l’écriture la profondeur de l’être en proie à la « double vie » évoquée au premier tercet du sonnet XVIII :

Lors double vie à chacun en suivra.
Chacun en soy et son ami vivra.

Ainsi en va-t-il du langage labéen, à la fois facile et impénétrable, à tel point que le lexique employé se déploie dans le mythe allégorique comme au sonnet XIX :

 

Diane étant en l'épaisseur d'un bois,

Après avoir mainte bête assénée,

Prenait le frais, de Nymphe couronnée.

J'allais rêvant, comme fais mainte fois,

 

Sans y penser, quand j'ouïs une vois

Qui m'appela, disant : Nymphe étonnée,

Que ne t'es-tu vers diane tournée ?

Et, me voyant sans arc et sans carquois :

 

Qu'as-tu trouvé, Ô compagne en ta voie,

Qui de ton arc et flêches ait fait proie ?

- Je m'animai, réponds-je, à un passant,

 

Et lui jetai en vain toute mes flêches

Et l'arc après ; mais lui les ramassant

Et les tirant, me fit cent en cent brêches.

 

Le mythe vient conférer au discours de Labé une parole de vérité enveloppée dans la chrysalide du mystère qui se voudrait pour autant naturel. Plus qu’une marque d’allégeance à une pratique scripturale ayant cours à la Renaissance, le mythe est pour elle un langage authentique où la nature, dans son acception universelle, non corruptible, prendrait place. Autant dire que, à travers la parole mythique et poétique, la Lyonnaise s’écarte d’une sorte de rhétorique laudative de la femme initiée par les poètes pétrarquistes29, afin de faire prévaloir une poétique plutôt critique. Son Débat de Folie et d’Amour30 est bien le fondement de cette option philosophique qu’elle répercute sur l’univers ″troublant″ des sonnets.

 

Conclusion 

 

La crise de vers labéenne revêt une double nature, à la fois cri féminin ou féministe et écriture de franchise et de vérité. Le second aspect dévoile chez Louise Labé le désir de modernité fondée essentiellement sur un drame personnel qui l’amène à adopter une poétique de transmutation langagière. Le mot prend alors la forme étrange d’un naturel que l’on peut qualifier d’éthique ; étrange par sa tendance à bousculer les normes et les usages littéraires, mais aussi éthique à cause de son opposition ouverte à la morale. Cette disposition fait du vers de la belle cordière une ligne philosophique prônant le non-être des choses, afin d’en appeler à la recherche de la vérité qui s’y trouve subsumée. La poésie de Labé a donc tendance à condamner la lyrique apocryphe de la plupart des poètes de la Renaissance, qui mettent leur art uniquement au service de la louange de la beauté. Aussi, face au subterfuge du langage tendancieux et trompeur de ses pairs, masculins en majorité, la poète apporte l’authentique empreinte de l’amour et de la beauté relevant d’éternité. De Baudelaire à Mallarmé, jusqu’aux auteurs dits postmodernes, la poésie aura eu, sans conteste, une solide source de breuvage grâce à l’écriture labéenne d’étendue métapoétique.

 

 

Notes

1 . Louise Labé, à l’instar de Christine de Pisan un siècle plus tôt, a fait de sa poésie un métier, supposant ainsi un travail sur la langue dans l’expression d’un lyrisme doublement et fermement engagé sur la voie de la libération de la femme et de la liberté de l’art.

 

3 Le féminin direct conviendrait de préférence à un féminin (au masculin) supposé indirect et périphrastique (« le poète femme » ou « la femme poète ») chez la plupart des critiques de la poésie féminine.

 

4 Maurice Roy, Œuvres poétiques de Christine de Pisan I : Ballades, Virelais, Lais, Rondeaux, Jeux à vendre et Complaintes amoureuses, Paris, éd. Firmin Didot, 1891, p. XXVII.

 

6 Le second volet de cette somme poétique et philosophique est composé par Jean de Meung dans la seconde moitié du XIIIe siècle.

 

7 Maurice Roy, Œuvres poétiques de Christine de Pisan II, Paris, Firmin Didot, 1891, p. 29-48.

 

8 Louise Labé, Sonnet VIII. Il convient de souligner que la présente étude prend appui sur les Œuvres complètes de Louise Labé, ouvrage établi par François Rigolot, Paris, Garnier-Flammarion, 2004. De plus, les vingt-quatre sonnets de Louise Labé constitueront le corpus majoritairement exploité au cours de notre analyse.

 

9. Pierre Servet, « Comptes rendus » au sujet des Œuvres complètes de François Rigolot, in Revue Scientifique Persée, url. htt://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhren_0181-6799_1997_num_45_1_2184, p. 138.

 

10. Enzo Giudici, Louise Labé. Essai, Edizionie dell’Ateneo, s.p.a., Roma Librairie A.G., Paris, Nizet, 1981. Cité par Henri Weber, url. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhen_0181-6799_1983_num.

 

11. Louise Labé, Sonnet IX.

 

12. Idem, sonnet XVIII.

 

13. Stéphane Mallarmé, « Tombeau d’Edgar Poe », in Poésies, Paris, Gallimard, 2001, p.60.

 

14 Henri Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Paris, éd. PUF, 1961, p. 370-371.

 

15. Les deux expressions : « l’être-ensemble » et « milieu de la ressemblance » nous sont données en référence au Tombeau de Du Bellay de Michel Deguy, Paris, Gallimard, 1973.

 

16. Du grec andros « homme » et gunê « femme », l’androgynie désignerait ici la possibilité pour le langage poétique à décloisonner les contraires dans le sens de l’unité du verbe artistique. Cette pratique passe à tout point de vue par la métaphore affectionnée par Louise Labé.

 

17. Magalie Wagner, « Quand la femme prend les armes… : Renversement et travestissement dans les Œuvres Poétiques de Louise Labé », magalie-wagner-louise-labe-quand-la-femme-prend-les-armes.pdf-Adobe Reader

 

18 . Louise Labé, Sonnet VIII.

 

19. Charles Baudelaire, « Hymne à la beauté », Les Fleurs du mal, Paris,éd. Librairie Générale Française, 1972, p. 182.

 

20. François Rigolot, Œuvres Complètes, op. cit., p. 18.

 

21. Idem, p. 7.

 

22. De Béotie, nom d’une région de la Grèce antique dont les habitants avaient la réputation d’être sans goût, sans finesse. L’allure désordonnée qu’offrent les sizains de certains sonnets labéens pourrait jeter le discrédit sur la modernité de l’écriture.

 

23. Beckett cité par Alain Badiou in Petit Manuel d’inesthétique, Paris, éd. Seuil, 1998, p.153.

 

24. Karine Berriot, La Belle Rebelle et le François nouveau, Paris, éd. Seuil, 1985, p. 84.

 

25. L’expression peut être considérée ici comme une interpellation du poète Verlaine à ses pairs pour une prise de conscience des exigences de l’art moderne, plutôt qu’à des considérations profanes.

 

26. Cf. La Belle Rebelle et le Françoits nouveau de Karine Berriot.

 

27. François Rigolot, « Quel genre d’amour pour Louise Labé » in Poétique, numéro 55, septembre 1983, p. 303-317. 

 

28. Léopold sédar Senghor, cité à la quatrième de couverture de La Belle Rebelle et le François nouveau, op. cit.

 

29. Allusion est faite ici, notamment à Scève, Ronsard et, dans une moindre mesure, Du Bellay.

 

30. François Rigolot, Œuvres complètes de Louise Labé, op. cit.

 

 

Pour citer ce texte

 

Ouattara Gouhe, « Poésie féminine et modernité : la crise du vers chez Louise Labé », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », «  Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, texte mis en ligne le 31 octobre 2012. Url. http://www.pandesmuses.fr/article-n-2poesie-feminine-et-modernite-la-crise-du-vers-chez-louise-labe-111577614.html/Url. http://0z.fr/eTyJC

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

.........

 

Auteur(e)

 

Ouattara Gouhe est  enseignant chercheur. Né le 17 avril 1959 à Kokolopozo dans la région de Sassandra, au Sud de la Côte d'Ivoire, Ouattara Gouhe a fait ses études primaires et secondaires dans cette ville côtière. En 1981, il obtient le baccalauréat série A4, puis il se lance, un an après, dans l'enseignement primaire publique de son pays. En 2010, il soutient une thèse de doctorat en lettres modernes, de spécialité poésie française. Depuis cette date, il exerce depuis son métier d'enseignant à l'université de Bouaké, en Côte d'Ivoire.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Poèmes érotiques

 

 

Poèmes d'amour, Bongos

 

&  

 

Automne manqué

 

 

 

 

Sílvia Aymerich

 

 

 

Poèmes d'amour

 

 

 

À Ricard, l’éternel retour.

À l’enclume du cœur,

Métal d’une rare noblesse,

Tisonne mon sexe

et mes sens

Sans répit,

À perte d’haleine.

En vain,

Je me rebelle.

 

 

 


 

Bongos

 


À toi, le pressenti.

J’entends tinter la clé,

S’ouvrir la porte

Trois pas, un grand silence…

— Le geste pressenti

De la main qui les saisit—

 

Dedans,

Je maudis l’instant

Que tu m’as déjà pris

Et ceux que tu m' prendras

S’il est bien vrai que tu es déjà là.

 

Je ne m’égare pas:

Tes doigts tendus frôlent d’emblée

La peau lisse des tambours

Puis, sans attente, les paumes entament

Un battement débridé

Qui s’accélère et croît.

Derrière le mur

Je vois tes yeux atlantiques

Battre des paupières

Avec la même cadence

Encore

Et encore.

 

Pas de retour.

Mon sang frappe, déchaîné,

À la gorge,

Sous les temples,

Entre les hanches…

Et j’ t’imagine

M’envahissant la peau

Comme m’envahit ta musique:

Doucement, rythmiquement.

 

Dedans,

Je sens ton sexe se tendre

Comme tes doigts

Au-dessus des tambours

Et avec la même adresse

Retentir,

Et retentir…

 

 


 

Automne manqué

 

À Sergi, le tour des saisons

 

C´était un automne manqué :

Il nous léchait le corps,

Comme un jeune printemps.

Sans délai,

On s’est jurés

Amour éphémère

Et sexe éternel,

Résolus,

Sans compter que la tendresse

Survivrait à nos baisers.

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Sílvia Aymerich,  « Poèmes d'amour », « Bongos » & « Automne manqué », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-poemes-d-amour-bongos-automne-manque-111553808.html/Url. http://0z.fr/bXTp8


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

http://blocs.xtec.cat/poetic/francais/


http://www.amazon.fr/s?_encoding=UTF8&search-alias=books-fr-intl-us&field-author=SILVIA%20AYMERICH


Auteur(e)

 

Sílvia Aymerich fait ses études au Lycée Français de Barcelone, « son berceau littéraire », puis obtient une première licence en Biologie et une deuxième en Philologie, avant de décrocher son diplôme de traductrice à l'Université de Perpignan. Parallèlement, elle commence sa carrière d’écrivaine. En 1985, elle reçoit le Prix Amadeu Oller décerné à de jeunes poètes et, par la suite, divers prix pour ses romans de voyages. Invitée par les écrivains suisses en 1994, elle traduit ses poèmes pour leur annuaire. À son retour, paraissent ses romans pour adolescents, plusieurs fois réédités dès lors. En 2009, elle présente le Projet Solaris à l’Université de Londres, puis fait un séjour en résidence à Hugoenea. En 2012, elle participer au Writers’ Camp organisé par le P.E.N Club Hongrois. Sans quitter la poésie, elle travaille à diffuser la science au moyen de la littérature.

 

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012

Rechercher

À La Une

  • N°7 |Automne 2017|Femmes, poésie et peinture
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N°7 | AUTOMNE 2017 Femmes, poésie & peinture 1er volet sous la direction de Maggy de COSTER © Crédit photo : œuvre artistique sans titre...
  • N°7|Femmes, poésie et peinture|Sommaire
    N°7 | Sommaire N°7 | AUTOMNE 2017 Femmes, poésie & peinture 1er volet sous la direction de Maggy de COSTER Mise en ligne progressive avant sa parution en version imprimée en décembre 2017 © Crédit photo : œuvre artistique sans titre de Maggy de COSTER...
  • Entrevista con Judivan J. Vieira
    N °7 | Entrevista cultural y feminista/ Entretien culturel & féministe Entrevista con Judivan J. Vieira Entrevistado por /Propos recueillis par Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/...
  • Lettre n°12 | Vers des vers verts...
    Lettre n°12 Vers des vers verts... © Crédit photo : Roses par DS, septembre 2017 . Parution successive des textes en ligne du 27 septembre jusqu'au 30 novembre 2017 au lieu du 31 octobre pour tenter de répondre à une partie de vos demandes de publication...
  • Les vers de l’essentiel
    Lettre n°12 | Articles & témoignages Premier colloque 2017-2018 | II – La poésie et les poètes selon les contemporaines Les vers de l’essentiel Huguette Bertrand Site personnel : http://www.espacepoetique.com/Espace/intime.html Page dans Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Huguette_Bertrand...
  • Le regard de Judivan J. Vieira, juriste féministe, sur la lutte des femmes : le cas du Brésil
    N °7 | Revue culturelle des Amériques Le regard de Judivan J. Vieira, juriste féministe, sur la lutte des femmes : le cas du Brésil Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ © Crédit photo...
  • Chayan Khoï entre ciel et terre
    Lettre n°12 | Numéro spécial 2017 | Muses au masculin Poésie de célébration Chayan Khoï entre ciel et terre Photographies fournies par Mustapha Saha Sociologue, poète, artiste peintre © Crédit photo : image des artistes Chayan Khoï & Mustapha Saha Sillonne...
  • Un Prix littéraire pour raconter la parité aux enfants
    Lettre n°12 | Numéro spécial 2017 | Littérature de jeunesse Un Prix littéraire pour raconter la parité aux enfants Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Crédit photo : Visuel du prix en italien édité par l’Institut culturel italien...
  • L’emmurée
    Calendrier poétique | Agenda poétique | Événements poétiques L’emmurée Mokhtar El Amraoui Texte reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur Derrière ce mur tout blanc, Je devine la nuit de tes lèvres, Le voyage de ton désir ligoté Dans ta langue...
  • Fatum littéraire, Bas-bleu et Chéri, garde ton esse
    Lettre n° 12 | Sourires & rires féministes Fatum littéraire Bas-bleu & Chéri, garde ton esse Dina Sahyouni Crédit photo : Thomas Gainsborough, portrait de Lady Elizabeth Montagu (1718-1800) , image trouvée sur Commons Fatum littéraire J'ai embrassé l'amour...