10 mai 2013 5 10 /05 /mai /2013 13:00

 

 

Poèmes                                               

 Et si on longeait la rivière ?

 

Minmin, Piqûre,

 

 

Transport & Vertige

 

 

  Armelle Leclercq

 

 

 

 

 

Et si on longeait la rivière ?

 

 

 

 

Sortir, croquer du soleil,

Sa brioche fin d'après-midi

Si subtile couleur quand il rase

Murs et plantes

En survolant la rivière.

Les pruniers ont une de ces dentelles,

Leurs feuilles bouffées par les chenilles :

On voit du ciel à travers ;

Une araignée a fourbi sa toile

Arc-boutée entre grille et rhododendron,

Pile dans le contre-jour

Qui l'avive filin d'or pour les passants,

Ecrin pour une baie descendue,

Et puis par-delà le plumeau des bambous,

Un concept : l'espace,

La grande respiration des arbres,

Leurs troncs nus à embrasser.

 


 

 

Minmin  

 

 

 

 

Les cigales minmin avec leur chant

A stridulations multiples

Sifflotent,

Un tantinet moqueuses :


 

"Il fait très chaud" semblent-elles ricaner,


 

Elles dont les exuvies pendent

Sur les écorces,

Peaux d'une vie antérieure,

Au parc Inokashira – les pédalos-cygnes

Y pulsent un clapotis de claquettes.


 

Il fait très chaud,

 

Moi aussi j'abandonnerais bien une ou deux peaux comme ça

Rien que pour me défaire de l'étouffante touffeur,

Sensation sac à dos trop plein :

Toutes mes pierres de jadis.

 

 

 

 

Piqûre

 

 


Dans ce doigté sublime du soleil,

Pivoine exactement

Et or sur le liseré du nuage,

Dans son déroulement précis, sa tige lumineuse

Venant frôler tout le balcon,

Dans l'arrondi à l'est – une zone encore bleu clair

Se détachant sur les cumulus gris –,

Dans l'élancement, tige vibrante – la chaleur qui soudain remonte sa fleur orange jusqu'en haut du ciel –,

Jusqu'à la pointe exacte – ce désir –,

Jusqu'au summum – l'instantané bonheur –

De couleur, de sensualité,

Dans cette profusion, souvenir brusque (Alliers) : un jeune chevreuil pris sur le vif,

Le nez dans les herbes sur le sentier aux coulemelles :

Son bond tête rejetée en arrière,

Toute sa beauté, silhouette gracile,

Dans ce surplus : une plénitude à un point qu'on se dit qu'on ne pourra jamais être plus heureux qu'en cet instant précis et que le monde est fort d'une magnificence qu'on n'arrivera jamais à vivre tant elle nous dépasse, que le monde est d'une magnificence à en couper le souffle,

Au bout du bout – acmé – de ces instants d'extase,

Fatidique, resurgit, dague,

Plantée en bas des reins,

Une pensée : la mort.

 

 

 


 

 

Transport



 

Étang d'Ueno, les nénuphars

Ce matin partent en voyage,

Pliés en deux, demi-feuille à plat et demi-feuille levée ;


 

Le vent bat, faseyante,


 

Leur voile de petite embarcation.

Tanguant sous les bouffées éoliennes,

Tiges nomades,


 

Ils recueillent grâce à leurs coques plates,


 

Soubresauts, quelques gouttes d'eau,

Gouttes d'eau qui

Etonnamment chargées sur ces barges chlorophylliennes flottent sur l'étang.


 

Alignant leurs rondeurs sous un soleil désireux de


 

Les disperser,

A chaque jeu de l'étrave elles agitent, dagues lumineuses pour l'œil,

Microscopiques, des miroirs.


 

Glissant sur une nervure à la moindre gîte,


 

Ephémères psychés que sont-elles sinon

Autant de réserves potables

Offertes


 

Aux passagers imaginaires


 

De ces voiliers lilliputiens.


   
   

Vertige

 

 


Après le typhon,

Le ciel rebondi d'azur :

Les maisons éclatent,

Par le jet du nettoyeur céleste

Décapées.

 

Le paysage est fraîcheur

Incroyable.

Hormis une bataille de pommes de pin et d'épines,

Aucun dégât par ici ;

Il est passé plus à l'ouest.

 

Là, en s'allongeant

Sur le sol

Devant, ouverte, la baie vitrée

– Beau temps apocalyptique –

Face à un tel degré juste couleur brute,

 

Comment au plus profond de, bleu, ce miroitement,



Les yeux dans le ciel




Ne pas avoir envie de plonger ?

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Armelle Leclercq, « Et si on longeait la rivière ? », « Minmin », « Piqûre », « Transport » & « Vertige », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : « Le printemps féminin de la poésie », Hors-Série n°1 [En ligne], sous la direction de C. Aubaude, L. Delaunay, M. Gossart, D. Sahyouni & F. Urban-Menninger, mis en ligne le 10 mai 2013 . Url.http://www.pandesmuses.fr/article-transport-minmin-piqure-117469400.html/Url.http://0z.fr/LDk8L

 

Auteur/Autrice


 

Armelle Leclercq a déjà publié trois livres de poésie, Pataquès (Comp'Act, 2005) sur les relations interculturelles entre Orient arabe et Occident, Vélo vole (Lanskine, 2008) sur l'enfance vue exclusivement par les yeux de l'enfant, avec son franc-parler, et Paysage à rebours (Lanskine, 2012) sur l'Auvergne et le rapport au passé. Elle a participé à deux anthologies : 49 poètes, un collectif (Flammarion, 2004) et Ars Poetica (avec traduction des poèmes en anglais et slovaque) (Bratislava, 2006). Armelle Leclercq publie régulièrement des textes dans des revues et effectue des lectures dans les festivals en France et à l'étranger ; elle a récemment fait une résidence d'auteur à la maison Jules-Roy).

 

 

 

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