20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 15:21

 

N°9 | Poéticiennes (ou théoriciennes de la poésie) | Colloque : "Ce que pensent les femmes en poésie...." 

 

 

 

 

 

 

La poésie ekphrastique

 

d'hier et d'aujourd'hui

 

 

 

 

Lidia Chiarelli

 

Artiste, écrivain traductrice et fondatrice du

Mouvement artistique littéraire « Image & Poésie » ou

c/o  Immagine & Poesia

Turin, Italie

Site officiel : http://lidiachiarelli.jimdo.com/

Article Wikipédia

 

 

 

© Crédit photo : Lidia Chiarelli (image fournie par), Logo du mouvement "Immagine Poesia".

 

 

 

 

​​​​​​L'un des aspects les plus intéressants de la poésie d'aujourd'hui est la poésie ekphrastique.

 

Le terme « ekphrastique » provient d'une expression grecque de description. Selon l'Oxford Classic Dictionary, l'ekphrasis est une description littéraire étendue et détaillée de tout objet, réel ou imaginaire.

Dans l'antiquité, l'une des premières formes d'ekphrasis se trouve dans L'Iliade, lorsqu'Homère fournit un long récit des scènes détaillées gravées sur le bouclier d'Achille.  Dans la littérature grecque, la relation entre l'art et la poésie a été examinée par Simonide de Kéos (vers 556 - 468 av. J.-C.) qui a déclaré :

« Η ζωγραφική είναι ποίηση που σιωπά » / «  La peinture est une poésie silencieuse ».

 

Dans la littérature latine, Horace (65-8 av. J.-C.) disait « Ut pictura poesis » signifiant « Comme la peinture, la poésie est aussi » (Ars Poetica).  Et Léonard de Vinci, dans Un traité de peinture, déclare : «  La peinture est une poésie qui est vue plutôt que ressentie, et la poésie est une peinture qui est ressentie plutôt que vue  ».

La poésie ekphrastique a particulièrement prospéré à l'époque romantique ; un exemple notable est «  Ode à une urne grecque » de John Keats. Ce poème est la description d'une pièce de poterie que le poète considère comme très évocatrice. Il formule une hypothèse sur l'identité des amoureux qui semblent jouer de la musique et danser, figés dans un mouvement perpétuel.  D'autres exemples du genre étaient courants au XIXème et au XXème siècles. Rappelons deux particulièrement significatifs :  le poème « Before the Mirror » d'Algernon Charles Swinburne qui reprend la «  Symphonie en blanc, n° 2 » de James Abbott McNeill Whistler et le volume de Claude Esteban « Soleil dans une pièce vide », inspiré des peintures d'Edward Hopper.

 

Mais ce n'est qu'en 2007 qu'un véritable mouvement artistique littéraire appelé « Immagine & Poesia » a été fondé par la poétesse Aeronwy Thomas, (fille du poète Dylan Thomas) avec quatre autres membres fondateurs (Gianpiero Actis, Lidia Chiarelli, Silvana Gatti et Sandrina Piras) qui croyaient que le pouvoir de l'écrit et le pouvoir de l'image visuelle, une fois réunis, créeraient une nouvelle œuvre non seulement plus grande que les parties, mais aussi modifiée, améliorée, changée et magnifiée par l'union. Sur la scène du théâtre Alfa à Turin, en Italie, le Manifeste du Mouvement  « Immagine & Poesia  » a été lu devant le public le 9 novembre 2007, à l'issue des célébrations du Festival Dylan Thomas de cette année-là.

En quelques années, « Immagine & Poesia » s'est rapidement répandu via le web où sont publiées les collaborations entre artistes et poètes, ainsi qu'à travers des expositions internationales. Aujourd'hui, le Manifeste d'« Immagine & Poesia » est traduit en trente langues et le mouvement comprend des centaines d'artistes et de poètes du monde entier. 

Depuis 2014, le livre électronique annuel d'« Immagine & Poesia  » est publié par l'éditrice canadienne Huguette Bertrand et la présidente du Mouvement Lidia Chiarelli. Chaque année, l'ebook comprend de nombreuses contributions ekphrastiques de différents pays. Les œuvres du poète-éditeur de la Beat Generation, Lawrence Ferlinghetti, et de l'artiste américaine Agneta Falk Hirschman font partie des cinq dernières éditions.  Un journal en ligne entièrement consacré à l'écriture inspirée par les arts visuels est The Ekphrastic Review, fondé par l'artiste et écrivain canadienne Lorette C. Luzajic. 

Le Mouvement « Immagine & Poésie » a particulièrement évolué ces dernières années en véhiculant un message de paix, de fraternité, de respect mutuel et de coopération entre des écrivains et des artistes appartenant à des pays et des cultures différentes.

D'autre part _ sur un plan purement esthétique _ la poésie ekphrastique a donné une impulsion au développement de la « beauté » : de beaux poèmes combinés à de belles images, adoptant presque comme devise les mots que Fiodor Dostoïevski attribue au prince Myškin :

 «  La beauté sauvera le monde ».

 

 

 

 

***

 

Pour citer cet article 

 

Lidia Chiarelli« La poésie ekphrastique d'hier et d'aujourd'hui », texte inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiquesN°9 | Fin d'été « Femmes, Poésie & Peinture » & Colloque "Ce que pensent les femmes de la poésie", mis en ligne le 20 décembre 2020. Url : http://www.pandesmuses.fr/no9/lc-lapoesieekphrastique

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Numéro 9 colloques en ligne
20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 09:00

 

Événements poétiques | ReConfinement | Rêveries fleuries | Jour 52

 

 

 

 

 

À la belle étoile

 

 

ou le rêve éveillé

 

 

 

 

 

Christine Droit

 

 

 


 

Mill's house street, la brume envahit 

Mon cœur mon âme mes artères iroise 

Les mansardes se chauffent à ton feu de tourbe

Et la pluie pliquetiploque sur l'ardoise

De tes toits en longues coulées chagrines.


 

 

Mill's house street je reviendrai noyer 

Ma peine qui ne s'éteint pas 

Sur les pas de nos amours anciennes

J'éborgnerai tes yeux derrière les persiennes. 

Puis m'en irai sereine vers de nouvelles histoires.


 

 

Mill's house street les souvenirs s'estompent

S'éloignent en lents refrains fragiles.

Gouttes de pluie à ne pas  interrompre 

Pliquetiploquent le soir sur mes  notes d'argile 

Notes agiles, se disloquent dans le noir.


 

 

Mill's house street je partirai un jour 

Vers les déserts brûlants de ces villes sarrasines

Sur les pas effacés d'anciens bagnards  dont les ksour

Alentour entament les chants profonds et sourds 

Tisser  enfin  l'étoffe claire de leurs vies clandestines.


 

Mills' house street le ciel d'orient éclate

Au dessus de ma tête les étoiles et sous mes pieds 

Le sable incandescent de mes rêves incendiés. 

S'élève alors la clameur assourdissante  d'un peuple 

Opprimé de rêveurs, de fous, de poètes et  d'enfants.

 

 

Mill's house street à l'heure où  passent les caravanes

Écrasées de chaleur sous les étoiles le soir 

Résonnent les chants profonds et sourds, l'espoir 

La brûlante rumeur du désert, l'odeur de jasmin 

Des rêves impatients aux allures de pavane.

 

 

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème philanthropique d'amour 

 

 

Christine Droit, « À la belle étoile ou le rêve éveillé », ​​​poème  inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 20 décembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/cd-belle-etoile

 

 

 

 

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19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 16:23

 

Événements poétiques | ReConfinement| Rêveries fleuries | Jour 51

 

 

 

 

 

Lettre d'amour potentie-l-l-e

 

 

 

 

 

Natacha Guiller

 

 

Crédit photo : Alexandre-Jacques Chantron, La Cigale ou Rêve d'été pastel​​​​, image Commons, domaine public

 

 

Je viens de dépasser le restaurant rapide 

(je cite pas l'enseigne déjà trop fameuse mais voilà le mal) 

Et souris émue et pincée de cœur

Déjà jamais

L'amour sauf actes, cela tue

Et si l'on a là besoin de visuels pour se détacher du rêve

Il y a l'internet

 

En fait, ce sera surtout de sourires dont il s'agit

Dans ce pas de côté

Dans ces lueurs déclinées

Un des yeux clignotant à droite

La géhenne de ton minois invisible

Le volume de chevelure étouffant les joues écrevisse

Clic tôt le matin, des messages

Clic tôt dans la soirée

Dessus les caisses d'orchestre, ça jazz

Alangui-e-s de gouttes potentielles suées

Affleurent les fans et

Des trains RER ratés

Des bus compromis

Dessin d'épiderme foncé, canines qui claquent

Froid des muses

 

 

Les monuments encrent la bande-onde capitale

Les coups de filles au téléphone

Sans appareil

Les pattes graciles wings poulette

Fol épisode, y a comme

Absent le futur et tournage

De raisonnable omission des modèles

classiques. Et tes rots en slam

Jusqu'à ton thème dominant

Confessé à l'oreille et reluit

La lune qui zoome basse en Seine

Les quais t'y ont hiberné-e-s les jours

Ennuyer d'envie celle qui coule

 

 

Je ravive en mastiquant, les membres

Adroits, chaque doigt délectable à la plume

Des amandes sans la peau

 

 

 

***

 

Pour citer ce poème d'amour 

 

 

Natacha Guiller, « Lettre d'amour potentie-l-l-e », ​​​poème d'amour inédit, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Événement poétique| Reconfinement « Rêveries fleuries », mis en ligne le 19 décembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/reveriesfleuries/ng-lettredamour

 

 

 

 

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LE PAN POÉTIQUE DES MUSES - dans Reconfinement Amour en poésie
19 décembre 2020 6 19 /12 /décembre /2020 09:00

 

N° 8 | Dossier mineur | Florilège de poétextes | Poésie féministe pour lutter contre les violences faites aux femmes

 

 

 

 

 

 

Ève

 

 

 

 

 

 

Tiphaine Mora

 

 

 

 

© Crédit photo : Illustration du conte "La petite fille aux allumettes",  Caputre du livre par LPPDM, du conteur Hans Christian Andersen, tombé dans le domaine public.

 

 

À la mémoire de toutes les Ève, d’ici, d’ailleurs.

 Juillet 2018

 

 

 

Appelle-moi Ève. J’ai peut-être un autre nom, peu importe, parce que personne ne le prononce, et moi-même je doute qu’on m’en ait un jour donné un. Ève, c’est le nom de toutes les femmes. C’est le nom du commencement. 

​​​​Et pourtant, ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq. ​​​​​Tu es passé en coup de vent. Tu as vu que j’étais enceinte et que je crevais de chaud, mais ta froideur ne m’a pas rafraîchie. Tu as vu que je n’étais pas bien. Et tu t’es dit, un autre s’occupera d’elle. Sans doute. Pourquoi ce serait à toi de t’arrêter ? Tu es pressé. Ou tu as peur. Ou, simplement, tu t’en fous. 

Il y a quinze jours que je suis postée au même endroit, sur le parvis de la gare, quinze jours que je te remarques et que tu me confonds avec le mur. Je suis défoncée parce que je n’en peux plus. Tu seras la goutte d’eau qui fera déborder le vase. Tu l’ignores. Mais au moment où tu es passé, que tu m’as refusé à boire ou plutôt, que tu as fait semblant de ne pas m’entendre, moi je l’ai compris. Les chiottes sont payants et il me reste à peine dix centimes.

Tu as fait semblant de ne pas m’entendre, mais si on s’était croisés quatre ou cinq ans avant, j’aurais été la femme que tu siffles dans la rue. Parce que tu m’aurais trouvée belle. Parce que la rue est à toi. Si tu m’avais matchée sur un site de rencontre, on se serait donnés rendez-vous ici et installés à la terrasse d’un café, et tu m’aurais questionnée sur ma vie, ce que j’aime et espère, avec une idée précise derrière la tête. On se serait peut-être bien entendus. On se serait revus. Je t’aurais dit que la vie est meilleure avec toi, que je suis accro au parfum de ta peau, à tes taches de rousseur, tes cheveux jamais coiffés, et j’aurais maudit ton téléphone auquel tes yeux sont scotchés. Dans la hâte de se retrouver seuls, on aurait négligé la fille qui te demande à boire. 

Ta bouteille était presque vide quand tu es sorti de la gare, d’ailleurs, peut-être que tu allais la jeter dans le bac jaune car c’est important pour toi de recycler les déchets. Il y a les fontaines, les toilettes publiques. C’est vrai. Mais vois-tu, je suis fatiguée.

J’erre ici depuis longtemps. J’aimerais être une femme qui voyage pour confier son petit au père le week-end, ou qui prend des classes affaires, un notebook dans ses bagages, pour le business. Tout est autorisé dans les gares. J’ai perdu la notion du temps. Et même quand je n’ai pas les moyens de me payer quelque chose qui me la fasse perdre, le temps flotte, il  ne m’appartient plus. Le temps, c’est pour les gens qui circulent vite, qui traversent la hall d’un pas rapide et sûr, et qui sont attendus. Mais on l’oublie pas ; c’est lui qui nous oublie. Au début, c’était comme si je criais à travers un aquarium insonorisé, et que les gens évoluaient dans un monde parallèle. J’ai cessé de crier. Ma vie a coulé, je suis partie à la dérive. Comme on dit, j’ai sombré. 

Tu n’as pas eu pitié du bébé. Tes yeux se sont posés sur mon ventre, un quart de seconde. Et tu as pensé, elle aurait dû avorter. Un mec de passage, un client, un viol. Oui, il y en a eu. Des trois. Jamais tu n’as supposé que le bébé soit une histoire d’amour. Jamais tu n’as supposé que je veuille le garder. Si tu as supposé quelque chose. 

Une fois, je t’ai vu monter à bord du train. Le contrôleur a validé ton billet avant l’embarquement, tu as ôté tes écouteurs quand il t’a posé une question, et tu es aussitôt reparti dans ta musique. Peut-être une chanson d’amour, une chanson sur une fille qu’on laisse seule sur un trottoir. Ça te plait. 

Ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq et toi tu as gardé tes écouteurs quand je t’ai aussi posé une question. Quand je t’ai indiqué ta bouteille d’eau presque vide. Tu as rejoins ton train content parce que c’est ta dernière journée de boulot avant les grandes vacances, tu as prévu des tas de trucs. Voyage entre amis, avec tes anciens potes de fac, vous partez à l’étranger, où, tu t’en tapes, le principal c’est que vous partiez. Ou en famille, avec ta femme, ton fils, qui va rentrer en 6 eme, ta fille qui est déjà presque aussi grande que lui. Tous les quatre, vous allez vous éclater au Grau du Roi. C’est pas loin, pas cher, c’est tranquille. Ou tu vas faire du trekking, en solitaire, parce que tu es un aventurier, tu aimes le contact brut avec la nature, ça te permet de réfléchir, de faire le point sur ton existence. 

Tu quittes le taff satisfait. Tes objectifs sont atteints, la journée s’est bien passée. Aucun clash avec les collègues, même Romain qui te fait tout le temps chier. Jeanne-Marie a pris ton parti et depuis que tu l’as remis à place, il se tient à carreaux. Il le fallait. Même si d’habitude, tu es un adepte de la communication non violente. Les disputes, c’est pas ton truc. Sur la route, dans embouteillages ou si on te double sans clignotant, tu restes calme. Tu as jamais levé la main sur personne.

Il y a peut-être plusieurs heures que tu es rentré chez toi. Tu prépares tes valises, enthousiaste. Ou tu reçois à dîner. Tu emmènes ta chérie au cinéma. Il y a un film qu’elle voulait absolument découvrir avec toi. Et moi je suis là, postée au même endroit, je vais fondre dans le décor, si un parvis de gare, c’est un décor. Oui, il y a eu les vols. Les charlatans qui m’ont vendu n’importe quoi pour que je plane, et surtout que je rachète. Les viols, non, pas la nuit dans une ruelle sombre. Dans les centres d’hébergement. Il y a eu l’eau que tu m’as refusée, et ce soir, je ferai partie des cinquante-cinq

Appelle-moi Ève. J’ai peut-être un autre nom mais peu importe, parce que personne ne le prononce, et moi-même je doute qu’on m’en ait un jour donné un. Ève, c’est le nom de toutes les femmes. C’est le nom du commencement. 

 

 

***

 

Pour citer ce poème en prose féministe 

 

Tiphaine Mora, « Ève », nouvelle féministe inédite, Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°8 | Penser la maladie & la vieillesse en poésie​​, mis en ligne le 19 décembre 2020. Url :

http://www.pandesmuses.fr/no8//tm-eve

 

 

 

 

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