15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 13:28

 

Poèmes pour Le printemps des poètes

 

Ego in te

 

inVerso italiano / enVers italien

 

(extraits inédits)

 

 

 

 

Avant-Première

 

Des poèmes italiens inédits, tirés du recueil in progress,

également inédit, inVerso italiano.

 


 

 

Ego in te

 


 

Il Verbo s'è fatto carne per fare di me Dio !

Angela da Foligno


 

Vivo sin vivir en mí

y de tal manera espero,

que muero porque no muero.

 

Teresa d'Avila


 

 

encore un instant   

noyer en corps                                        ancora un istante in corpo annegare

sous les pliures cloîtrées des chairs                  sotto le pieghe claustre della carne

encore à la brûlure embrassante du jour      ancora il giorno in abbruciato abbraccio

de l'ombre en corps la sidérale douceur              dell'ombra in corpo siderea dolcezza

encore ce vide exquis                                                            ancora quel prezioso vuoto

ce plénier rien fleuri de tout                                                                quel pieno nulla

et ce silence obscur                                               e quell'oscuro vibrante silenzio

vibrant au malléus                                  

et de la langue coupée                      al malleo e della lingua spezzata

   suave accord              soave accordo

                    un instant en corps

un istante in corpo morta ancora                             mourir encore

di non morire di non denascere                                                  de ne pas mourir

             de ne pas dénaître

 in sé e fuori in ex-stasi di me                                                             hors de soi en soi

                        m'ek-stasier de moi

abito la mia morte                                                                               habiter ma mort

traversando la scorza                                                              transpercer l'écorce

e d'amore m'ardo                                                          m'embraser d'amour

mia disciolta polpa                                    dans ma pulpe défaite

carne mia divina                 dans ma chair divine



 

 

inVerso italiano / enVers italien

 

(extraits inédits)

 

 

* * *


 

immuti magri i movimenti

d'estasi memoria rapinosa

abbrividisce lenta

annegata serale

 

scorre

lampo imbrunato del granello a sera

lingua ardente

abrasa carne

 

piove

d'ombra l'arsura

 

 

muets, maigres les mouvements,

d'extase, mémoires ravageuses,

elle frémit

noyée dans la lenteur du noir

 

court,

foudre assombrie de grain de sable au soir

langue ardente

chair brûlée

tandis qu'il pleut

de l'ombre l'âpre soif

 

 

 

* * *

 

 

sguizzano

vitree come serpi

sugli asfalti fumidi

biglie rutilanti

 

e stremano rovine

 

 

billes rutilantes

frétillent sur les goudrons fumeux,

petits serpents vitreux

 

et des mondes en ruine s'éteignent

 

 

 

* * *

 

 

mortasmorta repleta bocca

asservato incuneato rostro

phoné spersa di moto

su di ammaestrate sillabe

in cauti dizionari

Raca !

ego te absolvo

voce senza respiro

impugnato soffio

 

un sole qui assorda

carica il tempo a nuove lune nere

putrefa l'aria

se carne non è musica

vostra carne e del mondo

ma rimorchio vuoto d'occhio

 

 

morne mourante bouche

bouche repue

d'un rostre soumis armée

phônê qui sur d'esclaves syllabes t'égares

en des glossaires prudents

Raca !

ego te absolvo

voix sans haleine

souffle prisonnier

 

ici un soleil assourdissant

à nouvelles lunes noires charge le temps

corrompt l'air

 

si votre chair n'est pas musique,

cette chair pâture du monde,

regard vide à sa solde

 

Notice biographique et notice des poèmes :

 

Trihn Lo, est titulaire d’un doctorat en méthodologies littéraires et, actuellement, chercheuse indépendante, Trihn Lo s'intéresse depuis quelques années à l'écriture poétique et à une langue rythmique et sonore. Elle a publié des poèmes dans des revues francophones et internationales (comme la revue de poésie 17 secondes ). Chercheuse indépendante, Trihn Lo s'intéresse depuis quelques années à l'écriture poétique. L'interrogation sur le sens du poétique et de la parole comme expression privilégiée d'un être au monde nourrit cette recherche orientée, notamment, vers l'expérimentation linguistique de l'auto-traduction, et dont la teneur charnelle témoigne d'un effort de s'approximer aux choses, et d'un "toucher le monde" autant que d'en être touché par le biais du corps/corps de la langue, même si, comme le dit Merleau-Ponty, « nous sommes pris dans le monde et nous n’arrivons pas à nous en détacher pour passer à la conscience du monde ». Par l'imbrication de ces deux pratiques, la poétique et la traductive, constitutives de sa propre écriture, elle tente de questionner les relations entre énonciation et ré-énonciation, identité et altérité ; car, on le sait, l'enjeu véritable de toute expérience auto-traductive reste au fond la subversion des rapports hiérarchiques entre original et copie, création et recréation. Sans nécessairement emprunter la forme calligrammatique, ses textes trahissent la tentation d'une imagination spatialisante ainsi qu'une fascination pour la matérialité de l'écriture, l'expressivité visuelle du signe.

Illustration de cette manière de se tenir dans l'entre-deux ˗ des langues et des codes ˗ le poème français « Ego in te », se doublant de sa version italienne. Juxtaposés, arrangés dans le même espace paginal, les deux textes, sans être l'un le reflet de l'autre, jouent sur un effet de miroir, effet peut-être déformant induit par le passage d'une parole à l'autre, d'un régime à l'autre, et dont la disposition graphique, géométrisante, proche d'un ruban de Möbius, ne fait que figurer la respiration rythmique inconstante, le mouvement de va-et-vient s'incarnant dans la chair du poème. Au premier abord, les textes se laissent en fait appréhender globalement, capturés par le regard dans leur espacement altéré : juste un demi-tour, un pli, une petite torsion imprimée à la forme circulaire pour que l'on ait l'impression d'un mouvement continu ; mais ce que le tracé, fonctionnant comme une trace dans sa rondeur culturalisée, dessine pour le plaisir de l’œil, c'est aussi, à peu près, la torsion que la mystique, dans son désir hors-norme, fait subir au corps normatif de la langue, à peu près la même impliquée dans la « bi-langue ».

 

 

Pour citer ces poèmes

Trihn Lo, « Ego in te » & « inVerso italiano / enVers italien (extraits inédits) », Le Pan poétique des muses|Revue internationale de poésie entre théories & pratiques : Lettre n°7 [En ligne], mis en ligne le 15 mars 2016. Url : http://www.pandesmuses.fr/2016/03/ego-in-te-inversoitaliano.html

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Le Pan poétique des muses - dans La Lettre de la revue LPpdm

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