28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 09:50

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Extrait de

 

 

SI jamais tu partais

 

 

version pour le théâtre

 

 

d’après le roman de Joan OTT

 

 

Joan Ott

 

Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de

l'auteure et de sa maison d'édition Le Manuscrit

Extrait de SI jamais tu partais, version pour le théâtre d’après le roman de Joan OTT

© Crédit photo : Le visuel de l’affiche pour le spectacle "Si jamais tu partais",

adaptation du roman de Joan Ott.

 

 

 

Lucie, devenue une vieille dame, se souvient. Ceci est la toute fin de la pièce.

Les enfants sont restés longtemps à la maison : des diplômes en veux-tu en voilà, mais pas de travail, la crise… Ils ont tout de même fini par se caser. Alors ils sont partis eux aussi. Ils se sont mariés sur le tard, et ils ont fait des petits : un chacun. J’espère bien qu’ils s’arrêteront là parce que plus, je ne sais pas si j’aurais la force. Les avoir tous les trois le mercredi, ça me fait bien plaisir, et leur raconter des histoires – leur héros préféré, c’est Licou le Protecteur. Chaque semaine, ils me réclament une nouvelle aventure, une qui fait bien peur… alors je recycle mes vieilleries : la panthère noire, le méchant loup, les dames Grenouilles et Piquedoux… ça me fait bien plaisir. Mais ça me fatigue un peu aussi. C’est que je vieillis. Elle se regarde dans le miroir. Finalement, c’est quoi, une vie ? Pendant des années, on attend d’être grand, et puis un jour on est grand, alors on commence à s’agiter, on s’émeut, on crie, on pleure, on rit, oui, on rit aussi, on aime parfois, oui on aime, au moins une fois : on se rencontre, on se quitte, on se retrouve, on se perd, on travaille, on gagne des sous, un peu, beaucoup, qu’importe, on fait des enfants, on les regarde grandir, et puis les enfants des enfants, et on ne se voit pas vieillir, jusqu’au jour où on est bien obligé de voir, on ne peut plus faire autrement, alors on se dit : C’est ça, ma vie ? C’est rien du tout ! Pas même de quoi en faire une chanson. Et le bonheur ! Ce fichu bonheur ! Quand donc les gens comprendront-ils enfin que ça n’existe pas ? L’amour, oui, peut-être, mais le bonheur… Au miroir : Oui, oui, j’arrête ! Mais tout de même… je vieillis… même si ça ne se voit pas… Elle lisse son visage, tentant d’effacer les rides, puis se tire la langue enfin… pas trop encore… je vieillis. Mais je n’ose pas dire non. Je ne voudrais pas passer pour une décatie, une plus bonne à rien, alors je dis oui pour les mercredis. Et comme la maison est grande, je dis oui pour les vacances aussi.

Elle va s’asseoir : Quand ils ne sont pas là, c’est bien aussi.

J’ai tout mon temps. Du temps à revendre… Alors, je me souviens…

Elle enlève ses chaussures qui tombent au sol avec un bruit mat

Musique : Les Mots d’amour, version Paul Motian

Souvenirs du temps où j’étais déesse, et danseuse étoile, et chanteuse. Souvenirs du temps où je faisais des romans… Mais non… pas l’ombre d’un… pas même une ligne. Rien. Des livres, j’en ai lu pourtant : libraire pendant plus de quarante ans… J’ai été une bonne épouse et une bonne mère, enfin… j’ai fait comme j’ai pu… Maintenant j’essaie d’être une bonne grand-mère.

Elle se lève, fait des demi-pointes maladroites devant le miroir en fredonnant.

S’ils me voyaient !

Elle pouffe dans sa main.

Mais ils ne me voient pas. Je suis bien sage, toujours bien sage, quand ils sont là.

Elle se remet à danser

Et j’espère que je pourrai dire oui quelques années encore, pour les vacances et pour les mercredis. Parce que des petits dans une maison, c’est encore de la vie…

Sur la fin de la musique, lentement le NOIR descend.

 

Fin

 

***

Pour citer cet extrait

 

Joan Ott, « Extrait de SI jamais tu partais, version pour le théâtre d’après le roman de Joan OTT », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/si-jamais.html

 

© Tous droits réservés                       Retour au n°6|Sommaire

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
28 avril 2017 5 28 /04 /avril /2017 09:46

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

 

Feuille à feuille

 

 

Joan Ott

 

 

 

 

© Crédit photo : (illustration à venir)

 

 

 

Prête au voyage sans retour

La première est déchiquetée

Pauvre moignon feuille amputée

Qui accuse le poids des jours

 

 

Tâchée de noir comme endeuillée

La deuxième déjà se fane

Tout comme se fanent les âmes

Elle est tout ce que j’ai aimé

 

 

Chassant chagrin peine et ennui

La troisième est encor’ vivace

Les traces sur elle s’effacent

Elle est moi telle que je suis

 

 

La dernière est en devenir

Bourgeon qui pointe plein d’espoir

Et croît dessous le soleil noir

Elle sait mes jours à venir

 

 

Fidèle image de ma vie

Elle sommeille dans ce pré

Cette herbe bercée de rosée

Au gré du vent et de la pluie

 

Elle murmure mes regrets

Cette herbe pleine de faconde

Que chaque jour nouveau féconde

Et qui connaît tous mes secrets

 

 

Et s’il m’est permis de rêver

Je la rêve qui danse et ploie

Sous le poids de tous mes émois

Et songe à qui viendra m’aimer

 

 

À qui ravivera la flamme

Aube claire au soir de ma vie

Et me fera renaître femme

Vivante jusqu’à l’Halali

 

***

Pour citer ce poème

 

Joan Ott, « Feuille à feuille », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 28 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/feuille.html

 

© Tous droits réservés                     Retour au n°6|Sommaire

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 11:50

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

La belle épave

 

 

Joan Ott

 

 

 

 

© Crédit photo : (illustration à venir)

 

 

Personnages

 

  • Francis, ex coiffeur chic, vieux beau, cheveux d’argent

  • Claude, SDF, mince, rousse, bien usée mais encore assez belle

  • Roselyne, SDF, rondelette, brune, bien usée mais encore assez belle

  • Gontran, jeune chasseur d’épaves

  • Ludmilla, SDF, blonde usée, très, très usée. Accent russe exagéré.

 

 

Synopsis

 

De nos jours, sur une plage, un salon de coiffure improvisé où œuvre bénévolement Francis. Les SDF viennent s’y faire rafraîchir la tignasse ou la barbe. Arrive Gontran, jeune chasseur d’épaves en quête du trésor qui le mettra à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours…

 

Décor

 

Une plage, un bac de salon de coiffure, un fauteuil, peut-être un miroir. Quelques caisses en bois servant de siège pour les « clients » qui attendent leur tour.

 

Costumes

 

Francis : Pantalon noir et chemise assortie ;

Claude et Roselyne : robes un peu extravagantes, défraîchies mais propres ;

Ludmilla : robe longue, immense châle russe aux couleurs vives ;

Gontran : tenue de plongée.

 

Remarque

 

Tous – sauf Gontran, homme du commun, et Lumilla qui affecte un fort accent russe – adoptent un ton précieux en accord avec leur langage qui se voudrait châtié.

 

Francis

En train de masser la tête shampooinée de Madame Claude dont les pieds reposent sur une caisse en bois.

Les plus grands, Madame Claude. Oui, les plus grands !

Claude

Qu’entendez-vous par là ? Les basketteurs ?

Francis

Eux aussi, Madame Claude, eux aussi. Mais pas seulement. Quand je parle des plus grands, j’entends : les stars, les politiques, les journalistes d’investigation, les présentateurs du JT…

Claude

Alors, vous aussi, vous les avez connus…

Francis

Mais oui. Et même pour certains, fréquentés. Tout comme vous, j’imagine… Quoique pas de manière biblique, si toutefois vous me permettez cette saillie un rien grivoise…

Claude

Rien ne saurait me choquer, Francis, vous le savez bien. Dans mon métier, voyez-vous…

Francis

Oui… Vous avez dû en voir, des choses…

Claude

Et en entendre, Francis. Et en entendre ! Mais discrétion absolue : règle numéro un de Madame Claude. Sans quoi mon entreprise aurait fait long feu bien avant qu’ils ne me… Mais laissons cela… Quoi qu’il en soit, la règle vaut toujours : jamais la moindre révélation ne franchira ces lèvres un rien flétries.

Francis

Flétries ? Que nenni ! Une bouche faite à peindre, comme l’aurait pu écrire notre très divin marquis.

Claude

Trêve de flagornerie, Francis. Vous savez bien qu’avec moi, la flatterie ne prend pas… Et de toute manière, pour le bénéfice que vous pourriez en espérer aujourd’hui…

Francis

Pardonnez-moi…

Claude

Vous êtes tout pardonné, Francis. Mais pour votre pénitence, massez-moi donc un peu plus fort. J’aime les sensations fortes… À mon âge, c’est tout ce qu’il me faut. Oui, comme ça… Hmmm… C’est bon… Oh ! oui, oui… Oh ! que c’est bon…

Francis

Ma spécialité, les massages. Depuis toujours. Des doigts en or, c’est ce qu’elles disaient toutes… Mais il nous faut rincer cette flamboyante chevelure à présent. Il prend une cruche posée à côté de lui. Ton très professionnel : La température de l’eau ?

Claude

Sursaute et grimace sous l’avalanche d’eau froide.

Parfaite, Francis ! Parfaite ! Peut-être un peu fraîche, mais grâce aux Dieux, j’aime ça !

Francis

Vous me voyez désolé, Madame Claude. Désolé infiniment. J’avais bien pris soin pourtant de la laisser tiédir aux doux rayons du soleil…

Claude

Ne vous excusez pas, cher Francis, c’est parfait. Tout est parfait, vraiment.

Arrive Roselyne.

Francis

Madame Roselyne ! Quelle surprise ! Nous n’avions pourtant pas rendez-vous, n’est-ce pas ?

Madame Roselyne

Non, cher Francis, non, mais comme je passais par là, je me suis dit : tentons notre chance, sait-on jamais ?

Francis

Et vous avez fort bien fait, Madame Roselyne. S’il vous est loisible de patienter une petite demi-heure, je suis tout à vous.

Roselyne

Prenez votre temps, cher Francis, j’ai tout le mien.

Claude

Moi de même. Si vous le souhaitez, Madame Roselyne, je patienterai le temps que Francis procède à votre shampoing. Ainsi, mes cheveux auront le temps de sécher et il ne sera que plus facile de les coiffer ensuite. Qu’en dites-vous, cher Francis ?

Francis

J’en dis que l’idée est généreuse… et fort judicieuse par ma foi. Il désigne une caisse en bois. Prenez vos aises en attendant, Madame Roselyne. Il avise le casque de scaphandrier d’un modèle très ancien que Roselyne tient sous son bras. Mais qu’est-ce donc que cela ? Vous seriez-vous mise à la plongée sous-marine ?

Roselyne

Que non pas ! J’ai trouvé cet objet abandonné sur la plage. Je m’en suis lestée en songeant que peut-être je parviendrais à le troquer en échange de quelque service. Un shampoing, par exemple…

Francis

Voyons, Madame Roselyne ! Il n’en est pas question ! Pas de cela entre nous ! Vous coiffer m’est un honneur, vous le savez bien.

Madame Roselyne

Pourtant, tout travail mérite salaire…

Francis

Mais le plaisir n’a pas de prix. Aussi ne saurais-je monnayer le mien.

Roselyne

Quel amour ! Non, mais quel amour ! N’est-ce pas, Madame Claude ?

Claude

Oui. Sans vous, cher Francis, nous en serions réduites à nous montrer au monde tête sale, hirsute et mal peignée. Mais grâce aux Dieux, vous êtes là !

Francis

Vous me flattez, Mesdames ! Je n’en mérite pas tant !

Il avise Gontran, en tenue de plongée.

Monsieur ?...

Gontran

Reste planté là, immobile, sans rien dire. Il fixe le casque que tient toujours Roselyne.

Francis

Si c’est pour une coupe, mieux vaut que vous le sachiez dès à présent : aujourd’hui, le salon est réservé aux dames. Aux dames uniquement. Pour les messieurs, c’est le mardi.

Gontran

C’est pas pour mes cheveux. Je viens récupérer mon casque. Je l’avais posé là, sur le sable, histoire de souffler un peu, et voilà-t-y pas qu’à peine le dos tourné, on me le fauche ! Non mais dans quel monde on vit, c’est à n’y pas croire !

Roselyne

Je n’ai jamais rien volé à personne, jeune homme. Si c’est votre casque que vous voulez, le voici.

Gontran

Merci, Madame… Il s’éclaircit la voix, vaguement gêné. Et pardon, hein, si je vous ai froissée. C’est que j’étais en pétard, voyez-vous. Sans mon casque, je suis plus grand’ chose, autant dire plus rien du tout.

Claude

Mais dites-moi, Jeune homme, pourquoi y tenez-vous donc tant, à cette antiquité ?

Gontran

Sur le ton d’une leçon apprise et souvent récitée

Cette antiquité, comme vous dites, ma bonne dame, je la tiens de mon père, qui la tenait de son père, qui lui-même la tenait du sien, et ainsi de suite jusqu’à la septième génération. Ce casque, voyez-vous, c’est notre marque de fabrique, notre identité, comme qui dirait. Chasseurs d’épaves nous sommes. Et ça, depuis la nuit des temps.

Francis

Et vous en trouvez beaucoup ?

Gontran

Des épaves ? Non, malheureusement. La plupart du temps, on tombe que sur d’infâmes rogatons. Mais là, j’suis sur une piste, une vraie. J’me suis laissé dire qu’y en avait une, par là, tout près du bord. Avec un trésor dedans. Un trésor du feu de Dieu. Je sais pas ce que c’est au juste, mais pour sûr ça vaut le coup.

Roselyne

Depuis que nous fréquentons ces lieux, jamais nous n’avons entendu parlé de quelque trésor englouti que ce soit. N’est-ce pas, Madame Claude ?

Claude

Non, à part quelques caisses de vaccins périmés…

Roselyne

Je ne vois pas du tout à quoi vous faites allusion, ma chère.

Claude

Vraiment ?

Francis coupe court à la querelle naissante

Voyons, mesdames, voyons ! À Gontran : S’il y avait un trésor, vous pensez bien que nous nous l’aurions trouvé depuis longtemps.

Gontran

Sauf que vous le saviez pas, qu’il y en avait un. Alors, vous l’avez pas cherché. Moi, c’est pas pareil : je sais. Alors, moi, Gontran, septième du nom, je vais le chercher, et je vais le trouver, c’est forcé. Et après : à moi la belle vie.

Roselyne

C’est beau, la jeunesse ! Cet enthousiasme, cette foi ! C’est beau, beau, beau !

Claude et Francis

Oh oui, c’est beau !

Gontran

Sauf qu’il me faut mon casque. Rendez-le moi.

Roselyne

Mais tout de suite, cher ami ! Tout de suite ! Le voici, le voilà ! Et puisse-t-il vous mener tout droit à la fortune !

Gontran

Merci bien, M’dame.

Claude

Vous nous tiendrez informés, n’est-ce pas ?

Gontran

Pour sûr !

Il sort.

Gontran sort. Claude cède sa place à Roselyne au bac. Francis lui verse de l’eau froide sur la tête, ce qui la fait sursauter et grimacer.

Francis ton très professionnel

La température de l’eau ?

Roselyne

Parfaite, Cher Gontran. Parfaite… Quoique… un peu fraîche, peut-être, mais ce n’est pas pour me déplaire…

Francis

Vous me voyez désolé. Infiniment désolé, Madame Roselyne. Je l’avais pourtant laissée tiédir aux doux rayons du soleil…

Roselyne

Ne vous excusez pas, Francis : c’est parfait. Tout est parfait.

Entre Ludmilla, tête et visage cachés par un immense châle russe à motifs floraux multicolores.

Francis

Mademoiselle Ludmilla, comment vous portez-vous en cette belle matinée de printemps ?

Ludmilla fort accent russe

Merveilleusement, cher Francis. Merveilleusement ! Comment pourrait-il être autrement ? Figurez-vous que arrière grand-oncle à moi a fait visite cette nuit. Il a bien recommandé saluer vous de sa part. Il salue vous aussi, mesdames.

Claude

Les tarots ont encore parlé ?

Ludmilla

Oui ! Quel merveilleux truchement, n’est-il pas ? Grâce à eux, au-delà plus près de nous que plus proche banlieue. Loué soit le Seigneur ! Vraie bénédiction !

Elle fait un signe de croix orthodoxe, de droite à gauche

Roselyne

C’est un honneur qu’il nous fait. Vous le saluerez de notre part en retour. Et… qu’a-t-il dit d’autre ?

Ludmilla

C’est… comment dites-vous… Confus ! Oui, voilà : un peu confus…

Claude

Comment s’en étonner ? Les tarots ont leur langage, voyez-vous. Mais vous parvenez malgré tout à décrypter certains messages, n’est-ce pas ?

Ludmilla

Quelques… Pas tous… Je sais une chose seulement : arrière grand-oncle à moi s’adresse à cause de prénom : Ludmilla, c’est Aimée du Peuple. Il espère que grâce à moi, le peuple rende à lui son affection.

Francis

Depuis la chute des usurpateurs, c’est chose faite, il me semble.

Ludmilla

Sans doute. Mais lui continue visiter moi… Cette nuit, il dit…

Francis, Claude, Roselyne

 

Oui ?

Ludmilla

Attendez, que je rappelle… Chasseur d’épaves, il dit. Oui, c’est bien ça. Il y a le mot : Épave. Et puis aussi le mot : Trésor. Et il ajoute : Il vient à toi. Après… après, tout devient embrouillé et je tombe dans profond sommeil. Il faut dire que Dimitri a apporté vodka…

 

Francis

Dimitri ?

Ludmilla

Oui, mon médium… Lui, allé voir vieille mère à Moscou, comme chaque mois. J’ai beau dire non, non, il peut pas s’empêcher : il rapporte toujours vodka…

Roselyne

Une épave… Un trésor…

Claude

Il était là, votre chasseur d’épaves. Pas plus tard que tout à l’heure. Nous lui avons parlé, Ludmilla. Il disait qu’il allait repêcher un énorme trésor.

Ludmilla

C’est Nicolas ! C’est arrière grand-oncle Nicolas qui envoie lui ici ! Béni soit le Seigneur ! Nous être riches à nouveau ! Enfin ! Et oui, je dis bien : « Nous », mes amis ! Car dans bonheur, Ludmilla n’oublie pas vous.

Entre Gontran, dégoulinant et traînant des algues accrochées à ses palmes

Tous

Alors ?

Gontran

Pfff ! Y’a rien, là au fond. Rien du tout. Une arnaque. Une de plus.

Ludmilla

Impossible ! Arrière grand-oncle dit…

Gontran

Vous êtes qui, vous ? Vous étiez pas là, tout à l’heure, je vous connais pas.

Claude

Princesse Ludmilla, arrière petite nièce du dernier tsar de toutes les Russies. Du moins c’est ce qu’elle prétend…

Ludmilla

Prétend ? Prétend ? Princesse je suis ! Vous : Vieille Maquerelle ! Moi : Princesse !

Claude

Pardon ?

Francis fusille Claude du regard et tente de calmer le jeu

Mais oui, Princesse, mais oui ! À Gontran : La Princesse Ludmilla, par le truchement des tarots, a eu une révélation. Le chasseur d’épaves, vous en quelque sorte, et puis le trésor… enfin tout ça, quoi…

Gontran

Ouais… et alors ?

Roselyne

La dernière descendante des Romanov ! Ça ne vous dit rien ?

Gontran

Ben non… J’ai jamais été fortiche en histoire, moi…

Claude

Qu’à cela ne tienne ! Très solennel : Gontran ! Vous ne venez pas à l’Histoire, c’est l’Histoire qui vient à vous.

Il débarrasse Ludmilla de son châle. Elle apparaît dans toute sa décrépitude.

Gontran pousse un cri d’horreur étranglé

Gontran

Oh l’épave !

Ludmilla

Princesse Ludmilla ! Toi prosterner, Moujik !

Gontran

Quoi ? !

Ludmilla

Cadeau ! Oui, moi, cadeau de Tsar Nicolas pour toi. Moi tout comprendre maintenant.

Gontran

Ça va pas, non ? Elle est complètement tapée, la vioque !

Claude

Ça, pour être fêlée…

Francis

Maîtrisez-vous, Madame Claude, je vous en supplie, maîtrisez-vous ! Et vous, mon ami, prosternez-vous. Faites-lui plaisir…

Gontran esquisse une révérence maladroite

Bon bon, d’accord, si y a que ça… Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir en faire de ce vieux tromblon ?

Ludmilla

Tromblon ? Quoi être : tromblon ?

Francis

Un objet précieux, Princesse. Un objet des plus précieux…

Claude

Un rogaton !

Ludmilla

Rogaton ?

Francis

Non, non ! Plutôt quelque chose comme une relique. Oui, voilà, c’est ça : une relique

Ludmilla

Ah ! Relique ! Religion ! Bon, ça ! Très bon !

Gontran

Bon, d’accord, mais j’en fais quoi, moi, de cette momie ?

Roselyne

Elle vous narrera ses histoires. Ces milliers de petites histoires qui font la Grande Histoire. Vous verrez, elle est intarissable, quand elle s’y met.

Claude

Et passionnante ! Ô combien passionnante en ses délires !

Francis

Sa mémoire, à n’en pas douter, c’est… comment dire…

Claude sarcastique

Un trésor ?

Francis et Roselyne

Parfaitement ! Un trésor !

 

  Fin

 

 

***

 

Pour citer ce texte théâtral

 

Joan Ott, « La belle épave », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/epave.html

 

© Tous droits réservés                         Retour au n°6|Sommaire

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6
27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 10:21

 

Dossier majeur | Textes poétiques

 

 

Taon Bis

 

Joan Ott

 

 

 

© Crédit photo : (illustration à venir)

 

 

Les personnages

 

Jacques : septuagénaire portant encore beau.

Clotilde : même âge.

Perruques grises, vieux gilet pour lui, mules rose fluo pour elle.

 

Le décor

Le plus abstrait possible. Un siège évoquant un canapé, une table basse. Prévoir une entrée-sortie, où l’on veut.

 

Les accessoires

 

Un tambour, quelques globes terrestres..

 

L’époque

 

Contemporaine.

 

La mise en scène et la direction d’acteurs

Liberté totale, à condition toutefois de ne pas tomber dans le vaudeville. Quoique...

 

La musique

 

Lui : sur scène, bat du tambour.

À la fin, sonnerie aux morts enregistrée.

 

La lumière

 

Selon les possibilités offertes par la salle et la créativité de l’éclairagiste.

Dans la mesure du possible, une ambiance chaude, une ambiance froide : chaude au début, puis de plus en plus froide.

On peut finir dans l’obscurité presque totale.

Lui tourne au pas – mais en traînant les pieds – autour du globe-bar placé sur un guéridon, à cour. Il accompagne d’une voix de fausset en tapant sur un très vieux tambour d’enfant sa réplique scandée à la manière d’un slogan de manifestation.

Quand je serai grand

je serai tambour

je f’rai le tour du monde

en chantant en chantant

 

Quand je serai grand

je serai tambour

ferai le tour du monde

en chantant en chantant

 

Quand je serai grand…

 

Elle prend la poussière sur le globe placé sur une colonne, fond de scène. Elle l’interrompt.

Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre !

 

Lui toujours battant tambour, à cour du grand globe.

En bateau, le tour du monde. Oui, en bateau.

 

Elle

Arrête un peu de faire l’enfant !

 

Lui

Peuh !

 

Elle

Et arrête ce vacarme ! C’est à n’y pas tenir.

 

Lui

Achète-toi des boules en cire, si ça te gêne.

 

Elle

Comment peux-tu… À plus de soixante ans…

 

Lui

J’ai l’âge de mon tambour !

 

Elle

C’est dire !

 

Lui

Tu n’a jamais eu aucune notion « du ».

 

Elle

Moi ? C’est moi qui n’ai pas la notion « du » ?

 

Lui, voix d’enfant, en accompagnant la phrase scandée à grand renfort de roulements de tambour

L’a pas la notion « du » ! L’a pas la notion « du » !

 

Elle

Pourtant, il passe. Et nous avec.

 

Lui

Pas pour moi. Je le tiens. Je m’y cramponne ferme. Il ne m’échappera pas.

 

Elle

C’est incroyable, cette peur de vieillir. Regarde-moi : est-ce que j’ai peur, moi ?

 

Lui la rejoint

Tu crèves de trouille. Comme tout le monde. Mais tu la boucles. Tu caches ta peur comme une maladie honteuse, derrière tes crèmes antirides et tes onguents.

 

Elle

Tu dis n’importe quoi. C’est toi qui crèves de trouille, comme tu dis si élégamment. Pas moi.

 

Lui

Chantonnant : Parole, parole, parole ! Parlé : Non mais tu t’es vue ? Il touche le cou de Clotilde avec sa baguette de tambour Un hamster, voilà ce que tu es devenue. Un hamster, parfaitement ! Qui grignote, qui accumule dans ses bajoues. Regarde-toi : les mêmes, toutes pareilles, les mêmes, exactement.

 

Elle

C’est gentil, ce que tu me dis-là.

 

Lui

Mais oui. C’est joli, les hamsters. C’est doux.

 

Elle

Et ça fait tourner sa roue à longueur de.

 

Lui

Il chante Aznavour : Le temps, le temps, le temps et rien d’autre, le temps, le temps…

 

Elle

Ce n’est pas permis ! Tu n’as pas le droit !

 

Lui

Si. En chantant, on peut. Ce n’est pas écrit qu’on ne peut pas, alors on peut. On peut tout dire, en chantant. Il continue à chanter : Le temps, le temps…

 

Elle

Non !

 

Lui

Comme si tu ne le savais pas, que je t’aime !

 

Elle

Oui, oui… une vieille habitude.

 

Lui

C’est bon, les habitudes. Imagine un peu, si je n’étais plus là… ou toi !

 

Elle

Je préfère ne pas y penser.

 

Lui

Tu vois bien. La trouille, la trouille, toujours la trouille. Peur de la séparation, peur de vieillir, peur de la mort…

 

Elle

Tais-toi !

 

Lui

Et plus jamais envie « DE ». Il ponctue d'un coup de baguette sur le tambour.

 

Elle

Écoute, à nos âges on a rangé les outils.

 

Lui

Toi peut-être. Pas moi. Raide, au garde à vous : Plus vert que jamais !

 

Elle

Vantard !

 

Lui se rabougrit, et après un temps

De toute façon…

 

Elle

Quoi encore !

 

Lui

Tu n’en as jamais voulu.

Il a beau sauter du coq à l’âne, elle comprend parfaitement, elle le connaît par cœur, depuis le temps…

Elle Si. Un. J’avais dit : « Un, pas plus ».

 

Lui

À l’époque, ça m’était égal.

 

Elle

Tout t’était égal, à cette époque-là. Ça n’a pas beaucoup changé, d’ailleurs.

 

Lui

Va-t’en savoir…

 

Elle

On en a eu un. Un deuxième, qu’est-ce qu’on en ferait ? Tu peux me dire ?

 

Lui

On ferait comme les autres.

 

Elle

Les « autres », comme tu dis, en général, ils sont deux.

 

Lui

Nous aussi, nous sommes deux !

 

Elle

Deux ? Je vois ça d’ici : « S’il te plaît, s’il te plaît » ! Et bon : admettons que je cède…

 

Lui battant des mains

Oh oui ! Oh oui !

 

Elle

J’ai dit « admettons » ! Et puis après, qui est-ce qui s’en occupe ? Qui l’élève ? Qui l’éduque ? C’est exactement comme ça que ça s’est passé, la première fois. Tu l’as voulu, et je l’ai eu.

 

Lui

Et bien contente. Dès le premier jour, il n’a plus été qu’à toi. Il berce sont tambour. C’est pour ça que j’en voudrais un autre. Il serait peut-être un peu à moi, celui-là.

 

Elle

Huit jours. Une semaine tout au plus. Et puis tu te lasserais. Comme tous les enfants.

 

Lui en braillant à tue tête

Devenir vieux sans être adulte…

 

Elle

Voilà, c’est ça. Tout à fait ça : un vieux beau en culotte courte qui bat du tambour.

 

Lui

Avant, ça te faisait rire. Je te faisais rire... Tu ris de moins en moins souvent.

 

Elle

Et pour cause !

 

Lui

Tu ne me reprochais jamais rien, avant.

 

Elle le rappelle à l’ordre

Jacques !

 

Lui

Pardon, mon aimée. Pardon. Il scande en s’accompagnant au tambour : Jamais plus ne le ferai, jamais plus ne le ferai, jamais plus…

 

Elle le coupe

Tu vois… Tu plaisantes encore. Tu plaisantes toujours.

 

Lui

Je fais des efforts, pourtant. Je te jure que j’en fais. Mais on ne va pas contre sa nature.

 

Elle

La tienne…

 

Lui

Ben oui, quoi ! La mienne, c’est d’être heureux.

 

Elle

Et derrière ton rire, il y a quoi ?

Lui

Le plaisir : le plaisir de rire, de m’amuser, de vivre, de jouer du tambour en faisant le pitre et même le tour du monde, si ça me plaît.

Fort, style profession de foi : Je ferai le tour du monde mon manège à moi c’est ça ! Il finit les bras en V, baguettes brandies, mais étranglé par le cordon qui les retient.

 

Elle

Le tour du monde !

 

Lui

De cette fichue mappemonde, si tu préfères. défaut de mieux.

 

Elle

Ne parle pas de ma mappemonde sur ce ton. Tu sais ce qu’elle représente pour moi.

 

Lui

Toute ton enfance ! On le saura ! Tu parles d’une enfance…

 

Elle

Ni pire ni meilleure qu’une autre, mais c’est la mienne. Elle m’appartient, avec mes souvenirs et tout le reste. Alors, ma mappemonde…

 

Lui pose le tambour, se place derrière le canapé où elle est assise

Oui, oui… Tous les plaisirs. Tous, tu entends ?

 

Elle

Quel gamin !

 

Lui

Et le plaisir de t’aimer. Le bonheur de t’aimer, oui. Parce que tu es la plus jolie, la plus gentille…

 

Elle

Malgré mes bajoues de hamster.

 

Lui lui prend les joues, les pince

Pas malgré : à cause ! Je les aime, tes bajoues, je les aime ! Et tes dessous de bras qui font flop-flop, et tes genoux qui se fripent et tes cuisses qui ramollissent, et…

 

Elle

Suffit ! Comment peux-tu rire de ça aussi ? Ce n’est pas drôle, vraiment pas !

 

Lui

On peut rire de tout !

 

Elle

Mais moi, je…

 

Lui

Toi tu, toi tu, toi tu, turlututu chapeau pointu ! Toi, tu te laisses aimer, et puis c’est tout. Et lui, tu l’oublies.

 

Elle

L’oublier… Alors que toi, tu es là, à me le rappeler sans cesse !

 

Lui

Forcément, je suis là. Où voudrais-tu que je sois ? À l'oreille de Clotilde Pas dans ma tombe, tout de même !

 

Elle

Quelle horreur ! À t’écouter, j’ai les oreilles qui fanent.

 

Lui

Ce qu’elle peut être idiote, cette expression… Achète-toi des boules, si tu ne veux plus m’entendre. Je te l’ai dit mille fois. Mais non, tu restes là à m’écouter, parce que…

 

 

Elle le coupe

Parce que j’aime bien t’entendre malgré tout.

 

Lui

Ça, c’est bien les bonnes femmes : savent jamais ce qu’elles veulent. Il s'assied à jardin d'elle Mais un à la fois, ça ne fait pas deux. Tu me suis ? C’est logique, non ? Alors, un deuxième, ça ne ferait pas deux ! Et toc !

 

Elle

Toi et tes paradoxes ! De toute manière, on est trop vieux.

 

Lui

Trop vieux ! À soixante-dix ans !

 

Elle

Soixante-treize.

 

Lui

Quand bien même ! La voisine en a plus de quatre-vingts et elle n’a pas hésité, elle, quand sa petite fille lui a laissé le sien parce qu’elle partait vivre au Mexique. Elle savait qu’en disant oui, elle en aurait au moins pour quinze ans. Ça ne l’a pas empêchée.

 

Elle

Elle fait ce qu’elle veut, la voisine. Moi, j’ai dit non. Une fois pour toutes. On ne revient pas là dessus !

 

Lui suppliant, comme un enfant

Bichette…

 

Elle

Il n’y a pas de Bichette qui tienne !

 

Lui

Ça me ferait tellement plaisir !

 

Elle

Oh là là…

 

Lui

Oh là là troulala oh là là troulala…

Ça me ferait tellement, tellement plaisir, Bichette, ma Bichette à moi !

 

Elle

Si tu savais comme j’en ai ma claque, de t’entendre ressasser à longueur de temps.

 

Lui

C’est toi qui l’as dit, cette fois.

 

 

Elle

Une fois de temps en temps, c’est permis.

 

Elle

Et de deux. Trois, même.

 

Elle

Autant que je veux. C’est toi qui ne dois pas le dire.

 

Lui enjoué

Tu changes les règles, maintenant ? Alors, moi aussi, je peux !

 

Elle

Non. Les règles, c’est moi.

 

Lui

Zut ! Tu n’es vraiment pas drôle !

 

Elle

Tant pis.

 

Lui

Et de quatre ! Mais tu as raison : on ne peut pas être drôle tous les jours que le Bon Dieu fait.

 

Elle

Laisse le Bon Dieu là où il est ! Pour ce qu’on en a à faire… Si je disais oui, je serais morte de peur à l’idée que…

 

Lui

Tu sais bien que je n’ai pas fait exprès.

 

Elle

Il ne manquerait plus que ça, que tu l’aies fait exprès !

 

Lui

C’est le frein à main qui a lâché.

 

Elle

Tu ne l’avais pas serré assez fort. Et avec la pente du garage…

 

Lui prend les mains de Clotilde dans les siennes et lui parle comme à une enfant

Tu le garderais à la maison, bien enfermé, tout près de toi, dans tes jupes, sur tes genoux, dans tes bras. Chaque fois que je sortirais ou rentrerais l’auto, tu le garderais près de toi. Comme ça, il ne risquerait rien, rien du tout…

 

Elle retire sa main

Jusqu’au jour où.

 

Lui

Mais arrête d’imaginer le pire tout le temps !

 

Elle se bouchant les oreilles

Encore !

 

Lui en hurlant

Tout le « TEMPS » !

 

Elle

S’il te plaît… arrête !

 

Lui

On l’appellerait autrement !

 

Elle

Et ça changerait quoi…

 

Lui reprend la main de Clotilde

Tu oublierais. Tu l’oublieras…

 

Elle va centre scène

Jamais.

 

Lui

Mais pense un peu au plaisir ! Pense un peu au bonheur que ce serait !

 

Elle

Sans lui…

 

Lui

Il n’est plus là. Il ne sera plus jamais là.

 

Elle

Plus, plus, plus jamais.

 

Lui

On finira tous comme lui.

 

Elle

Mais pas comme ça ! Pas comme ça !

 

Lui

Qu’est-ce que j’y peux, s’il s’est jeté sous les roues ?

 

Elle

Le frein à main, voilà ce que tu y peux !

 

Lui

Tu ne me pardonneras donc jamais ?

 

Elle

Je ne sais pas. Un jour, peut-être… mais là, tout de suite, non. Je ne peux pas.

 

Lui

Parce que tu ne crois pas que je m’en veux, moi aussi ?

 

Elle

Si tu t’en voulais tant que ça, tu n’en voudrais pas un autre. Pas maintenant, pas tout de suite, en tout cas.

 

Lui debout derrière elle

Ça fait plus de dix ans.

 

Elle

Quinze. Ça fera très exactement quinze ans après-demain…

 

Lui

Si tu veux… Mais dix ou quinze, c’est long. Bien trop long. Tu devrais consulter, peut-être.

 

Elle se détache de lui, va avant jardin

Consulter ! Tu as de ces mots ! Tu me crois folle, c’est ça ?

 

Lui

Pas folle à enfermer, non, mais ce chagrin, ce chagrin qui ne passe pas… Un temps Si on avait eu un petit vraiment à nous, on n’en serait pas là.

 

Elle

Tu n’en voulais pas plus que moi.

 

Lui

Si j’avais su…

 

Elle

Tu en aurais épousé une autre ?

 

Lui

Non, bien sûr que non : je n’ai jamais aimé que toi.

 

Elle

Ce sont les femmes qui font des enfants dans le dos des hommes, pas le contraire. Surtout maintenant, avec les moyens qu’on a.

 

Lui

Je ne t’aurais pas fait ça, tu penses bien !

 

Elle

Parce que tu me respectais.

 

Lui

Tu ne t’en plaignais pas.

 

Elle

Je ne me plains jamais de rien. Je suis comme ça.

 

Lui

Tout ce que tu voulais, c’était du plaisir.

 

Elle

Égoïste, c’est ça ?

 

Lui

Pas plus que moi. Jusqu’au jour où…

 

Elle

Ça n’a rien à voir.

 

Lui

Tiens donc ! Du jour où il est arrivé, tu n’as plus voulu de moi. Et tu n’as plus voulu tout court...

 

Elle

Il avait besoin qu’on s’occupe de lui. Malade comme il était…

 

Lui

Des nuits entières ! Des nuits entières, tu passais près de son couffin. Alors que lui, il souriant aux anges en ronflant à poings fermés.

 

Elle

L’épilepsie, ça se déclenche n’importe quand.

 

Lui

Tu n’avais qu’à le laisser dormir avec nous.

 

Elle

C’est malsain !

 

Lui

Tous les parents le font !

 

Elle

Et ils ont tort !

 

Lui

Tu ne voulais pas le partager, voilà la vérité !

Elle

C’est bien pour ça que je n’en voulais pas. Je me connais, figure-toi.

 

Lui

Tu étais pareille avec moi : tout à toi, tu me voulais.

 

Elle les yeux dans les yeux

Oui.

 

Lui

Et moi qui n’ai jamais regardé que toi !

 

Elle

Jusqu’au jour où on nous a appelés. On est allé le voir et à partir de ce moment-là, tu n’as plus pensé à rien d’autre qu’à lui et au moment où il serait tout à nous.

 

Lui

Arrête ! Tu sais que ça me fait mal.

 

Elle

Mal ? Toi ? Allons donc ! Tu chantes, tu bats du tambour, toujours content.

 

Lui

Toujours content, oui, c’est ce que j’étais. Avant.

 

Elle

Parce que maintenant ?

 

Lui va vers le globe fond de scène

Tu me manques.

 

Elle

Je suis là. Vingt-quatre heures sur vingt quatre, avec toi.

 

Lui

Vive la retraite !

 

Elle

Je ne peux pas te manquer, puisque je suis là. Et toc ! Moi aussi, je peux être logique à mes heures, tu vois.

 

Lui

Mais ce n’est plus comme avant.

 

Elle

Il n’y a jamais eu d’avant.

 

Lui

Tu ne te souviens même plus…

 

Elle

Non. Je ne me souviens pas.

 

Lui

Tu ne veux pas te souvenir !

 

Elle

Non. Je ne veux pas.

 

Lui

Sauf de lui. De lui, tu te souviens parfaitement.

 

Elle

Mon Petit… Mon Bébé à moi… Comment l’oublier...

 

Lui

Tu m’oublies bien, moi !

 

Elle

Il était doux, tellement doux…

 

Lui

Allons donc !

 

Elle

Et son sourire…

 

Lui

Moi aussi, je souris.

 

Elle

Ce n’est pas pareil.

 

Lui

Non, évidemment.

 

Elle

Lui…

 

Lui

Lui ?

 

Elle cherche, puis trouve l'idée

Il ne jouait pas du tambour. Et ma mappemonde, il lui fichait la paix.

 

Lui

Moi aussi, avant.

 

Elle

Oui, mais lui…

 

Lui

Du jour au lendemain, il a été tout pour toi. Moi, je n’étais plus qu’un meuble.

 

Elle

Tout de même pas…

 

Lui

Très juste ! Je te rapportais mon salaire. Un très bon salaire, chaque mois.

 

Elle

Pour ce que j’en avais à faire…

 

Lui

C’est vrai. Même ça… Avant, tu sortais, tu t’achetais des robes, des colifichets, des falbalas. Mais dès qu’il a été là, fini, tout ça !

 

Elle

Je n’avais plus besoin de plaire. Enfin plus besoin de plaire ! Et surtout, plus besoin de te plaire à toi. Tu peux comprendre ça ?

 

Lui

Même à moi ?

Elle chante

Wenn ich mir was wünschen dürfte

Möchte ich etwas glücklich sein

Denn wenn ich gar zu glücklich wär'

Hätt' ich Heimweh nach dem Traurigsein

 

Lui

La nostalgie de la tristesse, ça te va bien ! Ta première ride, je m’en souviens comme si c’était hier ! Cette crise ! Et des larmes, des larmes à n’en plus finir… C’est ce jour-là que tu as dit oui. Tu as dit : D’accord, je veux bien. C’était pour ça, hein ?

 

Elle

Arrête !

 

Lui il lui enserre tendrement le cou des deux mains

C’était pour ça, avoue !

 

Elle

Tais-toi ! Laisse-moi !

Lui

Allons, un petit effort ! Après, ça ira mieux.

Elle

Non !

 

Lui il lui serre le cou plus fort et la secoue un peu

Tu vas le dire, bon sang de bois ! Lui, c’était pour ça !

 

Elle se dégage

Oui ! Oui ! Oui ! Et oui mille fois : lui, c’était pour ça. Tu es content, là ?

 

Lui l'assied sur ses genoux

Mais tes rides, je m’en fichais bien ! Une ride, deux rides, mille rides, un million, qu’est-ce que ça change ? Rien ! Rien du tout ! Tu es ma femme et puis c’est tout. Voilà ! Mais comment faut-il donc que je te le dise, pour que tu me croies ?

 

Elle

Il n’y a rien à dire. C’est juste que c’est comme ça. Je n’y peux rien.

 

Lui

Tu es malade, ma pauvre vieille ! Malade ! Voilà, ce que tu es.

 

Elle

Oui. De vieillesse. La vieillesse : la voilà, ma maladie.

 

Lui

Mais nous ne sommes pas vieux !

 

Elle

Oh que si ! Tu viens de m’appeler « ma pauvre vieille ». Si ce n’est pas une preuve, ça…

 

Lui

C’était un mot d’amour.

 

Elle

Cause toujours ! Il y a des mots qui ne trompent pas. Je suis vieille et tu es vieux. Avec lui, je n’étais plus vieille. Il s’en fichait bien, de mes rides.

 

Lui

Mais moi aussi, idiote !

 

Elle

Moi, je ne me fiche pas des tiennes.

 

Lui

Je n’en ai pas tant que ça…

 

Elle se tourne et, toujours assise sur ses genoux, prend la tête de Jacques entre ses mains

Que tu crois ! Tu t’imagines que je ne te regarde plus ? Détrompe-toi ! Chaque jour, je te regarde vieillir. Et c’est insupportable.

 

Lui

Il y a plein de vieux qui s’aiment. Pourquoi pas nous ? Même dans les maisons de retraite, ils se fiancent. Et parfois même, il y en a qui se marient.

 

Elle passe derrière le canapé

Et ils font des petits, aussi ? C’est pitoyable. Tu les imagines, dans un lit ?

 

Lui

Et pourquoi pas ?

 

Elle

C’est tout simplement dégoûtant.

 

Lui

Tu aimais ça, pourtant ! Oh oui, tu aimais ça ! Et comment !

 

Elle revient s'asseoir près de lui, à jardin du canapé. Elle pose sa tête sur son épaule

Nos corps jeunes, nos corps beaux, oui, je les ai aimés.

 

Lui très tendre, grande déclaration d'amour

Croâ ! Croâ ! Ce que c’est que d’avoir été « Miss Cerise », dans ton fichu super-marché…

 

Elle fredonne la mélodie du temps des cerises, soudain nostalgique.

 

Lui pendant qu'elle fredonne

Tu aurais été miss de rien du tout, tout aurait été beaucoup plus simple.

 

Elle

N’importe quoi !

 

Lui

Et je vais même te dire une chose ! Une chose que je n’ai jamais dite, ni à toi – elle pose sa main sur lui, dans l'attente de la grande déclaration qui va suivre – ni à personne : c’est ta deuxième dauphine, qui m’avait plu, ce jour-là. Mais elle n’a pas voulu, alors c’est toi que j’ai invitée à danser. En désespoir de cause.

 

Elle s'écarte de lui, le regarde

Quoi ?!

 

Lui

Parfaitement, mon amour : en désespoir de cause.

 

Elle

Elle est raide, celle-là !

 

Lui

Pas plus que je ne l’étais ce soir-là.

 

Elle se lève

Et vulgaire, en plus ! C’est complet !

Lui

Grossier, vulgaire, tout ce que tu voudras ! Il l'attire à lui, la fait rasseoir, la prend dans ses bras Mais ce soir-là, je t’ai tenue dans mes bras, et c’est toi que j’ai aimée. Tout de suite, je t’ai aimée. Alors que je ne te trouvais pas belle. Même pas jolie.

 

Elle

Goujat !

 

Lui

Une histoire de phéromones, sans doute…

 

Elle

Quelle horreur ! On n’est pas des fourmis !

 

Lui

On est comme tous les êtres vivants. Dans la plupart des cas, les phéromones sont volatiles. Mais pour ce qui est de nous, c’est resté là. On appelle ça l’amour, figure-toi. Alors lui, lui… quand il est arrivé, et que ses phéromones à lui ont pris le dessus, tu comprends bien que je n’ai pas supporté.

 

Elle

Alors, le frein à main…

 

Lui

Mais non !

 

Elle

Oh que si !

 

Lui

Puisque je te dis que non !

 

Elle le regarde

Arrête de mentir, Jacques ! Tu ne l’as pas serré. Et tu l’as fait exprès.

 

Lui

Non !

 

Elle

Tiens donc ! Tu peux me le répéter, les yeux dans les yeux ?

 

Lui baisse les yeux, les deux mains entre ses genoux

Si tu t'étais contentée du magnétophone dans la cave…

 

Elle

Ça n'a rien à voir !

 

Lui

Oh que si ! C'était une présence. Moi, ça me suffisait. Si seulement ça avait pu te suffire, à toi aussi…

 

Elle

Des roulements de tambour, tu parles d'une présence…

 

Lui

J'aurais dû ajouter des rires de gosse, peut-être… ou bien des pleurs. Ça aurait fait plus vrai.

 

Elle le frappe encore de son torchon

Salaud !

 

Lui

Mais non.

 

Elle

Mais si. Avoue. Avoue enfin : Tu l'as fait exprès.

 

Lui

Oui, là ! Je n'ai pas serré le frein à main, et je l'ai fait exprès. Ça te va, comme ça ?

 

Elle

Je te conseille de prendre un bon avocat.

 

Lui se tourne vers elle, les deux sont face à face, de part et d'autre du canapé

Ah bon… et pourquoi faire ?

 

Elle

À ton avis ?

 

Lui

On ne divorce pas à nos âges !

 

Elle

Et pourquoi pas ?

 

Lui

Parce que c’est ridicule. Voilà pourquoi.

 

Elle

Ridicule, on l’est de toute façon. Alors mieux vaut l’être chacun de son côté.

 

Lui

Mais je t’aime, moi !

 

Elle

Moi plus. Il faut croire que ta théorie est juste et avérée.

 

Lui

Je n’ai jamais eu de théorie !

 

Elle

Mais si ! Les phéromones qui se volatilisent…

 

Lui

C’était une image !

 

Elle

Non ! Tes phéromones à toi se sont volatilisées. Définitivement.

 

Lui

Et tu comptes faire quoi, quand le divorce sera prononcé ? Avec tes bajoues de hamster et ton cou de dindon, ça m’étonnerait que les prétendants se précipitent…

 

Elle

Mon cou de dindon ! Tu vois bien…

 

Lui

Mais je l’aime ton cou, pauvre dinde ! Trouves-en un autre qui l’aimera autant que moi !

 

Elle

Les candidats ne manqueront pas, crois-moi.

 

Lui

Heureux les innocents : le paradis des vieilles les attend !

 

Elle

Tu n’étais jamais blessant, avant. Si tu t’entendais, tu crèverais de honte…

 

Lui

Je suis blessant parce que je suis blessé.

 

Elle

Tu l’as bien cherché !

 

Lui

Et ce sera qui, ce sera quoi, tes prétendants ?

 

Elle

J’en prendrai un autre.

 

 

Lui

Quoi ?!

 

Elle

Parfaitement.

 

Lui pris d'un fou rire

Un bichon alors. C’est tout petit et ça ne perd pas ses poils.

 

Elle

Un bichon ! Quelle idée !

 

Lui

Mais oui, un bichon tout propre, tout blanc ! C’est toujours heureux, toujours content, ça vous saute aux genoux – pas plus haut, parce que ça ne peut pas, mais ça sourit de toutes ses babines, et ça vous lèche le visage à longueur de temps. Beurk !

 

Elle

Tu peux bien faire ton dégoûté.

 

Lui

Tu auras l’air fin, avec un machin de trois kilos et demi tout mouillé.

 

Elle

Un bichon ! Ça te plairait bien, hein ? Mais ça ne risque pas, crois-moi !

 

Lui

Dommage ! Ça m’aurait fait bien rigoler !

 

Elle

Le même. Le même, exactement. Mais je l’appellerai autrement. Ce nom d’insecte…

 

Lui

C’est qu’il avait le poil dur ! Il piquait de partout, le bougre… On n’aurait pas pu trouver mieux, comme nom. C’est même toi qui l’as baptisé comme ça.

 

Elle

Quelle importance, de toute façon…

Elle jette au sol le torchon qui depuis le début ne la pas quittée, et sort.

 

Lui

Va, mon amour, va ! Bon débarras et… autant en emporte le Taon...

Il chante, fort et faux :

Avec le temps… avec le temps va, tout s’en va

On oublie les toutous, on oublie les ouah-ouah…

Il rit. Un temps, puis fort, vers la coulisse où elle vient de disparaître : Deux jours ! Une semaine, tout au plus, et tu seras de retour !

Un temps. Clotilde !

 

Elle

Adieu, Jacques. On entend la porte qui claque.

 

Lui

Il réagit comme s’il venait de recevoir une gifle puis se reprend et fanfaronne :

Deux jours. Une semaine tout au plus… le temps d’en trouver un autre, et elle sera de retour. Un temps. Et bien sûr, qu’elle l’appellera pareil ! « Taon Bis », ou « Taon Pis », ou même « Taon Pisse », si ça se trouve. Parce que ce sera un garçon, évidemment. Cette manie qu’ils ont, de lever la patte à longueur de temps, tu parles d’un plaisir ! Une vraie dégoûtation, oui… Un temps. De plus en plus déboussolé, les deux mains entre ses genoux, dos rond : Moi, ce que j’en disais, hein… un autre et tout ça, c’était pour elle, pour la voir sourire encore… Un temps. Il tente un ton résolu qui ne trompe personne, tandis qu’on entend la sonnerie aux morts : Parce que moi, les clebs, les chien-chien, les toutous, les ouaf-ouaf… c’est comme les gosses… j’ai toujours détesté ça.

Il se lève, ramasse le torchon dont il respire le doux parfum tandis que sur la fin de la musique se fait le noir.

Fin

***

Pour citer ce texte théâtral

 

Joan Ott, « Taon Bis », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°6|Printemps 2017 « Penser la maladie et la vieillesse en poésie » sous la direction de Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 27 avril 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/taon-bis.html

 

© Tous droits réservés                         Retour au n°6|Sommaire

Repost0
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 6

Publications

 

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

Logodupanpandesmuses.fr ©Tous droits réservés

  ISSN = 2116-1046. Mentions légales

Rechercher

À La Une

  • Megalesia 2021
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES VOUS PRÉSENTE SON FESTIVAL EN LIGNE Megalesia édition 2021 du 8 mars 2021 au 31 mai 2021 © Crédit photo : Mariem Garali Hadoussa, "La Tendresse", no 1, Collection "dame nature", acrylique, peinture. Festival numérique, international...
  • Table de Megalesia 2021
    Table de Megalesia 2021 Édition 2021 du 8 mars au 31 mai Festival International & Multilingue des Femmes & Genre en Sciences Humaines & Sociales En partenariat avec la Société Internationale d'Études des Femmes & d'Études de Genre en Poésie (SIÉFÉGP)...
  • Je vous aime
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | Poésies printanières & colorées | Florilège de textes poétiques Je vous aime Poème de Corinne Delarmor Peinture de Mariem Garali Hadoussa Artiste plasticienne & poète Présidente de l ’ association "Voix de femme...
  • La faim
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | Pionnières en poésies féministes | Florilège de textes poétiques La faim Laureline Loyez Crédit photo : Portrait de "Louise Michèle", Wikimedia, domaine public. Ma sœur, je voudrais te parler de la faim. De celle...
  • No 1 | O | Les figures des orientales en arts et poésie
    PÉRIODIQUES | REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Les figures des orientales... Les figures des orientales en arts & poésie © Crédit photo : Mariem Garali Hadoussa, "Tendrement vôtre", peinture. Crédit photo : Mariana Marrache (1848-1919), auteure et poète syrienne,...
  • La Prêtresse des câlins qui parle d'Amma
    REVUE ORIENTALES (O) | N°1 | Florilège de créations poétiques La Prêtresse des câlins qui parle d'Amma Poème & peinture de Armelle Dupiat-Aellen Auteur-poète © Crédit photo : Armelle Dupiat-Aellen, "Souffle de vie", peinture. MATA AMRITANANDAMAYI DIT...
  • Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de...
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | 8 avril | Distinctions 2021 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP Le Prix International de Poésie pour l'ensemble de son Œuvre de l'Académie Claudine de Tencin Ce prix international de poésie récompense l'ensemble des...
  • Le Prix International de Poésie Lyrique....
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | 8 avril | Distinctions 2021 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP Le Prix International de Poésie lyrique de l'Académie Claudine de Tencin Le Prix International de Poésie Lyrique de l'Académie Claudine de Tencin récompense...
  • Le Prix International de Spécialiste de poésie...
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | 8 avril | Distinctions 2021 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP Le Prix International de S pécialiste de Poésie de l'Académie Claudine de Tencin Ce Prix International de Spécialiste de Poésie de l'Académie Claudine de...
  • Le Prix International des Éditions engagées en faveur des femmes...
    Événements poétiques | Megalesia 2021 | 8 avril | Distinctions 2021 | Prix poétiques de la SIÉFÉGP Le Prix International des Éditions Engagées en Faveur des Femmes & Genre en Poésie de l'Académie Claudine de Tencin Ce Prix International des Éditions engagées...