15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:03

 

Chronique

Qui mieux qu'un poète pour parler de sa Muse ?

Qui mieux qu'une Muse pour parler de son poète ?

 

Khris Anthelme

Rédacteur du Ppdm et responsable

de la rubrique "Formes fixes de la poésie"

 

Poémitude, tome 10. Un recueil dans lequel s'instaure un dialogue entre un poète et sa Muse ! Vous y trouverez l'amour, un humour certain, mais aussi de la colère. Divisé en trois séquences,

1 - Mise au point, 2 - Accalmie, 3 - Recrudescence

Quelques extraits de ce recueil qu'il est possible de lire gratuitement, voir url : http://www.monbestseller.com/manuscrit/poemitude-tome-10

 

Dans mise au point, le poète règle ses comptes avec sa Muse un tantinet jalouse :

 

/ Quand je dépose un vers, friande en est ma belle,

Elle a tôt fait, même à l’état désordonné,

De dévorer un verbe ou le trait brouillonné ;

« Chut ! Attends ! » Je lui dis : « ma Muse est temporelle »

Quand je dépose un vers, friande en est ma belle.

 

 L’oreille elle me frôle un œil cillant de l’aile

M’enivrant la pensée, et son sein couronné

Me susurre des mots le cœur déboutonné.

 Son poète elle endort et sa verve muselle,

L’oreille elle me frôle un œil cillant de l’aile.

 

Quand tard le soir se contrarie un rédigé,

Savez-vous, je résiste et ne reste figé,

Mais elle insiste tant que le noir écran veille

Quand tard le soir se contrarie un rédigé.

 

Je vous assure, il est fâcheux d’écrire ainsi,

Je ne sais ce sonnet s’il sera réussi … !

Il me faut m’allonger, ma prunelle sommeille,

Je vous assure, il est fâcheux d’écrire ainsi.

 

Je vous assure, il est fâcheux d’écrire ainsi,

Quand l’idée est présente et que l’écrit s’enchaîne

Sereinement, la plume alerte, une fontaine

L’abreuvant, mais sachant son poème étréci,

 Je vous assure, il est fâcheux d’écrire ainsi. / ...

 

/ Comme un pacte d’amour encombré d’un souci,

 Le sort brise d’un coup votre ardeur ; là, la peine

Devient intense, avec les maux qu’un choix entraîne.

Le temps s’acharne et chaque jour est obscurci

Comme un pacte d’amour encombré d’un souci.

 

La colère s’installe et le cœur est malade,

La platitude accourt sous des pleurs en cascade,

Le livre de la vie égrène ses feuillets,

La colère s’installe et le cœur est malade.
 

Plus rien n’a de valeur, sauf le mort qu’on enterre

D’un chagrin déguisé, pour bien faire on préfère

Un ciel de pluie où les mouchoirs sont forts mouillés,

Plus rien n’a de valeur sauf le mort qu’on enterre. / ...


 

 / Souvent elle me dit : « Ta plume a de la chance,

Ta douce la soutient avec de très beaux fruits,

Qui plus est, dans ton pré, ses vers sont bien fleuris,

Je l’entends fredonner près du ru, c’est immense … ! »

Souvent elle me dit : « Ta plume a de la chance … !

 

De plus belle elle insiste : « Oui, de bien doux attraits

Te fournissent encor la tiédeur de leurs traits »

Moi, pour ne la brusquer : « Mais de toi vient l’idée ».

De plus belle elle insiste : « Oui de bien doux attraits

 

 Puis tout bas elle ajoute : « Aède, m’aimes-tu ?

J’en doute à te savoir sur ce sein dévêtu !

Je t’ai donné mon âme et tu me l’as vidée,

Puis tout bas elle ajoute : « Aède, m’aimes-tu ? /...


 

Puis dans accalmie vient la réconciliation, les deux ne pouvant se passer l'un de l'autre !

/ Ma douce, profitons veux-tu d'une accalmie

Pour d'un moment s'entretenir ?

Laissons les maux se débrouiller, vont revenir

Les tons éclatant leur chimie

Laissant à feu la terre, à sang, presque endormie,

L'automne sera là pour nos verbes vernir.

Sur l'ardente saison je ne puis plus tenir,

Il me faudrait ton souffle ouïr,

Lui seul sait aviver l'heure qui s'anémie.

J'en rêve à ne plus m'abstenir

D'imaginer le jour, la nuit, pour obtenir

Un tête-à-tête avec toi chère et tendre amie.

 

Toi qui m'as enchaîné d'une forme affermie

Au vieux atours à définir ;

Nous n'avons conversé que pour les rajeunir

Parfois esquivant la ramie,

Toujours présente à mes cotés pour l'eurythmie

Une aile déployée à mieux me soutenir.

Malgré les bruits d'un monde inapte à contenir

La peur, la guerre ; où pour punir

Résonne encore un chant, celui de l'infamie

Pour l'humanité dégarnir.

Où la foi martyrise, où prime à racornir

Ce qu'il reste de vie, un mot, « Économie »

Dis ma belle, pourquoi ne sort l'académie

De nos anciens pour prévenir

Les poètes nouveaux afin d'intervenir,

Classant dans la monochromie

Tous ces fléaux, il n'est d'assonance ennemie

Dans leurs écrits d'hier pour s'en ressouvenir.


 

 Oh pardon, c'est plus fort que moi, te prémunir

 De mes sots pensers, ne ternir

Était mon vœu, je voudrais être une momie,

Chaque fois des vers vifs l'horreur me font bannir.

Il faudrait un jour en finir

Avec ces fausses lois sonnant l'homonymie.

Va, parle-moi plutôt d'amour, d'anatomie,

 De nature, de l'avenir,

 L'hiver sera t-il blanc, Mars pourra t-il bénir

Vénus ? Sera t-elle à demie

Offerte Dame Lune au cours d’astronomie ?

Oui, cause-moi de toi, de nous, du devenir ! / ...


 

 / Tendre ami, j'attendais avec impatience

Cet instant de complicité ;

Mais notre engagement sur terre est limité,

Scellons notre alliance,

Profitons aujourd'hui d'une courte audience

Pour une ode insculper t'ouvrant l'éternité !


 

J'estime tu le sais la créativité

Autant que la pérennité ;

Faisons que sur tes mots fuse la confiance

En libérant un chant emprunt de vérité.

Ton globe parait agité,

Redonnons lui la paix et bonne conscience.

Oui, l'automne est propice, écoutons sa puissance

Et retraçons son équité.

Trouvant en ses couleurs, qu'avec facilité

Il repeint chaque année un tableau d'abondance

Faisant échoir l'acidité

Des bien trop verts rameaux pour meilleure croissance.


 

Dame nature est faite ainsi, sa densité

Est telle que l'antiquité

Déjà la célébrait, louant son élégance

Pour faire reculer d'un pas l'austérité,

Jusqu'à vaincre la cécité

Jadis d'un peuple sourd, fou de belligérance.
 

L'hiver ne sera blanc que si la tolérance

Enveloppe l'humanité.

Crois-moi, ce jour verra dans la fraternité

Poindre une flamme d'espérance

Illuminant l'amour en toute vraisemblance

Tellement il sera par les cieux abrité.

Parler de moi dis-tu, ma subjectivité

Alimente un rêve amputé,

Je ne suis qu'un vieux songe, en gouvernant l'errance

J'éprouve l'être humain qui, ma féminité

Admire sans sincérité,

Survolant sur le temps, je n'ai nulle apparence !
 

Mais avec toi poète, a chu l'indifférence,

L'infini s'est vu crédité ;

Dans tes vers je me vois sans agressivité,   

Dialoguant avec aisance

Au présent avec moi, plaisir et délivrance

M'apportant, je serais lors ta divinité ! / ...


 

Les deux font la paire, on ne s'ennuie pas un seul instant, l'humour est bien présent :
 

/ Je me sens défaillir, tu m’affoles poète ;

Ne fait négoce avec l’autan, mieux souffle t-il ?

Ne sais-tu, celui-ci ne vend que du babil ?

Tu ne serais bientôt plus qu’ombre, ou silhouette !

Par lui jamais tu ne verras une comète ;

Crois-tu qu’il soit aussi regardant ou subtil ?

Il n’est bon qu’à valser tournoyant son grésil

Tu ne serais bientôt plus qu’ombre, ou silhouette !
 

Quand il pénètre il rend folle une bonne tête ;

Il faut t’en méfier, oui, fronce le sourcil … !

Blanc comme un linge sec étendu sur un fil,

Tu ne serais bientôt plus qu’ombre, ou silhouette !

 

 Je me sens défaillir, tu m’affoles poète ;

Tu ne serais bientôt plus qu’ombre, ou silhouette ! … /
 

/ Oh ! là là ! Mon ami, ton chapitre m'embrouille,

Que veux-tu dire, il me faudrait vérifier,

Comment peut-on avec le vent versifier ?

À réfléchir tous azimuts ça me barbouille !


 

Serait-ce encore un piège ? Oh mais cette fripouille

Ne pourra l'emporter, je vais l'humilier,

Peut-être l'estourbir ou le liquéfier,

À réfléchir tous azimuts ça me barbouille !


 

Vois, heu ! quoi ? Bon, voilà, maintenant j'en bafouille,

Mais non, sotte je suis, il est mon destrier,

De vos jours l'on ne sait plus à qui se fier,

À réfléchir tous azimuts ça me barbouille !

 

Oh ! là là ! Mon ami, ton chapitre m'embrouille,

À réfléchir tous azimuts ça me barbouille ! … /

/ Oui, ne vois nul courroux, simplement sans jalon

 T'écoutant louanger une frêle monture,

 Te voyant chevaucher l'air à plate couture,

 Je pensais : « Muse a mal choisi son étalon,
 

Pourquoi n'a t-elle pas penché pour Apollon,

Jadis on le priait pour quérir l'aventure ? »

Elle fait tant semant le beau pour la culture,

Je pensais : « Muse a mal choisi son étalon,

Mais le vent est plus fort, son souffle est bien plus long,

Sur la terre il s'étend pour nous la rendre pure. »

Princesse, excuse-moi si la verve fut dure,

Je pensais : « Muse a mal choisi son étalon ! »

 

Oui, ne vois nul courroux, simplement sans jalon

Je pensais : « Muse a mal choisi son étalon ! »… /

 

Mais avec recrudescence la réalité reprend le dessus, leur colère est grinçante, il leur faut écrire un autre tome :

/ Mon ami c'est bien vrai, la Poésie est vaine,

Ne convient plus, sauf à combler l'heure et l'ennui

Surprenant en plein vol un vers rêvé la nuit

De vos jours celle-ci n'est plus la souveraine.

 

Certains lettrés pensent que c'est un sous-produit,

D'autres disent que ça leur donne la migraine,

Peu de monde aujourd'hui s'en trouve encor séduit,

De vos jours celle-ci n'est plus la souveraine.

Sais-tu, te l'avouer mon Poète me gêne,

Les malheurs sont prisés, font beaucoup plus de bruit

Dans vos canards ; la rime avec peine bruît,

De vos jours celle-ci n'est plus la souveraine.

Mon ami c'est bien vrai, la Poésie est vaine

De vos jours celle-ci n'est plus la souveraine. / …

 

 / Oui Muse, je l'admets, brisons le monopole,

Dépassés sont les chants d'oiseaux, les blés dorés,

Les alpages fleuris, les grands fonds arborés,

Remisons Râ, l'azur, la nue et la coupole !

 

Déesse ingénieuse, en ces dits explorés

 Il me vient une idée, encore j'extrapole

Mais je pense pouvoir sur des verbes chlorés … !

Remisons Râ, l'azur, la nue et la coupole ... !

Rebondir à jamais, approche mon épaule

Que l'on ne nous entende, « Ils seront éplorés »

As-tu compris ma belle, « et nos vers dévorés »

Remisons Râ, l'azur, la nue et la coupole !

Oui Muse, je l'admets, brisons le monopole,

Remisons Râ, l'azur, la nue et la coupole ! /…


 

/ Tu m'accompagneras ? Il me faudra de l'aide

Muse, à ce jour déjà les mordants sont nombreux,

Décrire seul serait je pense trop scabreux,

La rime se devra d'être bonne mais laide !

Achevons ce recueil dans des pensers frileux,

Décembre arrive, il est grand temps, notre intermède

Fut long mais constructif, l'an neuf sera houleux,

La rime se devra d'être bonne mais laide !

Il nous faut peaufiner encore le remède,

Gardons l’œil vif, le choix doit être sérieux,

L'on fourbira d'obscur un monde curieux,

La rime se devra d'être bonne mais laide !

 

Tu m'accompagneras ? Il me faudra de l'aide ! / …

 

 Ce dernier poème est repris tout au début du tome onzième intitulé « France et souffrance » édité en début d'année 2014, le monde est ou va être en proie aux pires maux, ils ne s'étaient pas trompés en l'écrivant. Ce tome est encore le plus vu actuellement, gratuitement ici, url :

http://www.edition999.info/France-et-souffrance-Poemitude-tome-onzieme

ou http://t.co/VVVhzoGKI7

Texte écrit le 14 février 2016

Pour citer ce texte

Khris Anthelme, « Qui mieux qu'un poète pour parler de sa Muse ? Qui mieux qu'une Muse pour parler de son poète ? », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 15 mars 2016.

Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/une-muse-pour-parler-de-son-poete.html.

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