31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

Primerose

 

   

Amandine Colson


Côté cour

 

Un rêve

Ce matin sera beau sur la tour Montparnasse, 

Et la Seine s’étire, attendant les bateaux 

Rêvassant sur ses quais quand l’aurore l’embrasse. 

Le Louvre retentit des rires des moineaux. 

 

Et la Seine s’étire, attendant les bateaux, 

Par mes incantations, Notre Dame s’allume,  

Le Louvre retentit des rires des moineaux, 

Montmartre refleurit, la ville se parfume. 

 

Par mes incantations, Notre Dame s’allume,  

Je chasse l’amertume à grands coups de bonheur : 

Montmartre refleurit, la ville se parfume 

Il n’y a plus dans l’air qu’un songe de douceur. 

 

Je chasse l’amertume à grands coups de bonheur, 

La foule m’applaudit, l’amour me complimente : 

Il n’y a plus dans l’air qu’un songe de douceur… 

Tout ce que je ferais si j’étais présidente ! 

 

 

Basilique de marbre

Le cœur du Sacré-Cœur n’est pas sous la rosace 

Mais dans les cauchemars et dans les cabarets. 

Ce soir je n’écris plus et ma plume se glace. 

 

Sur les flancs de la butte où l’amour se délace,

Les peintres, les chômeurs s’amusent au ballet.

Le cœur du Sacré-Cœur n’est pas sous la rosace.

 

Il est dans ma tristesse et dans la populace

Il est dans le plaisir, il est dans mon tercet.

Ce soir je n’écris plus et ma plume se glace.

 

Le Chat Noir, les putains, le rêve et sa grimace

Dansent dans mon cœur fou battant sous le corset.

Le cœur du Sacré-Cœur n’est pas sous la rosace,

Ce soir je n’écris plus et ma plume se glace.

 

En coulisses

 

Quais de Seine

Paris est éternel pour les cœurs en Bohème :

Ses flots sont lourds et gris dans le soir chagriné,

La ville dans la nuit fredonne un même thème,

Ma vie est suspendue à ton cœur embruiné.

 

Sur les quais de la Seine, un rire raffiné,

Je flâne en respirant des fleurs de chrysanthème

Et je relis ta lettre au désir dominé.

Paris est éternel pour les cœurs en Bohème.

 

Comme à un soir de noce, un matin de baptême,

J’ai de longs rubans bleus, un jupon satiné,

Et puis, pour tout bijou, un visage un peu blême.

Les flots sont lourds et gris dans le soir chagriné.

 

Sur ta table un recueil tout juste terminé.

Je connais bien tes mains et ton dernier poème

Écrit avec le sang d’un cœur assassiné.

La ville dans la nuit fredonne un même thème.

 

Quand j’entre dans ton lit avec le diadème

De la muse adorée au grand rêve ruiné,

Une flamme à la main, c’est mon art que je sème,

Ma vie est suspendue à ton cœur embruiné.

 

Princesse, enchanteresse, esclave ou vahiné,

Femme d’adoration et femme de blasphème,

Je suis dans chaque lune au songe deviné,

Reine de la magie et de l’amour suprême.

Paris est éternel.

 

Millésime

Seule dans mon boudoir, en blanc déshabillé,

Je vis de mon miroir, je m’enivre de moi,

J’aime mes yeux profonds comme un soleil mouillé.

Que la nuit m’a fait peur quand j’ai perdu la foi

Seule dans mon boudoir, en blanc déshabillé !

 

Je vis de chers parfums qui exaltent ma peau,

Et sous de grands chapeaux, je cache mes grands airs.

Libertine, je suis la fille de Rousseau

Personne ne détient de pouvoir sur mes chairs :

Je vis de chers parfums qui exaltent ma peau.

 

À minuit au balcon, je parle à mes fantômes,

Ils dansent devant moi en douces transparences

Et quand la nuit est belle, ils errent sous les dômes.

Pour eux seuls j’ai les mots des longues éloquences :

À minuit au balcon, je parle à mes fantômes.

 

Nue en bleus escarpins, je foule les nuages,

Je cherche un peu de pluie, un peu de ma furie,

J’agite les grêlons, je trouve les orages

Qui sifflent dans mon cœur en toute féerie,

Nue en bleus escarpins, je foule les nuages.

 

Une flûte à la main, déesse de Bacchus,

Mes cheveux de figuiers sont ma seule auréole.

Plus douce que le vin, dans mon bain de lotus

Je suis la Tarpeia tombée au Capitole

Une flûte à la main, déesse de Bacchus.

 

Ma pointure

Buvons dans ma chaussure et savourons cette heure.

Dans ma superbe alcôve, amant avide et doux,

Je te dirai des vers quand la douleur m’effleure.

 

Délace mes rubans et plains-moi quand je pleure,

Entends mes mots divins et tombe à mes genoux,

Buvons dans ma chaussure et savourons cette heure.

 

Je fouillerai ton cœur, en ferai la demeure

De mes rires hautains, de mes désirs jaloux

Je te dirai des vers quand la douleur m’effleure.

 

Nous consulterons Sade et, l’âme supérieure,

Nous nous dévorerons, mon marquis, mon époux…

Buvons dans ma chaussure et savourons cette heure,

Je te dirai des vers quand la douleur m’effleure.

 

 

Côté jardin


 

Jardin de roses

Quand le jour est tombé, je viens dans ton grenier.

Les roses du jardin se posent sur ma joue,

Sur ma robe d’été, dans l’air que je secoue,

Pleuvent sur le parquet, tombent sur le sommier.

 

Je te donne un baiser puisé dans l’encrier

Où tu plonges ta plume et notre amour renoue

Nos liens d’alexandrins, les mots dont je me joue

Quand tu viens me goûter à l’ombre d’un rosier.

 

Tu aimes me voir nue et je te fais la moue

Mais tu me rends déesse avec l’or de ta boue

Pare-moi de douleurs, de feuilles de laurier.

 

Pendant que tu m’étreins et que ta voix me loue,

Je suis, belle Daphnée, une ombre de papier.

Le songe réussit où le réel échoue.

 

Jardin blanc

Dans le grand labyrinthe où tu saisis ma main

Cachons-nous des regards et redis-moi encore

Tout ce que mon cœur sait en attendant l’aurore.

Ton baiser sur mon sein est mon seul lendemain.

 

Redis-moi cette nuit, redis-moi ce quatrain,

Mon amant, sur mon corps fais tomber et éclore

Les parfums de ton rêve et de la métaphore,

La proche délivrance et le plaisir lointain.

 

Dans mon satin rosé, quand ta langue m’honore,

Je t’offre mes lilas que le printemps colore,

Mon audace de rose et mon charmant dédain.

 

Impertinente et chic, je suis ton anaphore.

Je t’aimais élégant et je t’aime écrivain

Quand ton irrévérence au matin me dévore.

 

 

 

Pour citer ces poèmes


Amandine Colson , « Primerose », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes »,  « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-primerose-111850436.html/Url. http://0z.fr/55xsa

 

Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

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Auteur(e)


Amandine Colson, licenciée et agrégée en Lettres à l’Université Libre de Bruxelles, elle s'est tôt consacrée à l’écriture. Au lycée, elle a participé à des concours et a été par deux fois nominée : deuxième prix de nouvelles fantastiques « jeunesse » organisé à l’occasion de la remise du Prix Bob Morane en 2002 et troisième prix pour le concours de nouvelles de la Fureur de Lire. Pendant ses études, elle a collaboré au journal des étudiants de la faculté, L’Escume des Nuits. Amandine Colson finalise actuellement un recueil de poèmes. À côté de cette vocation poétique, elle travaille à un roman qui cristallise la question belge : recherche d’identité, désaccords inconciliables entre les deux communautés linguistiques aussi bien politiques, sociaux que culturels. Ce livre met en scène la scission fictive de la Belgique.
  

 

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