31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 07:00

 

 

  Dans tes yeux, Le mur

 

&


Elle comme la feuille au limbe d'or

 

 

Christophe Carrère

 

 

 

Dans tes yeux


 

Un nuage de feu vêtu de cendre brune

Y nage comme un cygne au fond d’un soleil noir ;

Le vent gorgé de neige a passé sur la dune,

Et la campagne en deuil étend son long mouchoir.

 

Le ciel en est la dalle et la mer en est l’urne.

Aucun navire, aucun refuge, nul espoir.

On y entend des cris d’agonisants ; Saturne

Est un plaisir auprès de ce qu’on y peut voir …

 

Le rouge à l’oranger en frange se délie ;

L’émeraude au torrent des larmes s’est polie,

Et l’orbe du miroir est brisé de rayons ;

 

Si bien que l’on dirait, quand la nuit diminue,

Le ventre d’un vitrail devant des papillons

S’énervant de toucher, sans l’atteindre, la nue.

 

 

  

Le mur

 

 

 

Comme triste est la nuit ! Comme le jour est pur !

Il semble qu’un oiseau de son aile de marbre

Ait frappé le soleil et fendu l’air d’azur :

La vague au ciel d’hiver se lève comme un arbre !

 

Sous une lune d’or qui tranche de son sabre

La lumière encor noire et sanglante est le mur

Où fut gravé son nom sous la date macabre …

Comme triste est la nuit ! Comme le jour est pur !

 

Lèvres, rappelez-vous comme elle vous baisait !

Et quand vous l’embrassiez comme elle se taisait !

Son cœur battait si fort qu’on l’eût dit son langage ;

 

Ses bras serraient si fort qu’on les eût dits les miens !

Nous étions l’un de l’autre et l’empreinte et l’image,

Et sa main dans ma main et mes yeux dans les siens.

 

 

   

Elle comme la feuille au limbe d'or

 

 

 

Depuis la source mince et jusqu’au lac énorme

Que boivent à longs traits les chênes précieux,

La feuille au limbe d’or, telle un astre difforme,

Chavire et se promène à la porte des cieux.

 

Ni des grèves le sable où brûle le soleil,

Ni des fraîches forêts les gerbes métalliques,

Ni l’herbe, ni la fleur, ni le bouquet vermeil

Ne troublent son sillage aux charmes italiques.

 

Dans la courbe neigeuse et douce de ses flancs,

Que berce mollement le vent de ses bras blancs,

Reste un peu de rosée ardente et parfumée ;

 

Et l’on dirait ainsi la gorge d’un flamant,

Muette au bord des eaux comme du firmament,

L’étoile paresseuse et la verte fumée.

 

 

 

Pour citer ces poèmes

 

Christophe Carrère, « Dans tes yeux  », « Le mur »  & « Elle comme la feuille au limbe d'or », in Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques: Dossiers « Poésie des femmes romandes », « Muses & Poètes. Poésie, Femmes et Genre », n°2|Automne 2012 [En ligne], (dir.) Michel R. Doret, réalisé par Dina Sahyouni, textes mis en ligne le 31 octobre 2012.

Url.http://www.pandesmuses.fr/article-n-2-dans-tes-yeux-le-mur-elle-comme-111541707.html/Url. http://0z.fr/vpffg


Pour visiter les pages/sites de l'auteur(e) ou qui en parlent

 

http://crp19.org/members/carrere

 

http://www.amazon.fr/Leconte-Lisle-passion-Christophe-Carrère/dp/2213634513/ref=sr_1_2?s=books&ie=UTF8&qid=1350906545&sr=1-2


Auteur(e)


 

 Christophe Carrère  est enseignant certifié de classe normale et chercheur associé aux Centres de recherche sur les poétiques du XIXe siècle (Paris III), sur la littérature française du XIXe au XXIe siècle (Paris IV) et au sein de l’équipe Zola (ITEM-CNRS) . Ses recherches actuelles sont circonscrites à la littérature française de la seconde moitié du XIXe siècle, le Parnasse, son histoire, son idéologie, ses relations avec le christianisme, le socialisme, le romantisme et ses prolongements dans le symbolisme. Elles gravitent autour de trois figures : Leconte de Lisle, Albert Samain et Poulet-Malassis, derrière lesquelles se profilent les ombres de Baudelaire et d’Ernest Renan.

Publications

Leconte de Lisle ou la passion du beau, Paris, Fayard, 2009. 688 p. Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre. Il s’agit d’une version abrégée et légèrement remaniée de sa thèse de doctorat ; « Leconte de Lisle et Zola », Les Cahiers naturalistes, Paris, Société littéraire des Amis d’Émile Zola et Éditions Grasset, n° 83, septembre 2009, p. 101 à 110; Auguste Poulet-Malassis, Lettres à Charles Asselineau (1854-1873), édition établie, présentée et annotée par Christophe Carrère, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque des correspondances », 2013; Albert Samain, Œuvres, édition présentée, établie et annotée par Christophe Carrère, Paris, Classiques Garnier, coll. « Bibliothèque du XIXe siècle », 2013-2015. 2 vol. En préparation.


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Le Pan poétique des muses - dans n°2|Automne 2012

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