3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 17:20

 

N°7 | S'indigner, soutenir, hommages & lettres ouvertes

 

 

Avant-première                                                        

Hommage & soutien

 

Le Courage et le militantisme

 

 

d’une plasticienne luxembourgeoise

 

 

Sylvain Josserand

Blog : http://sylvainjosserand.blogspot.fr

 

 

 

Le 29 mai 2014, la jeune artiste plasticienne luxembourgeoise, Deborah De Robertis, s'assoit à terre devant le tableau de Courbet, "L’origine du monde"— exposé au musée d'Orsay —  et, jambes écartées, exhibe son sexe devant les visiteurs à la manière du modèle du tableau, avant d'être délogée par les gardiens et la police venue en renfort.

 

Cette artiste réalise ainsi une installation vivante en face du tableau éponyme, en adoptant devant un public interloqué une posture presqu’analogue à celle du modèle de l’œuvre du génial peintre qui rejetait la peinture académique et des nus trop lisses.

 

Tout le monde connaît ou a vu ce tableau dont le dernier propriétaire fut Jacques Lacan, avant qu’il n’en fasse don au Ministère de l’Économie et des Finances. Le but de cette évocation n’est pas de rappeler les différents mystères qui entourent son commanditaire, ni d’évoquer les nombreuses polémiques soulevées par cette peinture jugée provocatrice par certains, ni de situer la place occupée par cette œuvre dans la vie du célèbre psychanalyste, mais de souligner l’acte courageux et militant de Déborah.

 

Déborah De Robertis ne dispose pas de la notoriété de Koons qui n’hésitera pas à installer un sex-shop en plein milieu de l’exposition qui lui est consacrée au musée Beaubourg à l’automne 2014.  Sex-shop où il s’est mis en scène et fait photographier avec la Cicciolina (une actrice du porno). Un gardien a été affecté à cet espace dédié pour filtrer les entrées, preuve s’il en est que l’on n’est plus ici dans l’Art mais dans un tout autre registre. Ce lieu est interdit aux visiteurs de moins de 16 ans,  pour permettre à la vulgarité de se conjuguer avec le manque de respect pour le corps féminin.

 

Déborah s’affiche à Orsay sans la moindre autorisation, sans la supervision d’un Commissaire d’exposition et sans les subsides du Ministère de la culture. Elle n’est ni dans le buzz ni dans la subvensionite des artistes contemporains passant autant de temps à courtiser les sponsors officiels qu’à créer, tant les œuvres monumentales qu’ils offrent au public exigent de lourds sacrifices financiers. Deborah par son installation devient sa  propre création, sa « propre origine du monde ». Elle se dévoile au sens où l’entendrait probablement le philosophe Heidegger.

 

Elle veut signifier, me semble-t-il, que la construction, au sens ontologique du terme, est encore possible face à un monde dominé et terrorisé autant par les puissances d’argent qui s’enrichissent de la fabrication d’armes, de polluants pour la culture et l’élevage intensifs, de l’extraction sans limite d’énergies fossiles que par la déconstruction programmée d’idéologues sanguinaires qui voilent leurs femmes. Leur  cynisme et leur cruauté les conduisant d’ailleurs en inversant deux lettres  du mot voile, à violer  leurs esclaves et leurs prisonnières.

 

Deborah nous parle de la vie.  Elle s’inscrit dans la longue tradition des mythes des déesses-mères ou des déesses des origines. C’est une Vénus de Quinipily.

Les mythes, n’ayant aucune temporalité, nous aident à revisiter quotidiennement les parts d’ombre et de lumière de notre inconscient. À nous féconder de l’intérieur pour promouvoir la vie et pour lutter contre la spirale mortifère des démiurges du temps présent.

Déborah par son geste, réprimé par la force publique, symbolise l’Origine de la Vie et de sa sauvegarde, qu’il s’agisse de celle des  règnes minéral, végétal ou animal.
 

***

Pour citer ce texte

 

Sylvain Josserand, «  Le Courage et le militantisme d’une plasticienne luxembourgeoise », Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : N°7 | Automne 2017 « Femmes, poésie & peinture » sous la direction de Maggy de Coster, mis en ligne le 3 juillet 2017. Url : http://www.pandesmuses.fr/2017/courage-militantisme-peinture.html

 

© Tous droits réservés                        Retour au n°7|Sommaire

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Le Pan poétique des muses - dans Numéro 7

Publications

 

Cette section n'a pas été mise à jour depuis longtemps, elle est en travaux. Veuillez patienter et merci de consulter la page Accueil de ce périodique.

Numéros réguliers | Numéros spéciaux| Lettre du Ppdm | Hors-Séries | Événements poétiques | Dictionnaires | Périodiques | Encyclopédie | ​​Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter 

 

 

Rechercher

À La Une

  • Megalesia 2020
    LE PAN POÉTIQUE DES MUSES vous présente son festival en ligne Megalesia édition 2020 du 1er avril au 1 er 30 septembre 2020 Crédit photo : " La Muse du chant et de la dance Terpsichore", toile de François Boucher, domaine public. Festival numérique, international...
  • Table
    Table de Megalesia 2020 Édition 2020 du 1er avril au 1er 30 septembre Festival International & Multilingue des Femmes & Genre en Sciences Humaines & Sociales En partenariat avec la Société Internationale d'Études des Femmes & d'Études de Genre en Poésie...
  • "I LOVE BEIRUT". Pour Beyrouth, pour un monde solidaire !
    Megalesia 2020 | S'indigner, soutenir, lettres ouvertes, hommages, etc. "I LOVE BEIRUT" Pour Beyrouth, pour un monde solidaire ! "En solidarité avec le Liban, nous publions vos témoignages et poèmes qui soutiennent la population libanaise durement touchée...
  • « Me, Myself » ou du Care lyrique et philosophique
    Megalesia 2020 | Poésie, musique & art audiovisuel |Le néopaganisme & la sexualité dans la culture populaire du XXIe siècle | Articles & témoignages « Me, Myself » ou du Care lyrique & philosophique Dina Sahyouni © Crédit photo : L'affiche de la chanson...
  • « Reality Scares Me » ou quand la réalité de la Terre et celle de l'amour nous font peur
    Megalesia 2020 | Poésie, musique & art audiovisuel « Reality Scares Me » ou quand la réalité de la Terre et celle de l'amour nous font peur Dina Sahyouni © Crédit photo : L'affiche de la sortie de la chanson "Reality Scares Me" de MONSIEUR, c apture d'écran...
  • Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter
    REVUE LE PAN POÉTIQUE DES MUSES | Invitations à visiter Page en construction... Notre sélection féministe de sites, blogues... à visiter Crédit photo : Une représentation de la déesse japonaise Amaterasu sortant de la caverne. Amaterasu est la déesse...
  • L'artiste Catherine Gil Alcala au festival "Les Balladines"
    Megalesia 2020 | Annonces diverses L'artiste Catherine Gil Alcala au festival "Les Balladines" © Crédit photo : L'affiche du festival, image transmise par la maison d'édition de l'artiste-autrice citée. L'artiste Catherine Gil Alcala présente le 13 septembre...
  • « Éviter les secrètes surprises du diable » !
    Megalesia 2020 | Réflexions féministes sur l'actualité « Éviter les secrètes surprises du diable » ! Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Crédit photo : Joovs van Cleve, "La Vierge à l'enfant", domaine public, Wikipédia, Commons. Cet...
  • Papillon à la rose
    Megalesia 2020 | Astres & animaux en Poésie | Travestissements poétiques Papillon à la rose Françoise Urban-Menninger Blog officiel : L'heure du poème Photographie par Claude Menninger © Crédit photo : Claude Menninger, " Papillon à la rose", photographie...
  • Jean-François Blavin, « Oscillations vagabondes au crépuscule », Éditions Unicité, 2020, 94 p., 13€
    Megalesia 2020 | Critique & réception J ean-François Blavin, « Oscillations vagabondes au crépuscule », Éditions Unicité, 2020, 94 p., 13€ Maggy de Coster Site personnel Le Manoir Des Poètes © Crédits photos : "Première de couverture illustrée du recueil...