31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

Six poèmes extraits


de Fiançailles*

 

 

 

Laure Delaunay


  
  Crédit photo : Grand nu rose, Picasso

 

 

 

 

 

Indécence, candeur 

 


Que ceux qui veulent bien entendre m’écoutent.
Je ne suis pas poète. Je suis poétesse.
Je parle de choses dont peut-être il ne faut pas parler mais je ne cherche ni le sulfureux, ni même le percutant scandale.
Je cherche à ouvrir mon cœur complexe. Je cherche à faire frémir ma peau de soie.


 
Pruderie 


 

Les fins analystes y liront avec plaisir et, espérons-le, bienveillance un pudique et charmant jeu de mot.
Mais au-delà de la simple anecdote, les vrais esthètes verront à quel point c’est là une façon extraordinairement subtile d’être au monde.

 

 

 

 

Faux accords 


 

Le piano est un instrument qui demande beaucoup de travail, à la mesure de la largeur bien calculée de son clavier et de la multiplicité presque vertigineuse de ses touches bicolores.
Si le doigt ripe, si la main glisse, se produit un petit drame de l’art qui n’a rien de plaisant mais aussi rien de tragiquement irréparable. Le public un peu gêné pardonne à l’artiste la subite compassion attristante qu’il a maladroitement fait naître.
On gardera du concert un souvenir un peu terni mais amusé car on aura compris qu’aucun dieu ou qu’aucune déesse n’est infaillible ce qui est en fin de compte une nouvelle plutôt rassurante.


 
Naissance du rire 



Il n’est pas de chose plus mystérieuse que la commissure des lèvres et le filet musculaire savamment architecturé autour qui la fait se mouvoir.
Les médecins disent avec une confiance en eux sans doute un peu excessive que tout vient et tout retourne à une réalité bien scientifique qu’ils nomment d’un mot comiquement barbare : le zygomatique.
Et l’on pourrait s’en tenir là. Finalement, effectivement, c’est ce petit brin là tout rose qui se tendant fait naître la divine ouverture et il n’y a là, alors, n’en déplaise aux amoureux des vérités mouvantes, rien de magique.
Le poète pourtant ne saurait se satisfaire d’une si laconique explication. Un peu idiot peut-être ou mieux délicieusement naïf, le poète veut croire que cette illumination bouleversante du visage naît d’un mouvement global du corps où il a bien longtemps mûri.
 


La langue étrangère 



On y saisit, si l’on n’y prend pas garde, une petite vulgarité un peu dérangeante et qui surgit en réalité du sentiment nécessairement inquiétant de l’inconnu.
Mais si l’on s’en donne un peu la peine, on trouvera dans cette aventure-là certaines émotions puissamment gastronomiques et à vrai dire, abandonnant courageusement un peu de notre fierté nationale, à vrai dire, il faut le reconnaître, certaines émotions parmi les plus raffinées qu’il nous soit donné de connaître.
Le travail ardu qu’il nous faut accomplir pour la comprendre en profondeur et en extraire les multiples trésors d’ambiguïtés est un travail qui appelle une petite récompense que l’on voudra bien saupoudrer avec une science d’expert.
En effet, les joies intellectuelles de l’étude du langage ont ceci de particulier qu’elles ne résonnent jamais aussi bien que lorsqu’elles s’accompagnent d’une charmante et discrète sensualité.
 


Le désir

 

 

Pour moi, avant toute chose, le désir est une valse de Beethoven qui me vient des confusions de mon enfance.
Mais voilà, le désir parfois, fut-il confus, le désir parfois miraculeusement s’incarne.
Dans le secret d’une chambre qui vibrera de ces mots que je ne rends pas encore publics car ils n’appartiennent en fait qu’à toi, tu m’aideras je le crois à faire à nouveau vibrer les touches romantiques de mon piano d’enfant.
Je t’offre ce petit bouquet de mots. Garde le, jette-le mais surtout ne le montre pas à n’importe qui et rends-le moi un jour si tu le souhaites, et si tu le désires en le faisant résonner d’une toute autre musique qui sera bien proprement tienne.
Je te sais puissant, je te sais serein mais aussi, du loin de ton pays je le devine, je te sais ému et c’est comme ça que tu me plais.

 

 

 

* Fiançailles est un manuscrit achevé...

   

 

Pour citer ces poèmes


Laure Delaunay , «  Six poèmes extraits de Fiançailles »  (Fiançailles est un manuscrit achevé), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-six-poemes-extraits-de-fian-ailles-111851320.html/Url. http://0z.fr/FoCTN

 

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Auteur(e)


Laure Delaunay a poursuivi au long de ses études divers intérêts tout d’abord en Philosophie puis en Arts du Spectacle et enfin en Littérature et civilisation italienne. Elle a quelques communications à son actif ainsi que quelques publications universitaires. Elle a aussi été comédienne auprès d’Anne-Laure Liegeois, de Christian Rist, de Carlo Boso, de Jean-Laurent Cochet. Elle a longtemps été, pour financer ces diverses aventures artistiques et intellectuelles, ouvreuse à la Comédie-Française, une expérience qui l’a beaucoup marquée.

En 2007, elle effectue un voyage d’étude à Venise qui bouleverse sa vie. Le 31 décembre 2011, elle commence à écrire aussi bien en italien qu’en français, comme s’il avait fallu quelques années pour que tous les échos vénitiens puissent un peu s’exprimer. Laure Delaunay a déjà écrit deux recueils de prose poétique, travaille au troisième et envisage de les publier.

 

 

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