23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

 

[invité d'honneur de la revue]

 

 

 

La poésie française depuis 1950


1980 : Articuler


Un lyrisme critique ?


 

 

Jean-Michel Maulpoix 

Article reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur



À la fin des années 70, et au début des années 80, se fait jour ce qu'on a parfois appelé un "nouveau lyrisme" ou un "lyrisme critique". Le « sujet » fait alors retour sur le devant de la scène littéraire et philosophique. C'est l'époque ou Tzvetan Todorov publie Critique de la critique, quelques années après que Roland Barthes eut glissé du structuralisme militant des Essais critiqueset de S/Zà l'écriture plus subjective des Fragments d'un discours amoureuxou de Roland Barthes par lui-même. C'est également l'époque où l'on parle de « nouvelle fiction », de « nouvelle histoire » de « nouvelle cuisine » ou de « nouveaux philosophes ». La mode est aux « nouveaux », même si certaines de ces nouveautés dissimulent parfois une simple relecture « postmoderne » du passé.

Ceux que l'on appelle « nouveaux lyriques » sont pour la plupart des poètes nés dans les années 50. Cette génération était adolescente à l'époque des avant-gardes. Elle n'a pas participé à la grande fête subversive de mai 68 ; elle l'a considérée plutôt comme un déroutant spectacle. Elle a par contre commencé d'écrire et de publier dans un contexte de crise et de reflux des idéologies. Elle s'est nourrie d'histoire littéraire aussi bien que de marxisme, de psychanalyse et de structuralisme. Elle a le plus souvent trouvé sa voix contre les bousculades théoriques des décennies antérieures. Elle apparaît plus sage, plus conventionnelle, moins soucieuse d'afficher des signes extérieurs de modernité.


Jean-Pierre Lemaire, Guy Goffette, André Velter, James Sacré, Benoît Conort, Alain Duault, Philippe Delaveau,Jean-Yves Masson, Jean-Claude Pinson Jean-Pierre Siméon, Yves Leclair, (et l'auteur mêmede ces lignes) sont quelques-uns de ces poètes très divers qui renouent avec un lyrisme (critique)où le sujet et le quotidien ont leur place. Ils trouvent un encouragement et un appui auprès d'aînés comme Jacques Réda, Pierre Oster, Lionel Ray, Marie-Claire Bancquart, Robert Marteau, Vénus Khoury-Ghata Jacques Darras ou Jean-Claude Renard. À travers eux, la poésie française semble se réinscrire dans une tradition plus vaste, peut-être plus naïve.

 

Si l'infinitif « articuler » apparaît susceptible de regrouper et identifier ces auteurs, c'est que leur écriture semble orientée vers un désir de synthèse entre la tradition et la modernité. Ils renouent avec l'image et la mélodie, voire avec un certain « phrasé ». Ils retrouvent le goût de l'émotion et de l'expression subjective, mais sans en revenir pour autant à la traditionnelle posture romantique du « pâtre-promontoire » ou de « l'écho sonore » célébré par Victor Hugo.

 

Leur lyrisme apparaît davantage soucieux de l'autre que de soi. Il est moins « proféré » qu'interrogateur et critique. Il cherche à réarticuler la présence et le défaut, le désir et la perte, la célébration et la déploration. Le « nouveau lyrique » est un lyrique qui cherche son chant, sa voix, voire ses propres traits dans le décousu de la prose. En témoigne ce poème de Jacques Réda, extrait de Récitatif :

 

 

Écoutez-moi. N'ayez pas peur. Je dois

vous parler à travers quelque chose qui n'a pas de nom dans la langue que j'ai connue,

sinon justement quelque chose, sans étendue, sans profondeur, et qui ne fait jamais obstacle (mais tout s'est affaibli).

Écoutez-moi. N'ayez pas peur. Essayez, si je crie,

de comprendre : celui qui parle

entend sa voix dans sa tête fermée;

or comment je pourrais,

moi qu'on vient de jeter dans l'ouverture et qui suis décousu?

Il reste, vous voyez, encore la possibilité d'un peu de comique, mais vraiment peu:

je voudrais que vous m'écoutiez -sans savoir si je parle.

Aucune certitude. Aucun contrôle. Il me semble que j'articule avec une véhémence grotesque et sans doute inutile -et bientôt la fatigue,

ou ce qu'il faut nommer ainsi pour que vous compreniez.

mais si je parle (admettons que je parle),

m'entendez-vous; et si vous m'entendez,

si cette voix déracinée entre chez vous avec un souffle sous la porte,

n'allez-vous pas être effrayée?

C'est pourquoi je vous dis : n'ayez pas peur, écoutez-moi,

puisque déjà ce n'est presque plus moi qui parle, qui vous appelle

du fond d'une exténuation dont vous n'avez aucune idée,

et n'ayant pour vous que ces mots qui sont ma dernière enveloppe en train de se dissoudre.

 

 

Cette adresse à la femme aimée est aussi bien adresse du poète au lecteur ou à quiconque, voire tentative pour prendre langue avec soi, puisque le sujet "décousu" qui appelle ici ne parvient pas même à entendre sa propre voix "dans sa tête fermée" et a donc besoin de l'oreille compréhensive d'autrui pour se reconnaître et exister. Tout se passe comme si le sujet lyrique moderne se trouvait lancé au-dehors de soi à la recherche de son propre centre. Il ne peut s'en tenir à la simple "diction d'un émoi central".  Son émotion elle-même paraît se méconnaître tout autant que celui qui l'éprouve et qui interroge sa propre capacité à l'articuler. Sa place n'est assurée ni au langage ni au monde. C'est pourquoi il devient passant, piéton ou rôdeur parisien, créature en transit dans un monde transitoire, passager et lieu de passage.

Ce sujet aminci, égaré, titubant fraie dans l'écriture un chemin aléatoire conduisant vers l'atteinte improbable de sa propre figure. Dans l'oeuvre de James Sacré, le déracinement et l'exténuation se traduisent par un singulier boîtement du vers et de la syntaxe :

 

 

Rien pas de silence et pas de solitude la maison

dans le printemps quotidien la pelouse

une herbe pas cultivée ce que je veux dire

c'est pas grand chose un peu l'ennui à cause

d'un travail à faire et pour aller où pourquoi?

ça finit dans un poème pas trop construit

comme un peu d'herbe dure

dans le bruit qui s'en va poignée de foin sec

le vent l'emporte ou pas ça peut rester là

tout le reste aussi la maison pas même

dans la solitude printemps mécanique pelouse

faut la tailler demain c'est toujours pas du silence qui vient.

 

Est-ce que c'est tous ces poèmes comme de la répétition?

je sais pas au moment qu'en voilà un encore

avec pourtant comme du vert

dans soudain les buissons en mars un désordre

avec des feuilles pourries dans

à cause du vent avec le vert maintenant

ça fait une drôle de saison neuve et vieille

est-ce que c'était pareil l'année dernière? j'en ai rien dit

pourtant j'en ai écrit des poèmes ça a servi à

je me demande bien quoi ça a disparu

des mots qu'on a dit j'ai mal entendu.

 

 

Nous pouvons lire et entendre ici le déhanchement ou le boitement d'une parole défaite, comme mal assurée d'elle-même: un chant peu sûr, cherchant sa langue ou son articulation. Le poème est "bougé", comme on le dirrait d'une photographie floue. Ce bougé poétique ou rhétorique signifie un rapport tremblé du sujet à sa propre identité. C'est ici la voix qui fait hésiter la grammaire. Comme Verlaine, James Sacré cultive un art savant de la méprise, de l'approximation, de la négligence, voire de la faute.


Ces poètes retrouvent donc des qualités d'instrumentistes. Ils jouent le jeu de la langue, malgré tout. Leur écriture paraît dépourvue d'a priori formels. Elle ne repose sur aucun postulat. Le « nouveau lyrique » part à l'aventure dans la langue à partir de son désir de prendre langue. Il sait que la langue est un piège, que l'image est une tromperie, que le sujet est un leurre. Cela n'empêche pas que dans le langage il y ait « de l'image et du sujet ». Peut-être doit-on parler ici d'écritures sans théories, a-théoriques, ou post-théoriques. Lassées du théorique, lassées surtout des exclusions ou des réductions qu'il implique, et de l'intellectualisme qui souvent s'y attache.

 

Ces écritures n'affichent pas de signes externes de négativité ou de modernisme; elles font plutôt l'expérience d'une négativité interne. Si elles posent, comme Bonnefoy, Jaccottet, Du Bouchet, la question du lieu, c'est en renouant avec sa géographie et son histoire locale.

Au "verger", ou à "la clairière" (lieux abstraits et essentialisés figurant la plénitude un instant renouée d'un rapport au monde), viennnent se substituer des lieux concrets très ordinaires : les « gares » et les « banlieues » chez Réda, les terrains vagues chez James Sacré, ou, pour Guy Goffette, une simple cuisine de province. Voici un extrait de l'un de ses poèmes :


 

Peut-être bien que les hommes après tout

ne sont pas faits pour vivre dans les maisons

mais dans les arbres

et encore

pas comme l'écureuil ou le singe d'Afrique

qui sont des enfants espiègles et craintifs

mais comme les oiseaux

et encore

pas comme le loriot bavard ou le geai plus rogue

qu'un chien de ferme et plus insupportable

qu'une porte qui grince

mais comme les oiseaux de haute volée de longs voyages

qui n'y viennent que pour le repos

échanger quelques nouvelles lier connaissance

et prendre un peu de sang nouveau

avant de s'enfoncer dans le silence et l'anonyme

gloire du ciel [...]

 

 

Nous renouons ici avec la simplicité d'une parole qui semble couler de source, aller de soi, et qui ne craint pas d'afficher son apparente naïveté.

Cet essai ne constitue guère qu'une mise en perspective, une ouverture, une initiation très partielle à laquelle seule la lecture individuelle des oeuvres pourra donner un sens. Les quelques balises que plantent les quatre infinitifs retenus pour caractériser les tendances les plus remarquables qui émergent successivement au fil de ce demi-siècle, ne sauraient occulter une multitude de parallèles ou de croisements possibles entre les courants et les oeuvres. Ces quatre catégories ne sont nullement exclusives les unes des autres. Toute poésie en effet, quelle qu'elle soit, a à voir avec « l'habiter » car elle met en cause la manière dont l'être humain se situe dans le monde, l'aménage et l'occupe.


Elle est une affaire de « figuration », car elle est cet espace de langage où travaillent de concert les figures de la langue, le visages du sujet et les aspects des choses. Elle constitue un processus de « décantation », dans la mesure où elle interroge la langue, l'analyse, en prend soin, et procède au « nettoyage de la situation verbale ». Elle demeure enfin une question « d'articulation », puisque chaque oeuvre établit une relation singulière entre un sujet, un langage et un monde.

 

 

 

Pour citer cet article

 

 

Jean-Michel Maulpoix, « La poésie française depuis 1950. 1980 : Articuler. Un lyrisme critique ? » (article reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur, 1er éd. 1999, url. http://www.maulpoix.net/articuler.html), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai  2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-la-poesie-102954628.html ou URL. http://0z.fr/MCTpt
 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 


 

http://www.maulpoix.net/index.html

 

 

http://www.u-paris10.fr/1768/0/fiche___annuaireksup/&RH=rec_rev

 

Jean-Michel Maulpoix

 

Jean-Michel Maulpoix - Littérature - France Culture

 

Jean-Michel Maulpoix - Wikipédia

 

 

Auteur(e)

 

 

 

Jean-Michel Maulpoix

 

 


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[invitéEs de la revue]

Exposition inédite


 

 

Images du spectacle

 

Fusion 

 

 

 


Leïla Da Rocha & Patrick Dupond

 

 

 

Cliquez sur les photos pour les agrandir

 

 affiche fusion 2012Leila(patrick en second plan)patrick&leila(noir et blanc)

leila (voile)

 

 

Galerie du spectacle et des photos des artistes

 

  

 

Pour citer cette exposition

 

 

Leïla Da Rocha et Patrick Dupond, « Images du spectacle Fusion », in Le Pan poétique des muses|Revue interntionale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai en  2012. 

 URL. http://www.pandesmuses.fr/article-fusion-102904215.html ou URL. http://0z.fr/RnLeg
 

 

 

 

 

Pour visiter les pages/sites des auteur(e)s ou qui en parlent

 


http://www.francetv.fr/culturebox/patrick-dupond-et-leila-da-roca-nouveau-depart-en-fusion-27235

 

http://www.lefigaro.fr/culture/2011/10/06/03004-20111006ARTFIG00746-patrick-dupond-en-grande-forme.php

 

 

Auteur(e)s


 

Leïla Da Rocha & Patrick Dupond

 

 

  Vidéo choisie par la revue


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  Entretien inédit  

 

 

 

 

Entretien avec Wilfride Piollet

 

 Au sujet des Dames blanches et de Mallarmé

Entretien réalisé le 16 mars 2012


 

  Céline Torrent 


 

  Mot de l'auteure :

 

Tous mes remerciements à l'artiste-théoricienne Wilfride Piollet 

  http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1b/Wilfride-Piollet-Lac-des-Cyges-Opera.jpg

 

 

Q1. Qu’est ce que l’absolu pour vous ?

 

Wilfride Piollet:  Qu’il n’y ait plus de temps. Être abstrait, être à l’intérieur de soi-même, juste un objet de passage...

 

 

Q2. Pourquoi le ballet Giselle symbolise-t-il à ce point, pour vous, la danse, et l’amour de la danse ?

 

WP : Le personnage de Giselle est en constante mutation : elle passe de la vie à l’abstraction de la danse. Au premier acte, elle est la  reine des vendanges…

Puis elle est brisée par la folie qui est le passage transitoire, entre son passé et son futur de Willis. Au deuxième acte, il y a Myrta, reine des Willis, reine de la danse. J’ai beaucoup aimé interpréter ce rôle, plus que celui de Giselle au deuxième acte. Myrta est dans cette autorité grave, calme, cette plénitude qui est celle de se savoir reine de la danse ; danse qui a pris le pouvoir sans implication de l’affectif, dans l’abstraction. Le ballet Giselle a été dansé à l’Opéra jusqu’en 18671. Il serait très intéressant de savoir si Mallarmé a vu ce ballet…

 

Q3. Pourquoi Mallarmé a-t-ilparticulièrementremarqué la Cornalba selon vous ?

 

WP : On a gardé très peu de chose d’elle en effet. On a seulement retenu que c’était une grande technicienne, par rapport à la Zucchi qui était connue pour son charme, sa sensualité…

La Cornalba, non…

Si Mallarmé l’a remarquée, je pense que c’est parce qu’elle était dans le plaisir de la danse et c’est tout. Elle n’a jamais spécialement fait parler d’elle, elle ne « faisait pas de charme », ou plutôt elle avait le charme qui peut toucher un poète tel que Mallarmé : une façon de s’engager soi-même par rapport à soi-même, lorsque l’on se pousse à accomplir un réel niveau d’exigence.

La Cornalba illustre parfaitement l’idée de l’anonymat, de l’ « impersonnel »…

On ne sait rien d’elle, simplement qu’un grand poète a laissé quelques lignes sublimes sur elle, ce qui est déjà gigantesque ! Nul doute qu’elle possédait une humilité intérieure, était dans l’oubli d’elle-même…

On a dit d’elle qu’elle accomplissait de superbes pirouettes, ce qui est très intéressant car, pour moi, la pirouette c’est la transformation, la manifestation d’une poésie intérieure.

 

 

Q4. Est-ce qu'il y a des échos entre la pensée de Mallarmé et la technique de danse que vous enseignez ?

 

WP : Je suis en train, en ce moment, de synthétiser quarante années de travail sur ma technique des « barres flexibles »2 [elle relit le texte « Ballets » de Mallarmé] « glaive, coupe, fleur »...3

C’est incroyable, cela correspond tout à fait aux images qui résument cette synthèse : il y a le glaive qui est la gravité du corps, la chute…

La coupe, qui est l’assise de la fleur, mobile sur sa tige comme la tête l’est sur son axe … Ces images sont vraiment similaires à celles que j’utilise, à ces métaphores que doit penser le danseur/la danseuse pour réaliser le mouvement. La vérification de l’idée (ou la métaphore) c’est la naissance du désir de mouvement4. Par ailleurs, il me semble que Mallarmé avait compris l’importance de l’autonomie du mot…

Moi, je parle de l’autonomie de chaque partie du corps qui doit être travaillée au niveau de l’imaginaire.

 

Q5. Et comment reliez-vous la technique des barres flexibles aux Dames blanches ?

 

WP : Les « barres flexibles » visent à créer un état poétique physique : c’est sentir la gravité en soi. Tel un funambule sur son fil qui n’a aucune tension dans les muscles phasiques (les muscles volontaires). Il n’est que dans ses muscles de posture, comme les dames blanches dont les mouvements sont fluides…

Dame blanche, funambule, dans leur monde d’images intérieures...

Il s’agit, à travers les « barres flexibles », d’être dans l’imaginaire…

 

 

Q6. Et votre rencontre avec Mallarmé ?

 

 

WP : Mon père m’en parlait énormément, l’admirait beaucoup… 

Moi, c’est le fait qu’il ait si bien parlé de la danse qui m’a amenée vers lui. Il est allé jusqu’au bout de ce que l’on pouvait dire du mouvement et de la danseuse…

L’un des plus beaux compliments que l’on m’ait fait en tant que danseuse est de John Cage, au moment où l’on montait Un jour sur deuxde Cunningham. Il m’a dit avant que je n’entre en scène : « Quelle joie que ce soit vous qui dansiez ce soir. Quand vous dansez, c’est comme si vous écriviez un poème ».

 

 

 

Notes 

 

 

1 La série des textes réunis sous le titre « Crayonné au théâtre » date de 1887.

2 La technique des « barres flexibles » est une technique d’enseignement de la danse classique créée par Wilfride Piollet. La barre de danse classique sur laquelle s’appuie traditionnellement la danseuse disparaît. La danseuse crée par son imaginaire ses propres « barres » dans son corps : la « coordination des différentes parties du corps ne peut se réaliser sans un "axe intérieur" ouvert. Les échanges intérieurs, ces mises en relation que  permet l’''ouverture'' [...], je les appelle barres flexibles. Dans mon enseignement, ces barres flexibles sont les outils que j’utilise pour aider le corps à se mouvoir librement, à être "ouvert", comme on le dit d’un esprit ». Wilfride Piollet, Barres Flexibles, op.cit., p.12. Notons que cette technique se base fortement sur la métaphore : il s’agit de penser mentalement le mouvement en termes d’images pour pouvoir l’accomplir physiquement

3 Mallarmé, « Crayonné au théâtre », op.cit.,  p. 201 : « À savoir que la danseuse n’est pas une femme qui danse, pour ces motifs juxtaposés qu’elle n’est pas une femme mais une métaphore résumant un des aspects élémentaires de notre forme, glaive, coupe, fleur, etc[.] »

4 Nous soulignons parce qu'il s'agit d'une phrase retranscrite (textuellement) de Wilfride Piollet.

 

 

 

Pour citer cet article

 

 

Céline Torrent, « Entretien avec Wilfride Piollet »,  in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai  2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-entretien-w-piollet-102884629.html ou URL. http://0z.fr/7Fgn7
 

 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


 

 http://www.paris-art.com/

http://www.paris-art.com/spectacle-danse-contemporaine/Poetry%20Event%20II/Poetry%20Event%20II/7066.html

 

 

Auteur(e)

 

 

Céline Torrent

 

 

Céline Torrent prépare un doctorat de littérature française intitulé Poésie et chorégraphie aux XXe-XXIe siècles à l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 depuis septembre 2009, sous la direction du Professeur Michel Collot.

 

Communications

  • « Poésie et chorégraphie au XXème siècle », avec la participation de Fabrice Guillot, directeur de la compagnie Retouramont, juin 2010, dans le cadre de « L’atelier actualités de la recherche et de la poésie » dirigé par Michel Collot, 4 juin 2010, Centre Censier, Université Sorbonne Nouvelle-Paris3.
  •  « Écrire la danse, danser l’écriture » : dialogue avec Laura Soudy, doctorante en littérature, université d’Avignon, dans le cadre de l’ atelier « (D’)écrire la danse », journée d’étude du 3 décembre 2010, organisée au CND de Pantin, par l’Atelier des doctorants du Centre National de la Danse.

Publications 


Rédactrice à  Entre,  L’œuvre est ouverte depuis septembre 2011

  • Chroniques agenda danse pour Entre n°1
  • « Le corps-biographie comme chorégraphie », entretien avec Cédric Andrieux, Entre numéro double 2 et 3, février-mars 2012
  • « De l’autre côté du rideau », entretien avec Alain Batifoulier et Catherine Join-Diéterle au sujet de l’exposition « L’envers du décor », CNCS, Entre numéro double 2 et 3, février-mars 2012

Rédactrice à Paris-Art (http://www.paris-art.com/), rubrique critiques de danse, depuis Avril 2010

 

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Sélection du web

 

 

 

La danseuse étoile, La muse,

 

 

À ma mère & Marine


 

 


  Bruno Krol 

 


 

La danseuse étoile




Sa main peint le désir où se cambre le cil
Offrant au firmament son long geste gracile.
Dans l'élan du délice elle charme l'andante
Dessinant dans la nuit sa poitrine insolente.
Assoifée d'inconnu, elle enflamme la chair
De ses pas cadencés, elle maitrise la terre.
Son geste sensuel sème une pluie d'argent
Où s'arrache le ciel imbibé de printemps.
Ses cheveux élancés s'affolent dans la danse
Bercés par le soupir des amants du silence.
La pointe de ses pieds appelle l'abandon
Son corps s'offre à l'étoile où fuit le papillon.
Le souffle se sépare aux rêves échancrés
Où son bras nu retient les frissons enfiévrés.
Sous les feux de la rampe à l'ombre perfectible
Son parfum de jasmin embrase l'invisible.
La musique envoûtante implore le vertige
Que le violon caresse où le tulle voltige !
La ballerine exhibe au sourire charmeur
Le rouge affriolant que ses lèvres effleurent.
Et le plaisir frétille à son déhanchement
Tel un beau cèdre bleu harcelé par le vent.

  

 

 

 

La muse




J'ai bu le soleil sur la toile
Halo d'orange au goût d'étoile
Le gris cendré coule au chassis
L'eden s'ouvre aux vagues de pluie.
Les cieux s'accouplent de sanglots
Les couleurs s'animent au pinceau.
L'ombre s'éveille à la lumière
Le rêve avale la poussière.
Mes doigts glacés givrent le temps
Sur le regard de tes vingt ans
J'ouvre les yeux de l'horizon
Le bleu s'enflamme au céladon.
L'indigo perle et se faufile
Où la grâce accroche tes cils
Le carmin désarme tes lèvres
Au bain mélé d'encre et de fièvre.
L'aube peint le feu des amants
Délivre la bouche du vent
Son vert émeraude s'étire
S'enroule à l'ourlet du soupir.
Le silence assoupi s'enrhume
Taché de nuage et de brume
Son chant s'offre aux plaintes muettes
Ensevelies sous la palette.
J'étends le frisson de ta peau
Sur un bouquet de pianos
Ta larme esquive le clavier
Glisse le long du chevalet.
Le pourpre fait battre mon coeur
Où la féminité s'effleure
Ton souffle chaud lève le voile
J'ai bu le soleil sur la toile.

 

 


 

À ma mère




Au jardin bleu de la pudeur
Le brin d'herbe étend sa douceur
Ma sombre larme s'évapore
Sur l'écorchure de la mort.
La fièvre trace mes adieux
Couvre de velours tes grands yeux
Ton souffle léger se déchire
Au ruisseau du dernier soupir.
La nuit dépose son secret
Sur ta fine lèvre asséchée
La prière adoucit l'aveu
Se mêle au silence de Dieu.
Ton doux regard s'est endormi
Sous les caresses assouvies
Le clocher apaise le glas
Qui brûle le bout de mes doigts.
Tous les rideaux se sont fermés
La douleur oublie nos étés
L'amour insuffle, si fragile
L'aurore au rêve versatile.
Ton geste tendre m'envahit
M'invite à vivre l'aujourd'hui
Je n'entends plus tous ses "sans toi"
Ma plume vibre et t'aperçoit.

 
 

Marine




Mouette au temple du soupir
Déploie ton chant, vieux souvenir !
Mon enfance a laissé ses mots
Dans la féminité des flots.
L'albatros a quitté le ciel
Emporte le feu du soleil
Ses ailes balaient l'innocence
Sur le grand pont de l'existence.
Le crépuscule se dessine
Au chevet des sombres marines
La vague engloutit mon chagrin
Vêtu de sanglots de satin.
Du bleu turquoise au noir ourlé
Le cormoran s'en est allé
Il jette aux cieux son agonie
Souffle l'étoile de ma nuit.
Mes doigts vieillis peignent l'amour
Le rocher gris se fait velours
La toile blanche s'assoupit
Auprés de ces photos jaunies.


 

Pour citer ces poèmes

 

 

Bruno Krol « La danseuse étoile » « La muse », « À ma mère » & « Marine » (poèmes reproduits avec l'aimable autorisation de l'auteur), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai 2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-danseuse-etoile-102884287.html   ou URL. http://0z.fr/O54_w
 

 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent,

pour commander ses livres  

 

 

www.atramenta.net/books/ecrire/36

 

.......

 

Auteur(e)


 

Bruno Krol

 




 


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    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Critique & Réception | Dossier mineur | Articles & témoignages / Muses au masculin Claude Luezior, Sur les franges de l’essentiel suivi de Écritures, éditions Traversées, Belgique, 128 p., 2022, ISBN : 9782931077047...
  • Juliette Jouannais, sculptrice de la couleur
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    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N°12 | AUTOMNE -HIVER 2022 UNE POÉMUSIQUE DES FEMMES & GENRE* Crédit photo : Anne Vallayer-Coster, "Instruments de musique". Tableau temporaire....
  • La poésie, l’arme des féministes russes !
    Événements poétiques | Calendrier du matrimoine poétique 2022 & N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier mineur | Articles & témoignages | Revue matrimoine La poésie, l’arme des féministes russes ! Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure...
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    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Bémols artistiques | Revue culturelle des Amériques Frida Kahlo au-delà des apparences Exposition au Palais Galliera à Paris Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Photographies par Claude Menninger...
  • Rencontre avec Arnaud Martin : peintre, dessinateur et poète
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Entretiens poétiques, artistiques & féministes | Muses au masculin Rencontre avec Arnaud Martin : peintre, dessinateur & poète Propos recueillis en novembre 2022 par Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes...
  • Biographie de Arnaud MARTIN
    Biographie & publication disponibles numériquement Arnaud MARTIN Poète, artiste peintre & dessinateur © Crédit photo : L'artiste peintre "Arnaud Martin dans son atelier". Est peintre, dessinateur et poète, il nous parle à cœur ouvert de son itinéraire,...