23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

[poème épicène sur la danse]   

 

Poème inédit

 

S'échauffer*

 

 

 

Jean-Marc Baillieu

 

 

 

(1)

 

 

Avancer épaule gauche reculer simultanément épaule droite puis

inverser.

Bras gauche balancé haut simultanément bras droit balancé bas puis

inverser.

Droit croisé derrière gauche en l’air tête tournée vers gauche puis

inverser.

Demi-tour gauche puis demi-tour gauche.

Soulever pied gauche reposer sans poids du corps puis avec.

Idem pied droit.

Pointer gauche avant pointer droit arrière.

Bras droit avant gauche arrière puis inverser.

Lever main gauche rapprocher du corps baisser main droite puis

inverser.

Relâcher genoux légèrement pliés cambrer reins rejetant bassin

          arrière simultanément mouvement cou projeter tête avant.

Tendre genoux rentrer reins rejeter bassin avant simultanément

mouvement cou projeter tête arrière.

 

 

(2)

 

 

Balancer droit en l’air croiser devant gauche droit à droite gauche.

Assembler au droit droit à droite balancer gauche en l’air croiser.

Devant droit gauche à gauche droit assembler au gauche gauche

à gauche.

Balancer droit droit en l’air croiser devant gauche sauter sur droit.

Ciseaux gauche en l’air en avant sauter sur gauche ciseaux droit.

L’air en avant sauter sur droit glisser sur droit en détachant.

Gauche du sol gauche en avant glisser sur gauche détachant droit.

Du sol droit en avant glisser sur droit détachant gauche.

Quart de tour droite gauche gauche droite.

Arrière gauche rapprocher droit.

 

Gauche à gauche déhanchement gauche.

Déhanchement droite.

Déhanchement gauche.

Déhanchement droite détachant pied gauche du sol rapprocher

droit.

Gauche en avant déhanchement gauche.

Déhanchement droite.

Déhanchement gauche détachant pied droit du sol rapprocher

gauche.

 

 

 

(3)

 

 

Gauche à gauche pointes dehors pivoter plante gauche revenir

position droit avant pointes dehors pivoter plante droite position.

Droit à droite pointes dehors pivoter planter droite position gauche

arrière pointes dehors pivoter plante gauche position.

 

Gauche avant droit assemblé gauche.

Gauche arrière droit rapproché gauche.

Gauche avant droit pointé droite retrait sans poids du corps.

Droit près gauche pointé gauche retrait sans poids du corps.

Gauche avant.

Droit avant gauche droit assemblé gauche.

Tour à droite

Droit avant gauche assemblé droit.

 

Genoux tendus temps impairs relâchés temps pairs puis inverser.

Pied gauche arrière droit marqué sur place avant.

Gauche avant sans poids du corps puis glissé avant poids du corps

dessus fin de mouvement.

Droit marqué place sans poids du corps puis glissé arrière poids du

corps dessus fin de mouvement.

Droit arrière gauche marqué.

 

 

 

(4)

 

Gauche gauche droit croisé devant large gauche gauche droit

balancé haut droite tournant corps droite droit droite gauche croisé

devant droit droite gauche balancé haut gauche tournant corps

gauche.

 

Droit avant gauche battu contre droit

Gauche avant droit battu contre gauche.

Gauche arrière droit battu contre gauche.

Droit arrière gauche battu contre droit.

Ad lib.

 

Gauche gauche genou tendu poids corps gauche inclinaison corps

fléchir genou gauche tendre genou flexion tension flexion ramener

poids corps droit genou tendu redresser corps fléchir genou droit

enchaîner premier pas.

 

 

 

 *Les quatre séquences de S’échauffer sont de préférence destinées à être lues à voix haute.

 

 

 

Pour citer ce poème

 

 

 Jean-Marc Baillieu, « S'échauffer », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai  2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-s-echauffer-104110545.html ou URL. http://0z.fr/aCDEb
 

 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


 

http://www.cipmarseille.com/auteur_fiche.php?id=694


http://www.sitaudis.fr/Auteurs/jean-marc-baillieu.php

 

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/12/jean-marc-baillieu.html

 

http://www.sitaudis.fr/Parutions/l-inconstance-de-jean-marc-baillieu.php

 

http://autresetpareils.free.fr/surlevif

 

 

 

Auteur(e)

 

 

Jean-Marc Baillieu

 


Jean-Marc Baillieu (1955) est principalement l’auteur de la trilogie Humanité (Spectres Familiers éd., 2000 et 2008, Hapax éd., 2012). Avec Naomi Mutoh (danseuse et chorégraphe) et Jean-Jacques Quesada (saxophoniste), il a participé au spectacle Poudre de riz sonore (produit par Permanences de la littérature, Bordeaux) dont il a écrit le livret (éd. Bleu du ciel, 2001). 

 


Repost0
Le Pan poétique des muses - dans n°1|Printemps 2012
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

[invitéEs de la revue]

  Présentation inédite

 

Fusion

 

 

Présentation du spectacle

 

 

Leïla Da Rocha & Patrick Dupond

 

 

 

Cliquez sur les photos pour les agrandir

 page1page2page3page4page5page6

© Présentation originale du spectacle "Fusion", tous droits réservés

 

Galerie du spectacle et des photos des artistes

 

 

Pour citer cet article

 

 

Leïla Da Rocha et Patrick Dupond, « Fusion : Présentation du spectacle », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai  2012.   

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-fusion-104106192.html ou URL. http://0z.fr/S3BDu
  

 

     

 

 

 

 

Pour visiter les pages/sites des auteur(e)s ou qui en parlent

 

 

http://www.francetv.fr/culturebox/patrick-dupond-et-leila-da-roca-nouveau-depart-en-fusion-27235

 

http://www.artistikrezo.com/201109157534/actualites/Divers/fusion-patrick-dupond-leila-da-rocha.html

 

http://www.parisetudiant.com/etudiant/sortie/fusion-patrick-dupond-leila-da-rocha-paris-05.html

 

http://www.myspace.com/patrickdupondfan

 

http://patrickdupond-fusion.com/

 

http://www.theatreponttournant.com/danse-patrick-dupond-2010.html 

http://spectacles.premiere.fr/Exclusivites-spectacle/Interviews/Patrick-Dupond-Confessions-d-une-etoile

 

http://fr-fr.facebook.com/pages/Patrick-Dupond/112081782185943

 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Dupond

 

http://www.evene.fr/celebre/biographie/patrick-dupond-5944.php

 

 

 

 

Auteur(e)s

 

 

Leïla Da Rocha & Patrick Dupond

 

 

  Vidéo choisie par la revue

 

 

 

 

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans n°1|Printemps 2012
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

[invité de la revue]

Texte inédit



Quand les femmes revisitent

 

 

le mythe d'Adam et Ève


 

Textes sélectionnés & présentés

par

 

Jo Laporte


 

 


Quand les femmes revisitent le mythe d'Adam et Ève, cela peut effrayer les exégètes et les théologiens. Les textes de Jacquette Guillaume (17ème siècle) et de Daniel Stern (19ème siècle) proposent des approches bien peu orthodoxes, et susceptibles de mobiliser les femmes dans leur juste combat : car il y a bien un sexe supérieur, mais ce n'est pas forcément celui auquel on pense. Le poème de Bourdic-Viot (de la fin du 18ème siècle) est un divertissement frivole écrit par une femme "un peu folle" qui n'en est pas moins "une femme de bien".



I - Jacquette Guillaume 17ème siècle


Les Dames illustres, où par bonnes et fortes raisons il se prouve que le sexe féminin surpasse en toutes sortes de genres le sexe masculin, Paris, T. Jolly, 1665.


Ouvrage en prose et en vers où l'auteure fait un éloge passionné de la Trinité et développe une défense du sexe féminin jugée outrancière par Fortunée Briquet .

Difficile d'apprécier à sa juste valeur ce livre très étrange (en prose et en vers): les dehors théologiques, moralisateurs de l'oeuvre ("La femme est faite pour l'homme...etc") cachent des propos audacieux au point que Fortunée Briquet juge que son auteure est "une des femmes qui ont porté trop loin l'amour de leur sexe". Le raccourci des arguments devait dérouter les lecteurs de l'époque: ainsi, pour Jacquette Guillaume, si la femme a été créée pour être utile à l'homme, pour l'aider, c'est que ce dernier est un être immature, peu autonome et de toute manière, celui (en réalité, celle) qui aide est forcément supérieur(e) à celui qui est aidé. Ou encore, Dieu a créé le monde en suivant un ordre ascendant qui va du plus grossier (la terre, le, ciel, etc.) vers un sommet de perfection, la femme. L'homme n'est à l'évidence qu'une étape intermédiaire...


En créant la femme,"Le Créateur voulut se tirer en petit volume..."


Il est remarqué dans la Genèse que Dieu ayant créé l'homme ne dit rien, mais qu'ayant créé la femme il dit: "Voilà qui est bien", pour nous apprendre que dès le premier moment de sa création elle fut agréable à son Créateur. Ne vous en étonnez pas, ce divin ouvrier la forma pour être les délices mêmes du Paradis terrestre, voulant raccourcir toute l'étendue de ses merveilles dans ce microcosme, et se tirer lui-même en petit volume, après s'être tiré en grand, dans le reste de l'Univers. Il donna à son corps la taille et la beauté, que la flatterie des Poètes attribue aux Déesses; son entendement étant éclairé des plus hautes lumières proposait le vrai bien à la volonté, qui brûlait d'une sainte ardeur de le posséder...

Jacquette Guillaume: Les Dames illustres...,1665.

 

 

 

II- Henriette Bourdic-Viot (1746-1802)

 

 

(Poème publié dans L'Almanach des Muses de l'année 1786)

L'auteure invite son amie à offrir une figue à un Evêque, comme Ève a offert la pomme à Adam. Aucune impudeur à cela, l'argument étant que la feuille même du figuier a été choisie par le Créateur pour couvrir la nudité de nos premiers parents. Mais il ne faut pas oublier les connotations sexuelles du fruit lui-même ; les revendications d' innocence et de décence couvrent les allusions érotiques du propos. La poésie du 18ème siècle, et en l'occurence celle de Bourdic-Viot, proche de Voltaire, n'a pas de grandes ambitions : son impertinence est le plus souvent au service d'un art de vivre en société le plus agréablement possible ; pourquoi ne pas l'accepter comme telle ?

 

Vers à Madame la Baronne d'A**, soeur de l'auteur, en lui envoyant des figues pour M. L'évêque de **, chez lequel ces dames avaient passé quelques jours ensemble.


Quand le malin esprit voulut du premier homme

Corrompre le naissant désir,

À la jeune Ève il présenta la pomme;

Elle y mordit et connut le plaisir.

Au bon Adam, Ève avec énergie,

Parle du fruit qu'elle vient de goûter;

Il m'a donné , lui dit-elle une nouvelle vie.

J'en ai gardé pour toi, je viens te l'apporter.

Adam voulait lui résister.

Il ne le put: femme jeune et jolie

Est toujours sûre de tenter.

Je ne veux pas, ma douce et belle amie

Jouer auprès de toi le rôle du serpent:

Oh! quand je le voudrais, le pourrais-je vraiment?

Non! non! mais j'ai la fantaisie

D'emprunter un instant sa main blanche et jolie,

Pour offrir quelques fruits à ce Prélat charmant,

Dont la vertu sans pruderie

Ne s'effarouche pas si l'esprit du moment

Laisse échapper une saillie;

Qui ne veut pas nous damner pour un rien;

Qui fait qu'on peut être un peu folle,

Sans être moins femme de bien;

Et qui trop éclairé pour juger sur parole

De son doux Paradis ne nous chassera pas

Pour des propos badins où règne le délire

Des plaisirs innocents qu'il sème sur nos pas.

Comment peut-on punir, hélas!

Des femmes qui ne font que rire?

Présente-lui sans balancer

Ce fruit dont les feuilles prospères

Servirent jadis à cacher

La honte de nos premiers pères.

Puisque l'arbre qui les produit

Offrit un voile à l'innocence

Il appartient à la décence:

Il doit en recueillir le fruit.

 

Almanach des Muses, 1786

 


III - Daniel Stern (pseudonyme de Marie d'Agoult (1805-1876))


Esquisses morales

Pensées, réflexions et maximes (1849)

 

Pour la romantique Daniel Stern, Ève est l'archétype de toute révolution, mais elle paye sa liberté au prix fort.

 

Ève

 

La première de toutes les révolutions dont le genre humain garde la mémoire, cette révolution symbolique et sacrée d'où naît dans la suite des temps tout le progrès de l'homme et des sociétés, nous la voyons apparaître dans les Écritures sous le nom et sous l'image d'une femme.

Le Tout-Puissant avait dit au couple humain, faible et ignorant, mais heureux et immortel : "Tu ne mangeras point de l'arbre de la science, ou bien tu mourras."

L'homme se résigne à cette inactive et insensible félicité; mais la femme, écoutant en elle-même la voix de l'esprit de liberté, accepte le défi. Elle préfère la douleur à l'ignorance, la mort à l'esclavage. À tout péril, elle saisit d'une main hardie le fruit défendu; elle entraîne l'homme avec elle dans sa noble rébellion.

Le Tout-Puissant les châtie l'un et l'autre, les bannit, les voue à la mort.

La mère des hommes est condamnée à enfanter dans les larmes. Ève reste à jamais, pour sa triste et fière postérité, la personnification glorieuse et maudite de l'affranchissement du génie humain.

Cette genèse est l'histoire de toutes les révolutions...

[...] L'esprit de liberté est immortel, et la Révolution, cette Ève perpétuellement rajeunie, préfère encore à cette heure, comme aux premiers jours du monde, le bannissement, l'anathème, la douleur et la mort, à la paix honteuse de l'ignorance et de l'esclavage.

Sachons donc chérir et respecter, honorons plus que jamais aujourd'hui l'Ève immortelle, toujours jeune et toujours ardente, qui garde en son coeur les deux plus nobles dons de la vie terrestre: l'inspiration de la liberté et la vertu du sacrifice.


Daniel Stern (Comtesse de Flavigny ou Marie d'Agoult) compagne de Franz Liszt de 1835 à 1839 : Esquisses morales, 1849. Sur Gallica, l'édition numérisée date de 1880.

 

 

Les trois textes cités au-dessus sont disponibles sur Gallica

 

 

 

   

Pour citer cet article

   


 

Jo Laporte , « Quand les femmes revisitent le mythe d'Adam et Ève. Textes sélectionnés & présentés par Jo Laporte » , in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques :  « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai 2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-quand-les-femmes-revisitent-104102135.html   ou URL. http://0z.fr/viImS
 

 

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent


 

 

http://poetesses.blog4ever.com/blog/index-393335.html

 

http://www.amisldm.org/liens/

 

Notices des invitéEs du calepin...

 

 

Auteur(e)


 

Jo Laporte 



 

Professeur de Lettres ayant exercé au Lycée Renaudeau et au Lycée de la Mode de Cholet. Ce sont d'ailleurs les étudiantes de 1ère et de BTS de ce dernier lycée qui ont peu à peu fait sourdre en moi le regret de ne pouvoir conforter en elles l'idée que les femmes avaient été dans l'histoire aussi créatives que les hommes. J'avais si peu d'exemples à leur donner dans le domaine de la littérature. J'ai donc créé un blog consacré à la poésie féminine, "Poétesses d'expression française…" en m'appuyant surtout sur les ressources d'Internet (Gallica en priorité…)

Autres activités sur la Toile :

Site présentant l'intégralité de l'oeuvre poétique de Maurice Courant (1919-2007). Site de François Riu-Barotte, pianiste et pianiste-accompagnateur. Site de Philippe Malgouyres, conservateur au Musée du Louvre.

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans n°1|Printemps 2012
23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 05:30

 

 

 

[invitée de la revue] 

Entretien inédit

 

 

 

 

Entretien sur les poésie, peinture,

 

 

danse, cabaret, fétichisme & genre

 

 

accompagné d'exposition virtuelle de quatre toiles de l'artiste-peintre

  


 

Filomena Salley & Cyril Bontron

 

 

 

 

 

 

 

CB. Pourriez-vous nous parler de votre collection « Cabaret » qui nous rappelle certains peintres du XIXe-XXe siècle comme Jules Chéret et Henri de Toulouse-Lautrec. Pourquoi cet univers, la scène des danses classique et moderne ne vous intéresse-t-elle pas ?

 


FS. Si, justement ! Comme je vous ai déjà confié, et malgré les horreurs du monde au quotidien, je garde une image foncièrement positive de la vie. Il me faut la voir légère – pas irréfléchie, non – mais aérienne, et la danse me semble être, de tous les arts, celui qui exprime ce sentiment. Comme je ne danse plus, j'ai échangé mes chaussons pour les pinceaux et la scène par la toile. Mais, jusqu'à présent, ce qui me motivait était plus la représentation de ces corps qui laissent deviner soit une future gestuelle de la danse, soit l'après... Comme une invitation... Peut-être un jour viendrai-je à les faire danser...

  Tableau 4Filomena Salley

 

CB. Comment une artiste-peintre peut-elle peindre la poétique du corps d'une femme qui danse ? Le corps masculin est-il présent dans votre art, quelle en est la raison ?

FS.  Il me faut répondre d'abord à la 2ème partie de la question...

Oui, l'homme – l'homme aimant – est toujours présent dans mon oeuvre, même si dans la réalité, je ne le représente que rarement ; un peu à la manière de Lorca qui dans « La maison de Bernarda Alba » le rend omniprésent jusqu'à l'obsession et à la mort. Sauf que moi, j'ai besoin de les sentir vivants pour rendre toute la lumière à ma peinture. Et, puisqu'ils sont vivants et qu'il y a de l'amour, la danse s'impose d'elle-même et, dans ce cas-là, les corps ne peuvent qu'être harmonie.. de la même manière que la poésie, même quand elle découle de la douleur, ce quelle transmet c'est de l'harmonie. La non-représentation de l'homme dans mon oeuvre permet à chacune ou chacun de s'approprier l'acte...

 

 

CB.  Et vos modèles ? Ces femmes nommées et représentées de l'univers du cabaret sont-elles bien réelles (je pense au tableau intitulé Marie par exemple...) ? Que représente pour vous les danseuses du cabaret ?

FS. Oui, elles sont bien réelles. Pas que je les connaisse personnellement, mais il suffit de voir le nombre croissant de spectacles ayant pour sujet le monde du cabaret, à l'affiche dans le monde, voire des femmes-artistes confirmées se produire dans les plus célèbres cabarets. L'univers du cabaret est la représentation miniaturisée du monde : les coulisses et ses couloirs sombres, avec sa frénésie, ses essayages, ses ratés, ses grandes malles à parures, ses miroirs où transparaissent nos doutes, nos déprimes, nos tentations – un peu notre jardin secret de tristesse et solitude inavouables - et la scène où les feux de la rampe lavent les corps de toute souillure. Je vais me répéter mais j'aime cette expression qui, je crois, défnit bien ma peinture des femmes dans la collection Cabaret : « Dans ma malle à accessoires, il n'y a que de beaux atours »...

 

Tableau Filomena Salley

 

 


CB.  Les travestis des cabarets sont-ils présents dans votre univers ? Comment concevoir et peindre leur féminité ?

FS. Non, ils ne sont pas du tout présents. Pas que j'eusse un quelconque préjugé à leur encontre, peut-être même qu'un jour ils entreront dans ma peinture, mais ce n'est pas le cas jusqu'à présent. Je vous avoue que ne sais pas trop quoi vous répondre quand à la concrétisation picturale de leur féminité puisque je n'y ai pas songé.

Mais, d'emblée, ce qui me vient à l'esprit, et je ne suis pas très originale, ce serait le meneur de revue de « Cabaret », justement !

 

CB.  La danse, la poésie et le genre sont imbriqués, quelle est la place de la danse érotique (et de sa poétique) dans votre travail artistique ?

FS. Pour qu'il y ait de la danse, il faut de la musique et, là encore, elle se joue dans ma tête tout en harmonie. J'imagine un tango langoureux – et pas besoin de grands pas acrobatiques – une valse lente, pourquoi pas un slow-country de Slim Witmann, la voix sensuelle de Carole Laure, à moins que cela ne soit un menuet ou un lied qui s'imposent, et mes pinceaux obéissent alors à la progression des notes, tel le désir qui vient crescendo... Concrètement c'est une chorégraphie qui se met en place mentalement.

 

 

CB.  Le fétichisme est une autre facette de votre inspiration artistique, pourquoi cela porte-t-il sur les femmes et non pas sur les hommes ? Peignez-vous à travers le regard d'un homme peintre, une femme peintre ou à travers les clichés du fétichisme comme foncièrement portant sur les femmes par les hommes ?

FS. Il reste tout de même très soft, car, par-dessus tout, j'ai besoin de pureté et, comme vous le savez, de beauté (puisqu'il faut se vêtir autant que cela soit beau, non ?!).

Mais comment représenter la nudité de la femme, et plus particulièrement dans ma collection « Cabaret », sans cela ? 

Sauf que pour moi ce n'est pas du fétichisme. Je m'explique : une femme habillée, rentre chez elle, va dans sa chambre (ou où l'on veut) et se déshabille. Elle doit forcément passer par toutes les étapes...

Ce que je fais c'est dépeindre ces étapes et comme ce qu'elle portait était beau...

Vous voyez, j'y suis pas pour grand chose... ! Non, c'est l'inverse, je peins à travers mon regard de femme sur moi-même, avec le souhait que les femmes s'y retrouvent aussi. Si nous nous sentons bien notre image ne peut être que valorisée. Et non, je ne considère pas que le fétichisme doive être foncièrement lié aux femmes. Si vous remarquez bien, vous constaterez que les rares apparitions de l'homme dans ma collection « Cabaret » représentent justement cette part de « fétichisme » au masculin, exemple les chaussures d'homme.

Mais c'est vrai que l'atavisme socioculturel a la peau dure ; comment exprimer le fétichisme au masculin sans courir le risque que l'homme se sente atteint dans sa virilité ? Ou, mieux, accepte de voir dévoilée sa part de féminité ? Là, la société a encore du chemin à parcourir, à moins de dépeindre, comme vous le disiez plus haut, le monde des travesti(e)s ou même des homosexuel(le)s. Ce n'est pas ma vision de l'humanité et des rapports hommes-femmes, tout simplement.

 

 

Tableau 2Filomena Salley

 

 

 

CB.  Le corps de l'objet est-il un lieu de transgression sociale, artistique et culturelle ?

FS. Oui et non. Non, car la société a atteint un tel apogée de transgression des lois et d'acceptation du tout et n'importe quoi que forcément le corps n'est regardé que comme un objet et, finalement, tout est permis, surtout le laid.

Mais, d'un autre côté, c'est oui car le « classique », pour utiliser un mot banal, banal comme le classicisme, l'épuré, sont regardés comme une offense à la nature, à la vie. Il suffit de constater la régression des comportements – regards, paroles - vis-à-vis des femmes dans le quotidien : jamais, au grand jamais, les femmes ne furent traitées comme elles le sont aujourd'hui, même pas quand elles ne bénéficiaient pas de droits civiques ; puisque, alors, elles étaient peut-être des objets mais, soit des objets utiles qu'il fallait faire durer, soit des bibelots à estimer.

 

 

CB. Les couleurs et les formes dans le monde fétichiste comme dans le monde poétique sont primordiales, comment les choisissez-vous ?



FS. J'ai en mémoire une question ancienne assez approchante, alors, permettez que je vous réponde en utilisant peut-être les mêmes termes. Le choix des couleurs ne s'impose pas en termes de tel ou tel monde. Elles me sont suggérées, à l'image de l'écriture automatique, par mon esprit au moment même où je débute l'oeuvre et ne s'attachent qu'à la concordance avec le sujet... après tout c'est sa peau ! En ce qui concerne les accessoires, je m'efforce de rendre à l'être humain toute sa dignité, même dénudé car la société, elle, se charge assez de l'en priver.

CB. Et vos nouveaux projets ?

FS. Un regard de plus en plus empreint de Sagesse, car mon imaginaire est déjà à lui seul un grand projet (sourire).

 

Tableau 3Filomena Salley

 

 

Exposition virtuelle Exposition virtuelle

 

  Galerie de l'artiste-peintre Filomena Salley

 



Pour citer cet entretien

 

 

Filomena Salley & Cyril Bontron, « Entretien sur les poésie, peinture, danse, cabaret, fétichisme & genre accompagné d'exposition virtuelle de quatre toiles de l'artiste-peintre », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Poésie, Danse & Genre » [En ligne], n°1|Printemps 2012, mis en ligne en Mai 2012.

URL. http://www.pandesmuses.fr/article-poesie-danse-cabaret-fetichisme-104086016.html ou URL. http://0z.fr/2b9SB
  

 

 

 

Pour visiter les pages/sites des auteur(e)s ou qui en parlent

 

 

 

www.artquid.com/filomena

www.lestoilesdefilomena.com

 

 


 

Auteur(e)s


 

Filomena Salley & Cyril Bontron

 

 

 


 

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans n°1|Printemps 2012

Publications

 

Nouveau : 

LE PAN POÉTIQUE DES MUSES EST SUR INSTAGRAM

 

Info du 29 mars 2022.

 

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

 CopyrightFrance.com

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

Rechercher

À La Une

  • No 12 | AUTOMNE 2022
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES (LPpdm) REVUE FÉMINISTE, INTERNATIONALE & MULTILINGUE DE POÉSIE ENTRE THÉORIES & PRATIQUES N°12 | AUTOMNE 2022 UNE POÉMUSIQUE DES FEMMES & GENRE* Crédit photo : Anne Vallayer-Coster, "Instruments de musique". Tableau temporaire....
  • Exposition de Marie Salomé au Musée d'Histoire Naturelle et d'Ethnographie de Colmar
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Bémols artistiques | Astres & animaux | Revue culturelle d'Europe Exposition de Marie Salomé au Musée d'Histoire Naturelle & d'Ethnographie de Colmar Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Peintures...
  • Violence des lâches
    Festival des poésies féministes 2021 | Recueil | Poésie féministe pour éliminer les violences faites aux femmes Violence des lâches Nicolas Bodereau Crédit photo : Fleurs du mal hymne, image de Commons. L'eau pâle est taillée dans un écrin humide et désiré...
  • Concours de poésies féministes 2022
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Agenda poétique Concours de poésies féministes 2022 Crédit photo : Paul Ranson, "La chevelure d'or", peinture, Commons. Le concours du plus beau poème féministe sur les droits des femmes et personnes LGBTQ+ revient...
  • De l'autre côté du tableau
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Revue Poépolitique | Fictions féministes [Nouvelle rubrique]* De l'autre côté du tableau Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Crédit photo : Charles-François, Marchal, "La foire aux servantes...
  • L'espoir et Cette nuit d'hiver
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Dossier mineur | Florilège L'espoir & Cette nuit d'hiver Poèmes & peinture Pierre Zehnacker Poète, nouvelliste & artiste peintre © Crédit photo : Pierre Zehnacker, peinture récente de femme de sa série sur les figures...
  • La voix de l'ombre
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Critique & réception | Dossier mineur | Florilège La voix de l'ombre Poème & peinture Pierre Zehnacker Poète, nouvelliste & artiste peintre © Crédit photo : Pierre Zehnacker, peinture récente de femme de sa série...
  • Ode au champagne
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Poétiser en cuisinant Ode au champagne Judith Gautier (1845-1917) Poème choisi & transcrit pour cette revue par Dina Sahyouni Crédit photo : Affiche publicitaire pour le vin de Champagne, "Champagne, tribunes", image...
  • Pierre Boening-Scherel, « De l’attente et Après », (traduit de l’anglais par Maïa Brami), Éditions Unicité, 2021, 239 pages, 16€
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Critique & réception | Revue culturelle d'Europe Pierre Boening-Scherel « De l’attente et Après » (traduit de l’anglais par Maïa Brami), Éditions Unicité, 2021, 239 pages, 16€ Maggy de Coster Site personnel Le Manoir...
  • Le réveil-Matin et Appartements à louer
    N°12 | Poémusique des femmes & genre | Sourires & rires féministes Le réveil-Matin & Appartements à louer Élisa Fleury Poèmes choisis & transcrits pour cette revue par Dina Sahyouni Crédit photo : Henry Caro-Delvaille, "Portrait de jeune femme rousse",...