5 juillet 2016 2 05 /07 /juillet /2016 12:03

              

Poèmes inédits

 

Un chagrin

 

 

 

Laure Delaunay 

Rédactrice de la revue LPpdm et responsable des rubriques

"Poésie & Théâtre" & "Poésie italienne"

Site officiel : https://lauredelaunay.com/

 

 

La femme éperdue

 

 

À chaque élan, je crois trouver un soleil, une maison, une épaule, un visage.

Une brosse pour ma tignasse hirsute et un peigne pour mon âme de monstre.

 

À chaque main qui se tend, un ami.

À chaque fleur contemplée, la tendresse des couleurs.

À chaque regard brillant, une émotion.

À chaque caresse, du respect.

À chaque proposition, l’éternité.

À chaque mot gentil, une source.

À chaque larme, un soulagement.

À chaque pensée, un voyage.

À chaque baiser, le plaisir.

À chaque texte, un corps nouveau.

À chaque langue étrangère, un monde à découvrir.

À chaque détail, une vérité.

À chaque silence, un engagement.

À chaque sensation, l’élégance.

À chaque voix, une famille.

À chaque homme, un enfant.

L’administration me dit « célibataire et sans enfants ».

Et mon cœur saigne.

Ô Barbara, ma sœur, ton jardin est Précy. Ô George, mon amie,

ta plage est celle de mon enfance. Ô Calamity, ma mère, ton regard est un fusil.

L’Europe adorait un homme souffrant en croix.

Et personne ne pose ses regards d’amour sur une femme éperdue.

 

***

 

À  l’ombre

 

 

Au tréfonds de moi, je t’emporte. Tes mots de soie, tes yeux d’ébène, ta poésie

comme le vent dans les voiles.

Je t’emporte en souvenir. Comme un mort dont on visualise encore l’image

en pensée mais dont le visage photographié nous surprend toujours.

Soleil écrasant sur la place. Chaleur à l’ombre. Membres endoloris.

Sentiment des mots qui restent dans le ventre et, demandant sans cesse à sortir,

ne sortant jamais tout à fait, appuient sur le cœur qui se gorge d’eau,

qui se gorge d’« oh », qui se gorge d’« ô ».  

 

***

Pure dans ton regard romantique

 

 

Tu ne me regardes plus. Tu détournes les yeux.

Je ne te regarde plus. Pudeur. Délicatesse.

Autrefois, tu avais deux grands yeux dont je n’arrivais jamais à saisir la couleur

tant ils étaient émus.

Mon cœur, mon cœur toujours violenté se réveille pourtant pur dans ton regard.

Mon corps, mon corps toujours violenté se réveille pourtant pur dans ton regard.

 

***

 

Venise, ma chérie interdite

 

 

Tu es là, sous mes yeux, belle, si belle, exactement comme dans mes rêves.

« Tesoro » tu m’appelles.

« Tesoro » moi aussi je t’appelle.

À quelques pas de moi, le jasmin du campo. Longtemps, j’ai pensé que c’était

un laurier. Mais non, un jasmin, oui, un jasmin en fleur au printemps.

Le contraire de moi. Tous pensent que je suis un jasmin. Mais je suis un laurier.

Le laurier du puits que mes parents ont coupé il y a peu.

Voilà qui je suis : un laurier que l’on coupe à chaque instant

et dont tout le monde pense qu’il est un jasmin.

Venise, ma chérie, ce soir, « ciao ». Ciao tes enfants sublimes. Ciao tes portes qui parfois s’ouvrent. Ciao ton pavé. Ciao ton art de sentir. Ciao les voix douces. Ciao les corps précis. Ciao ta tranquillité de façade.

Tu sais, la façade, c’est déjà beaucoup.

Ciao tes hommes intelligents, ciao ton théâtre vrai. Ciao. Ciao.

Ciao le bois, ciao la danse.

Je rentre au pays maudit que toi aussi tu aimes, bien que timidement.

En français, tu sais, « interdite », ça veut aussi dire « muette ».

Ciara, bella mia, ciara.

Dans mon cœur, je t’autorise. Dans mon cœur, tu parles.

Tu te souviens Aragon : « je te porte dans moi comme un oiseau blessé » ?

J’ai emporté dans mon cœur de laurier ton odeur de jasmin et le corps d’un poète.

 

***

 

Pour citer cet ensemble de poèmes

Laure Delaunay, « Un chagrin »Le Pan poétique des muses|Revue féministe, internationale & multilingue de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°8 [En ligne], mis en ligne le 5 juillet 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/07/chagrin.html

© Tous droits réservés   Retour au sommaire

Partager cet article

Repost 0
Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm

Rechercher

À La Une

  • N°6|Sommaire
    N°6|Printemps 2017 Mise en ligne progressive avant sa parution en version imprimée en juin prochain © Crédit photo : Fanny , par l'artiste photographe Claude Menninger . Équipe de la version en ligne : Françoise Urban-Menninger (dir.). Couverture illustrée...
  • Jeanne Guizard, Des étoiles, TheBookEdition, 2014, coll. Pictures, 113 p., 16/46€
    N°6 | Critique & réception Jeanne Guizard , Des étoiles TheBookEdition, 2014, coll. Pictures, 113 p. Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ Quoi de plus beau que l’hommage d’une fille...
  • Rencontre avec Valérie Schott à Widensolen dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère
    N°6 | Bémol artistique | Invitation à se passionner pour la Rencontre avec Valérie Schott à Widensolen dans le café-épicerie de son arrière-grand-mère Françoise Urban-Menninger Photographies de Claude Menninger © Crédit photo : Claude Menninger, "Image...
  • Hommage aux agents de police
    N°6 | S'indigner, soutenir, hommages, lettres ouvertes Hommage aux agents de police Dina Sahyouni © Crédit photo : image du "Compte Twitter de la Police nationale" prise par LPpdm Ces êtres voués à l'invisibilité que l'on oublie depuis l'éternité nous...
  • Interview avec l'artiste peintre Martine Séchoy-Wolff
    N°6 | Entretien artistique Interview avec l'artiste peintre Martine Séchoy-Wolff Françoise Urban-Menninger Illustration de Martine Sechoy-Wolff © Crédit photo : Martine Séchoy-Wolff, La Fête des Morts au Mexique, 2015. Françoise Urban-Menninger – Pourriez-vous...
  • Marguerite d’automne
    Dossier majeur | Textes poétiques Marguerite d’automne Poème et illustration de l'artiste Anick Roschi Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions Stellamaris © Crédit photo : Henri Roschi, Vieille & oiseau Sur son...
  • Lettre à Assureur
    Dossier majeur | Textes poétiques Lettre à Assureur Claude Luezior Site officiel : www.claudeluezior.weebly.com/ Cet extrait est reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur et des éditions tituli Illustration de l'artiste Henri de Lescoët © Crédit...
  • « Ô temps contre lequel il n’est repaire ». La poésie de la vieillesse de Giovanna Bemporad
    Dossier majeur | Articles « Ô temps contre lequel il n’est repaire » La poésie de la vieillesse de Giovanna Bemporad Giovanna Bellati Università di Modena e Reggio Emilia Les poèmes de Giovanna Bemporad sont reproduits et traduits par Giovanna Bellati...
  • À regarder passer le temps & Partance
    Dossier mineur | Textes poétiques À regarder passer le temps & Partance Maggy de Coster Site personnel : www.maggydecoster.fr/ Site du Manoir des Poètes : www.lemanoirdespoetes.fr/ Le premier poème est un extrait reproduit avec l'aimable autorisation...
  • Lettre n°10
    Publication successive Lettre n°10 Nous fêtons dans cette Lettre Le Printemps des Poètes au féminin & le festival Megalesia 2017 jusqu'au 31 mars 2017 30 avril 2017 Mise en ligne jusqu'au 14 mai compris Crédit photo : Allegoria dell'Inclinazione 1615-1616...