31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

 

 

 

Encre

 

&

 

Survole

 

 

 

 

 

Jo. Hanna  

 

 

 

 

 

Avant


Avant,

Je brisais la coquille des porcelaines

Contre la pierre noire de l'obsidienne.

Je chantais des litanies aux démons sombres

Et contais aux sirènes,

Les secrets de la mer.

 

Je vivais d'eau, de feu, de sang

Et quelquefois me nourrissais d'amour.

Mais de l'amour,

On ne me laissait que les restes...

 

Je ramassais des jeunes hommes,

Hagards,

Endormis sous les chênes,

Attirés là par mes sortilèges,

Pour leur avouer ma solitude

Et partager avec eux,

Mes abîmes.

 

Après les avoir séduits,

Le plaisir qu'apporte la pureté mensongère,

Les mots de tendresse,

Les regards enflammés par le corps

Et ses murmures

Bien vite me lassaient.

 

Ayant pris soin de me blesser le cœur auparavant,

Je l'abandonnais, bien évidemment,

À la folie...

Je lui avais promis de nombreux sacrifices,

Elle, me permettait de la maîtriser.

C'est pourquoi,

Malgré tout ce que les hommes des mondes fermés pouvaient dire,

Je n'étais pas folle.

 

Non.

 

J'avais la sagesse de ceux qui ont appris le langage du vent.

 

Longtemps, longtemps, il avait soufflé dans ma tête

Mais lui aussi,

J’avais fini par l'apprivoiser.

Voilà ce que j'étais

Quand l'ombre n'avait pas encore laissé place

À ma lumière.

 

 

 

Serpente


 

 

Serpente...

Sagesse du saint en prière.

Sous la voute,

Des salamandres se dorent au soleil.

Elle

Songe

Au regard sombre

Du jeune homme croquant la pomme

Rouge, sang dans les veines,

Souffle de vie, sel de la mer.

Le mal s'étiole en couleurs divines

Opales, moins pâles

Que l'aube

Malhabile.

 

Serpente...

Sent sur ton corps qui rampe

Le contact de la pierre, de la boue, de la terre,

Sent,

Le venin dans l'essence de ton être:

Ce poison qui arrache aux tortures de l'errance

Les hommes qui se perdent.

 

Le mal n'est pas si mauvais que cela...

Il susurre à l'oreille avec la douceur habile,

Des doigts de sylphes.

Naïades, nymphes, sœurs des profondeurs,

Le mal véritable n'est pas si mal.

Il est juste sauvage.

 

Songe...

Elle semble asservie par son amour,

Élevée dans les sphères

Semblables aux nuées ancestrales

Où siègent dieu

Et ses anges de lumière.

 

« Je suis moi même un ange mais mes yeux sont de braise.

Je murmure savamment aux lobes des sirènes,

Leur offrant la beauté

Dont elles se parent,

En rêve,

Le regard prisonnier des glaces qui les reflètent.

 

Je suis moi aussi un ange...

Ne crois pas leurs mensonges!

Je ne suis pas d'ombre!

Juste l'inconscience,

Les méandres de la connaissance.

 
Tu devines, Aurore ou Crépuscule,

Les failles où je m'immisce,

Plus sacrées que les saints de Palestine.

 
Je suis moi même un ange, le favori de Dieu,

Issu des rayons violents frappant la poussière,

Ocre des déserts,

Terres solaires,

Sécheresse des rivières,

Canaan et Jérusalem.

 

Mais l'homme a voulu me détruire, il ne comprend pas l'étrangeté...

Une femme trop belle,

Un nain, une sorcière rousse parlant aux arbres,

Ou l'enfant noir chevauchant un balai,

Ils ont tout rejeté, aveuglés, aveuglés qu'ils sont par la pureté.

 

Elle est trop blanche! Trop idéal! Elle n'existe qu'en Galaad... 
Moi je la souille, je lui mets des parures

À leur pureté

Issue des déchirures.

 

Elle n'existe pas! M'entends-tu?!

Leur pureté est dégradée parce qu'ils m'ont oublié. 
Parce qu'ils ont oublié que j'étais un ange.

Stupidité de leur colère... ils ont cru que j'étais l'inverse de Dieu,

Son contraire.

Mais nous sommes liés, lui et moi,

Nous sommes un.

Une pièce a toujours deux cotés...

 

Ils m'ont oublié mais je sais comment m'immiscer.

J’ai la nature comme substance,

Je suis la force et l'innocence...

Et je serpente...

 

 

 

 

 

 

 

Pauvre idole


À l'ombre des saules,

Assise, trempée,

Et la pluie sur le visage,

Les yeux grands ouverts,

Je suis objet de souffrance, cause de malheur.

 

L'innocence peut elle faire peur?

L'insouciance n'est pas d'ici,

C’est le souffle d'un ange aux ailes trop déployées...

 

Pose tes yeux sur le corps que tu ne pourras jamais posséder

Et adore-le!

Tente,

Inlassablement,

De conquérir un geste,

Un regard

Qui fera trembler ton âme?

La chute peut être une purification...

 

L'ascendance du ciel m'a fait courber les épaules

Et devant l'âcre lueur des jours,

J’ai dû me brûler les yeux.

A l'ombre des saules, je me suis reposée la peau:

A vif, la couverture charnelle s'était dépouillée 

Pour mieux se transformer en éther.

Bien que j'abîmasse mes lèvres

À l'eau des fontaines cristallines,

La pudeur m'a fait perdre l'usage du langage.

Les iris mortes ont parcouru les prairies

En quête de vie délaissée.

Le vent, à l'image des falaises,

M’a volée ce qui me restait d'âme

Pour en faire don à la mer,

Sa délicieuse idole.

 

Les yeux vides, les lèvres sèches, le corps meurtri,

Mon esprit a bien dû s'élever vers d'autres sphères

Pour exister

Loin

De la déchéance de la chair.

 

Amie des pierres,

J’ai appris leurs mystères

L'esprit toujours plus fort, l'expérience des sens s'est décuplée:

Le bruissement de la fleur qui s'ouvre,

L’ardeur du soleil,

La douceur de l'aube,

Étaient à mes yeux,

La joie

Et je me mis à chercher cette musique dans tous les jardins

Sauvages des lieux solitaires.

 

J'ai presque haï les hommes pour pouvoir les fuir...

N’étais-je pas la cause de leur malheur?

Le diable aux yeux de cendre

A pris l'apparence de la beauté

Pour tenté de me séduire...

 

Mais je l'ai ignoré.

 

Aucune onde ne devait perturber ma quête.

 

Dieu,

De n'être plus une créature soumise à la fatalité,

M’a reniée.

Les Muses

Ont voulu me noyer dans des songes...

Mais les illusions n'étaient que des trêves,

Sans repos.

 

Non.

 

Ma quête

Était la vérité brute,

L’abrupt

De l'univers

Dans sa plus pure essence...

 

Dispersée, je me suis perdue,

 je me suis perdue.

« (Je me perds, Je se perds, se perdre, devenir unis,

Vers un autre, une autre!

Je, me perds... indéfini) »

 

Le chant des hommes m'émeut souvent

Et je m'assoie aux abords des villages pour écouter

Et tenter de comprendre...

Mais leur monde, ne m'appartient plus.

 

 

 

 

 



 

Survole


 

Si je me mêlais à la danse,

Je serais la colombe,

Venue, il y a des millénaires,

Des pêchers fleuris du désert.

 

Je frémirais sous les ailes des violons ancestraux

Charmant les hommes devenus femmes 

Dans la folie des pas.

 

Sans me blesser,

Le cristal se brisera sous mes pieds ;

Nacre de mes pieds sur le sol.

 

(Dans la danse le ventre s’anime… 

Tous ceux qui me regardaient comme une proie deviennent victime

de la musique de mes mains dans l’air.)

 

L’air chargé du parfum des corps qui s’élancent…

Je serais la colombe de vos nuits

Blanches.

Celle qui dort tout le jour

Dans les marbres ciselés de la Médina, 

Aime se transformer en princesse mystérieuse…

*****

Je suis l’air du violon…

Il survole les montagnes du bord de mer

Où paissent les moutons du sacrifice. 

Leur âme a été sauvée.

Je survole les villes bleues

Où les couleurs pigmentent les ruelles

Étroitement aquatiques

Et je frémis

Quand me mêlant à la fumée,

Mon haleine devient

la menthe fraîche du souk qui s’éveille.

Vous !

M’avez dévêtue mille et une fois de vos regards !

Indécence soulevant le pli de mes robes secrètes,

mais sombres.

Et pourtant…

J’ai gardé mon mystère.

Car je sais un recoin de minaret

où mes ailes retrouvent leurs blancheurs, 

dès que le nom d’Allah est prononcé.                                                                 

*****

Je suis l’amie des femmes murmurantes qui murmurent

leurs secrets aux puits où elles perdent leur jeunesse,

(leur âme aussi ?),

Non, pas leur âme.

 

J’aime le frôlement de leur peau

Brune et sèche

Sur les feuilles encore rêches

De l’olivier à l’automne.

Je me cache dans les branches pour écouter la voix des oubliées.

*****

Tambours, tambourinent,

Les mains

Frappent plus forts, plus vite

Pour convoquer la musique.

Elle émerge de la terre, là où le feu et la mer

Se mêlent…

Là,

Où « les éternités différentes de la femme et de l’homme » se répondent

Et s’aiment,

Enfin.

Je suis le cri des femmes enfin poussé.

Le roulis des gazelles.

Avec moi, libérées,

elles s’envolent

sur mes ailes, je leur montre leur pays,

Sa beauté discrète mais sauvage :

 (« Jamais elles n’auraient dû le voir, ce doit être écrit quelque part ? »)

Les cèdres parfumés,

Les crocus du safran qui s’ouvrent sous la claire lumière.

Elles s’émerveillent,

De voir le monde vidé des barreaux,

Elles, s’enivrent, 

De la lavande sauvage,

Violence bleutée qui peuplent les falaises noires

de la Méditerranée.

Nous volons au dessus des lagunes,

Surprenant l’envol des cormorans,

Quand le pêcheur conduit sa barque rouge et or

Au milieu du couchant.

Elles, s’accrochent

Aux plumes blanches de mes ailes pour ne pas tomber,

Attirées par l’outremer de l’océan

Désormais Atlantique.

Leurs larmes coulent et se brisent

Mais je reste silencieuse devant le tremblement muet de leur âme.  

 

Cela fait longtemps que leurs chevelures flottent,

Libérées par les vents.

Les voiles sont tombés dans les cascades.

Ils se sont transformés 

en poissons multicolores.

 

Arrivent les oasis…

Je me rapproche des palmiers, qu’elles puissent cueillir les dates,

Qu’elles puissent mêler leurs rires

Aux sucres de la terre.

Et je pleure de joie de les entendre chanter.

Elles, dansent

Sur mes ailes,

Pour elles,

Pour le ciel, 

Pour les hommes un peu,

Mais pas pour ceux qui enferment la beauté,

Et pour le soleil…

La lumière jaillit et nimbe mes ailes. 

 

 

 

Pour citer ces poèmes 

 

Jo. Hanna, «    Encre » (volet de poèmes) & « Survole » (extrait de l'ensemble ''Lumière''), in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Dossiers « Poésie des femmes romandes», « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre», n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-encre-survole-110274944.html/Url. http://0z.fr/RYSs3

 

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....

Auteur(e)


Jo. Hanna, est le nom de plume de Johanna Treilles, est chanteuse et poétesse. Originaire de l’île de la Réunion, où elle vit actuellement, elle est l’auteure de deux recueils de poésie, Je sais l’Autre, Poèmes guerriers et d’une pièce de théâtre contemporain. De nombreux voyages en Asie, ainsi qu’un séjour de cinq ans en Europe ont inspiré certains de ses poèmes en leur donnant une dimension plutôt universel que régional même si des écrits plus récents se tournent désormais vers la langue maternelle, le créole. La mort, la vie et la transcendance animent le « je » féminin, personnage central de cette prose poétique.

 

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