1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 07:00

 

Avant-Première  
 Poèmes


   

 Les Insolitudes 

 

(poèmes extraits du recueil de 2013)

 

 

Bérangère Thomas

 

 

 

   Cygnes au crépuscule1juil10 ©Crédit photo : Cygnes au crépuscule   image fournie par Bérangère Thomas 

 

 

Au bord de l’eau

 

 

Rêveries…

Jeu de plis, de cercle bien vague,

Les blanches courbes en rebond

Froissent la glace et il zigzague

Sur la surface en demi rond.

 

Frôlant l’invisible Narcisse,

L’oiseau devient un doux plaisir

Avant que le jour ne périsse

Et nous remplisse de désir.

 

Venir écouter le silence,

S’assoir au bord de l’eau, le soir,

Recueillir comme une semence,

L’instant de paix et de savoir.

 

En s’arrêtant un instant, vide,

L’être vibrant se sait présent.

Il sent, il respire perfide,

Aux rêves fous de l’occident.

 

La fête assourdit toute joie

Quand elle résonne sans écho.

Bruyante, elle assomme et foudroie,

Plus d’émotion, ni vibrato !

 

Dans le sillage d’un beau cygne,

J’embrassais des étoiles d’or.

Elles dansaient en tire-ligne,

Sur les eaux comme un doux trésor.

 

Un saule penché vers le nord

Versait son ombre généreuse

Dans le mitant du désaccord

Entre l’amant et la flâneuse.

 

Les bouches folles s’étaient tues

Au bord de l’eau près du roseau.

Restaient assises inconnues :

Mon ombre et moi, au bord de l’eau.

 

 

 

HIVERNAL page 27

 ©Crédit photo : Hivernal image fournie par Bérangère Thomas

 


Hivernal

 

 


 

La pierre qui brillait sous le feu de l'été

S'engourdit, se meurtrit aux attaques du froid.

Les maisons, les clochers, le jardin dénudé

Font chavirer nos cœurs dans un grand désarroi.

 

Ce paysage triste au contour azuré

Par ce lointain soleil, qui vers le soir décroît,

Nous berce de silence et du bruit détesté

Que fait l'écho du temps à demander : "Pourquoi ?"

Dans l'ombre évaporée, ne reste que la neige

Comme un pas sur la plage, une trace de beige.

Ainsi, notre passage en la morte saison.

 

Tout se fige en hiver. Le papillon de vie

Désinvolte et charmeur repose en son cocon,

Prêt à s'épanouir, il attend l’éclaircie.

 

Jardin Boufflers sous la neige

 

 

La fable de l’arbre

Notre terre qui êtes au ciel

 

J’étais ton frère sur parole,

Un arbre doué de sagesse

 

D’un bois robuste et centenaire

D’un bois vivant et solidaire.

 

J’ai fait ta force et ton histoire

Et la flambée dans la nuit noire.

 

D’une ombre fraîche et bienfaisante

D’un tronc cerclé en bonne plante.

 

J’étais ton frère en voluptés,

Ce meuble parfait, bien monté.

 

Cet outil facile à manier

Ce beau présent pour un marié.

 

J’étais ton frère, charpentier

D’habilité et de métier.

 

Le corps glorieux d’un brocart

Prenait un nom dans l’œuvre d’art.

Ce fut le feu et puis le vent

Qui ravagèrent notre peuple.

 

En tourbillons de cendres blanches,

Ainsi, ton corps périt en neige.

 

Et l’arbre pétri de néant,

S’épancha dans le firmament.

 

Dispersée en poussière d’or,

La vie, elle, se changea en mort …

 

Il fallut attendre longtemps, sans doute,

Le jour où, au cœur d’une goutte,

Le cercle du vivant, content,

Chuchota sa révolte au vent.

 

La terre se gonfla d’espérance,

Le ciel se posa en silence

Au-dessus des montagnes denses.

 

Puis, une main géante

Traversa les nuages, suppliante.

 

Enfin la pluie tomba, incessante,

La bonne pluie de mai, courante

 

Sur l’humus. Une fleur odorante

Perça sur sa joue, puis, une autre pressante.

 

Et l’arbre qui enchante

S’éleva vers la lune dominante,

Et lui tendit ses bras…

Et tout recommença.

 

 

 

Mon petit ange

 

 

 

 

En détournant les yeux

 

Il penche son visage pur

Sur les images de mon livre

Guide quand plonge dans l’obscur

Ce soleil d’or qui me fait vivre.

 

C’est lui qui me dicte à mi-voix,

Epelle mon destin fragile,

Dans le bonheur et sur la croix

Car le destin est bien subtil…

 

Il fait l’enfant et très charmant,

Invite aux plus belles musiques.

La mandoline va, dansant,

La guitare a des sons magiques.

 

Le silence nous berce enfin.

L’élan d’une fête chemine

Et porte au hasard et sans fin

L’espoir chantant sa cavatine.

 

Le chiffre huit se mêle au six

Dans un mouvement bien docile

Et puis à sept ensuite à dix

En se jouant de l’inutile.

 

Sa main, ainsi, lance le dé,

Et le hasard se dévisage

Dans le jeu tendre et débridé

De l’amour et du verbiage.

 

Va, petit rêveur sur la lune

Et tisse la chevelure or

D’une étoile dans l’infortune

Pour en faire ainsi ton trésor.

 

Ton regard posé sur ma vie

Arrête et chasse le tourment

D’un instant de mélancolie

Qui glisse vers le firmament.

 

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Bérangère Thomas, « Les Insolitudes (poèmes extraits du recueil de 2013) », poèmes illustrés par des photographies fournies par B. Thomas, Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Jardins d'écritures au féminin », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°3|Été 2013 [En ligne], (dir.) Françoise Urban-Menninger, mis en ligne le 1er juin 2013. 

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-3-les-insolitudes-trois-poemes-extraits-117752524.html/Url.

 

Auteur(e)


Bérangère Thomas, est professeur certifiée Éducation musicale, Présidente des Amis de Verlaine , association internationale de poésie française, elle a créée en 2002 le concours de poésie Paul Verlaine à Metz, ville natale d’un des plus grands poètes française, le site www.paul-verlaine.net  et en 2009 la revue « L’Actualité Verlaine ». En 2011, elle œuvre pour l’acquisition du lieu de naissance de Paul Verlaine à Metz et son ouverture en 2012 comme Maison d’écrivain consacrée à Paul Verlaine et rattachée à la fédération nationale des maisons d’auteur et des patrimoines littéraires. Elle conçoit également des lectures poétiques mises en espace et des spectacles dont « Lorraine, terre à poète »,2004 en coproduction avec le théâtre de Verdun, « Un poète nommé Verlaine », en 2009, création à Metz, À Avignon, en 2008, elle présente un spectacle « L’humour en poésie ».

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